Fiche de lecture réalisé à partir de mes notes personnelles et mise en forme avec Gémini AI
Juin 2025
La psychothérapie sensorimotrice :
une méthode de traitement des souvenirs traumatiques
Pat Ogden, Ph.D. & Kekuni Minton, Ph. D.
1. Points Clés Essentiels à Retenir
Introduction à la Psychothérapie Sensorimotrice
Les Niveaux de Traitement de l'Information et Leurs Interactions
Traitement de Haut en Bas et de Bas en Haut
Réactions Physiques de Défense
La Psychothérapie Sensorimotrice : Notions Fondamentales et Exposé d'un Cas
3.3. Application Spécifique (Thérapeutique/Clinique) :
Questions pour orienter vers les sensations corporelles :
Questions/Invitations pour le pistage et la permission des mouvements/sensations :
4. Référence Bibliographique Complète (APA 7)
La psychothérapie sensorimotrice intègre le traitement sensorimoteur aux approches cognitives et émotionnelles traditionnelles pour traiter les traumatismes, en partant du principe que le traumatisme affecte profondément le corps et que de nombreux symptômes ont une base somatique.
Les réactions somatiques non assimilées, issues de l'événement traumatique (comme les actions de défense interrompues ou inefficaces et la dérégulation de l'excitation), contribuent de manière significative aux symptômes du trouble de stress post-traumatique (ESPT).
Le traitement de l'information se fait sur trois niveaux interdépendants : cognitif, émotionnel et sensorimoteur. La psychothérapie sensorimotrice soutient que l'intégration de ces trois niveaux est essentielle à la guérison.
Le traitement sensorimoteur, qui cible les sensations physiques et les impulsions motrices, peut réguler l'excitation et faciliter le traitement émotionnel et cognitif, en particulier lorsque les approches traditionnelles "de haut en bas" (cognitives vers le corps) sont insuffisantes pour assimiler les réactions corporelles au traumatisme.
La méthode utilise le "pistage en pleine conscience" des sensations et mouvements physiques séquentiels associés aux réactions sensorimotrices non assimilées, encourageant les clients à distinguer ces sensations physiques pures de leurs émotions et cognitions.
Un concept central est le "modèle de la modulation", qui décrit une "zone optimale d'excitation" ou "fenêtre de tolérance". Les individus traumatisés oscillent souvent entre l'hyperexcitation et l'hypoexcitation (sidération/engourdissement), en dehors de cette fenêtre, ce qui perturbe le traitement de l'information.
La thérapie vise à aider les clients à moduler leur excitation pour la ramener et la maintenir dans cette zone optimale, d'abord par la "régulation interactive" avec le thérapeute, puis en développant leur propre capacité d'"autorégulation".
Le thérapeute agit comme un "cortex auxiliaire", aidant le client à prendre conscience de ses états sensorimoteurs et à les pister, facilitant ainsi la réactivation du "système d'engagement social" (Porges) qui permet une modulation fine de l'excitation.
Les réactions de défense physiques (actives comme le combat/fuite, ou passives comme la soumission/sidération) qui ont été interrompues ou inefficaces pendant le trauma sont explorées et peuvent être "complétées" ou expérimentées de manière sécure en thérapie, permettant de réduire les symptômes et de restaurer un sentiment de compétence.
L'étude de cas de Marie illustre comment le travail sensorimoteur (par exemple, expérimenter une poussée défensive, pister des mouvements involontaires) peut mener à une diminution de la panique, une meilleure régulation de l'excitation, et des changements positifs aux niveaux émotionnel (par exemple, réduction de l'auto-accusation) et cognitif (par exemple, réévaluation de l'expérience traumatique).
Bien que prometteuse, la psychothérapie sensorimotrice nécessite une adaptation au rythme du client, car une confrontation trop rapide ou intense avec les sensations peut être déstabilisante ou contre-productive pour certains individus, notamment ceux qui sont sévèrement désorganisés ou dissociés.
L'objectif ultime est de favoriser un traitement holistique en intégrant les expériences et les processus aux niveaux sensorimoteur, émotionnel et cognitif, permettant ainsi une résolution plus complète du traumatisme.
L'article "La psychothérapie sensorimotrice : une méthode de traitement des souvenirs traumatiques" par Pat Ogden et Kekuni Minton (2000) présente une approche thérapeutique novatrice pour aborder les séquelles des traumatismes. Les auteurs soulignent d'emblée que si la psychothérapie traditionnelle traite efficacement les dimensions cognitives et émotionnelles du traumatisme, elle manque souvent d'outils pour travailler directement avec ses manifestations physiologiques, alors même que le corps est profondément affecté et que de nombreux symptômes traumatiques ont une origine somatique (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ). L'altération des liens entre les niveaux cognitif, émotionnel et sensorimoteur du traitement de l'information est également impliquée dans ces symptômes (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ). La psychothérapie sensorimotrice est ainsi proposée comme une méthode intégrant ces trois niveaux de traitement (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ).
Ogden et Minton (2000) postulent que les réactions somatiques déclenchées durant le traumatisme et non assimilées par la suite sont à l'origine de nombreux symptômes de l'ESPT et constituent des éléments centraux du travail thérapeutique en psychothérapie sensorimotrice (p. 1 ). En utilisant le corps comme principal point d'entrée – plutôt que les cognitions ou les émotions – cette approche s'attaque directement aux effets corporels du trauma, ce qui, par ricochet, facilite le traitement aux niveaux émotionnel et cognitif (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ). Cette méthode est présentée comme particulièrement bénéfique pour les cliniciens travaillant avec des états dissociatifs, une hyperréactivité émotionnelle, des affects plats, des états de sidération ou d'hyperexcitation, et d'autres symptômes de l'ESPT (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ). L'article se propose d'exposer cette méthode en mettant en lumière les techniques sensorimotrices qui peuvent s'intégrer aux approches traditionnelles (Ogden & Minton, 2000, p. 1 ). Un aspect crucial souligné est la capacité du thérapeute à réguler interactivement les états dérégulés du client et à cultiver chez ce dernier la conscience de ses sensations corporelles internes (Ogden & Minton, 2000, pp. 1-2 ).
L'objectif fondamental de la psychothérapie sensorimotrice est de "faciliter le traitement des réactions sensorimotrices aux traumatismes qui n'ont pas été assimilées, et à résoudre les effets destructeurs de ces réactions sur le vécu cognitif et émotionnel du sujet" (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Ces réactions sensorimotrices sont décrites comme des "patterns séquentiels à la fois physiques et sensoriels, comprenant une excitation du système nerveux autonome et des réactions d'orientation/défense qui cherchent à se résoudre en un état corporel de repos et de satisfaction" (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Normalement, lors d'un événement menaçant, une résolution satisfaisante pourrait être atteinte par un combat victorieux ou une fuite réussie (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Cependant, ce n'est pas le cas pour la majorité des clients traumatisés (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Ceux-ci sont plutôt envahis par le retour de réactions sensorimotrices dissociées, incomplètes ou inefficaces, se manifestant par des images intrusives, des sons, des odeurs, des sensations corporelles, des douleurs physiques, des impressions de constriction, d'engourdissement, et une incapacité à moduler l'excitation (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ).
Ces réactions sensorimotrices non résolues conditionnent le traitement de l'information aux niveaux émotionnel et cognitif, entravant la capacité à penser clairement ou à interpréter correctement les états émotionnels, comme le note Van der Kolk (1996, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Inversement, les croyances cognitives et les états émotionnels influencent également le traitement corporel (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Par exemple, une croyance d'impuissance peut bloquer les défenses physiques actives, tandis qu'une émotion comme la peur peut exacerber l'excitation sensorimotrice (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ). Bien que les approches psychothérapeutiques traditionnelles, qui privilégient les niveaux émotionnel et cognitif, aient démontré leur efficacité pour soulager les symptômes traumatiques (Ogden & Minton, 2000, p. 2 ), l'importance des symptômes somatiques dans la traumatisation (McFarlane, 1996, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 2 ) suggère que l'efficacité du traitement peut être accrue par l'ajout d'interventions ciblant le niveau sensorimoteur. Les auteurs avancent que de telles interventions peuvent aider à réguler et faciliter le traitement émotionnel et cognitif, et que "la confrontation avec les difficultés somatiques en abordant directement le traitement au niveau sensorimoteur peut être utile pour la restauration du mode de fonctionnement normal des victimes de traumatisme" (Ogden & Minton, 2000, pp. 2-3 ). Cependant, ils insistent sur le fait que le traitement sensorimoteur seul n'est pas suffisant ; "l'intégration des trois niveaux du traitement - sensorimoteur, émotionnel et cognitif - est essentielle pour la guérison du client" (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ).
L'article se concentre sur le traitement au niveau sensorimoteur, qui implique "le pistage en pleine conscience (le suivi détaillé) des sensations et des mouvements physiques séquentiels associés avec les réactions sensorimotrices non assimilées" (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). Cela inclut les impulsions motrices, la tension musculaire, les tremblements, divers micro-mouvements, et les changements de posture, de respiration et de rythme cardiaque (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). Ces sensations corporelles sont comparées à l'"impression ressentie" de Gendlin (1978), mais se distinguent par leur nature purement physique, alors que l'impression ressentie inclut des composantes émotionnelles et cognitives (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). Une part importante de la méthode consiste à enseigner aux clients à distinguer leurs sensations physiques de leurs émotions d'origine traumatique, en cultivant la conscience de ces sensations jusqu'à leur stabilisation et leur perception distincte des émotions (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ).
Le traitement au niveau sensorimoteur est rapproché du "Somatic Experiencing" de Peter Levine (1997) pour ce qui est du pistage de la sensation physique, mais son objectif diffère (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). Pour Levine, ce pistage est un but en soi, son approche n'incluant pas spécifiquement de repères pour le traitement cognitif ou émotionnel (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). La psychothérapie sensorimotrice, tout en favorisant ce traitement sensorimoteur pour la régulation (souvent nécessaire dans les chocs et traumas non relationnels), l'utilise le plus souvent comme "prélude au traitement global aux trois niveaux, cognitif, émotionnel et sensorimoteur" (Ogden & Minton, 2000, p. 3 ). Par exemple, chez un client où l'excitation dysrégulée "mène" le traitement affectif et cognitif, provoquant une escalade émotionnelle et des ruminations (Ogden & Minton, 2000, pp. 3-4 ), apprendre à autoréguler cette excitation via le traitement sensorimoteur permet de mieux distinguer les réactions symptomatiques de cette dysrégulation des véritables difficultés cognitives et émotionnelles à élaborer (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ). Ainsi, l'approche peut évoluer du seul traitement sensorimoteur vers l'inclusion des traitements cognitif et émotionnel, et aborder les dynamiques relationnelles et transférentielles (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ). L'utilisation de l'interaction thérapeutique pour élaborer les difficultés relationnelles et encourager l'autorégulation est jugée très efficace, rendant la méthode pertinente tant pour les traumas relationnels que pour les chocs non relationnels (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ).
Avant d'exposer plus en détail la méthode, les auteurs abordent la manière dont l'expérience est traitée aux niveaux cognitif, émotionnel et sensorimoteur, et les effets des réactions sensorimotrices non résolues1 (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ). Ils s'appuient sur la notion de Ken Wilber (1996) d'un traitement hiérarchique de l'information, qui décrit une "hiérarchie évolutionnaire et fonctionnelle au sein de ces trois niveaux d'organisation de l'expérience", reflétant le développement évolutionnaire du cerveau humain (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ).
Fonctionnellement, ces trois niveaux sont "mutuellement dépendants et entrecroisés" (Damasio, 1999; LeDoux, 1996; Schore, 1994, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 4 ). Il est donc crucial pour le thérapeute d'observer le traitement de l'information de son client à chacun de ces niveaux, de différencier quel niveau est le plus pertinent à un moment donné pour favoriser l'intégration, et d'appliquer des techniques spécifiques à ce niveau (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ). L'objectif final est un traitement "holistique" où les trois niveaux opèrent en synergie (Ogden & Minton, 2000, p. 4 ).
Cette hiérarchie des niveaux de traitement (sensorimoteur, émotionnel, cognitif) est mise en corrélation avec les trois niveaux de l'architecture cérébrale de MacLean (1985) : le traitement sensorimoteur (sensation, impulsions motrices programmées) est principalement amorcé par les parties inférieures et arrières du cerveau ; le traitement émotionnel par les parties limbiques intermédiaires ; et le traitement cognitif par les parties supérieures, le cortex frontal (Ogden & Minton, 2000, pp. 4-5 ). Ces niveaux interagissent et s'affectent mutuellement, fonctionnant comme un ensemble cohérent. L'intégration de chaque niveau affecte l'efficacité des autres, comme le décrivent Fisher et Murray (1991, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 5 ): "Les fonctions intégratives de 'niveau supérieur' ont évolué à partir des structures de niveau 'inférieur' et du vécu sensorimoteur, et elles dépendent de leur intégrité... le développement et le fonctionnement optimal des structures de niveau supérieur dépendent en partie du développement et du fonctionnement optimal des structures de niveau inférieur" (p. 16, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 5 ).
Le traitement sensorimoteur est ainsi vu comme le fondement des autres, une forme de traitement plus simple et primitive (Ogden & Minton, 2000, p. 5 ). Siégeant dans les structures cérébrales inférieures, il s'appuie sur un plus grand nombre de séquences fixes d'étapes, comme le réflexe de sursaut ou les réactions de fuite, combat ou sidération (Ogden & Minton, 2000, p. 5 ). Les plus simples sont les réflexes involontaires, les plus fixes (Ogden & Minton, 2000, p. 5 ). Plus complexes sont les patterns moteurs appris et automatisés, comme la marche (Ogden & Minton, 2000, p. 5 ). Dans les domaines émotionnel et cognitif, plus évolués, on trouve moins de séquences fixes et plus de complexité et de variabilité (Ogden & Minton, 2000, p. 5 ). Le traitement sensorimoteur est donc plus directement lié au traitement corporel général, visible dans les patterns d'action fixes de la défense active, les changements respiratoires, la tonicité musculaire, l'activation du système nerveux autonome, etc. (Ogden & Minton, 2000, pp. 5-6 ).
La nature de cette hiérarchie implique que les niveaux supérieurs influencent souvent les niveaux inférieurs (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Par exemple, nous pouvons décider cognitivement d'ignorer la faim (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). C'est ce que LeDoux (1996) appelle le "traitement de haut en bas" (top-down), où le niveau cognitif peut remplacer, diriger ou interrompre les niveaux inférieurs (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). L'activité adulte est souvent construite sur ce mode (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Schore (1994) note que chez les adultes, les aires corticales supérieures agissent comme un "centre de contrôle" dominant l'activité limbique (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). On planifie sa journée, on poursuit des objectifs, en négligeant parfois la fatigue ou l'inconfort physique (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Nous sommes "au-dessus" de notre expérience corporelle (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ).
En revanche, les activités des très jeunes enfants sont dominées par les systèmes sensorimoteur (Piaget, 1952) et émotionnel (Schore, 1994), c'est-à-dire par des processus de "bas en haut" (bottom-up) (Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Les sensations tactiles et kinesthésiques guident le comportement d'attachement précoce et aident à réguler la physiologie du bébé (Schore, à paraître, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Les bébés explorent le monde via ces systèmes, construisant les réseaux neuraux pour le développement cognitif ultérieur (Piaget, 1952; Hannaford, 1995, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Gouvernés par leurs états corporels et émotionnels, ils réagissent automatiquement aux signaux sensorimoteurs et affectifs, étant dérégulés par le contrôle cognitif (Schore, 1994, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 6 ). Le bébé, "créature sous-corticale", n'a pas les moyens de modulation comportementale permis par le contrôle cortical (Diamond, Balvin & Diamond, 1963, p. 305, cité par Ogden & Minton, 2000, pp. 6-7 ). De manière analogue, les personnes traumatisées se sentent souvent à la merci de leurs sensations et réactions physiques, ayant perdu la capacité de les réguler (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ).
En résumé, le traitement de haut en bas (top-down) est initié par le cortex et implique la cognition, contrôlant souvent les niveaux inférieurs, mais dépendant de leur bon fonctionnement (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ). Le traitement de bas en haut (bottom-up) est initié dans les domaines sensorimoteur et émotionnel, plus primitifs et fondamentaux pour les modes de traitement supérieurs (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ).
L'interaction entre ces deux directions de traitement a des implications importantes pour l'apparition et le traitement des traumas (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ). Traditionnellement, la psychothérapie a utilisé des techniques de haut en bas pour gérer les perturbations issues du bas, par la sublimation consciente, la décharge comportementale, la prise en main cognitive ou les diversions (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ). Une régulation consciente de haut en bas peut calmer une personne submergée par son vécu sensorimoteur (Ogden & Minton, 2000, p. 7 ). L'exemple de Marine, qui contrôle ses hallucinations en comptant des livres imaginaires, illustre cette "imposition d'un contrôle de haut en bas qui étouffait le signal hallucinatoire de bas en haut" (Hobson, 1994, p. 174, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 7 ).
Bien qu'efficace pour gérer les symptômes et apporter un soulagement, cette approche de haut en bas seule ne peut aborder le problème dans son ensemble, car elle ignore les processus sensorimoteurs sous-jacents (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Elle peut gérer les réactions sensorimotrices mais pas leur assimilation complète (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Un client peut apprendre à réduire son excitation en se raisonnant, mais la tendance sous-jacente à l'escalade de l'excitation peut ne pas être résolue (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Le vécu traumatique sensorimoteur et émotionnel peut être redirigé, mais sa digestion et assimilation n'ont pas forcément eu lieu (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). De même qu'un client en deuil doit vivre ce deuil (traitement émotionnel), un client avec des réactions sensorimotrices doit les identifier et les expérimenter physiquement (traitement sensorimoteur) (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). De plus, l'attention portée à ces réactions et leur traitement sensorimoteur influencent positivement les niveaux émotionnel et cognitif, car le bon fonctionnement des niveaux supérieurs dépend de celui des niveaux inférieurs (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Le traitement sensorimoteur est souvent le précurseur du traitement holistique (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ).
En psychothérapie sensorimotrice, la direction de haut en bas est utilisée pour favoriser plutôt que pour gérer le traitement sensorimoteur (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). On demande au client de "pister en pleine conscience (processus cognitif, du haut vers le bas) la séquence des sensations et des impulsions physiques (processus sensorimoteur)" qui progressent dans le corps, en négligeant temporairement émotions et pensées, jusqu'à ce que les sensations et impulsions corporelles se résolvent (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Le client apprend à observer les réactions sensorimotrices non assimilées (excitation, défense) activées lors du trauma (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ). Le traitement de bas en haut seul ne résout pas le trauma (Ogden & Minton, 2000, p. 8 ); mais si le client est guidé pour utiliser sa fonction cognitive de pistage et d'expression de son expérience sensorimotrice, tout en inhibant volontairement la conscience des émotions, contenus et pensées interprétatives, l'expérience sensorimotrice peut être assimilée (Ogden & Minton, 2000, pp. 8-9 ). Une guidance cognitive est essentielle pour aider les clients à apprendre l'autorégulation (Ogden & Minton, 2000, p. 9 ).
Cette orientation cognitive de haut vers le bas nécessite une relation thérapeutique particulière (Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Comme dans l'interaction mère-bébé, le thérapeute sert de "cortex auxiliaire" (Diamond et al., 1963), observant et exprimant le vécu sensorimoteur du client jusqu'à ce qu'il puisse le faire lui-même (Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Cette communication relationnelle est un processus de "régulation psychobiologique interactive", similaire à l'accordage d'une mère aux états de son bébé (Schore, 1994, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Schore (2001b) écrit que le thérapeute doit agir comme "un régulateur d'affect des états dysrégulés du patient" (p. 17, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Schore (2001b) différencie également l'autorégulation interactive (dans des contextes interconnectés) et non-interactive (dans des contextes d'autonomie) (Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Une autorégulation pleinement développée permet aux clients d'observer, exprimer et intégrer seuls leurs réactions sensorimotrices, et d'utiliser leurs relations (Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). Sans la capacité de passer de l'un à l'autre de ces modes (Schore, 2001b, p. 14, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 9 ), les réactions sensorimotrices tendent à devenir hyperactives ou hypoactives, laissant les personnes traumatisées à la merci de leur corps.
Le danger éveille des réactions physiques et psychologiques pour évaluer et réduire le stress et maximiser la survie (Nijenhuis & Van der Hart, 1999, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 9 ). L'article se focalise sur les défenses physiques, reconnaissant que les défenses psychologiques existent aussi (Ogden & Minton, 2000, pp. 9-10 ). Les défenses physiques sont des exemples de patterns d'action relativement rigides dont l'efficacité conditionne celle des niveaux supérieurs de traitement (Ogden & Minton, 2000, p. 10 ). Elles peuvent précéder les réactions cognitives émotionnelles dans les situations traumatiques aiguës (Ogden & Minton, 2000, p. 10 ). Hobson (1994) décrit comment, face à une voiture, "on réagit automatiquement, et c'est seulement plus tard... qu'on réalise le danger et qu'on a peur" (p. 139, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 10 ). Cependant, lors d'un trauma prolongé, des impulsions volontaires de défense physique médiatisées cognitivement peuvent aussi survenir (Ogden & Minton, 2000, p. 10 ).
Les défenses physiques peuvent être actives ou passives (Levine, 1997; Nijenhuis & Van der Hart, 1999, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 10 ). Les défenses actives incluent le combat, la fuite, et une multitude d'autres réactions comme se redresser, éviter un coup, freiner, se dégager (Ogden & Minton, 2000, p. 10 ). La réaction d'orientation est augmentée, et les cinq sens deviennent hypersensibles pour mieux évaluer le danger (Levine, 1997; Van Olst, 1972; Hobson, 1994, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 10 ).
Dans le règne animal, les défenses actives se transforment en blocage passif si elles risquent de compromettre la survie (Nijenhuis & Van der Hart, 1999, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 10). Pour les humains aussi, si les défenses actives sont impossibles ou malvenues, elles peuvent être remplacées par des défenses passives comme la soumission, l'obéissance automatique, le blocage (Nijenhuis & Van der Hart, 1999, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Nijenhuis et Van der Hart (1999) notent que pour un enfant maltraité, tenter de fuir ou de combattre serait "inévitablement frustrant et non productif", et que "la défense motrice active peut en réalité accroître le danger" (p. 50, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Les défenses passives peuvent aussi être la meilleure option si les défenses actives sont inefficaces (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ).
Alors que Levine (1997) affirme que l'hyperexcitation et les défenses actives précèdent la défense passive et l'immobilité, Nijenhuis (e.g., Nijenhuis et al., 1998) et Porges (1995, 1997) notent que les états de sidération ne sont pas toujours précédés de défenses actives ou d'excitation (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Dans certains cas, l'individu pourrait enclencher directement des défenses passives (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). De même, le bébé utilise des défenses passives bien avant de pouvoir combattre ou fuir (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Dans la défense passive, la réaction d'orientation active peut s'émousser, la fonction cognitive de résolution de problèmes peut être diminuée ("engourdissement psychique", Solomon et al., 1996), les sensations engourdies, et les réactions musculo-squelettiques ralenties (Levine, 1997, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Les muscles peuvent être tendus mais immobilisés, ou flasques ; les clients rapportent des difficultés à bouger, voire une paralysie (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ).
Souvent, l'exécution complète des mouvements de défense physique efficaces n'a pas lieu pendant le trauma (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). La victime peut se figer, ne pas avoir le temps d'agir, ou être dominée (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Ces séquences motrices inefficaces contribuent aux symptômes traumatiques (Ogden & Minton, 2000, p. 11 ). Herman (1992) observe que "quand ni la résistance ni la fuite ne sont possibles, le système d'autodéfense se trouve débordé et désorganisé. Chaque élément de la réaction habituelle au danger... tend à persister dans un état altéré et excessif, longtemps après la fin du danger réel" (p. 34, cité par Ogden & Minton, 2000, pp. 11-12 ).
Les personnes traumatisées peuvent alors montrer une propension à la défense soit hyperactive (défensivité permanente, agressions, hypervigilance, fureur), soit passive (soumission chronique, impuissance, incapacité à fixer des limites, répétition du rôle de victime) (Ogden & Minton, 2000, p. 12 ). La personne peut apparaître sans vie, échouer à se défendre ou à s'orienter vers le danger (Ogden & Minton, 2000, p. 12 ). Des mouvements de défense interrompus ou inefficaces peuvent perturber la capacité générale de traitement sensorimoteur, tout comme la suppression répétée d'une émotion perturbe le traitement émotionnel (Ogden & Minton, 2000, p. 12 ). Ces patterns de réactions manquées peuvent devenir permanents, affectant négativement l'interaction normale entre les traitements de haut en bas et de bas en haut, et contribuant aux symptômes traumatiques (Ogden & Minton, 2000, p. 12 ).
Les auteurs introduisent ensuite le "Modèle de la modulation" (Figure 1, p. 12 ), notant que les individus traumatisés ont une faible tolérance à l'excitation (Van der Kolk, 1987, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Le diagramme (Ogden & Minton, 2000, p. 12) montre une "zone optimale d'excitation" (P. & J. Wilbarger, 1997), où l'individu peut contenir et vivre affects, sensations, perceptions et pensées, et traiter efficacement l'information (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). La modulation s'y produit spontanément (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Cette zone est similaire à la "fenêtre de tolérance" de Siegel (1999), où "des intensités variables d'excitation émotionnelle peuvent être traitées sans perturber le fonctionnement du système" (p. 253, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 13 ).
Durant le trauma, l'excitation tend à monter au-delà des limites supérieures de cette zone, alertant d'un danger (Van der Kolk et al., 1996, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). En cas d'attaque ou de fuite réussies, cette hyperexcitation est utilisée par l'activité physique (Levine, 1997) pour la défense et le rétablissement de l'équilibre (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Idéalement, l'excitation retourne dans la zone optimale (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ); cependant, ce retour ne se produit pas toujours, contribuant aux difficultés d'hyperexcitation caractéristiques (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Levine (1997) écrit que les symptômes traumatiques proviennent du "résidu bloqué d'énergie qui n'a pas été résolu et déchargé" et que la personne doit "décharger toute l'énergie mobilisée" (pp. 19-20, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Ogden et Minton (2000) sont d'accord que la décharge d'énergie peut être un élément de la thérapie, mais ne sont pas d'accord avec le modèle de la décharge comme explication principale (p. 13 ). Ils pensent que les symptômes proviennent de "réactions non assimilées aux trois niveaux du traitement des informations", qui doivent être intégrées par le rétablissement de l'équilibre entre traitement de haut en bas et de bas en haut (Ogden & Minton, 2000, p. 13 ). Au lieu de "compléter la réaction de blocage" en déchargeant l'énergie (Levine, 1997, p. 111), leur intention est d'enseigner au client à moduler ses processus sensorimoteurs, ce qui peut parfois signifier stimuler son excitation s'il est en hypo-excitation (Ogden & Minton, 2000, pp. 13-14 ).
L'hyperexcitation, une "activité excessive de la branche sympathique", mène à une augmentation des processus consommateurs d'énergie (rythme cardiaque et respiratoire accrus, sensation de "battement" dans la tête) (Siegel, 1999, p. 254, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). À long terme, elle peut perturber le traitement cognitif et affectif par la submersion et la désorganisation dues au rythme et à l'amplitude des pensées et émotions, souvent accompagnées de souvenirs intrusifs (Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). Van der Kolk et al. (1996) décrivent un cercle vicieux où "la résurgence, dépendante de l'état, d'un souvenir engendre une augmentation de l'accès aux souvenirs traumatiques et provoque des intrusions involontaires du traumatisme, ce qui mène à son tour à une augmentation de l'excitation" (p. 305, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 14 ), perpétuant l'hyperexcitation. Van der Kolk (date non spécifiée dans le passage, mais probablement 1996 ou 1987) souligne qu'une excitation élevée est facilement déclenchée chez les personnes traumatisées, les rendant incapables de faire confiance à leurs sensations corporelles pour les alerter adéquatement du danger, ce qui perturbe leurs réactions défensives (Ogden & Minton, 2000, p. 14 ).
À l'autre extrémité, l'hypoexcitation, due à une "activité excessive de la branche parasympathique", augmente les processus de conservation de l'énergie (réduction du rythme cardiaque et respiratoire, impression d'engourdissement et de "fermeture") (Siegel, 1999, p. 254, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). Elle se manifeste par un engourdissement, un émoussement des sensations corporelles internes, un ralentissement de la réaction musculo-squelettique, une réduction de la tonicité musculaire, notamment faciale (Porges, 1995, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). Ici aussi, le traitement cognitif et émotionnel est perturbé (Ogden & Minton, 2000, p. 14 ).
L'hyper- et l'hypoexcitation mènent souvent à la dissociation (Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). En hyperexcitation, l'intensité des sensations et émotions submerge le traitement cognitif (Ogden & Minton, 2000, p. 14 ). En hypoexcitation, la dissociation se manifeste par une capacité réduite à ressentir, évaluer le danger ou réfléchir clairement, et un manque de motivation (Ogden & Minton, 2000, pp. 14-15 ). Le corps peut s'engourdir, la victime peut se sentir quitter son corps (Ogden & Minton, 2000, p. 15 ). Des symptômes à long terme peuvent inclure "contraction des émotions, isolement social... anhédonie, impressions d'étrangeté" (Van der Kolk, 1987, p. 3), dépression, et manque de motivation (Van der Kolk et al., 1996, p. 422, cités par Ogden & Minton, 2000, p. 15 ). Ces symptômes rappellent les défenses passives (Ogden & Minton, 2000, p. 15 ).
L'individu traumatisé peut se trouver principalement au-dessus ou en dessous de sa zone optimale, ou osciller de manière incontrôlable entre ces états (Van der Kolk, 1987, p. 2, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 15 ). Cette "alternance biphasique entre l'hyperexcitation et l'engourdissement ou le blocage" (Figure 2, p. 15 ) peut devenir la nouvelle norme (Van der Kolk, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 15 ). Lorsque l'excitation est hors de la zone optimale, les niveaux supérieurs de traitement sont désactivés, et le traitement holistique est remplacé par une "action réflexe du bas vers le haut" (Ogden & Minton, 2000, p. 15 ). Siegel (1999) note que ces états sont marqués par une "rigidité excessive" ou un "caractère erratique", étant "soit inflexibles, soit chaotiques" et inadaptés (p. 255, cité par Ogden & Minton, 2000, pp. 15-16 ). La capacité préfrontale de flexibilité est inhibée, le "mode supérieur" de traitement intégratif [cognitif] étant remplacé par un "mode inférieur" de réaction réflexe [sensorimoteur] (Siegel, 1999, pp. 254-255, cité et commenté par Ogden & Minton, 2000, p. 16 ).
Les travaux de Stephen Porges (1995, 1997) sur la hiérarchie des niveaux du système nerveux autonome sont cruciaux pour la régulation de l'excitation et des défenses (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Il conclut que l'hypoexcitation est due au "complexe vagal dorsal" (parasympathique), qui conserve l'énergie en abaissant les rythmes cardiaque et respiratoire (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). L'autre branche parasympathique, le "complexe vagal ventral" ou "système d'engagement social", est le vagal "intelligent" car il régule les systèmes vagal dorsal et sympathique (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Ce système "intelligent" est plus souple que les deux autres niveaux plus primitifs, qui tendent aux extrêmes s'ils ne sont pas régulés (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Il donne aux humains une grande flexibilité de réaction, permettant par exemple de passer rapidement d'une animation intense à une écoute tranquille lors d'un échange social (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Ce système "intelligent" régule les réactions sympathiques et de "blocage" au traumatisme et permet de moduler finement l'excitation (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Ce mécanisme de "freinage" du système d'engagement social facilite la régulation de l'excitation générale et est proche de la "régulation psychobiologique interactive" de Schore (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ).
Quand la modulation est efficace, le système d'engagement social régule le comportement plus extrême du SNA (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). Sous stress traumatique, la personne peut d'abord essayer d'utiliser ce système pour moduler, mais s'il n'est pas efficace, l'engagement social et la régulation interactive tendent à se désactiver (Ogden & Minton, 2000, p. 16 ). La capacité à utiliser les relations extérieures pour se réguler est alors compromise ; la personne retourne aux systèmes sensorimoteur et émotionnel plus primitifs, et la direction cognitive normale est réduite (Ogden & Minton, 2000, pp. 16-17 ). En psychothérapie sensorimotrice, le système d'engagement social est activé lorsque l'interaction thérapeute-client régule efficacement l'excitation de ce dernier (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). Quand le thérapeute devient un "cortex auxiliaire", le client peut apprendre les capacités autorégulatrices sensorimotrices d'observation et de pistage (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). La capacité du thérapeute à réguler interactivement l'excitation dérégulée du client crée l'environnement où celui-ci peut aborder sa propre capacité à réguler l'excitation (Schore, 2001b, cité par Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). On aide ainsi le client à passer d'états bloqués et/ou d'hyperexcitation à une pleine participation avec le système d'engagement social (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ).
Les notions essentielles de la psychothérapie sensorimotrice sont :
"1) la régulation des états affectifs et sensorimoteurs à travers la relation thérapeutique, et
2) l'enseignement de l'autorégulation au client, par le contact, le pistage et l'articulation, indépendamment les uns des autres, et en pleine conscience, des processus sensorimoteurs" (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ).
Le premier point favorise la réinstauration du système d'engagement social par la régulation interactive, le second favorise l'assimilation indépendante des réactions sensorimotrices (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ).
Le premier est un prérequis du second (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). Comme l'observe Schore (2001b, p. 20), "la régulation interactive [par le thérapeute] de l'état du patient permet à celui-ci d'étiqueter verbalement son expérience affective [et sensorimotrice]" (cité et commenté par Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). C'est cette régulation qui fournit les conditions sécurisantes pour que le client contacte, décrive et régule son expérience intérieure (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ).
Le thérapeute doit cultiver chez son client une conscience aiguë des sensations corporelles internes, d'abord par l'interaction thérapeutique (le thérapeute observe et contacte les états sensorimoteurs), puis lorsque le client remarque lui-même ses sensations (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ). Il s'agit des "myriades de sensations physiques qui sont continuellement créées à l'intérieur du corps" (Ogden & Minton, 2000, p. 17 ), telles que moiteur, constriction, engourdissement, sensations électriques, fourmillements, vibrations (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). Souvent, interrogé sur ses sensations, le client utilise des mots émotionnels comme "panique" ou "terreur" (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). On lui demande alors de décrire comment il vit cette émotion physiquement (ex: panique = cœur qui bat vite, tremblements, respiration courte) (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). La colère peut être ressentie comme une tension dans la mâchoire, une envie de frapper, une lourdeur dans les bras (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). Une croyance comme "je suis mauvais" peut se manifester par un effondrement de la colonne, une tête inclinée, une tension dans les fesses (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). En cultivant cette attention et cette description verbale, les clients apprennent à distinguer les qualités subtiles de leurs sensations (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). Un vocabulaire sensoriel précis élargit la perception et le traitement des sensations physiques, de même qu'un vocabulaire émotionnel étendu aide pour les émotions (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ).
Pendant que le client décrit ses symptômes ou vécus traumatiques, le thérapeute observe son niveau d'excitation (hyper- ou hypoexcitation) (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). La tâche du thérapeute est de "maintenir" l'excitation du client dans les limites optimales du Modèle de la modulation, en abordant le matériel traumatique sans le submerger pour éviter la dissociation et permettre le traitement (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). Quand l'excitation atteint une limite, le thérapeute demande au client de négliger temporairement émotions et pensées pour suivre le développement de ses sensations et mouvements physiques jusqu'à leur résolution (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). Le thérapeute agit comme un cortex auxiliaire, modulant interactivement l'excitation et empêchant qu'elle ne sorte de la zone optimale où le traitement devient difficile sans dissociation (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ). En apprenant à limiter la quantité d'informations à traiter simultanément, les clients développent une capacité d'autorégulation indépendante, prévenant la submersion (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ).
Par exemple, si un client décrit une panique liée à un trauma, le thérapeute lui demande de négliger le contenu du souvenir et de ressentir la panique comme sensation corporelle (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Si le client rapporte un tremblement des mains et le cœur qui bat, le thérapeute demande de pister ces sensations (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Levine (1997, p. 82) note : "Quand on en a pris conscience, les sensations internes se transforment presque toujours en quelque chose d'autre" (cité par Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Le tremblement peut passer des mains aux bras entiers, puis se calmer ; le rythme cardiaque revient aussi à la normale (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). C'est seulement après que l'expérience sensorimotrice s'est calmée que du contenu additionnel est abordé et que le traitement émotionnel et cognitif est inclus (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ).
Le thérapeute doit observer très précisément l'organisation minute par minute de l'expérience sensorimotrice du client, les changements subtils (couleur de peau, dilatation des pupilles/narines, légère tension/tremblement) et plus évidents (colonne qui s'effondre, tête qui tourne, bras qui repousse) (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Ces vécus passent souvent inaperçus du client jusqu'à ce que le thérapeute les signale par une phrase de "contact" (ex: "On dirait que votre bras se raidit") (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). La procédure est analogue à celle de noter et contacter les états émotionnels pour en faciliter la conscience et le traitement (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ).
C'est la pleine conscience ("mindfulness") qui permet aux clients d'être plus conscients de leurs réactions sensorimotrices internes et d'augmenter leur autorégulation (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). La pleine conscience est un "état de conscience dans lequel on dirige son attention sur le vécu ici et maintenant, avec seulement pour intention d'observer son vécu, pas de le modifier" (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Elle utilise les facultés cognitives pour soutenir le traitement sensorimoteur, au lieu de laisser les processus traumatiques de bas en haut prendre le contrôle (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ). Le thérapeute pose des questions nécessitant la pleine conscience pour y répondre (ex: "Qu'est-ce que vous sentez dans votre corps ? Où se trouve cette tension exactement ?") (Ogden & Minton, 2000, pp. 19-20 ). Ce type de question sort le client d'un état dissocié ou d'idéations sur le passé/futur, pour vivre le présent à travers son corps, et l'encourage à se retirer de l'implication traumatique pour rapporter son vécu du point de vue d'un moi observateur (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ).
Pour un individu traumatisé, le vécu complet des sensations peut être déconcertant, voire effrayant, donnant l'impression de perdre le contrôle ou d'être sans défense (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Les personnes traumatisées sont souvent dissociées de leurs sensations corporelles (corps engourdi) (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Les auteurs pensent que les réactions défensives actives qui ont échoué, et l'incapacité à réguler l'excitation, peuvent être la source de ces vécus pénibles. Aider ces clients à vivre la séquence somatique d'une réaction défensive active peut alléger cette détresse, leur permettant de vivre la sensation sans dissocier ou se sentir mal (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ).
Suit l'exposé de trois séances avec Marie, une femme d'âge moyen ayant subi des viols répétés par un oncle de 4 à 10 ans (traumas relationnels et réels) (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Elle souffrait d'attaques de panique, de dépression, d'une "absence de frontières", sans souvenir clair des traumas jusqu'à une altercation récente qui a déclenché des flashbacks, insomnie, et symptômes physiques perturbants (hyperexcitation, tremblements, saignements vaginaux, crise d'immobilité) (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Marie rapporta que durant les abus, elle essayait de se débattre, puis finissait par se soumettre et regardait la scène "du plafond" (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Lors de ce récit, elle parlait rapidement, sans pauses, son système d'engagement social notablement réduit, paraissant parler seule, incapable d'utiliser la relation pour réguler son excitation (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Plus elle parlait, plus elle paraissait seule, par moments en panique, se jugeant pour avoir permis les abus (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ). Elle interprétait sa dissociation et sa sidération comme une faiblesse, se condamnant pour son incapacité à se défendre (réaction courante selon Nijenhuis & Van der Hart, 1999) (Ogden & Minton, 2000, pp. 20-21 ).
La première séance illustre que la phase initiale demande souvent au thérapeute de commencer à réguler l'excitation du client, d'abord par la régulation interactive au sein de la relation thérapeutique, ce qui pose le cadre pour l'apprentissage de l'autorégulation (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Une bonne relation est évidemment nécessaire (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Le thérapeute a encouragé la régulation interactive en pistant les changements corporels de Marie, en utilisant des phrases de contact, en montrant sa capacité à comprendre et supporter la détresse de Marie sans se retirer ni s'hyperexciter lui-même (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Peu à peu, Marie a commencé à se détendre, ralentir son débit et interagir réciproquement (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ).
Initialement, il fut difficile pour Marie d'avoir une pleine conscience de ses sensations corporelles ; l'hyperexcitation, les tremblements, la panique la submergeaient (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Le thérapeute, s'inspirant de l'idée de Levine (1997) d'échanger "une réaction active contre une réaction d'impuissance" (p. 110), savait que si Marie expérimentait pleinement une séquence défensive physique, ces symptômes pourraient diminuer (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Il lui proposa de pousser avec ses mains contre un coussin qu'il tenait et de noter ce qui se passait dans son corps (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Marie consentit. Elle ressentit d'abord nausée et peur accrue (réaction non rare lors de l'activation d'une séquence défensive échouée) (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Le thérapeute lui demanda de se détourner temporairement des souvenirs et de se centrer sur son corps pour trouver une façon confortable de pousser (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Encouragée à guider l'exploration physique (pression du thérapeute, position), Marie eut une impression croissante de maîtrise (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Pendant qu'elle expérimentait la défense active, le thérapeute pistait son corps ("votre poussée devient plus forte", "on dirait que vous vous calmez") et lui demandait d'observer en pleine conscience ses sensations ("Qu'est-ce qui se passe dans votre corps quand vous poussez ?") (Ogden & Minton, 2000, pp. 21-22 ). Finalement, Marie enchaîna une séquence entière de réaction défensive active : lever les bras, repousser, d'abord hésitante avec les bras seuls, puis avec plus de pression, incluant les muscles du dos, bassin et jambes (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Le thérapeute suscitant la pleine conscience, Marie commença à vivre le plaisir physique de pousser, disant "Ça fait du bien !" (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Les auteurs notent que l'expérimentation de sensations agréables peut accroître la capacité au plaisir (souvent anhédonie chez les traumatisés) et changer la relation au corps, parfois vécu comme "l'ennemi" (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Une fois la séquence défensive explorée et menée à terme, Marie était plus calme, capable d'avoir pleine conscience de ses sensations sans hyperactivation, se trouvant dans la zone optimale du Modèle de la modulation (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ).
On cherche à travailler aux limites du Modèle de la modulation : aborder suffisamment de matériel traumatique, mais pas trop pour éviter la submersion et la dissociation (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Quand Marie revint à la description du trauma (son choix), le thérapeute lui dit de rester pleinement consciente de ses sensations corporelles (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). En décrivant les violences, sa mâchoire se serra, son épaule et bras droits se contractèrent, sa respiration devint difficile – signes de réactions défensives émergeant spontanément (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Après des phrases de contact ("Votre mâchoire et votre bras semblent se raidir..."), le thérapeute demanda à Marie d'être pleinement consciente de ses sensations corporelles ("Prenons quelques instants pour ressentir ce qui se passe dans votre corps...") avant de continuer sur le contenu (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Marie décrivit la tension, sa tête semblant vouloir tourner à gauche, se rappelant un mur à sa gauche lors des abus (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ). Sans interpréter ni revenir au contenu, le thérapeute dit de "permettre à sa tête de tourner et de remarquer ce qui se passe après" (Ogden & Minton, 2000, pp. 22-23 ).
À ce moment, Marie ne décrivait plus le passé, attentive seulement à son expérience corporelle présente. Consciente de sa tête tournant à gauche, elle l'était aussi d'impulsions physiques paraissant involontaires (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Le thérapeute encourageant l'attention aux sensations et mouvements, son corps parut prendre vie : sa main "avait envie de se transformer en poing". Le thérapeute l'encouragea à "sentir cette impulsion et lui permettre de se produire" sans agir volontairement (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Contrairement à la poussée volontaire contre le coussin, sa main se ferma lentement en poing spontanément (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Marie dit que son bras avait envie de "frapper". La séquence motrice défensive émergeait sans guidance consciente de haut en bas (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Le thérapeute dit : "Ressentez cette impulsion à frapper et remarquez simplement ce qui se produit ensuite dans votre corps", encourageant Marie à pister et laisser apparaître les micromouvements et gestes involontaires, sans les "faire" (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Le traitement sensorimoteur se produisait spontanément par son attention consciente aux sensations et impulsions, et l'utilisation de la guidance cognitive (suspendre contenu et émotion pour encourager le traitement corporel) (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ).
Alors que Marie pistait ses sensations et mouvements involontaires, sa main formant un poing, son avant-bras se raidit, et son bras se souleva lentement de ses genoux, sans intention consciente (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Marie commença à paniquer ; le thérapeute lui demanda de vivre simplement les éléments physiques de la panique (cœur battant plus vite, constriction), sans s'occuper de l'émotion (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). C'était une directive importante pour séparer les émotions traumatiques de la sensation, afin que le traitement sensorimoteur se fasse sans parasitage émotionnel/cognitif et sans surcharge d'informations (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Peu à peu, tête et corps de Marie revinrent à la normale, son bras droit fit lentement un mouvement d'élévation et de frappe, accompagné de tremblements (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ). Après plusieurs minutes de traitement sensorimoteur, le bras de Marie revint sur ses genoux (Ogden & Minton, 2000, pp. 23-24 ). Elle continuait à frissonner ; le thérapeute lui dit de "rester avec ces frissons et ces sensations tant qu'elle se sentait bien de le faire" (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Depuis le début, le thérapeute l'encourageait à faire confiance à son corps, à permettre les mouvements sans les diriger, mais aussi à s'arrêter si l'inconfort était trop grand (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). La constriction physique de cette "exposition" graduelle peut être intense avant de se détendre, nécessitant l'aide du thérapeute pour suivre le traitement, tout en encourageant l'autorégulation (s'arrêter si trop fort) (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Les frissons cessèrent ; Marie se sentit soulagée, avec des picotements (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Le thérapeute lui demanda de savourer cette sensation et de la décrire physiquement (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Rapportant une détente musculaire, un rythme cardiaque ralenti, une bonne sensation de lourdeur, Marie se sentit paisible pour la première fois depuis des semaines (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ).
En reparlant de l'abus, Marie était moins dure envers elle-même, exprimant sa colère que sa mère ait fermé les yeux et affirmant qu'une enfant de quatre ans doit pouvoir se changer sans souci devant un proche (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Sans travail direct sur ses jugements, croyances ou émotions associés, le travail sensorimoteur avait eu un effet positif sur ses processus émotionnel et cognitif (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Vers la fin de la séance, le thérapeute aida à aborder le traitement cognitif et émotionnel. Marie laissa libre cours à sa tristesse, parvint à de nouvelles compréhensions, tout en devenant plus consciente de ses réactions sensorimotrices (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Elle vivait une "nouvelle intégration, une réorganisation des niveaux physique, émotionnel et cognitif de son expérience" (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ).
À la séance suivante, Marie rapporta un sommeil redevenu normal, un calme général accru, une quasi-disparition des attaques de panique, et une plus grande confiance en sa capacité à mener ce travail et à maîtriser sa vie, souhaitant continuer à explorer ses traumas d'enfance (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ). Son interaction avec le thérapeute s'améliorait (questions, dialogue, utilisation de la relation pour se calmer), ne ressemblant plus au monologue initial (Ogden & Minton, 2000, pp. 24-25 ). Dans les séances suivantes, Marie développa sa capacité à se défendre activement et à mettre des limites, ce qui accrut sa capacité à s'engager dans des régulations interactives, car la capacité à se défendre et poser des limites augmente la sécurité relationnelle (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). Elle traitait de mieux en mieux les éléments cognitifs émotionnels du traumatisme et abordait ses difficultés relationnelles avec le thérapeute, revenant fréquemment au traitement sensorimoteur lorsque des impulsions physiques ou sensations émergeaient, ou si elle se sentait à nouveau hyperexcitée ou dissociée (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ).
Enfin, Marie vécut une séance où elle affronta le souvenir du moment où elle avait dissocié pour la première fois ("regardé depuis le plafond ce que son oncle était en train de faire à une autre petite fille"), pendant qu'une autre partie d'elle se soumettait à l'abus (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). Elle avait maintenant acquis la compétence de pister ses sensations corporelles et se sentait plus à même de traverser ces expériences (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). Elle écrivait : "Cette fois, cependant, c'était comme si j'avais su que j'étais capable de traverser ça ; je l'avais déjà fait et je savais qu'il y avait un processus et des étapes qui menaient à une expérience moins difficile, plus pleine" (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). Dans cette séance, attentive à son corps en se rappelant le trauma, elle prit conscience des réactions physiques vécues enfant : éléments physiques de la soumission et de la dissociation (engourdissement, flaccidité musculaire, paralysie) en même temps que la pulsion de frapper (tension dans mâchoires et bras) (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). La conscience de ses sensations devint la "force unificatrice de résolution de ce 'clivage dissociatif'", Marie prenant conscience : "Cette désintégration n'est pas réelle... Je suis deux corps en un seul, qui font deux choses différentes" (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). En expérimentant ce clivage dans son corps et en traitant ses composantes physiques (comme l'envie de frapper son oncle), elle put vivre le chagrin associé à l'abus sans se dissocier (Ogden & Minton, 2000, p. 25 ). Sa capacité cognitive s'améliorant, elle put remplacer ses croyances négatives par une fierté d'avoir pu se défendre par la dissociation et la soumission, reconnaissant leur efficacité dans sa situation et qu'une défense active aurait pu aggraver sa traumatisation (Ogden & Minton, 2000, pp. 25-26 ). Elle dit fièrement : "Je suis quelqu'un de bien : vous avez vu ce que j'ai fait ?", parlant de sa dissociation comme survie (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ).
Peu après, sa thérapie prit fin (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ). Six mois plus tard, elle écrivait : "J'ai conscience d'un changement profond et durable à la fois dans mon corps (dans la façon dont je me tiens), et dans mon impression d'intégration et de capacité à rester présente... J'ai aussi l'impression d'être intégrée d'une façon différente. C'est comme si la partie de moi qui avait subi ces abus... n'était plus seule, mais qu'elle avait d'autres parties, plus solides... qui lui sont mélangées maintenant. Je n'ai plus aujourd'hui ce besoin désespéré de contact [avec le thérapeute] pour entrer dans les souvenirs ; c'est comme si je pouvais y être pour moi-même" (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ).
La psychothérapie sensorimotrice a été construite à partir de la pratique clinique. Bien qu'il n'y ait pas encore de recherches empiriques, de nombreux rapports informels de clients et thérapeutes attestent de son efficacité (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ). Les professionnels formés rapportent une réduction des symptômes d'ESPT (cauchemars, paniques, crises de violence, hyperexcitation) et une meilleure capacité des clients à pister leurs sensations corporelles les aidant à vivre la réalité présente au lieu de réagir comme si le trauma était encore en cours (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ). Cette réduction des symptômes corporels et la meilleure capacité à l'autorégulation interactive semblent aider les clients à mieux travailler avec d'autres éléments du traumatisme (attachement, sens, patterns dissociatifs) (Ogden & Minton, 2000, p. 26 ).
La méthode fournit des outils pour gérer les réactions corporelles perturbantes ; les clients se sentent plus en sécurité en sachant mieux limiter la quantité d'informations à traiter grâce à la focalisation sur la sensation, et en expérimentant leur capacité à se défendre physiquement (Ogden & Minton, 2000, pp. 26-27 ). Ceux ayant des défenses hyperactives (fureur) peuvent aussi accroître leur sentiment de sécurité en apprenant à repérer les précurseurs physiques de leurs crises et en se mettant en pleine conscience, ce qui augmente l'autorégulation et prévient l'escalade (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ).
Cependant, certains clients ne sont pas aussi disponibles ou intéressés par le traitement somatique que Marie (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Ils doivent apprendre lentement à expérimenter leurs sensations et à en voir l'intérêt, découvrant que cela peut être sans danger et même agréable (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Les personnes gravement désorganisées ou dissociées peuvent être incapables d'avoir une pleine conscience de leurs sensations sans se trouver davantage perturbées (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Aborder trop de sensations trop rapidement, surtout avant que les clients puissent observer leur expérience et mettre de côté contenus et émotions, peut être contreproductif, accroître la dissociation et exacerber les symptômes d'ESPT (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Les thérapeutes doivent donc s'adapter au rythme et aux capacités d'intégration de chaque client (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Si un client demeure incapable ou refuse de travailler avec le traitement sensorimoteur car il le trouve trop perturbant ou inintéressant, celui-ci est contre-indiqué et d'autres techniques doivent être utilisées (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ).
Bien que l'article se soit centré sur le traitement sensorimoteur, la psychothérapie sensorimotrice globale inclut les traitements émotionnel et cognitif (Ogden & Minton, 2000, p. 27 ). Le thérapeute doit évaluer à chaque moment quel niveau de traitement aborder pour l'effet global le plus positif ; le traitement émotionnel ou cognitif est souvent requis et peut avoir un effet positif sur le traitement sensorimoteur ultérieur (Ogden & Minton, 2000, pp. 27-28 ). Il existe aussi d'autres cartes thérapeutiques et techniques orientées sur le corps dans l'approche globale des auteurs, abordant la dynamique relationnelle, les patterns psychostructurels et la dissociation (Ogden & Minton, 2000, p. 28 ). L'objectif ultime et primordial est de "favoriser un traitement holistique en intégrant les trois niveaux de notre être cognitif, émotionnel et sensorimoteur" (Ogden & Minton, 2000, p. 28 ).
Établissement d'une relation thérapeutique sécurisante : Le thérapeute commence par créer un cadre de sécurité et de confiance, essentiel pour la régulation interactive (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ). Il sert de "cortex auxiliaire" et de "régulateur psychobiologique interactif" pour l'état dérégulé du client (Ogden & Minton, 2000, p. 9, p. 17 ).
Observation et pistage des états du client : Le thérapeute observe attentivement les manifestations physiques et le niveau d'excitation du client (hyper/hypo), y compris les signaux subtils (changements de couleur de peau, respiration, micro-mouvements) (Ogden & Minton, 2000, p. 18, p. 19 ).
Modulation de l'excitation : Le thérapeute aide le client à rester dans sa "fenêtre de tolérance" ou "zone optimale d'excitation". Si l'excitation monte ou descend trop, le thérapeute intervient pour la ramener dans la zone propice au traitement (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ).
Introduction de la pleine conscience aux sensations corporelles : Le thérapeute guide le client à porter une attention curieuse et sans jugement à ses sensations physiques internes, en les distinguant des émotions et des cognitions (Ogden & Minton, 2000, p. 3, p. 19 ). On enseigne au client un vocabulaire pour décrire ces sensations (Ogden & Minton, 2000, p. 18 ).
Focalisation sur le sensorimoteur : Lorsque l'excitation est trop forte ou que des réactions sensorimotrices émergent, le thérapeute demande au client de suspendre temporairement le récit ou l'exploration émotionnelle/cognitive pour se concentrer uniquement sur le pistage détaillé des sensations et des impulsions motrices jusqu'à leur résolution naturelle (Ogden & Minton, 2000, p. 8, p. 18 ).
Facilitation de l'achèvement des actions de défense interrompues : Le thérapeute peut proposer des expériences (comme pousser contre un coussin) pour permettre au client d'explorer et de vivre des séquences motrices défensives qui ont été bloquées durant le trauma (Ogden & Minton, 2000, p. 20, p. 21 ). Cela peut impliquer de suivre et de permettre l'émergence de mouvements involontaires ou d'impulsions (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ).
Titration de l'expérience : Le thérapeute aide le client à aborder le matériel traumatique par petites étapes ("titration"), pour éviter la submersion et la retraumatisatisation, en encourageant le client à s'arrêter s'il se sent débordé (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ).
Intégration des trois niveaux : Une fois que l'excitation est mieux régulée et que les expériences sensorimotrices ont été traitées, le thérapeute facilite l'intégration en reliant ces expériences corporelles aux émotions et aux cognitions associées, permettant une nouvelle compréhension et une réorganisation de l'expérience traumatique (Ogden & Minton, 2000, p. 19, p. 24 )
Développement de l'autorégulation : L'objectif est que le client développe progressivement sa propre capacité à reconnaître, pister et moduler ses états internes, devenant ainsi moins dépendant du thérapeute pour la régulation (Ogden & Minton, 2000, p. 17, p. 18 ).
Questions pour orienter vers les sensations corporelles :
"Qu'est-ce que vous sentez dans votre corps en ce moment ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Diriger l'attention du client vers l'expérience somatique présente, développer la conscience intéroceptive.
"Où se trouve cette tension exactement [dans votre corps] ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Aider à localiser et préciser la sensation, la rendant plus concrète et gérable.
"Quelle est la sensation dans vos jambes maintenant ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Élargir la conscience corporelle à différentes parties du corps.
"Que se passe-t-il dans le reste du corps lorsque vous fermez le poing ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 20 ) But : Explorer la connectivité des sensations et des actions dans le corps.
(En réponse à une émotion comme "panique") "Comment vivez-vous cette émotion au plan physique ?" (implicite de la description p. 18 ) But : Aider le client à traduire une expérience émotionnelle en sensations physiques concrètes.
"Qu'est-ce qui se passe dans votre corps quand vous poussez ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ) But : Connecter une action physique (pousser) à l'expérience sensorielle interne.
"Qu'est-ce que vous ressentez dans votre dos, dans votre colonne vertébrale [en poussant] ?" (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ) But : Affiner la conscience des sensations spécifiques pendant une action.
Questions/Invitations pour le pistage et la permission des mouvements/sensations :
"Prenons quelques instants pour ressentir ce qui se passe dans votre corps, avant de continuer sur le contenu." (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ) But : Prioriser le traitement sensorimoteur lorsque des réactions corporelles significatives émergent.
"Permettez à votre tête de tourner et remarquez ce qui se passe après." (Ogden & Minton, 2000, pp. 22-23 ) But : Encourager l'expression d'une impulsion motrice spontanée et l'observation de ses conséquences.
(Concernant une impulsion) "Sentez cette impulsion et permettez-lui de se produire." (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ) But : Valider et encourager l'exploration d'une impulsion motrice non volontaire.
"Ressentez cette impulsion à frapper et remarquez simplement ce qui se produit ensuite dans votre corps." (Ogden & Minton, 2000, p. 23 ) But : Guider le client à rester avec une impulsion défensive tout en observant les micro-mouvements et sensations qui suivent, sans agir de manière précipitée.
"Restez avec ces frissons et ces sensations tant que vous vous sentez bien de le faire." (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ) But : Encourager le client à tolérer et à traiter des sensations intenses (comme les tremblements de décharge) tout en respectant ses limites (autorégulation).
Phrases de "contact" du thérapeute (affirmations plutôt que questions, mais servant un but similaire de guidance de l'attention) :
"On dirait que votre bras se raidit." (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Attirer l'attention du client sur une observation physique qu'il n'a peut-être pas remarquée.
"Votre main se crispe." (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Similaire au précédent.
"Il y a un léger tremblement dans votre jambe gauche." (Ogden & Minton, 2000, p. 19 ) But : Similaire au précédent.
"Votre poussée devient plus forte." (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ) But : Refléter et valider l'expérience physique du client pendant une action.
"On dirait que vous vous calmez." (Ogden & Minton, 2000, p. 21 ) But : Noter et renforcer les signes de régulation.
"Votre mâchoire et votre bras semblent se raidir, et votre respiration change." (Ogden & Minton, 2000, p. 22 ) But : Articuler des observations complexes de réactions défensives émergentes.
Questions/Invitations pour l'exploration et l'intégration cognitive/émotionnelle (après le travail sensorimoteur) :
Bien que moins détaillées sous forme de questions directes dans ces sections, le texte implique que le thérapeute aide ensuite le client à "aborder le traitement cognitif et émotionnel" (Ogden & Minton, 2000, p. 24 ) et à parvenir à de "nouvelles compréhensions". Cela pourrait impliquer des questions comme :
"Maintenant que votre corps s'est calmé, que comprenez-vous différemment de cette expérience ?" (Implicite)
"Quelles émotions sont présentes maintenant ?" (Implicite)
"Comment cette expérience physique change-t-elle ce que vous pensez de vous-même dans cette situation ?" (Implicite, en lien avec le changement de Marie de l'auto-accusation à la colère/fierté ). But : Relier l'expérience somatique transformée à la signification émotionnelle et cognitive, favorisant une intégration holistique.
Ogden, P., & Minton, K. (2000). Sensorimotor Psychotherapy: One Method for Processing Traumatic Memory. Traumatology, VI(3), Article 3.