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Il est conseillé de lire l'article Proposition pour utiliser la métaphore du voyage de vie - la migration de l'identité -comme un outil narratif possible en réhabilitation psychosociale pour comprendre les intentions de cette carte
Critique narrative des outils de la réhabilitation psychosociale
III. Comment s’orienter avec l’approche narrative en réhabilitation psychosociale ?
Honorer les mots de la personne et ce qu’il ya de plus précieux chez elle
Quid de la normalité et de l'anormalité alors ?
Comment l’utiliser cette carte du voyage de vie en réhabilitation psychosociale
Proposition pour utiliser la métaphore du voyage de vie - la migration de l’identité comme un outil narratif possible en réhabilitation psychosociale
I. Introduction
II. Les migrations de l’identité: une métaphore pertinente pour l’accompagnement de personnes en réhabilitation psychiatrique et sociale
Critique narrative des outils de la réhabilitation psychosociale
III. Comment s’orienter avec l’approche narrative en réhabilitation psychosociale ?
Rappels des postulats de l’approche narrative et du rapport qu'entretient l’approche narrative avec la psychiatrie et la psychopathologie
Il n’existe pas de conception déficitaire, dysfonctionnelle et psychopathologique dans l’approche narrative
Les “étiquettes diagnostiques” n'intéressent fondamentalement pas le praticien narratif, mais à la relation qu'entretient une personne à ses “étiquettes diagnostiques” et les conséquences de “ce récit dans l’expérience quotidienne de la personne oui !
Comment un praticien narratif aborde-t-il les personnes qui souffrent de pathologies dites “mentales” selon le discours dominant pathologisant et objectivant de la psychiatrie sans réduire l’identité des personnes à l’étiquette de leur maladie ou de leurs troubles ?
Un praticien narratif n'a pas à faire usage dans sa conversation de manière privilégiée des termes médicaux.
Honorer les mots de la personne et ce qu’il ya de plus précieux chez elle
Les intentions à faire vivre et les questions narratives à ne pas oublier lorsqu’un praticien travaille dans un bain de langage ou domine le vocabulaire médical et un discours dominant ?
Le praticien narratif n'a pas à structurer son mode de pensée et ses modalités d'interventions sur le modèle étiologique du discours scientifique, médical ou psychiatrique. La recherche de la cause d'un trouble ou d'une maladie est absolument sans intérêt pour le praticien narratif.
La position éthique et politique de la pratique narrative : Accompagner les personnes à contester l'hégémonie et la toute-puissance des connaissances psychiatriques
Quid de la normalité et de l'anormalité alors ?
IV. Proposition de l’utilisation de la métaphore du voyage de la vie pour accompagner les personnes dans une approche narrative vers le rétablissement
Comment l’utiliser cette carte du voyage de vie en réhabilitation psychosociale
Bibliographie
C’est le titre d’un chapitre de l'ouvrage de David Denborough « Retelling the stories of our lives » (re-raconter les histoires de nos vies).
David Denborough propose un outil qui peut être utilisé comme médiateur en approche narrative.
Cet outil repose sur le postulat que la vie peut être assimilée à un voyage. Il s’agit de tracer sa route vers des destinations que l’on n’aurait pas prévues.
Le voyage de la vie implique de naviguer à travers des courants, des obstacles, des contingences pas toujours confortables. Le voyage de la vie, disons plutôt, les voyages divers entrepris dans la vie amènent des expériences qui nous poussent à devenir différent de ce que nous étions avant de commencer ce voyage.
Lorsqu’une personne s’engage dans un processus de réécriture de son histoire de vie, lorsqu’une personne s’engage dans un processus de changement, il y a toujours des hauts et des bas. Les histoires dominantes, des histoires de problèmes, les problèmes eux-mêmes, sont présents parfois depuis de nombreuses années ! Ils ne disparaissent pas d’un coup par enchantement. L’aspiration au voyage ne suffit pas à résoudre ces problèmes où la prégnance de ces histoires à problème sans une préparation et un accompagnement adéquat.
Dans tout voyage, il peut y avoir des obstacles ou des empêchements qui peuvent nuire au voyage lui-même. Avant de se lancer dans un voyage de vie, il convient de s’y préparer voire d'anticiper les obstacles et les empêchements qui pourraient se présenter durant le parcours.
C’est sur cette métaphore du voyage et de la préparation au voyage que David Denborough a construit son outil.
Il nous invite à considérer que certaines personnes (David Denborough fait référence dans son ouvrage à certaines femmes qui subissent des pressions sociales ou qui vivent des situations de maltraitance) peuvent avoir du mal à quitter des relations malgré l’insatisfaction de cette relation ou des violences subies. Peu de temps après la séparation, il peut arriver que ces mêmes personnes perdent le sentiment de soulagement d’avoir pu échapper à la relation et retombent dans un nouveau désespoir. Une insécurité confusionnelle s’installe et un sentiment d’échec si imposant que cela peut pousser les personnes à retourner, à retrouver les embarras de leurs anciennes relations au risque d’un questionnement identitaire ou une remise en question de leur destinée.
David Denborough nous propose de comprendre “cette expérience “en creux”[1], ce désespoir, de doute, cette insécurité liée au questionnement anxieux et confusionnel comme “une migration d’identité”[2].
Lorsqu’une personne prend des mesures pour se libérer d’une relation violente, toxique ou insatisfaisante, elle fait beaucoup plus que de se libérer de ses traumas ou traumatismes. Elle fait beaucoup plus que cela, elle modifie la manière dont elle doit renégocier les relations qu'elle a avec son identité et, de se fait, la redéfinir, bref devenir autre de ce qu’elle était ou ce qu’elle pensait être.
Cette migration d’identité n’est pas un processus fluide, souple et dépourvu de point d’achoppement ou d'arrêt. Il peut comporter des accrocs, des doutes et des vicissitudes.
Pour réduire l’insécurité, le risque d’errance ou de confusion, il peut être capital d’avoir une carte et une boussole pour naviguer sur ce terrain du changement identitaire. Il peut être vital de prévoir, d’anticiper et d’envisager les hauts et les bas , les “creux” susceptibles d’être rencontrés. Il est également vital d’anticiper et de se représenter concrètement ce que sera la destination possible de ce voyage. Comment savoir qui nous sommes, si nous n’arrivons pas à représenter ce que l’on va devenir, quelles sont nos intentions, nos espoirs, nos croyances, nos valeurs, nos rêves, nos attentes ?
“Créer une carte ou un graphique de migration…peut nous aider à être moins vulnérables au désespoir aigu. Si nous nous sentons confus, cela peut nous aider à voir que cela fait partie d'une migration plus longue ; en fait, nous pouvons même prévoir qu'il y aura des moments de profonde désorientation et comprendre que cela fait partie du voyage.”[3]
Cette métaphore de la vie comme un voyage identitaire, comme une migration d’identité et l’utilisation de cette métaphore m’est apparue, assez rapidement, comme un outil pertinent, original, pour ne pas dire typiquement, exotique (pour reprendre une formulation narrative) à utiliser dans l’accompagnement de personnes souffrant de pathologie psychiatrique.
Il existe déjà en réhabilitation psychiatrique et sociale des outils qui s'inspirent de cette métaphore de la préparation au voyage, par l’évaluation formelle des besoins de la personne accompagnée et le secours d’échelles d’évaluation des risques, de plaisir ou de satisfaction dans la vie[4]. Cette démarche d’évaluation des besoins s’accompagne souvent de plan de suivi individualisé, de séances de psychoéducation et d’éducation thérapeutique.
Ce sont des outils fiables et valides, mais il y a un énorme inconvénient. Ce sont même des inconvénients de taille ! C’est que ces outils de réhabilitation psychosociale restent dans le discours médical et scientifique de la réhabilitation psychosociale !
Ce sont des outils qui véhiculent malgré eux les enjeux de pouvoir et des enjeux normatifs liés au discours médical et scientifique quand ce n’est pas celui du discours moderne, capitaliste, de la gestion (auto) managériale de son capital santé.
Rappelons que la réhabilitation est “un ensemble de procédés visant à aider les personnes vivant avec des troubles psychiques à se rétablir, c’est-à-dire à obtenir un niveau de vie et d’adaptation satisfaisant par rapport à leurs attentes”[5].
La réhabilitation psychosociale repose sur l’idée (positive) que toute personne est capable d’évoluer vers un projet de vie choisi. Elle se base toujours sur les capacités préservées des personnes et les utilise pour mieux pallier les déficits.
Si c’est une réalité clinique indéniable dans le discours médical que la plupart des symptômes induits par les troubles psychiques puissent être stabilisés, le récit qu’introduit ce discours moderne, médical ou scientifique, c’est un langage, un vocabulaire qui véhicule l’idée qu’il existe toujours des difficultés qui persistent ( cliniques, cognitives, des troubles de la cognition sociale, des troubles de l’insight, une perte d’autonomie,etc..) qui peuvent entraver le processus de rétablissement. Le but de la réhabilitation psychosociale étant de réduire l’impact de ces difficultés pour favoriser le rétablissement.
La question politique, narrative, que nous pourrions nous poser c’est de savoir si une personne étiquetée, diagnostiquée par la savoir psychiatrique peut néanmoins vivre, parler de son expérience de vie sans être contaminée par la nécessité d'utiliser le savoir et la connaissance de la langue psychiatrique ?
Peut-il aborder son parcours de vie, son expérience, autrement que dans et par la langue psychiatrique ?
Ne pourrait-il pas se raconter une autre histoire de vie ? Une autre histoire de vie que celle dictée par les étapes du parcours de soins et de vie d’une personne en rétablissement ?
Pourquoi faudrait-il nécessairement intérioriser les discours dominants psychiatriques pour se sentir rétabli ?
Un usager des soins psychiatriques ne peut-il pas décrire son expérience de manière plus singulière, poétique ou métaphorique ?
De telles questions peuvent paraître totalement insensées ou dénuées de pertinences pour les personnes qui “pensent l’accompagnement” de manière moderne, dans une conception structuraliste de la réalité.
Le constructivisme social nous rappelle que la réalité est changeante, socialement construite par les relations que l’on entretient avec les autres et la réalité discursive des autres.
Il n’existe pas une réalité, mais des réalités.
La réalité, elle-même, est modelée par le langage, la mise en récit et les récits cuturels.
La réalité n’est qu’affaire de discours et d’histoires que l’on se raconte voire que l’on peut inventer.
En ce sens, tout le monde délire sa réalité…. Fut-elle la plus commune, la plus ordinaire ou la plus partagée. Tout le monde délire au sens où tout être parlant lie et délie ( le délire étymologiquement, c’est la déliaison) les associations de mots pour donner un sens personnel à une histoire, au récit de sa vie pour constituer sa réalité. C'est lorsque ce délire n’est plus socialement, culturellement partagé, qu’il ne permet plus d’être en lien avec son identité narrative et qu’il coupe du lien à ses pensées, à son corps et aux autres qu’il s’avère pathologique. C’est lorsque que la narration, le récit, l’histoire qu’un sujet raconte se déconnecte des significations ordinaires de sa communauté, de sa culture et du lien social aux autre que le pathologique fait son lit.
Dans une perspective purement constructiviste et linguistique, la réalité médicale n’existe que parce qu’il existe un discours et des histoires sociales, culturelles qui façonnent le réel, cette chose impossible à atteindre.
Le réel est impossible à atteindre sauf à travers le bornage et la logique des mots, du langage dans ces histoires que l’on se raconte.
La question narrative est de savoir comment une personne diagnostiquée comme souffrant de troubles psychiatriques ou psychiques peut-elle raconter sa vie c'est-à-dire voyager identitairement dans la narration de sa vie, parler de son expérience, sans le parasitage du langage et du discours psychiatrique.
Comment voyager narrativement dans sa vie sans s’identifier à son problème médical ?
Comment vivre sans incorporer, intérioriser, les récits médicaux pour nommer son expérience ?
Cette liste de questions s’articule finalement autour de cette question narrative: en quoi est-ce indispensable d'apprendre nécessairement la langue médicale pour s’engager dans un processus de rétablissement ?
Comment éviter de s’identifier à son problème ou son histoire à problème avec la contamination des étiquettes diagnostiques du discours médical ?
Quel usage doit faire une personne “diagnostiquée” du récit médical, des étiquettes diagnostiques et de l’histoire que se racontent les professionnels pour conceptualiser ce que pourrait être, son parcours vers un rétablissement, pour redevenir auteur de son propre voyage de la vie ?
Peut-être gagnerons-nous, vraiment, à écouter dans une perspective narrative ceux qui ont “survécus à la psychiatrie”[6], toutes ces personnes qui témoignent avec leurs mots, leur vocabulaire, avec ce savoir que la science qualifie maladroitement de “profane” pour répondre à ces questions.
Après ce long prologue, revenons, si vous le voulez bien, au sujet principal de notre article.
Pour démontrer la pertinence à utiliser l’approche narrative en réhabilitation psychosociale, en particulier, cette métaphore des voyages de vie, il est nécessaire dans un premier temps de revisiter les intentions de l’approche narrative. Il est important de rappeler la dimension politique et éthique de l’approche narrative pour éclaircir et définir ce qui s’articule (ou pas !) de l'approche narrative et de la psychiatrie.
Pour éviter toute ambiguïté et être le plus explicite possible, il nous a semblé fondamental de rappeler quelles étaient les positions de Michael White quand la psychiatrie et la psychopathologie.
Il n’existe pas de conception déficitaire, dysfonctionnelle et psychopathologique dans l’approche narrative
Rappelons que l’approche narrative de Michael White est une approche d’accompagnement qui repose une conception postmoderne de la thérapie qui ne réduit pas l’identité de la personne à son problème. La personne est la personne. Le problème est le problème. La personne est une personne, une personne “entière”, pas une personne “handicapée” ou “diminuée” par des troubles ou des déficits.
Dans l’approche narrative, il n’existe pas une conception structuraliste ou déficitaire d’une personne. Toute personne, tout individu est avant tout un être social profondément animé des mêmes potentialités narratives que n’importe quel autre individu.
Le problème, lui, est une créature (vivante). C’est une Chose, un récit “vivant” extérieur à la personne. Le problème, c’est le problème. La personne, c’est la personne. Point.
Le praticien narratif n’est pas un expert qui sait mieux que la personne elle-même. L’expert, c’est le client, la personne, pas le professionnel.
Le praticien ne cherche pas à expliquer ou convaincre la personne. Le praticien narratif ne pousse pas la personne à adopter son point de vue ou sa conception religieuse ou scientifique.
Le praticien narratif n’est pas là pour éduquer la personne à comprendre qu’il peut souffrir encore ( ou toujours) de tel ou tel mécanisme cognitif ou adaptatifs dysfonctionnels. Parler de troubles, de déficits, de remédiation cognitive, de troubles des habiletés sociales, c’est déjà, pousser une personne à se conformer au discours qui les conditionne comme réalité.
Nous savons en tant que praticiens narratifs qu’il n’existe pas, dans l’approche narrative de Michael White, de théorisation de la pathologie dite “mentale”. Il n’y a pas de conceptualisation des troubles psychiques.
Il n’y a pas, dans l’approche narrative, d’histoires à se raconter entre l’approche narrative et la psychiatrie.
La déclaration de position de Michael White est très explicite dans un article “Psychotic experience and discurses” paru dans White, M. K. (1995). Re-authoring lives: Interviews & essays (pp. 3-21). Adelaide: Dulwich Centre Publications[7].
Le mot même de pathologie fait grimacer Michael White dans cet article: il le souligne très ouvertement “ Ce mot me fait grimacer”[8] dans la mesure où il considère que la pathologisation des personnes est devenue une pratique courante quasiment systématique dans le champ de la santé mentale voire le champ de la santé de manière générale.
En médecine, comme en psychiatrie, impossible de penser l’humain, ce qui pose un mal-être, un problème, un “ça ne va pas” à cet humain, sans faire référence à un discours dominant médical qui transforme, malgré lui, ce récit, la narration de ce problème, dans une autre langue, dans un autre vocabulaire, le langage médical.
Épistémologiquement, la connaissance et le savoir médical sont fabriqués. La démarche anatomoclinique de la médecine conçoit le pathologique comme une entité, la maladie, détachée de toute expérience subjective et de tout savoir propre de la personne.
Entre la narration de la personne de son expérience singulière, entre la narration de son “ça ne va pas”, entre ce que R.Leriche[9] appelait la “maladie du malade”, et la “maladie du médecin”, il y a un monde ! Ce monde, c’est le temps d’une traduction et l’espace de la téléportation dans un autre univers langagier et narratif. Le médecin est un traducteur. Il traduit, transforme les mots du patient dans une autre langue, la langue de la médecine. La “maladie du malade” se transforme en “maladie du médecin”. Dans cette langue de “la maladie du médecin”, le sujet parlant perd ses mots, son expérience sensorielle, son essence. La maladie du médecin s’isole et se détache du récit de la personne, de ses mots, de son langage, de son vocabulaire. Le récit de la personne est recodé, réinterprété à travers le prisme du discours médical.
La maladie ainsi nommée est créée par le discours médical. Les signes cliniques, le diagnostic de cette maladie, sa nomination comme les prescriptions médicales nécessaires sont des biens culturels, ils appartiennent à la culture médicale.
C’est à Michel Foucault que l’on doit cette observation. Il nous a rappelé qu’il existe une histoire de la médecine, une histoire de la conception de la médecine et de la folie.
La folie, par exemple, n’a pas toujours été considérée comme un objet de savoir et de connaissance, un objet du traitement médical par le discours médical. Elle se sera considérée comme une maladie qu’à partir du 18° siècle, à partir de l’émergence de la démarche anatomoclinique,
Michael White déplore dans cet article que la pathologisation de l’existence humaine est un phénomène de plus en plus courant dans notre culture, dans notre Civilisation et elle nous fait oublier que ces discours médicaux, ces discours de pathologisation médicale de l’existence, ces discours scientifiques qui objectivent toujours plus l’être même des conduites humaines, détachent l’homme de tout récit personnel. Ce discours pathologisant coupe l’homme de son expérience propre, de ces mots à lui, de son langage, de son savoir “folklorique” ou (pour reprendre la terminologie scientifique dominante) de son savoir “profane”.
Ce discours pathologisant et scientifique n’aide pas en soi la personne. Ils n’existent que pour faire avancer la recherche (et le traitement médical) . Ils aident surtout,nous dit Michael White, à “éviter la reconnaissance du fait que ces problèmes”[10] pathologiques, ces “maladies” sont d’abord des produits “culturels”, “des produits de nos modes de vie et de pensées culturelles”[11].
Épistémologiquement, l’approche narrative critique toute forme de ségrégation et de catégorisation objectivante et globalisante de l’identité propre d’une personne.
Les savoirs, les connaissances, le sens historique des évènements évoluent en fonction de la conception que se fait la personne ou un professionnel de la situation. Les connaissances psychiatriques et psychopathologiques sont fonction des discours paradigmatiques dominants d’une culture et d’une civilisation donnée.
Dans la mesure où le praticien narratif critique dans sa démarche, dans son approche, l’objectivation des personnes par les théories psychologiques et la nosographie psychiatrique qui sont dominantes dans la société, il serait en totale inadéquation avec les principes de base l’approche narrative s’il devait réduire l’identité d’une personne à une pathologie ou ne retenir du récit de la personne que la définition de ses troubles. La personne, c’est la personne. Le problème n’est pas la personne. Le problème est le problème, souligne Michael White.
Il est impossible éthiquement pour un praticien narratif de vouloir classer une personne selon une théorie pathologisante.
Il est impossible pour un praticien narratif de voir, de regarder et d’écouter, d’accompagner une personne uniquement sous l’angle de son diagnostic psychiatrique.
Ce positionnement politique, éthique, repose aussi sur une conception non structuraliste,constructiviste et postmoderne de l’être humain.
Les “étiquettes diagnostiques” n'intéressent fondamentalement pas le praticien narratif, mais à la relation qu'entretient une personne à ses “étiquettes diagnostiques” et les conséquences de “ce récit dans l’expérience quotidienne de la personne oui !
Les “étiquettes diagnostiques” n'intéressent fondamentalement pas le praticien narratif, mais à la relation qu'entretient une personne à ses “étiquettes diagnostiques” et les conséquences de “ce récit dans l’expérience quotidienne la personne oui
Pour Michael White, le succès de l’excès de l’objectivation et de la pathologisation de l’existence par et dans le discours médical est intimement lié à la relation de pouvoir liée à son exercice.
La relation médecin malade n’est pas équitable, ni équilibrée: il n’y a que deux places fondamentalement dans le discours médical, celui de soignant et de soigné, la place de celui qui sait, scientifiquement, objectivement, celle qu’il permet de prescrire au malade des recommandations ou un traitement et celle de malade donc, celui qui subit la maladie et les prescriptions ! La maladie appartient au médecin, pas au malade !
Pragmatiquement, Michael White souligne que le succès de l’objectivation et de la pathologisation de l’existence par la psychiatrie sont intimement liés à la la nécessité qu’ont les professionnels de la santé, quels qu’ils soient, à démontrer auprès de leurs pairs, dans un besoin de reconnaissance personnelle et professionnelle, leur maîtrise du savoir médical et psychiatrique.
Toujours dans le même article, Michael White est assez acerbe: il souligne combien il est plus important pour un professionnel de la santé de montrer son degré de maîtrise dans la façon de parler de la vie des autres dans un langage médical que de rester au plus près du récit et de l’écoute du récit de ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme. Il ne le formule pas exactement dans ces termes, mais il souligne néanmoins que “la réalisation de cette maîtrise et la démonstration de cette compétence apportent l’expérience de l’estime aux yeux de ses collègues”. [12]
Pour Michael White, le succès de la pathologisation de l’existence et l’objectivation de la relation médicale sont également liés des nécessités économiques: impossible pour un professionnel de la santé mentale d’exercer sa profession sans adhérer au discours dominant de la classification nosographique internationalement reconnue (ou imposée) par la communauté scientifique et les assurances santé. Le financement et le remboursement des soins psychiatriques sont totalement dépendants de l’expertise des professionnels de la santé à poser des diagnostics et à établir des protocoles de soins conformes aux recommandations et guides de bonnes pratiques édictées par des guidess lines. Il leur est impossible de penser leur pratique sans adhérer au discours dominant de la pathologisation.
Enfin, le discours scientifique ou médical, le langage et le vocabulaire utilisé qui revendique une réalité objective ont l’extraordinaire pouvoir, aussi, d’éliminer toute subjectivité, toute implication personnelle c’est-à-dire toute énonciation singulière du professionnel. Le professionnel ne parle pas en son nom, mais au nom de la science ou du discours médical. Il ne dévoile pas son intimité, son ressenti dans ce qu’il dit et à travers ce qu’il peut énoncer. Il parle certes, mais il parle une langue et un vocabulaire qui ne parle pas de lui en tant que partenaire humain.
Ce langage, ces mots, ce vocabulaire aseptisé, objectivé, permettent au professionnel d’éviter de faire face aux effets réels et aux conséquences de sa manière de parler et d’agir avec les personnes qui les consultent.
Certes, la médecine narrative ou les réflexions éthiques de la médecine narrative actuelle ont permis de progresser sur ce point et d’améliorer la qualité des prises en charge, mais cela ne renverse pas pour autant le fondement de cette logique médicale pathologisante.
Comment un praticien narratif aborde-t-il les personnes qui souffrent de pathologies dites “mentales” selon le discours dominant pathologisant et objectivant de la psychiatrie sans réduire l’identité des personnes à l’étiquette de leur maladie ou de leurs troubles ?
Comment aborder les phénomènes de paroles, de conduite ou de comportement auxquels cette classification psychiatrique fait référence sans se laisser coloniser par ce discours dominant ?
Le rôle d’un praticien narratif n’est pas de faire de la psychoéducation ou de l’éducation thérapeutique !
Ce n’est pas du rôle du praticien narratif que de participer au discours psycho éducatif qui repose sur le paradigme d’un discours médical dominant de réduction de risque et sur un modèle de conception de la santé et de la maladie sous l’angle du modèle vulnérabilité stress.
Le praticien narratif n’est pas un éducateur de santé!
Sa mission n’est pas d’honorer le savoir dominant, l’histoire dominante qui ferait de la maladie un parasite, un élément étranger à l’expérience de la personne.
Un praticien narratif n'a pas à faire usage dans sa conversation de manière privilégiée des termes médicaux.
Le vocabulaire médical n'a pas à cependant être ignoré : les mots, les nominations diagnostiques, les termes de psychose, de troubles obsessionnels, de toc, de psychose ,d'hallucinations, de discordance, de schizophrénie, de dépression, de troubles bipolaires existent qu'on le veuille ou pas dans la langue.
Dans la pratique narrative, il n'y a pas à censurer la personne et ni à lui interdire formellement d'utiliser ces termes médicaux.
Le praticien narratif ne peut pas les ignorer, mais, pour reprendre la formulation délicate de Michael White, "il n'a aucun intérêt à en faire commerce”.
Dans l’approche narrative, le praticien narratif se doit d’utiliser un vocabulaire qui est au plus proche du vécu et du langage du sujet par rapport à la nomination de ce qui lui pose problème. Par exemple, les effets des troubles liés à la bipolarité ou des variations de l’humeur pourraient être nommés comme l’influence d’un mode de vie en yoyo par la personne, les symptômes négatifs de la schizophrénie, un “mode de vie en coin” ou dans le coin.[13]
Le praticien narratif se doit d'honorer toute forme de récit personnel.
Si une personne utilise dans son récit du vocabulaire médical, nous devons prendre acte de son usage sans oublier pour autant que le discours médical est un lieu, un habitat culturel qui véhicule avec lui des modes de vie et de pensées qui façonnent les conduites et les comportements humains.
Une personne n'a pas à être réduite à son identité de malade.
Ses conduites et ses comportements, sa manière de penser, d'agir, d'éprouver des émotions ne peuvent être réduits et interprétés uniquement avec le décodeur médical ou celui du fonctionnement de sa pathologie.
Plus concrètement encore, se dire "dépressive", schizophrène", dire avoir des hallucinations ou des obsessions, éprouver du stress ou de l'anxiété", utiliser tous ces termes médicaux en soi n'est pas un problème, mais c'est déjà un problème que de penser que son identité est saturée par ces termes diagnostiques et que sa réalité personnelle soit dépendante de l'intériorisation de ces mots/maux.
Dans le courant narratif, certains praticiens pensent que l'usage des termes diagnostiques, l'utilisation des termes médicaux par les personnes aurait tendance à détourner les personnes des pensées, des auto-accusations ou les jugements d'attribution d'insuffisance que les personnes s'attribuent.
Le diagnostic permettrait alors en ce sens de les soulager. Il pourrait avoir un mot, des mots, pour dire enfin ce qu'ils ont et ce qu'ils sont.
Michael White ne dénie pas le fait que pour beaucoup de personnes les termes diagnostiques, avoir un diagnostic psychiatrique, poser des mots sur ce qui était jusque là innommable et reconnaître ou se reconnaître dans ces mots comme faisant partie d’une communauté de “dépressifs”, “d’addicts” ou “victimes” d’une maladie autre peut avoir un effet apaisant ou, dit-il, "habilitant".
Michael White reconnaît que rester prisonnier de ce mode dominant de pensée permet à la personne "de se libérer du stress et des attentes sociétales auxquels elles seraient soumises si elles étaient bien traitantes".
Quoi de plus invalidant et handicapant que de se dire incapable de pouvoir honorer les impératifs sociaux et culturels de bien être, d'autonomie, d'équilibre physique et psychique, de bien contrôler ses émotions. Les idéaux paradigmatiques du bien être psychique et de la santé postulent qu'il conviendrait de gérer sa santé, sa vie à l'image d'une entreprise personnelle ou d'un capital à préserver, à entretenir ou à enrichir en potentialisant ses aptitudes et ses compétences : réduire les risques, optimiser son rendement, gérer ses émotions pour ne pas nuire à la productivité et au fonctionnement optimal de son corps et de son esprit.
Honorer les mots de la personne et ce qu’il ya de plus précieux chez elle
Le praticien narratif se doit d'accueillir et d'honorer les mots, le langage propre de chaque personne, même si elle se présente sous la forme d'une identité saturée par une étiquette diagnostique ou s'il elle fait l'inventaire psychiatrique des étiquettes des troubles dont elle subit les effets, par contre, Michael White souligne avec fermeté, pour ne pas être mal compris de ses lecteurs ou interlocuteurs, que s'il "consulte une personne qui préfère utiliser de telles étiquettes, alors " il est "intéressé à honorer ce que la personne ressent et ce que cela fait pour elle d'avoir ces étiquettes”. C’est-à-dire "explorer activement avec elle ce "parler d'elle" de cette façon (avec ses étiquettes diagnostiques ou ce vocabulaire médical)rend possible dans sa vie".
De manière plus générale, l’étiquette diagnostique ou pas, dans l’usage courant du langage, qu'on le veuille ou pas, il y a toujours un moment où une personne utilise un langage, des mots, pour se créer une identité saturée par un problème ou il existe toujours un moment où la personne utilise toujours une dénomination "étiquette" ou diagnostique " Je suis nul... je suis déprimé, etc."
En soi, l'utilisation des étiquettes diagnostiques, le vocabulaire médical n'est pas un problème en soi: il s'agit toujours pour le praticien narratif de s'interroger et de garder à l'esprit s'il existe des pratiques relationnelles ou des pratiques liées à une technicité médicale, scientifique ou psychothérapeutique d'influence ou un pouvoir colonisateur, réducteur, stigmatisant lié à ces nominations.
Les intentions à faire vivre et les questions narratives à ne pas oublier lorsqu’un praticien travaille dans un bain de langage ou domine le vocabulaire médical et un discours dominant ?
Il convient de ne pas oublier pour un praticien narratif les questions suivantes:
Quels sont les effets réels, concrets de ces nominations, de ces pratiques et de ces techniques sur la vie des personnes ?
Est-ce que cela les libère ?
Est-ce que cela ouvre une valorisation de leur identité et de leurs compétences ?
Ou est-ce qu'au contraire, ces nominations les stigmatisent, saturent leur identité de ces nominations, problèmes et
Est-ce que ces nominations, ce vocabulaire, ces mots modifient leur réalité concrète ?
Se reconnaître comme appartenant à une communauté de dépressifs, de survivants de la psychiatrie, de pair aidant schizophrènes rétablis ou autres peut aussi, pour certains sujets, devenir dans des communautés, dans ces communautés où le langage est détourné de leur vocation initiale, diagnostique et ségrégative, constituer un élément de fierté, un choix de style de vie et une reconnaissance unique de sa manière d'être et de penser
Le praticien narratif n'a pas à structurer son mode de pensée et ses modalités d'interventions sur le modèle étiologique du discours scientifique, médical ou psychiatrique. La recherche de la cause d'un trouble ou d'une maladie est absolument sans intérêt pour le praticien narratif.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que cela ne correspond pas à la dimension politique de la pratique narrative.
La position éthique et politique de la pratique narrative : Accompagner les personnes à contester l'hégémonie et la toute-puissance des connaissances psychiatriques
L'objectif principal de la pratique narrative avec des personnes qui vivent sous l'emprise du savoir médical, de ce mode de vie et de pensée qui leur pousse à croire qu'il ne sont que des malades avec des symptômes, c'est de les aider à contester l'hégémonie de ces connaissances psychiatriques, non pas contester le savoir et la connaissance psychiatrique, mais contester le fait que toute leur existence, toute leur identité ne se réduit pas à vivre et à interpréter un monde uniquement sous l'angle du savoir et de la connaissance psychiatrique.
C'est finalement engager les personnes à avoir des conversations qui honorent leur connaissance de vie, leur histoire et leur savoir propres. Il s'agit de collaborer avec eux pour identifier combien certaines façons de parler, certaines modalités de conversations contribuent à retrouver combien ils peuvent être autonomes, auteurs et responsables de leur vie. Il y a toujours derrière le roman, la mauvaise histoire qu'ils se sont construite avec la psychiatrie, dans les mots de la psychiatrie, une autre histoire, une autre personne, des potentialités qu'ils ne voyaient plus du fait de l'enfermement dans la lecture et l'interprétation de leur vie par le savoir et dans la connaissance psychiatrique.
Que cela soit avec le savoir et la connaissance psychiatrie, le récit de leur histoire psychiatrique et de leur trouble,
que cela soit avec le savoir et la connaissance qu'il pensent avoir avec la soumission à un récit ordinaire ou extraordinaire, pour ne pas dire délirant,
Il s'agit toujours, pour un praticien narratif, d’engager le sujet à contester la colonisation exclusive par et dans tel ou tel récit. Il s’agit de contester les relations de pouvoir sous-tendues par ces récits qui les poussent à penser qu'ils ne sont que victimes passives, un objet passif de soins.
Quid de la normalité et de l'anormalité alors ?
En soi, la notion de normalité et d'anormalité n’est d'aucune utilité pour l'approche narrative.
Ce sont des notions intimement liées aux discours culturels et sociétaux dominants. Il est utile de resituer toujours ces notions dans le contexte du discours dans lequel elles sont nées, d'examiner en quoi ces notions excluent les personnes psychotiques dans notre culture.
Normalité et anormalité, santé et décompensation pathologique, ce sont des notions qui restent sous l’influence d’une conception structuraliste de la vie et des connaissances. Dans une perspective structuraliste, penser que l’on est un individu malade, dépressif, schizophrène, avoir une maladie qui entraîne des handicaps transitoires ou durables, c’est prendre le risque de rester sous l’influence du discours dominant pathologisant et objectivant. C’est prendre le risque pour une personne de croire éternellement vulnérable, stigmatisé, à jamais exclue, faute de disparition totale des troubles, d’avoir une vie normale, une personnalité “normale”.
Il est très utile pour un praticien narratif de ne pas oublier de savoir quels sont les idées, les discours et les pratiques de soins qui sont rattachées à ce discours dominant.
Il est fondamental de savoir quels sont les enjeux de pouvoir, de ségrégation et de normalisation présents derrière la notion de santé, de bien-être psychique ou de soins. En identifiant et en clarifiant ces idées, ces pratiques, le pouvoir d'influence qu'elles sont sur une personne, quels sont les buts que poursuivent ces pratiques de soins, les personnes que nous accompagnons se trouvent dans une meilleure posture pour déterminer les possibilités qu'elles ont à résister à ce que ces notions leur pousse à faire ou à se conforter dans leur vie.
Le rôle du praticien narratif est d’honorer les aspects de la vie, leur avis, leurs paroles, leurs expériences qui ne correspondent pas forcément aux notions dominantes de santé et de normalité. Il n’y a pas à retrouver la santé et retrouver une normalité à n’importe quel prix, au prix de sa vie et d’un Idéal ou d’un discours dominant qui ne tient pas compte des expériences des personnes.
Il s’agit au contraire d’aider la personne à interpréter ce qui peut-être, par exemple, parfois interprété comme une position de réticence ou de refus au discours dominant comme une résistance, une expérience et un savoir propre qui leur permet de réaliser, d’acter la réalisation du fait qu’ils peuvent se réaliser autrement, dans une autre alternative que celle d’être un être handicapé ou un malade.
Pour lutter contre les effets de contamination et le pouvoir de normalisation des normes dictées par la santé psychique et le bien être, Michael White suggère qu’il est tout à fait possible d’externaliser la notion même de normalité ou de santé. Ces notions de santé et de normalité peuvent être externalisées pour explorer comment ces notions séparent les personnes de leur vie et du coup, ce qui a été interprété comme un échec ne l’est plus ! C’est une résistance, une protestation contre l’histoire dominante.
Je suis psychologue de formation, je me suis construit, j’ai été construit, façonné par et dans le discours moderne, structuraliste, de la psychologie clinique, de la psychopathologie et de la psychanalyse. Impossible pour moi de dénier les formidables apports de ces disciplines, cependant, depuis ma conversion politique aux approches narratives, j’ai renégocié mon identité professionnelle.
Depuis ma rencontre avec les approches narratives, en 2021, j’ai renégocié radicalement la manière dont je peux désormais conjuguer les approches d’accompagnement thérapeutique. Le courant postmoderne, post structuraliste, transforme radicalement la manière dont je peux éthiquement me servir de ces apports.
De manière générale, j’ai toujours été sensible aux enjeux de pouvoir et d’usage de l’institution du langage. J’ai toujours été sensible à la manière dont un sujet parlant pouvait, par et dans le langage, avec sa langue propre, renégocier la définition de ce qu’il pensait être pour s’orienter dans l’existence.
La psychanalyse m’a appris que notre réalité est structurée comme un langage. La réalité humaine n’existe pas hors du langage. Nous sommes sans cesse dépendants de l’architecture et du filet à poissons du langage qui découpe le réel en réalité pour appréhender notre existence. L’approche narrative, poststructuraliste et le constructivisme social va plus loin: la réalité n'est pas que structurée par le langage, elle aussi et surtout, sans cesse construite, déconstruite et reconstruite par le langage, le discours et dans les relations sociales.
Il n’existe pas une réalité unique, stable, objective (une histoire que l’on se raconte unique) ou éternellement structurelle déconnectée de liens aux autres, mais des réalités. Des réalités uniques, éphémères, sans cesse en construction ou en reconstruction dans la réalité du discours et des relations renégociées avec les autres. Là où la psychanalyse voit dans l’infantile, ce qui de l’enfance ne se développe pas, le substrat même de l'inconscient et d’une histoire qui se répète, sous transfert, dans les demandes infantiles adressées à l’Autre :la cure permettant alors de se désaliéner ou du moins d' éviter le pathos de la répétition, l’approche postmoderne narrative ne considère pas que l’histoire, c’est du passé. Ce n’est du passé inerte, immobile. L'histoire est sans cesse réécrite et elle est susceptible d’être réécrite. L’identité quant à elle n’est pas figée, elle est narrative,par essence, changeante.
Le courant postmoderne est difficile à appréhender pour un professionnel élevé dans le courant dominant structuraliste. Il n’est pas toujours facile d’abandonner une vision structuraliste des conduites et des comportements humains (et les représentations qui en découlent !).
Je pensais avant de saisir la subtilité de l’approche postmoderne, post-structuraliste, que le courant postmoderne annulait ou rendait caduque l’approche structuraliste de la psyché humaine.
L’approche postmoderne n’annule pas les autres réalités ou les autres conceptions de la réalité humaine ! Elle reconnaît au contraire le multivers, la coexistence simultanée de plusieurs réalités.
Dans notre domaine, celui des pratiques narratives, nous en avons une démonstration magistrale ! Il suffit d’étudier l’œuvre de Michael White, l’invention de son approche narrative pour bien se rendre compte qu’il a réussi à intégrer de manière unique, singulière, originale, divers concepts théoriques appartenant à des courants, des réalités exotiques si différentes les unes et les autres que cela soit dans la philosophie, la sociologie, l'anthropologie, la littérature, et.. dans d’autres disciplines. C’est une démonstration éclatante de ce qu’est l’esprit White, l’esprit postmoderne de White !
Travaillant dans un service de réhabilitation psychiatrique et sociale j'expérimente une autre modalité d’accompagnement des personnes dans une perspective orientée par l’approche narrative de Michael White.
Comment aider, accompagner narrativement les personnes qui vivent dans la prison de l’institution qu’est la langue psychiatrique ?
Comment les aider à prendre position, à sortir de leur histoire à problèmes, malgré la persistance ou la réduction des troubles psychiatriques ?
Comment utiliser une approche postmoderne, narrative, dans un monde institutionnel dominé par des conceptions modernes, structuraliste, déficitaire ou réadaptative ?
Au-delà de l’approche narrative que j’utilise désormais comme approche et démarche principale dans mon travail de psychologue clinicien, l’outil de David Denborough, concevoir la vie comme un voyage migratoire de l’identité me paraît constituer un médiateur parfaitement adapté pour accompagner les personnes souffrant d’histoire à problèmes vers le rétablissement.
Je me suis appuyé sur les indications données par :
David Denborough dans son ouvrage Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience[14].
par Dina Scherrer dans son article le voyage de vie[15]
et sur des outils spécifiques à la réhabilitation psychiatrique et sociale pour “customiser”( soyons postmodernes !) cet outil. J’ ai introduit un modèle “type” de Directives anticipées en psychiatrie. Ce modèle s'inspire du modèle de directives proposé par pro mente sana, romandie[16]
Ces Directives Anticipées en psychiatrie sont proposées dans la section “kit de survie”.
J’ai donc créé informatiquement une carte mentale personnalisable (disponible à cette adresse : https://drive.google.com/file/d/1EVATDMMafkvnN7ZDOqmPsaKeGL_Emxpb/view?usp=sharing)
Comment l’utiliser cette carte du voyage de vie en réhabilitation psychosociale
Avec l’approche narrative bien sûr!
Elle ne peut pas être utilisée comme simple médiateur ou support. Son utilisation est indissociable de l’approche narrative et de l’utilisation des indications données par Michael White des cartes narratives.
L’utilisation du support informatique est une aide précieuse, nous remplissons avec la personne la carte qui lui sera ensuite donnée sur support numérique et/ou imprimée.
Quelques indications dans l’usage de la carte mentale
Touche F: agrandir - déployer la branche/ la fermer
Zommer/dézoomer
double cliquer pour remplir le texte
Il pourra également la customiser avec son style.
Il nous paraît important de la personnaliser et de l’imprimer.
Cette carte du voyage de vie n’est pas figée, elle peut être modifiée par chacun en fonction des intentions narratives du praticien et son style
Denborough, D. (2014). Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience. W. W. Norton & Company.
Joan. (2016, March 26). « Paroles de rétablissement », Patricia Deegan. Comme Des Fous. https://commedesfous.com/patricia-deegan/
Leriche, R. (1955). Philosophie de la chirurgie.
réhabilitation, C. ressource. (2022, January 5). Réhabilitation – Centre ressource réhabilitation. Centre Ressource Réhabilitation. https://centre-ressource-rehabilitation.org/-rehabilitation-
Scherrer, D. (n.d.). Le voyage de vie. La Fabrique Narrative. Retrieved January 5, 2022, from https://www.lafabriquenarrative.org/blog/resistances/le-voyage-de-vie.html
Stoetzel, J. (1960). La maladie, le malade et le medecin: Esquisse d’une analyse psychosociale. Population (French Edition), 15(4), 613. https://doi.org/10.2307/1526128
view, L. in or sign up to. (2014, December 28). Directives anticipées - Prévoir une incapacité de discernement, rédiger des directives anticipées. Pro Mente Sana. https://www.promentesana.org/directives-anticipees-prevoir-une-incapacite-de-discernement-rediger-des-directives-anticipees/
White, M. (1995). Re-authoring Lives: Interviews & Essays.
White, M. K. (1995). Re-authoring Lives: Interviews & Essays.
[1] Denborough, D. (2014). Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience. W. W. Norton & Company.
[2] Denborough, D. (2014). Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience. W. W. Norton & Company.
[3] Denborough, D. (2014). Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience. W. W. Norton & Company.
[4] Pour plus de renseignement consulter le centre référent :https://centre-ressource-rehabilitation.org/-outils-d-evaluation-
[5] https://centre-ressource-rehabilitation.org/-rehabilitation-
[6] Patricia deegan est à l’origine du mouvement des “survivors” de la psychiatrie. Elle a œuvré et oeuvre à déstigmatiser les préjugés liés à la maladie mentale. Elle est à l’origine de l’introduction du concept de rétablissement comme “parcours autogéré de guérison et de transformation” dans le champ de la santé mentale. Pour de plus ample information: https://www.collectif-schizophrenies.com/images/pdf/patricai-Deegan_le-Retablissement_processus_autogere_guerison_transformation.pdf et https://commedesfous.com/patricia-deegan/
[7]White, M. (1995). Re-authoring Lives: Interviews & Essays.
Cet article est un échange sous forme de conversation entre Michael White et Ken Stewart - professeur adjoint à l’école de psychologie professionnelle, membre du programme de traitement familial de Human Services, inc. à Washington, Minnesota. Certaines des questions posées dans cet article sont basées sur une interview antérieure qui a été réalisée en 1990, mais qui n’a jamais été achevée. L’interview portait sur les processus actuels de normalisation des pensées et du jugement à l’œuvre dans notre société, en particulier dans le domaine de la santé mentale sur la manière où l’on assiste, véritablement, à une objectivation de la folie en maladie (mentale) et un processus de pathologisation généralisée de la vie humaine.
Vous trouverez une lecture personnelle de cet article sur mon site personnel à l’adresse suivante
[8] Michael White “Psychotic experience and discurses” paru dans White, M. K. (1995). Re-authoring lives: Interviews & essays (pp. 3-21). Adelaide: Dulwich Centre Publications. Traduction personnelle
[9] Cf. René Leriche, « Philosophie de la chirurgie », Flammarion, 1951, 268 p., p. 35. Cf. aussi « Où commence la maladie, où finit la santé », Spes, 1953, 239 p. et Stoetzel, J. (1960). La maladie, le malade et le medecin: Esquisse d’une analyse psychosociale. Population (French Edition), 15(4), 613. https://doi.org/10.2307/1526128
https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1960_num_15_4_6675.
[10] Michael White “Psychotic experience and discurses” paru dans White, M. K. (1995). Re-authoring lives: Interviews & essays (pp. 3-21). Adelaide: Dulwich Centre Publications. Traduction personnelle
[11] Michael White “Psychotic experience and discurses” paru dans White, M. K. (1995). Re-authoring lives: Interviews & essays (pp. 3-21). Adelaide: Dulwich Centre Publications. Traduction personnelle
[12] Michael White “Psychotic experience and discurses” paru dans White, M. K. (1995). Re-authoring lives: Interviews & essays (pp. 3-21). Adelaide: Dulwich Centre Publications. Traduction personnelle.
[13] Se référer à l’article de Michael White White, M. (1987).Family therapy and schizophrenia: Addressing the ‘in-the-corner’ lifestyle. Dulwich Centre Newsletter, Spring, 14–21. Reprinted in M. White (1989), Selected Papers (pp. 47–57). Adelaide, Australia: Dulwich Centre Publications.
[14] Denborough, D. (2014). Retelling the Stories of Our Lives: Everyday narrative therapy to draw inspiration and transform experience. W. W. Norton & Company.
[15] Scherrer, D. (n.d.). Le voyage de vie. La Fabrique Narrative. Retrieved January 5, 2022, from https://www.lafabriquenarrative.org/blog/resistances/le-voyage-de-vie.html
[16]https://www.promentesana.org/directives-anticipees-prevoir-une-incapacite-de-discernement-rediger-des-directives-anticipees/