Lecture et relecture du petit Hans:
Comment S.FREUD est devenu un psychanalyste-instrument et
comment HANS s'est servi de S.FREUD ?
Lecture et relecture du petit Hans:
Comment S.FREUD est devenu un psychanalyste-instrument et
comment HANS s'est servi de S.FREUD ?
Lecture et relecture du petit Hans: Comment S.FREUD est devenu un psychanalyste-instrument et comment HANS s'est servi de S.FREUD ?
avril 2015.
I.INTRODUCTION
Ce que je vais présenter est un travail non terminé - c’est un témoignage de là où j’en suis dans la relecture du Petit Hans par rapport à ma question de cartel:
La question est « simple »: qu’est-ce qu’une psychanalyse avec les enfants ? Et à ce titre: Que peut nous enseigner, encore, et encore, Hans…même si c’est toujours difficile de reparler de Hans car il a été de nombreuses fois commenté, magistralement commenté, par S.FREUD & J.LACAN.
Je vais donc présenter un aspect de ma question de cartel: qu’est-ce qu’une psychanalyse avec les enfants ? à partir d’un angle attaque, celui du travail de lecture que m’a donné l’orientation du texte de Jacques-Alain MILLER « interpréter l’enfant »iii - Dans ce texte, Il fait valoir l’importance du psychanalyste comme instrument ; il souligne l’importance du « avec » les enfants lorsque l’on parle de « psychanalyse avec les enfants ». Ce « avec » est important car, souligne-t-il, l’enfant se sert moins de l’analyste-instrument que l’adulte. Avec l’enfant, dit-il, le psychanalyste est un instrument qui « est obligé de prendre des initiatives »iii:
Je le suis appuyé également sur l'article de M.Neycensas Comment HANS s’est-il servi de Freud ? M.Neycensas source : https://jie2015.wordpress.com/2015/02/17/comment-hans-sest-il-servi-de-freud-par-michel-neycensas/
Même si la cure de Hans est une cure type avec un enfant freudien (puisque le titre ce soir c’est l’enfant lacanien), comment Hans s’est donc s’est servi (de manière lacanienne selon les indications de Jacques-Alain MILLER) de S.FREUD ? Quelle est la leçon que nous donne Hans avec S.FREUD et surtout comment S.FREUD à t-il opéré pour devenir, si on suit Jacques-Alain MILLER, un instrument qui doit prendre des initiatives pour conduire cette cure ?
Voilà les questions qui ont orienté les lignes directrices de ma lecture ce soir.
Comment S.FREUD à t-il opéré pour devenir un analyste-instrument pour permettre à Hans de se mettre au travail, en analyse de la résolution de sa phobie ?
(Proposons cette lecture parmi d’autres du cas…)
II. HANS ÊTRE PARLÉ PAR LE PÈRE
Dans une première partie de la présentation de l’observation de Hans par S.FREUD, on peut dire que Hans ne se sert pas de S.FREUD - Hans est d’abord un être parlé par le père à S.FREUD. Le père est l’interlocuteur privilégié de S.FREUD : un rapporteur des propos et des pantomimes de Hans - Hans est entièrement pris dans le réseau du discours parental.
Hans ne se sert pas de S.FREUD dans la première partie de l’observation telle qu’elle est rapportée par le père - Il est parlé par le trop gentil papa de Hans, un cothérapeute idéal qui récite la bible freudienne dans l’espoir d’avoir un antidote à la phobie de son fils mais, à vouloir être un papa idéal - un disciple rapporteur - à S.FREUD des propos de son fils, il est tellement gentil qu’il en est sourd à tout ce que dit son fils !
Comme le souligne Jacques-Alain MILLER dans le séminaire DONC du 2 mars 94 « cet agent thérapeutique » (le père) « apparaît, au cours de l’observation, comme un agent furieusement pathogène »iv - En aucun moment, il ne se fait l’agent de la mise en acte de sa fonction paternelle et en aucun moment il ne fait de sa femme l’objet cause de son désir - Il la laisse dire et faire n’importe quoi avec Hans ( (dire qu’elle a un fait pipi, s’exhiber devant Hans, l’amener avec elle aux toilettes, laisser Hans aller dans son lit, etc… — Le père, lui- même, dit aussi n’importe quoi à trop vouloir interpréter pou suggestionner Hans à la lumière des découvertes psychanalytiques).
Freud n’interprète pas les parents - il suit au contraire pas à pas la place de Hans dans le réseau du discours parental en supposant d’existence d’un sujet de l’inconscient chez Hans. Il ne considère pas Hans uniquement comme un être parlé mais aussi comme ( en terme lacanien) un sujet parlant divisé par des désirs et des interdits. Hans se questionne sur son sexe et son existence. S.FREUD est très clair là-dessus,« il a voulu observer chez enfant ses impulsions sexuelles, ses formations édifiées par le désir » v Traduisons..Iil a voulu observer ses formations de l’inconscient structurées comme un langage et des pulsions sexuelles. Il le souligne partout dans son observation.
Que rapporte le père de Hans ?
Je vous invite à lire le cas - J’en ai extrait quelques coordonnées que je suis obligé de rappeler pour saisir le vif de ma question qui est celle de savoir comment S.FREUD est devenu l’analyste-instrument de Hans et comment Hans s’est servi de S.FREUD
Hans est prisonnier du malentendu de la rencontre avec le manque de l’Autre dans le discours (maternel) et de l’énigme de la sexualité (la sienne comme celle de sa mère) : tout commence avec la dénégation de sa mère qui lui soutien qu’elle a « un fait pipi », alors que lui était sur la piste de la différence des sexe (« j’ai seulement pensé… »vi) alors qu’à ce moment-là, il est déjà embarrassé avec le constat qu’il éprouve un plaisir d’organe énigmatique, hétérogène au sens et à la signification qui organisait jusque-là son monde. Face à cet événement de corps, son pénis qui bouge, II s’interroge autant sur l’énigme de sexualité, la sienne, que sur les conditions de la sexualité de sa mère - (puisqu’elle a aussi un fait pipi). Cette rencontre, ce malentendu, cette interrogation est logique pour tout sujet dit « enfant »- Hans l’aurait rencontré de toute façon même si sa mère avait tenu un autre discours
Les préliminaires d’une psychanalyse avec l’enfant « lacanien » passe donc par l’examen attentif de la sexualité féminine ou de la manière dont un enfant découvre que le partenaire de la mère, ce n’est pas lui, mais le rapport d’une femme au manque.
Hans cherche une fonction à ce « fait pipi » et cherche à construire un savoir sur sa fonction et son usage. Il interroge donc le monde avec cette fonction du « fait-pipi ». Aussi loin qu’il aille dans la recherche de cette fonction « fait pipi », aussi loin qu’il puisse y trouver un sens et une signification, à cette fonction du « fait-pipi » elle « échoue à donner sens à ce pénis qui bouge et il pense que ce petit organe qui bouge appartient à l’extérieur du corps »vii.C’est pour cela dit J.LACAN dans viii Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines « il le regarde comme quelque chose de séparé », progressivement comme un cheval qui commence à se soulever à ruer ». Je passe les détails des embarras de Hans qui cherche une fonction à ce « fait pipi » - ( est-ce l’attribut du vivant ? avoir un fait-pipi= caractéristique du vivant…son embarras devant son incompréhension devant le désintérêt de la mère à « son fait pipi » ou l’intérêt que porte une tante - ….l’exhibition de sa mère et son insistance à dire qu’elle en a un et qu’il trouve pas…etc…)
Notons au passage que le signifiant cheval appartient à la préhistoire de la phobie - un jour « au coucher, il regarde sa mère, et dit « je pensais que tu avais un fait pipi comme un cheval parce que tu étais grande.. »ix
L’arrivée de sa sœur redouble l’énigme de sa place et le remue-ménage ou le charivari de la sexualité - qu’est-ce qu’elle veut finalement cet Autre maternel ? - On voit Hans s’interroger sur tout ce qui est étranger à la signification initiale, celle de sa fonction « fait-pipi » (vivant=phallus). Il développe différentes variations mythiques, - des théories sexuelles infantiles - autour de ses interrogations - Il s’interroge, à un moment, sur la dimension hétéros hétérogène au sens et à la signification - à l’inaccoutumé, l’imprévu…, c’est le passage sur la théorie infantile de la cigogne qui est en cause, voire la cause de tout l’imprévu, de tout l’hétéros, étranger.
La maladie de Hans se déclenche après un rêve d’angoisse à 4,9 mois - ( avant ce rêve ,il avait d’abord fait un rêve à 4,5m où pour la première fois , selon S.FREUD, il fait un rêve de censure - le refoulement de son désir d’exhibition du fait-pipi- basé sur un jeu de gage (« Ce matin, Hans, en se levant, raconte : « Tu sais, cette nuit j’ai pensé : « Quelqu’un dit : Qui veut venir avec moi ? Alors quelqu’un dit : Moi. Alors il doit lui faire faire pipi. »x ) - Cliniquement, c’est là où il commence à raconter des histoires et à mentir.
4,9 mois donc le rêve d’angoisse pur: « il n’a plus sa maman pour faire câlin (avec lui )»xi - S.FREUD interprète cela comme un rêve de punition pour la satisfaction d’un désir refoulé - jouir de la mère - L’angoisse est là. Il ne se sait pas se protéger face à l’énigme de son existence et de la sexualité, la sienne comme celle de la mère,
L’angoisse se transforme en peur avec le cheval. C’est dans la rue, dans cet espace topologique sans limite, sans bord, comme le sans bord et le sans limite de sa mère et de son « fait pipi » que la contingence signifiante - lui fait « attraper sa phobie » . C’est la peur d’être mordu par le cheval qui limite ses mouvements. Il faut que Hans regarde les chevaux alors « j’ai peur » dit-il - Il le dit très simplement: il lui faut avoir peur - le cheval transforme son angoisse en peur, la peur du cheval borde, régule l’errance, le sans limite, de sa sexualité et celle de la mère -
Pour S.FREUD, c’est une phobie dit-il, parce qu’il y a substitution de la menace de castration du père sur le cheval- c’est comme cela qu’il interprète - J.LACAN pourrait dire plutôt que le cheval est ce qui l’aide à nommer, à tenter de régulariser et à métaphoriser cette jouissance hétéros, qui est celle de son organe et celle de la mère. Jacques-Alain MILLER soulignera cet aspect dans le cours 1994-1995, Donc (non publié) - leçon IX – cours du 2 mars 1994. « l'objet phobique est un ersatz de Nom-du- Père. »xii , pour essayer de traiter ce à quoi il est confronté.
Le père de Hans, devant le développement handicapant de sa phobie amène à ce moment Hans chez Freud pour l’aider à se débarrasser de « sa bêtise » (c’est ainsi que Hans appelle sa phobie) - S.FREUD avait jusque-là invité le père de Hans à lui dire tout simplement qu’il aimait beaucoup sa mère, qu’il aimait être dans le lit avec elle, et il lui suggère de l’éclairer « en matière de choses sexuelles » -
III. COMMENT HANS S’EST SERVI DE FREUD ? COMMENT FREUD EST DEVENU UN PSYCHANALYSTE-INSTRUMENT? HANS: UN ÊTRE PARLANT
Hans rencontre donc S.FREUD. Voyons maintenant comment Hans fait usage de l’intervention de S.FREUD et de l’acte interprétatif de S.FREUD : jusque-là Hans se construit un ersatz de métaphorisation de ce qui lui arrive mais c’est très pathologique et très handicapant pour lui.
S.FREUD donc connait le petit Hans à travers le petit rapporteur qu’est le père de Hans, son disciple. S.FREUD connait le transfert de la famille à la psychanalyse. Il fait cette interprétation surprenante, sidérante « « je lui révélai ... qu’il avait peur de son père justement parce qu’il aimait tellement sa mère. » et il poursuit : « Bien avant qu’il ne vint au monde, j’avais déjà su qu’un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu’il serait par suite forcé d’avoir peur de son père »xiii. La réponse de Hans sur le retour à son père n’attend pas « « Le professeur parle-t-il avec le bon Dieu pour qu’il puisse savoir tout ça d’avance ? »xiv - Freud est amusé de la réponse de Hans et souligne qu’il l’a un peu cherché cet effet.
L’interprétation de S.FREUD est reçue comme un dire qui ne peut être ni de lui ni de S.FREUD, mais d’un dire qui vient d’un lieu autre, d’un lieu impossible à penser, impossible à imaginer: elle inscrit un impossible dans le champ du savoir qui s’élabore pour Hans avec sa phobie.
S.FREUD fait un forçage - il adopte cette position de Dieux le Père pour enseigner le petit Hans,…pour lui donner cette élaboration de savoir massive - une formule de l’oedipe clef en main. Il ne le fait pas n’importe comment, il le fait en annonçant, tel l’oracle dans Oedipe roi, en articulant le savoir à un impossible sur l’avenir. Il articule un savoir qui ne se sait pas (pour Hans) à la fonction de la vérité.
La conséquence de cela, c’est qu’il s’installe, par sa présence, par sa parole, par ses mots en place de sujet supposé savoir tout au long de l’observation. A partir de là, Hans va toujours parler, il ne va plus s’adresser au semblable, au gentil papa-raporteur, mais directement à S.FREUD en faisant de son père un secrétaire - S.FREUD installe « un au delà du père »xv comme garantie de l’opération thérapeutique qui en cours. Il s’agit désormais plus simplement de parler mais de parler à quelqu’un. Hans suppose à partir de là, que ce qu’il élabore - ce qu’il dit veut dire quelque chose…pour S.FREUD.
Jacques-Alain MILLER souligne dans son cours Donc que S.FREUD a tout fait « pour encourager Hans à développer sa phobie…a savoir qu’on lui a donné envie de parler »xvi. S.FREUD à partir de cet acte interprétatif a donné la possibilité à Hans de faire usage de sa parole pour explorer de manière exhaustive toutes les formes d’impossibilités logiques auxquelles il est confronté avec ce signifiant cheval qui est une sorte de cristal, de pion que Hans avance sur l’échiquier des combinatoire logique de son monde signifiant avec des significations variables à chaque fois qu’il modifie son univers et les relations aux autres pions.
Avec S.FREUD, HANS trouve quelqu’un à qui parler. S.FREUD le souligne, désormais: « « le petit patient prit le courage de communiquer les détails de sa phobie et intervint bientôt de façon indépendante dans sa propre analyse »xvii . On le voit dans l’observation, Hans répète souvent à partir de là « Note le pour le dire au professeur »
L’interprétation de S.FREUD vise surtout à produire des effets dans l’inconscient de Hans - S.FREUD le dit « la possibilité lui était maintenant donnée de mettre à jour ses productions inconscientes et procéder à la liquidation de sa phobie ». Autrement dit, S.FREUD attend que son acte aide la phobie à se développer à partir d’un savoir qui ne ne sait pas et des voies du développement de la logique signifiante. S.FREUD le répète ::« Hans suit son propre chemin et n’arrive à rien quand on veut l’en détourner ». Il s’agit de « laisser le petit garçon exprimer ses propres pensées »xviii
Trois jours après la rencontre avec S.FREUD nouvelle angoisse: il a peur que son père ne revienne pas - J.LACAN ne l’interprète pas comme un désir de mort pour son père (comme S.FREUD) mais comme la peur de l’absence de son père - La suite de l’observation montre que Hans l’appelle, lui demande à être présent, à se mettre en colère - C’est pour J.LACAN la clef de l’observation - AVANT l’intervention de S.FREUD, c’est la phobie du cheval qui était une sorte de ersatz de Nom-du-Père, une phobie très handicapante. Après l’acte de S.FREUD, il cherche une solution différente pour suppléer la carence du père et faire entrer la jouissance hétéros, sans limite, dans le champ du signifiant à partir de la catégorie de l’impossible, de l’articulation d’un savoir qui ne se sait pas à la fonction de la vérité.
A Agen le 3 avril 2015.
FOLTRAN Denis
i 1 Miller Jacques-Alain, « Interpréter l’enfant », Le savoir de l’enfant, Collection de la petite Girafe, Navarin, p. 15-26.
ii Comment HANS s’est-il servi de Freud ? M.Neycensas source : https://jie2015.wordpress.com/2015/02/17/comment-hans-sest-il-servi-de-freud-par-michel-neycensas/
iii Miller J.-A., « Interpréter l’enfant », op. cit., p. 20
iv Jacques-Alain MILLER, cours 1994-1995, Donc (non publié) - leçon IX – cours du 2 mars 1994.
v Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, Paris,16°édition 1990, p94.
vi Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, Paris,16°édition 1990, p95.
vii J.LACAN, Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines. Scilicet n° 6/7, 1975, pp. 42-45.
viii J.LACAN, Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines. Scilicet n° 6/7, 1975, pp. 42-45
ix Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, Paris,16°édition 1990, p96.
x Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, Paris,16°édition 1990, p104.
xi Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, Paris,16°édition 1990, p117.
xii Jacques-Alain MILLER, cours 1994-1995, Donc (non publié) - leçon IX – cours du 2 mars 1994.
xiii Freud, S. (2001). Cinq psychanalyses (Édition : 18e). Paris: Presses Universitaires de France - PUF,p.121.
xiv Freud, S. (2001). Cinq psychanalyses (Édition : 18e). Paris: Presses Universitaires de France - PUF,p.120.
xv Jacques-Alain MILLER DONC 26/1/94
xvi Jacques-Alain MILLER, cours 1994-1995, Donc (non publié) - leçon IX – cours du 2 mars 1994.
xvii Freud Sigmund. Cinq Psychanalyses, PUF, p. 181.
xviii Freud S.,Cinq Psychanalyses, op. cit., p 137.