Présentation de l'article de “If People Are Texts” by Kenneth J. Gergen.
Juillet 2024.
Dans mon travail de recherche personnel, je suis tombé sur la dernière parution de l’ouvrage de Kenneth J. Gergen. “If People Are Texts” by Kenneth J. Gergen,, publié au Taos Institute Publications WorldShare Books ©2024, ISBN 978-1-958170-16-8 https://www.taosinstitute.net/product/new-passionate-pursuits-selected-clearings-from-a-life-in-dialogue
Voici ce que j’ai choisi de retenir de cet article.
Pour la rédaction de cet article, je me suis appuyé sur mes notes personnelles ( à “l’ancienne” (prise de notes à la main, papier,stylo) dans un premier temps et, dans un second temps, de l’assistance des AI claude d’Anthropic et gémini de Google pour la mise en forme.
Traduction personnelle assistée de Deepl pour la traduction française.
Présentation de l'article de “If People Are Texts” by Kenneth J. Gergen.
Résumé
Point clefs à retenir
1. Critique de la métaphore "personnes comme textes"
2. L'impasse de la connaissance intérieure
3. La construction sociale du langage psychologique
4. L'impasse de la construction du lecteur
5. Proposition d'une approche relationnelle
6. La compréhension comme réalisation sociale
7. Implications pour la thérapie
8. Déplacement des questions de validité
9. Remise en question de l'individualisme
10. Ouverture vers une nouvelle épistémologie des sciences sociales
Introduction et contexte
L'impasse de la connaissance intérieure
1. L'utilisation d'indicateurs contextuels :
2. La prise en compte du contexte rétrospectif :
3. L'analyse du contexte émergent :
1. La difficulté d'expliquer comment on peut faire l'expérience d'états internes :
2. Le risque d'auto-biais dans la perception interne :
3. Le caractère construit des états psychologiques :
Les origines du "fantôme dans le texte"
1. La nature continue et complexe du mouvement corporel :
2. La difficulté d'établir un vocabulaire stable pour décrire ces configurations :
L'impasse de la construction du lecteur
Vers le sens en tant que processus relationnel
1. Abandonner la réification des termes d'intention :
2. Se concentrer directement sur les actions :
3. Reconnaître l'interdépendance des actions :
4. Considérer le sens comme un processus relationnel :
Recherches sur les scénarios relationnels
Implications pour la compréhension et la connaissance humaines
1. La compréhension comme réalisation sociale :
2. La connaissance comme "savoir comment" plutôt que "savoir que" :
3. L'abandon de la question de l'exactitude de l'interprétation :
Implications pour la thérapie
Conclusion
L’article de Kenneth J. Gergen. les limites de la métaphore de la personne en tant que texte dans le contexte de la compréhension humaine. Kenneth J. Gergen soutient que cette métaphore, bien que séduisante, conduit à des impasses conceptuelles.
L’article suggère :
une séparation infranchissable entre l'extérieur observable et l'intérieur intentionnel d'une personne, rendant impossible la connaissance de l'autre.
en se focalisant sur le lecteur et ses propres structures de compréhension, la métaphore efface le texte et son auteur, aboutissant à un isolement social. Kenneth J. Gergen propose alors une alternative : une approche relationnelle du sens. Il suggère que la signification émerge non pas d'une intention cachée, mais de la coordination des actions et des réactions dans une relation. La compréhension devient alors un processus collaboratif, une "danse" conjointe, plutôt qu'un décryptage solitaire. Kenneth J. Gergen conclut en invitant à un changement de perspective dans le domaine thérapeutique, passant d'une exploration des profondeurs individuelles à une attention portée aux modèles relationnels et à leur potentiel de transformation
1. Critique de la métaphore "personnes comme textes"
Gergen remet en question la métaphore largement utilisée qui assimile les personnes à des textes à interpréter. Il explique que cette métaphore, bien qu'attrayante, conduit à des impasses conceptuelles.
Cette métaphore suppose l'existence d'un sens caché, d'intentions ou de motivations intérieures qu'il faudrait "déchiffrer". Gergen montre que cette approche soulève des problèmes insolubles concernant l'accès à la subjectivité d'autrui et la validité de l'interprétation.
2. L'impasse de la connaissance intérieure
Kenneth J. Gergen démontre l'impossibilité d'accéder de manière fiable à un prétendu monde intérieur de l'individu.
Gergen argumente que nous n'avons pas de moyen direct d'observer ou de vérifier l'existence d'états mentaux internes. Les tentatives d'interprétation basées sur cette idée sont donc fondamentalement problématiques.
3. La construction sociale du langage psychologique
Gergen explique comment le langage des dispositions psychologiques (intentions, motivations, etc.) s'est développé pour des raisons pragmatiques dans les interactions sociales.
Ce langage n'est pas le reflet d'une réalité psychologique interne, mais une construction sociale permettant de rendre compte de l'action humaine de manière pratique.
4. L'impasse de la construction du lecteur
Kenneth J. Gergen montre que les approches centrées sur le rôle du lecteur/interprète (comme dans certaines théories littéraires) ne résolvent pas le problème de l'interprétation.
Si l'on considère que le sens est entièrement construit par l'interprète, on aboutit à une forme de solipsisme où la communication authentique devient impossible.
5. Proposition d'une approche relationnelle
Gergen propose de considérer le sens et la compréhension comme des processus émergents dans les relations, plutôt que comme des entités préexistantes à découvrir.
Cette approche déplace l'attention des états mentaux internes supposés vers les patterns d'interaction observables entre les individus.
6. La compréhension comme réalisation sociale
Kenneth J. Gergen redéfinit la compréhension non comme une correspondance avec des intentions cachées, mais comme une coordination réussie des actions dans l'interaction.
Dans cette perspective, comprendre quelqu'un ne signifie pas accéder à ses pensées, mais parvenir à interagir de manière fluide et cohérente avec lui.
7. Implications pour la thérapie
Gergen suggère une approche thérapeutique focalisée sur les patterns relationnels plutôt que sur l'exploration d'un monde intérieur hypothétique.
Le thérapeute devrait s'intéresser aux "danses relationnelles" dans lesquelles le client s'engage, plutôt que de chercher à découvrir des vérités cachées dans son psychisme.
8. Déplacement des questions de validité
L'approche de Gergen remplace les questions traditionnelles sur la validité de l'interprétation par des interrogations sur les formes de relations et leurs implications.
Au lieu de chercher à déterminer si une interprétation est "vraie", on s'intéresse aux conséquences pratiques des différentes manières de comprendre et d'interagir.
9. Remise en question de l'individualisme
La perspective de Gergen implique une critique de la vision individualiste dominante en psychologie et dans la culture occidentale.
En mettant l'accent sur les processus relationnels, Gergen remet en question l'idée d'un soi autonome et isolé, porteur de caractéristiques psychologiques stables.
10. Ouverture vers une nouvelle épistémologie des sciences sociales
Les réflexions de Gergen invitent à repenser les fondements de la connaissance en sciences humaines et sociales.
En remettant en question les notions traditionnelles d'objectivité et de vérité dans l'interprétation, Gergen ouvre la voie à des approches plus dynamiques et contextuelles de la compréhension des phénomènes humains.
Kenneth J. Gergen commence son chapitre en situant sa réflexion dans le contexte intellectuel des années 1980. Il note que le positivisme, bien qu'encore influent dans les sciences sociales, était intellectuellement remis en question :
"Si le positivisme continuait à régner sur les sciences sociales, il était intellectuellement mort. Comme nous l'avons décrit dans le chapitre précédent, les dialogues constructionnistes étaient partout en mouvement."
Gergen identifie deux alternatives principales au positivisme qui émergeaient à l'époque :
1. Le constructionnisme social, qu'il avait déjà exploré dans ses travaux précédents.
2. L'herméneutique, qui proposait une approche interprétative des sciences humaines.
Kenneth J. Gergen explique son parcours intellectuel, qui l'a conduit du positivisme à l'herméneutique, puis à une remise en question de cette dernière :
"Après m'être éloigné de la psychologie positiviste, j'ai été attiré par les potentialités de l'alternative herméneutique. Cependant, en continuant à suivre cette voie, j'ai également commencé à me heurter à des obstacles substantiels."
Gergen souligne l'attrait de la métaphore des "personnes comme textes" pour les psychologues et les cliniciens :
"Pour ceux qui s'intéressent aux problèmes de compréhension humaine, la métaphore des personnes en tant que textes, la métaphore des personnes en tant que textes a fait l'objet d'une large publicité ces dernières années."
Il explique que cette métaphore semblait offrir une alternative aux métaphores précédentes de l'animal de laboratoire ou de la machine :
"Cette métaphore semble redonner à l'être humain une dignité qu'il a perdue lorsqu'il est considéré comme un simple animal ou une machine. Après tout, les textes sont des artefacts humains, esthétiquement rendus, qui se situent à l'apogée du développement humain."
L'impasse de la connaissance intérieure
Dans cette première partie, Gergen examine les problèmes posés par la conception dualiste du texte, qui distingue un domaine subjectif de l'esprit et son expression dans le texte public. Il souligne que cette conception est au cœur de la tradition herméneutique :
"Le concept contemporain d'interprétation des textes est au moins aussi ancien que la tradition herméneutique elle-même. Il s'agit essentiellement d'une conception dualiste, qui établit une distinction importante entre le domaine subjectif de l'esprit et son expression dans le texte public."
Kenneth J. Gergen soulève plusieurs questions fondamentales qui découlent de cette conception :
"Comment accéder à la subjectivité des autres, comment pouvons-nous savoir ce que leurs actions signifient pour eux, et comment pouvons-nous être sûrs de nos propres intentions ?"
Pour illustrer ces difficultés, Gergen propose un exemple concret :
"Nous pouvons commencer par un dilemme simple : si je vois mes bons amis Ross et Laura s'approcher l'un de l'autre lors d'une réunion sociale, et que Ross tend la main et touche momentanément les cheveux de Laura, qu'est-ce que j'ai observé précisément ?"
Kenneth J. Gergen montre que l'action elle-même ne nous dit pas grand-chose et que son interprétation dépend entièrement du contexte :
"Nous savons seulement que Ross s'est engagé dans une série d'actions que l'on pourrait décrire comme "toucher les cheveux de Laura". Pourtant, ce niveau de description n'apporte pratiquement aucune information. Que signifie s'engager dans une telle action ? Quelle est la signification interpersonnelle ou théorique de ce comportement ?"
Gergen examine ensuite différentes tentatives pour résoudre ce problème d'interprétation :
1. L'utilisation d'indicateurs contextuels :
"La solution la plus convaincante à ce dilemme réside peut-être dans l'utilisation d'indicateurs contextuels. Nous pouvons trouver la signification d'une action donnée en la plaçant dans le contexte de ses antécédents et de ses conséquences, de son passé et de son avenir au sein de la relation elle-même et de la culture en général."
2. La prise en compte du contexte rétrospectif :
"Considérons d'abord dans ce cas le contexte rétrospectif, c'est-à-dire les événements censés définir l'action mais qui lui sont antérieurs."
3. L'analyse du contexte émergent :
"Pour obtenir des informations supplémentaires, nous devons nous tourner vers le contexte émergent, c'est-à-dire vers les événements pertinents et déterminants qui suivent l'action en question."
Cependant, Gergen montre que ces approches ne permettent pas de parvenir à une interprétation définitive. Il en tire plusieurs propositions :
1. "L'interprétation de toute action est sujette à une révision infinie. Au fur et à mesure que nous sommes exposés à des événements provenant de contextes rétrospectifs et émergents, notre manière d'interpréter l'action présente est continuellement modifiée."
2. "Le point d'ancrage d'une interprétation donnée n'est pas fondamentalement empirique mais repose sur un réseau d'interprétations interdépendantes et modifiables en permanence."
3. "Toute action donnée peut faire l'objet de multiples interprétations, dont aucune n'est objectivement supérieure."
Kenneth J. Gergen examine ensuite la possibilité de fonder l'interprétation sur la position privilégiée de l'acteur lui-même :
"Le défi le plus puissant à l'argument de l'équi-validité de l'interprétation pourrait être basé sur l'affirmation que la position de l'acteur est supérieure à toute autre. L'acteur, peut-on dire, en sait plus sur l'histoire de sa propre vie et sur l'état interne (intentions, motivations, besoins) à l'origine de ses actions."
Cependant, il rejette cette solution en pointant plusieurs problèmes :
1. La difficulté d'expliquer comment on peut faire l'expérience d'états internes :
"Nous parlons couramment de nos intentions, de nos émotions, de nos besoins, etc. comme s'ils étaient facilement accessibles à l'expérience. Pourtant, si nous examinons l'hypothèse selon laquelle nous pourrions faire l'expérience d'états internes, nous constatons que nous nous approchons rapidement de la limite de l'incrédulité."
2. Le risque d'auto-biais dans la perception interne :
"Si le processus de perception et les données perçues sont des éléments constitutifs de la même structure psychologique, quelles garanties (s'il y en a) peuvent être mises en place contre une perception erronée ?"
3. Le caractère construit des états psychologiques :
"Compte tenu de la pauvreté du langage existant pour décrire ou caractériser les états internes, on commence à envisager la possibilité que le langage de l'esprit soit moins un miroir des états mentaux qu'un produit des systèmes conceptuels plus larges de la culture."
Gergen conclut cette partie en affirmant qu'à l'époque actuelle, nous ne disposons d'aucune explication viable de la validité de l'interprétation :
"À ce stade, on est amené à se demander pourquoi la conception dualiste du texte est si convaincante. Pourquoi est-il si facile de croire à un sens derrière les mots, à des impulsions derrière l'action ? Qu'est-ce qui donne lieu à la croyance pratiquement immuable en des intentions sous-jacentes ?"
Les origines du "fantôme dans le texte"
Dans cette section, Gergen s'interroge sur les origines de la conception dualiste du texte et de la croyance en des intentions sous-jacentes. Il propose une explication basée sur les usages pragmatiques du langage dans les interactions sociales :
"L'une des principales utilisations du langage dans les échanges sociaux est la signalisation. Les termes linguistiques peuvent être déployés rapidement et efficacement pour désigner la présence ou l'absence de divers objets, entités ou états de fait."
Kenneth J. Gergen souligne que lorsqu'il s'agit de signaler l'action humaine, on se heurte à des difficultés particulières :
"Dans les affaires humaines, l'un des principaux candidats à la signalisation discursive est l'action humaine elle-même. Il est souvent utile de faire référence verbalement aux types d'activités (par exemple, se battre, aider, aimer, manger) dans lesquelles les gens sont engagés. Cependant, malgré l'utilité de ce processus, il se heurte à de profondes difficultés."
Gergen identifie plusieurs problèmes :
1. La nature continue et complexe du mouvement corporel :
"Il y a de bonnes raisons de penser qu'en ce qui concerne le processus de signalisation, l'action humaine ressemble davantage à des vagues océaniques et à des flammes de bougies qu'à des chaises. Le corps est en mouvement continu, multiplex, et il est rare que le modèle précis soit répété dans le temps."
2. La difficulté d'établir un vocabulaire stable pour décrire ces configurations :
"Par conséquent, il existe relativement peu de termes dans la langue qui se réfèrent à la configuration spatiotemporelle du corps lui-même. Nous pouvons parler du corps comme étant en érection ou en décubitus, en mouvement ou immobile. Cependant, nous ne pouvons guère parler de la vitesse et de la direction de l'ensemble des parties du corps en mouvement."
Pour résoudre ce problème, Gergen propose que le langage ait développé une solution en deux étapes :
1. "Les mots sont employés pour signaler non pas les particularités spatiotemporelles des mouvements corporels eux-mêmes, mais les réalisations ou les objectifs que les mouvements atteignent (ont atteint, atteindront)."
2. "Pour résoudre ce problème, le langage de la description de la personne réintègre le résultat de l'action en tant que but. Ce qui est atteint est dit être le but, la tentative, la tendance, la disposition ou l'intention de la personne."
Kenneth J. Gergen explique que ce processus conduit à la réification d'un langage des dispositions psychologiques :
"Afin de rendre compte de l'action humaine, nous devons parler comme si les personnes possédaient des motifs, des besoins, des pulsions, des intentions, des désirs, des préférences, des attitudes, des dispositions et autres termes similaires - tous les termes qui rétablissent au niveau interne ce que les personnes semblent accomplir dans leur comportement."
Gergen conclut que ce langage devient une réalité acceptée dans le monde du sens commun, créant l'illusion d'un domaine intérieur de la psychologie :
"Au fur et à mesure que ce langage de dispositions s'étend et se réifie, le domaine intérieur de la psychologie devient une réalité acceptée, faisant partie du monde du sens commun des relations quotidiennes."
L'impasse de la construction du lecteur
Après avoir examiné les problèmes liés à la conception du texte, Gergen se penche sur la question du lecteur. Il note que si les personnes sont considérées uniquement comme des textes, on ne peut pas rendre compte de la tâche critique de la lecture :
"Si les personnes sont des textes, elles doivent être considérées comme des atomes sociaux isolés qui ne peuvent ni se connaître ni se comprendre. En outre, elles ne peuvent pas comprendre leurs propres actions, qui se situent au-delà de la limite de l'interprétation objective."
Kenneth J. Gergen examine les développements récents en théorie littéraire, notamment les travaux de Stanley Fish et des déconstructionnistes :
"C'est le lecteur qui, au cours de la dernière décennie de théorie littéraire, a presque entièrement remplacé le texte en tant que centre de préoccupation."
Gergen cite Fish :
" Comme le propose Fish dans l'interprétation littéraire, 'l'entité interprétante [ou l'agent doté de buts et de préoccupations, est, en vertu de son fonctionnement même, en train de déterminer ce qui compte comme les faits à observer'."
Il souligne que cette perspective conduit à une nouvelle impasse :
"Nous nous trouvons à présent dans une autre situation malheureuse. L'idée que les personnes sont des textes nous a laissés dans une impasse apparente en ce qui concerne la communication ou la relation authentique. Lorsque nous étendons la métaphore au lecteur, nous constatons à nouveau que la compréhension humaine est impossible."
Vers le sens en tant que processus relationnel
Face à ces impasses, Gergen propose une alternative relationnelle pour comprendre le processus d'interprétation et la nature de la compréhension humaine. Il formule plusieurs propositions clés :
1. Abandonner la réification[1] des termes d'intention :
"Tout en acceptant le fait que les comptes rendus d'actions individuelles doivent être fondés sur un langage intentionnel ou dispositionnel, ne soyons pas tentés de réifier les termes de l'intention eux-mêmes."
2. Se concentrer directement sur les actions :
"Confrontons-nous plutôt directement aux actions des uns et des autres. Envisageons la possibilité que les actions humaines soient ce qu'elles sont et non un ensemble d'indicateurs cryptiques d'un autre domaine ontologique."
3. Reconnaître l'interdépendance des actions :
"Chacune de mes actions n'est pas seulement une réponse à la vôtre, mais aussi une action à laquelle vous répondrez. En ce sens, ma conduite n'est ni une réponse ni un stimulus, mais un élément d'un modèle étendu dont nous faisons tous deux partie."
4. Considérer le sens comme un processus relationnel :
"Le sens des mots, des gestes ou des actions est plutôt réalisé dans les schémas de relations qui se développent. Le problème n'est donc pas de chercher le sens d'un mot ou d'une action dans une région intérieure, mais vers l'extérieur, dans l'horizon en expansion constante de la relation."
Gergen illustre cette approche relationnelle en prenant l'exemple de la dépression :
"Normalement, la dépression est considérée comme un événement privé, d'origine neurologique. Si une personne annonce qu'elle est déprimée, nous traitons cette communication comme s'il s'agissait d'un rapport sur l'état d'un pays étrange et exotique. Pourtant, si nous supposons que les expressions de la dépression sont d'abord publiques et ensuite constitutives des relations, nous n'avons pas besoin de nous demander si la personne donne une image exacte de son monde intérieur ou si nous interprétons correctement ses mots et nous pouvons commencer à nous interroger sur la nature des relations dans lesquelles ils s'inscrivent."
Recherches sur les scénarios relationnels
Gergen présente des recherches préliminaires sur les scénarios relationnels liés à l'expression de la dépression. Il explique :
"Nous avons confronté des participants à des recherches à des vignettes dans lesquelles un ami leur dit qu'il ou elle est déprimé(e). Nous interrogeons ensuite les participants sur leurs réponses probables à une telle expression."
Les résultats de ces recherches montrent que :
"Il s'avère que l'on ne peut pas répondre à de telles annonces de dépression de n'importe quelle manière. On ne peut pas dire facilement 'Oh, c'est gentil' ou 'N'est-ce pas une belle journée' sans risquer de se faire rabrouer. Au contraire, comme nos participants nous l'ont montré, il n'y a qu'un nombre limité de mouvements discursifs possibles. Il s'agit principalement d'une forme de sympathie, d'interrogation, d'indifférence ou d'irritation."
Gergen explique que ces réponses initiales ne sont que le début de ce qu'il appelle des "scénarios relationnels" :
"Nous commençons maintenant à entrevoir la possibilité de quatre unités de relation différentes, chacune commençant par une performance émotionnelle particulière de la part de la personne A, suivie d'une réponse appropriée de la part de la personne B."
Kenneth J. Gergen décrit ensuite comment ces scénarios se développent :
"Nous demandons maintenant à nos participants à la recherche comment la personne A réagirait si elle exprimait une dépression et que la personne B répondait par l'une des quatre réactions différentes. Chacune de ces combinaisons donne lieu à un éventail encore plus large de réactions."
Gergen présente un exemple de scénario complet qu'il appelle "relation affirmative" :
"Ce scénario particulier peut être qualifié de relation affirmative. Il se compose de l'expression de la dépression par A, de la réponse de sympathie de B, de l'élaboration par A de la raison de la dépression, de la sympathie supplémentaire de B, de l'élaboration supplémentaire de A, du conseil ou de l'encouragement de B et enfin de l'expression de gratitude de A."
Kenneth J. Gergen souligne que ces scénarios s'inscrivent dans des séquences plus larges de relations :
"Nous tentons également de situer ces scénarios dans des séquences plus larges de relations, en les considérant comme des composantes d'unités encore plus vastes. Par exemple, le scénario d'affirmation de la relation que nous venons de décrire peut typiquement être situé dans le scénario plus large d'une relation d'amitié."
Implications pour la compréhension et la connaissance humaines
Gergen tire plusieurs conclusions importantes de cette approche relationnelle :
1. La compréhension comme réalisation sociale :
"Dans cette perspective, la compréhension est essentiellement une réalisation sociale - un dérivé des personnes dans une relation continue. Lorsque deux personnes parviennent à coordonner leurs actions en vue d'une relation amoureuse, d'une conversation ou même d'un adieu mutuel, on peut dire qu'il y a eu compréhension."
2. La connaissance comme "savoir comment" plutôt que "savoir que" :
"Avec Ryle (1949), la connaissance devient un 'savoir comment' plutôt qu'un 'savoir que' et, dans le cas présent, le savoir comment est une réalisation collective."
3. L'abandon de la question de l'exactitude de l'interprétation :
"Dans ce contexte, la question de l'exactitude n'a pas lieu d'être. Il ne s'agit pas de déterminer la correspondance entre l'intention et l'interprétation. Nous pouvons plutôt considérer la parole (dans ce cas) comme une invitation à la danse. Si les danseurs parviennent à coordonner leurs actions, la compréhension est acquise."
Implications pour la thérapie
Gergen conclut en examinant les implications de cette approche relationnelle pour la pratique thérapeutique. Il suggère de se concentrer sur la relation client-thérapeute plutôt que sur l'exploration d'un monde intérieur hypothétique :
"Il me semble qu'elles invitent à une approche radicalement différente de celle qu'incarne l'analyse en profondeur. Plutôt que d'explorer le monde inconnu de l'intérieur, on passe au niveau de la relation client-thérapeute."
Kenneth J. Gergen propose que le thérapeute s'intéresse aux "danses" relationnelles auxquelles le client l'invite à participer :
"Lorsqu'un client fait état d'une dépression, par exemple, quelle forme de 'danse' le thérapeute est-il invité à rejoindre ? Les schémas que le client a développés dans d'autres relations risquent-ils de se manifester ? Le thérapeute peut-il aider à développer de nouvelles danses ou formes relationnelles plus bénéfiques pour le client ?"
Gergen souligne que l'objectif serait d'aider à développer de nouvelles formes relationnelles plus bénéfiques pour le client :
"En ce sens, le thérapeute n'essaie pas d'aller au fond des choses ou de sonder les profondeurs, mais de rendre manifestes les modèles d'échange auxquels invitent les actions du client, d'explorer leur viabilité et de développer des moyens de modifier ou d'élargir le répertoire des potentiels."
En conclusion, Gergen résume sa critique de la métaphore de la personne comme texte et les impasses conceptuelles qu'elle engendre :
"Le présent document soumet à un examen critique la métaphore de la personne en tant que texte. C'est de cette métaphore que découlent les principales questions de l'analyse herméneutique traditionnelle. C'est ce type d'enquête, qui porte essentiellement sur le processus et la validité de l'interprétation, qui alimente également une grande partie de la réflexion récente dans le domaine clinique. Cependant, comme la présente analyse tente de le démontrer, la métaphore de la personne en tant que texte entraîne l'analyste dans deux impasses conceptuelles dont il semble difficile de sortir."
Il réaffirme l'intérêt d'une approche relationnelle de l'interprétation :
"Une première esquisse d'un autre moyen de comprendre le processus d'interprétation est ensuite présentée. Ce compte rendu relationnel considère le processus d'interprétation non pas comme l'acte d'un seul individu tentant de localiser la région intérieure de l'autre, mais comme un processus de collaboration mutuelle. La métaphore de la danse ou du jeu remplace celle du texte."
Gergen souligne que cette perspective déplace les questions de validité vers des interrogations sur les formes de parenté dans lesquelles s'inscrivent nos expressions :
"Les questions de validité sont remplacées par des interrogations sur les formes de parenté dans lesquelles s'inscrivent nos expressions verbales (entre autres), ainsi que sur leurs implications et leurs alternatives."
[1] La réification, dans le contexte du langage et de l'interprétation humaine, est le processus par lequel les termes abstraits ou dispositionnels utilisés pour décrire les états psychologiques internes des individus sont traités comme s'ils représentaient des entités réelles et objectives, similaires aux objets du monde réel.1
Voici comment la réification se produit dans le contexte de la description des actions humaines :
Difficulté à signaler l'action humaine avec précision : Le langage est efficace pour signaler des objets ou des événements stables dans le temps et dans l'espace. Cependant, l'action humaine est fluide, complexe et rarement répétée de manière identique. Cela rend difficile l'utilisation de termes concrets pour décrire les actions humaines de manière significative.23
Se concentrer sur les résultats et les intentions : Pour surmonter ce défi, le langage se concentre sur les résultats des actions et les intentions qui les sous-tendent. Au lieu de décrire les mouvements physiques, on parle d'aider, de nuire, d'aimer, etc., en attribuant des intentions et des dispositions aux acteurs.45
●Création d'un vocabulaire des dispositions internes : Ce processus conduit à la création d'un vocabulaire riche en termes dispositionnels tels que les motivations, les besoins, les désirs, etc., utilisés pour expliquer et donner un sens aux actions humaines.1
Traiter les dispositions comme des objets réels : Au fur et à mesure que ce langage se développe, les termes dispositionnels sont réifiés. Ils sont traités comme s'ils représentaient des entités réelles et distinctes existant dans un "domaine intérieur" de l'individu, semblable aux chaises et aux tables du monde extérieur.1
En fin de compte, la réification transforme les termes abstraits utilisés pour décrire l'action humaine en des entités psychologiques apparemment concrètes. Cela crée une illusion de compréhension, alors qu'en réalité, cela ne fait que masquer la complexité fluide de l'action humaine derrière un voile de termes réifiés.