Un site qui redonne au rêve sa cohérence
Préambule
Parler de rêve, c’est d’abord choisir ses mots. Les scientifiques parlent encore trop souvent de « rapport de rêve ». Mais le terme est inadéquat : il suggère un compte rendu neutre, objectif, presque administratif. Or le rêve n’est pas un rapport, c’est un récit.
Un récit, parce qu’il est vécu, parce qu’il s’impose avec sa logique interne, parce qu’il se raconte. Dire « je raconte un rêve » plutôt que « je rapporte un rêve », c’est rester fidèle à l’expérience vécue — et non la refroidir sous un vocabulaire qui la dénature.
La notion d’histoire racontée n’est pas anodine. Depuis Aristote, on sait qu’un récit, c’est une mise en intrigue : des actions organisées formant une histoire. Le rêve, c’est exactement cela : une expérience intérieure qui, en se racontant, devient récit.
Dire « je raconte un rêve » plutôt que « je rapporte un rêve », c’est déjà reconnaître cette dimension : le rêve n’est pas un simple compte rendu froid, mais une histoire vécue et racontée.
Prendre le rêve comme récit, c’est aussi remettre le Bizarre à sa juste place. Le rêve est souvent jugé étrange, illogique, fragmentaire. Mais ce « bizarre » n’est pas un obstacle : c’est une modalité narrative, une grammaire propre. Cette grammaire repose sur des règles implicites - changements de lieux, dédoublements, transformations - qui rendent le rêve inventif, cohérent et construit.
On peut distinguer trois strates complémentaires :
le récit du rêve, mise en mots du vécu intérieur ;
la mise à plat des données, qui dresse l’inventaire des éléments du rêve ;
l’analyse du rêve, qui explore leur sens possible.
Ces couches forment un véritable millefeuille multidimensionnel : un tissage de temps, de souvenirs et de sens, qu’il faut envisager comme un tout. C’est là que se joue la richesse du rêve, et non dans des catégories artificielles comme le « contenu manifeste » inventé par Freud.
L’ambition de ce parcours est donc simple :
Situer le rêve parmi les autres formes de récit, en soulignant sa parenté et sa singularité.
Montrer les conditions et socles narratifs qui le rendent possible.
Proposer une taxonomie des formes narratives oniriques, appuyée sur des exemples personnels et célèbres.
Le pari est de démontrer que le rêve est toujours récit : parfois linéaire, parfois éclaté, mais jamais chaotique. Et qu’en retour, les récits de rêves nous éclairent sur ce que signifie, pour l’humanité entière, être des êtres de récit.