Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Fiction & Réalité dans le rêve
Une frontière instable dans la veille, dissoute dans le rêve
Dans la vie éveillée, nous distinguons sans effort ce qui appartient à la réalité de ce qui relève de la fiction. Nous savons que Superman n’est pas notre collègue de bureau, que Luke Skywalker n’a jamais marché sur Terre et que le Père Noël finit toujours, tôt ou tard, par quitter le champ du réel pour rejoindre celui des fictions enfantines. Cette séparation nous semble évidente, presque naturelle. Elle ne l’est pas.
Cette frontière varie selon les cultures (le vaudou, l’animisme, la religion catholique ne découpent pas le réel de la même manière), selon les époques (le Moyen Âge considérait les anges et les démons comme des entités agissantes), et selon les individus (l’enfant vit longtemps dans un monde où le Père Noël est réel).
Rien, dans cette frontière, n’est absolu. Le rêve le sait, et s’y engouffre.
Cette bascule repose parfois sur un rien. Je décide de renommer le bien mal nommé Homme à la Loco (the Engine man), sur les rêves duquel a travaillé Allan J Hobson. (voir Menu Récit). Il sera désormais (pour moi), Tristan T. T pour Tarmstadt ou Darmstadt, on ne sait pas. Le simple fait d’hésiter sur son nom de famille, étant sous-entendu que l’information aurait pu se perdre dans le temps, fait à la fois entrer mon travail dans la fiction, tout en donnant une consistance réelle à Tristan T. C’est tout à fait paradoxal. On navigue là, à l’embouchure de la fiction.
Lorsque nous rêvons, fiction et réalité basculent dans un même espace : un mort apparaît et nous lui parlons ; un musicien surgit sans provoquer la moindre panique ; un décor de cinéma devient parfaitement opératoire. La crédibilité n’est pas un critère interne du rêve : il accepte ce qui lui est nécessaire. Et nous l’acceptons avec lui. La bulle onirique ne doit jamais être rompue, et le récit doit être cru pour fonctionner.
Pourquoi le rêve utilise indistinctement réalité et fiction
La première réponse est cognitive : notre mémoire ne sépare jamais ce qui a eu lieu de ce qui a été imaginé, vu dans un film ou entendu dans une histoire. Tout est converti en traces mnésiques et stocké dans des réseaux associatifs qui ignorent la catégorie « réel / fictif ». En rêve, le système de sélection ne demande jamais : « Est-ce arrivé ? » ; il demande : « Est-ce pertinent ? ».
La fiction, dès qu’elle a laissé une empreinte affective, devient utilisable comme n’importe quel souvenir réel. On prend ce qui résonne, c’est tout.
Dans cette perspective, une fiction n’est pas un irréel, elle n'est pas opposée au réel, elle lui est adjacente. Elle est un réel ayant existé ailleurs : dans un livre, un écran, un dessin animé, ou une conversation. Dès qu’elle a été reçue par l’esprit, elle appartient à la mémoire, donc au langage du rêve. Le rêve se sert de tout ce qui a acquis une valeur expressive.
Il n’y a donc aucune surprise à ce qu’un rêve convoque indifféremment un souvenir d’enfance, un plan de cinéma, une réplique entendue la veille ou un personnage de série télévisée. Leur statut ontologique diffère ; leur statut mnésique, non.
Aux origines : le rêve perpétue un mode de pensée plus ancien que la réalité cartésienne
La distinction entre fiction et réalité est une invention récente, propre à l’Occident moderne. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine (et dans encore de nombreuses cultures actuelles), cette séparation n’existait pas. L’imaginaire, le mythe, la vision, le rêve, l’apparition étaient des modalités normales du réel.
Leroi-Gourhan l’a montré : image, mythe, parole, symbole et rêve émergent ensemble, dans un même geste mental. La pensée humaine commence dans un espace où le vrai, le fictif, l’intime, le mythique et le mémoriel ne s’opposent pas. Ils se convertissent.
Philippe Descola l’a confirmé : toutes les cultures n’opèrent pas une frontière entre le réel matériel et le réel spirituel. Pour beaucoup, un rêve d’ancêtre n’est pas une fiction : c’est un événement.
Mircea Eliade rappelle que le mythe, dans les sociétés anciennes, « raconte ce qui s’est réellement passé ». Ce n’est pas une métaphore : c’est une vérité symbolique, opératoire. Le rêve fonctionne exactement de la même manière : un récit vrai, mais selon une autre forme de vérité.
On retrouve ce fonctionnement dans une fiction bien connue, Le Seigneur des anneaux, de J.R.R. Tolkien. Dans l'introduction du film de Peter Jackson, une elfe, Galadriel, raconte la destruction de Sauron et la perte de l'anneau : " Certaines choses qui n'auraient pas dû être oubliées, furent perdues. L'histoire devint une légende, la légende devint un mythe."
Lorsque le rêve utilise sans distinction les matériaux réels et fictifs, il ne se trompe pas : il parle encore depuis ce mode archaïque de la pensée, celui où les catégories modernes n’ont aucune pertinence. Le rêve est un fossile vivant du symbole.
Fiction et cognition : penser le réel grâce à l’imaginaire
Les sciences cognitives l’ont compris : l’imagination n’est pas l’opposé de la connaissance, mais son extension. Pour Paul Harris, la fiction nous permet de construire une représentation du réel : elle comble les vides, explore les possibles, teste des hypothèses émotionnelles.
Vincent Jouve, dans Pouvoirs de la fiction, explique que la fiction nous attire parce qu’elle élargit notre expérience, rend le réel supportable et affûte nos capacités cognitives. Les émotions qu’elle suscite sont aussi authentiques que celles du réel. La fiction est un outil de survie psychique.
Dans son autobiographie, Mes Fantômes et moi, Gabriel Byrne, s'appesantit sur le pouvoir salvateur de la fiction. Ouvrir un livre, c’est comme s’avancer sur une scène au début d’une pièce, « entrer dans un rêve où le temps est modifié par l’imagination ». Mais encore : "Il y a en nous une pièce fermée à clé où nous-mêmes n'osons pas entrer, par peur. Peur de quoi au juste, je l'ignore. Telle est peut-être une des choses qui rendent la fiction nécessaire. La fiction nous permet d'explorer nos profondeurs cachées, et de reconnaître que nous sommes tous faits de la même pâte humaine."
Le rêve procède exactement ainsi. Il réorganise émotionnellement notre vécu en utilisant toute la gamme des récits possibles, y compris ceux qui ne se sont jamais produits. Une fiction filmique peut devenir la meilleure métaphore pour restituer toute forme de vécu.
Dans ces deux exemples de rêves assez anciens, deux dessins animés ont servi à exprimer des émotions propres à chaque rêveur. De Peter Pan que nous avions regardé la veille, j'ai utilisé les personnages de Mouche et de Crochet pour mon amateurisme, tandis que mon fils a conservé les combats à l'épée. Quelques temps après, c'est le dessin animé Tous en scène 2 que j'allais voir au cinéma avec mon autre fils. Un quiproquo laisse à penser que le projet sur lequel travaillent les artistes, est prêt, et des ouvriers arrivent, prêts à la tâche. Ces mêmes ouvriers se retrouvent dans mon rêve, car en pleine forfanterie, j'ai annoncé que mon livre serait prêt dans les jours à venir (réelle vantardise de ma part). Mon fils qui allait rentrer au Collège, a retenu du dessin animé, l'amitié qui liait les artistes, reflet des amitiés qu'il avait connus tout au long de sa scolarité au primaire. Chacun a conservé du dessin animé ce qui résonnait en lui, de manière très logique.
La fiction est un outil que le rêve récupère pour repenser le réel.
Dans la vie éveillée, nous savons toujours quand nous sommes face à de la fiction. Même plongés dans un film ou un roman, une partie de nous sait : ce n’est pas réel.
Comme le rappelle Vincent Jouve dans Pouvoirs de la fiction, la différence essentielle entre fiction et réalité ne tient pas à la manière dont nous les percevons, car nous construisons mentalement la même image d’un évadé réel et d’Edmond Dantès, mais à la manière dont nous les traitons.
Dans la fiction, nous restons dans le domaine du comme si. La fiction s’annonce comme fiction : elle porte sa signalisation. C’est ce que John Searle résume ainsi : un message fictionnel s’accompagne toujours de l’instruction implicite, « inutile de vérifier ».
Autrement dit : il existe, dans notre rapport à la fiction, une métacommunication invisible qui nous dit que ce que nous voyons n’appartient pas au même ordre de réalité. Mais dans le rêve, cette signalisation disparaît complètement. Le rêve supprime l’étiquette, gomme l’avertissement, efface la zone “comme si”. Il nous plonge dans une fiction qui ne dit jamais qu’elle en est une. C’est une fiction sans balises, vécue comme un réel immédiatement crédible.
C’est pour cela que : je ne suis pas étonnée de revoir Rosemonde, pourtant morte ; Rutabaga perché en haut de la bibliothèque ne me choque pas ; la nuit peut basculer en plein jour d’un clignement de scène ;
des animaux préhistoriques peuvent envahir mon jardin ; Hobson ne sursaute pas en voyant Mozart ;
Baudelaire reste impassible devant un monstre. (Voir Exemples du Menu Récit)
Nous réagissons comme dans une simulation dont nous ignorons être les cobayes, suivant comme dans le film Don't look up, les demandes du gouvernement intimant l'ordre de ne pas regarder en l'air afin de ne pas voir la comète qui va s'écraser sur Terre, ou obéissant aux injonctions de policiers, "Circulez, il n’y a rien à voir”, et nous obéirions. Sauf que dans le rêve, personne ne dit rien. Le rêve dissimule sa nature de fiction en imitant juste assez le réel pour être plausible, tout en transgressant les lois du monde qu’il prétend reproduire.
Un rêve n'est pas une reproduction du réel, c'est une fiction qui a momentanément désactivé la fonction “vérifier”.
Il n’y a donc pas confusion, mais bien absence volontaire de balisage. Le rêve est une fiction qui se cache comme fiction pour pouvoir être vécue comme réalité. Et c’est en cela qu’il est un outil psychique singulier : ce qu’il nous montre, il doit nous le faire croire, ne serait-ce que pour la durée du rêve. Car pour être émotionnellement vécu, le rêve doit être cru.
L’imaginaire social : le monde entier comme réserve expressive
Hervé Mazurel parle d’« imaginaire social » : la masse de fictions, d’images, de sons, de récits qui circule autour de nous et nourrit nos catégories émotionnelles. Ces matériaux (films, romans, jeux vidéo, dessins animés) deviennent des ressources disponibles pour notre vie intérieure.
Le rêve ne les traite pas comme “du faux” : il les traite comme des expériences. La fiction n’est pas un divertissement périphérique : c’est une source d’outils narratifs et affectifs. Plus notre univers fictionnel est vaste, plus nos rêves disposent d’une palette large pour se dire.
Bien avant l’invention de la télé ou du cinéma et de ses super-héros volants, l’homme préhistorique a vu des insectes et des oiseaux voler. La capacité de voler a été intégrée comme existante, et donc suffisante, dans nos rêves. Ce qui existe, existe pour n'importe qui. Le rêve intègre toutes les capacités, ; l’homme est donc capable de voler. Mais il pourrait aussi bien être le soleil qui éblouit, l’éléphant qui entend le bruit des nuages ou la première goutte de pluie qui tombe sur Terre.
La demi-matérialité : ce qui n’existe pas… mais qui existe
Dans la trilogie Imaginationland, un personnage de South Park déclare à propos des personnages imaginaires : « Ils sont imaginaires, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas réels. » Et Kyle Brosslowski va encore plus loin : Luke Skywalker ou Bugs Bunny ont davantage façonné nos vies que bien des personnes réelles. Leur inexistence matérielle ne les empêche pas d’avoir une existence psychique puissante.
C’est exactement ce que je nomme la demi-matérialité : une chose n’existe pas dans le monde physique, mais elle existe dès qu’elle est conçue par un esprit. Ainsi en est-il de cette ville imaginaire, F. qui existe à partir du moment où je la nomme, Fœpzig. Elle n’existait pas avant d’être inventée ; elle existe dès que je la nomme, même si c'est pour moi, et moi seule. C'est mon refuge imaginaire où je me rends, quatre à quatre, dès que je le souhaite.
Le Marsupilami, dans le film d'Alain Chabat, « n’existe pas, mais n’existe ». Le rêve évolue dans cet espace paradoxal : l’existence symbolique suffit.
Le liopleurodon illustre parfaitement ce point. C'était un reptile marin carnivore vivant il y a environ, 150 millions d'années. Son mode de déplacement constitue un bon exemple de ce qui pourrait nous sembler imaginaire, jusqu'à ce que la réalité l'emporte. Il utilisait un mouvement alterné entre nageoires antérieures et postérieures, et non une nage ondulatoire comme les requins, ni un battement vertical comme les cétacés. Les deux paires pouvaient fonctionner en alternance ou en quasi-synchronisation. Ce mode de locomotion totalement disparu et sans équivalent actuel, paraîtrait imaginaire si aucun fossile ne l’avait attesté. Le réel peut avoir l’apparence du fictionnel, et l’inverse. Le rêve navigue précisément dans cette zone ontologique intermédiaire.
Pourquoi le rêve a besoin de fiction pour traiter le réel
Parce que la fiction ouvre l’espace du possible. La réalité est limitée par ce qui s’est produit ; la fiction explore ce qui aurait pu se produire.
C’est décisif pour le rêve, dont le rôle est de traiter l’émotion, d’organiser le chaos du vécu, d’expérimenter des issues. Parfois, seul un personnage fictif peut figurer une peur réelle ; parfois, seule une scène imaginaire permet d’accéder à un souvenir difficile ; parfois, seul un univers inventé peut élargir la gamme des solutions.
La fiction est un amplificateur narratif, un outil pour remodeler le réel.
Monde ouvert et fini (réalité) versus monde clos et infini (rêve)
La réalité, un monde ouvert mais fini
Elle est ouverte sur l’environnement, les autres, la matière, mais elle est limitée :
par les sens,
par la physique,
par la culture,
par les contraintes sociales,
par le temps.
Nous y circulons, mais dans une structure déterminée.
Le rêve : un monde clos mais infiniment combinable
Le rêve, comme la fiction, appartient aux mondes clos. Et dans un monde clos, l’infinité apparaît à l’intérieur.
Borges l’a montré :
une bibliothèque finie peut contenir une infinité de combinaisons,
un jardin narratif peut se bifurquer indéfiniment,
un point minuscule (l’Aleph) peut contenir tous les mondes.
Calvino l’a démontré : des dispositifs clos produisent des univers illimités.
L’Oulipo l’a théorisé : plus la contrainte est forte, plus l’infini se déploie.
Bachelard l’a senti : l’imaginaire aime les formes fermées (coquille, nid, maison), qui permettent des expansions intérieures.
Les sciences du rêve (Hartmann, Domhoff, Foulkes) confirment : un système mental clos peut produire une variété quasi infinie de récits.
Le rêve ne sort jamais de nous, et pourtant il explore les plus grands espaces.
Pourquoi fiction et réalité se mélangent en rêve
Parce que :
le rêve parle une langue antérieure à la distinction réel / imaginaire ;
la mémoire ne sépare jamais les sources, seulement les intensités ;
la fiction est un outil pour comprendre le réel ;
l’imaginaire social nourrit les catégories émotionnelles ;
la demi-matérialité donne existence aux fictions ;
le rêve est un monde clos dont l’infini dépend de la diversité de nos expériences ;
le réel est trop étroit pour contenir toutes les solutions dont nous avons besoin.
Le rêve n’est pas un lieu où la réalité se brouille. C’est un lieu où la réalité s’élargit.
La fiction n’est pas un intrus : elle est l’une des langues du rêve, elle accroit la palette des possibles du rêve.
Dans la nuit, ce qui a eu lieu et ce qui aurait pu avoir lieu se rejoignent, parce que pour notre esprit, les deux participent de la même substance symbolique.
Le rêve ne confond pas : il unifie.
Le rêve n’obéit pas aux critères de crédibilité de la réalité, mais aux critères de navigabilité de la fiction.
Dans la réalité, nous évaluons les choses selon des critères d’adéquation :
Est-ce vrai ?
Est-ce possible ?
Est-ce cohérent avec le monde physique ?
Est-ce conforme à ce que nous savons ?
La fiction opère exactement à l’inverse.
Nous lui demandons :
Est-ce que cela peut me transporter ?
Est-ce navigable ?
Puis-je m’y engager émotionnellement ?
Est-ce crédible selon ses propres règles ?
La fiction n'a pas besoin d'être vraie : elle doit simplement être navigable, c’est-à-dire permettre l’immersion, l’acceptation, la continuité interne.
Les univers d’Arcane, d’Ulysse 31, ou d’un roman de fantasy ne sont pas vrais, mais ils fonctionnent, ils tiennent debout sous leurs propres lois. C’est ce qui permet à notre esprit, et à n’importe quel rêve, de les intégrer comme matériaux.
Le rêve utilise le critère « navigable », jamais le critère « conforme »
Les Compagnons morts d’Ulysse, devenus corps flottants dans Ulysse 31, sont acceptables, car fictionnellement plausibles.
Le rêve ne demande jamais :
Est-ce vrai ?
Est-ce historiquement ou biologiquement correct ?
Il demande :
Puis-je circuler là-dedans ?
Est-ce cohérent à l’intérieur de sa propre fiction ?
Est-ce utilisable narrativement ?
Autrement dit :
Le rêve traite la fiction comme vraie dès qu’elle est navigable. Les morts mythologiques deviennent des silhouettes flottantes de science-fiction. Enfant, j’acceptais cette variation car elle était plausible avec la version proposée par la mythologie grecque.
On peut dès lors demander : « Qu’attendez-vous d’un rêve ? »
Un rêve n’est pas :
un rapport de police,
un document factuel,
censé coller au quotidien.
On s’attendra instinctivement à ce qu’il
nous transporte,
nous déplace ailleurs,
soit navigable même dans l’étrange,
soit un récit où l’émotion circulera mieux que dans la veille.
En fait, nous attendons d’un rêve ce que nous attendons d’une fiction : qu’elle fonctionne, qu’elle prenne, qu’elle soit vraie dans son propre cadre.
Le rêve comme docu-fiction intérieur
Le documentaire est fidèle au réel.
La fiction est fidèle à sa propre logique.
Le docu-fiction est un réel augmenté par la fiction pour devenir racontable.
Le rêve est un docu-fiction : il raconte la réalité, mais sous une forme qui utilise les ressources de la fiction. Il prend le vécu, l’amplifie, le transforme, l’ellipse, le condense, le stylise.
Le rêve n’est ni un documentaire ni une fiction : c’est la fiction par laquelle la réalité devient racontable.
La fiction utilise comme critère : « est-ce navigable ? »
La réalité utilise : « est-ce conforme ? »
Le rêve choisit toujours la navigabilité. Il préfère ce qui permet le récit, non ce qui respecte les lois du réel.
Le rêve n’est pas un reportage du monde réel, mais la fiction par laquelle le réel devient racontable. Il n’a jamais cherché la conformité : il cherche le passage. Il cherche la voie navigable. C’est pourquoi le rêve n’est jamais absurde, seulement en avance sur nos catégories.
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