Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Faux procès faits au récit de rêve et implications
Non, le rêve n’est pas une réécriture secondaire du chaos
L’hypothèse d’une « élaboration secondaire » (Freud) suppose que le rêve serait d’abord un chaos d’images, réordonné ensuite au réveil. Mais tout montre l’inverse : les rêves s’organisent déjà pendant le sommeil.
Les exemples détaillés (morphonirisme, rêves construits de bout en bout) révèlent des logiques internes continues et des détails hautement improbables à inventer dans la confusion de l’éveil.
Le récit du matin n’est donc pas une invention secondaire, mais la traduction d’une structure préexistante. La scission contenu manifeste-contenu latent est sans fondement.
Non, le récit n’est pas une ruse mnésique
Certains avancent que le rêve adopterait la forme d’un récit pour être mémorisable. Mais mémoire et forme doivent être distinguées :
La mémoire dépend de facteurs externes (durée du sommeil paradoxal, micro-réveils, attention au réveil, entraînement du rêveur…).
La forme (personnages, lieux, objectifs, twists) est indépendante : elle constitue le rêve lui-même, qu’il soit retenu ou oublié.
Autrement dit, le rêve n’est pas raconté pour être retenu : il est récit par nature, et le souvenir n’en est qu’une éventuelle conséquence.
Non, le rêve n’est pas construit après coup
Le rêve fonctionne en ligne directe (a prima vista) : il se stabilise instantanément dans une configuration qui respecte son cahier des charges narratif et émotionnel.
Réparation interne : quand une incohérence menace, le rêve introduit aussitôt un substitut (ex. cauchemar Cujo).
Adaptation externe : quand un stimulus surgit, il est intégré sur-le-champ (ex. rêve de la Guillotine, Maury).
Ce mode fulgurant, difficile à comparer à nos lenteurs conscientes, peut être rapproché du traitement parallèle d’une intelligence artificielle : pour l’observateur, tout semble immédiat, car les ajustements se font massivement en arrière-plan.
Conclusion
Le rêve n’est ni chaos réordonné, ni ruse mnésique, ni mosaïque bricolée au réveil. Il est déjà récit, doté de mécanismes de cohérence (SII, suppléance narrative, clôtures spécifiques, agentivité fluctuante). Le récit du matin n’est pas fabrication, mais traduction - parfois appauvrie, parfois déformée, mais toujours adossée à une narrativité intrinsèque.