Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Proposition d’explications à l’origine du Bizarre dans nos rêves.
Pourquoi ce qui paraît étrange ne l’est que du point de vue du réveil, c’est-à-dire d’un langage et d’une logique dévoyés. Ce que l’on appelle le bizarre dans le rêve ne renvoie pas à une logique illogique, mais à un déplacement de cadre.
Deux facteurs en rendent compte :
L’indifférence entre fiction et réalité.
Le rêve ne distingue pas l’événement vécu de l’événement imaginé, car il n’en retient que la charge expressive. Ce qui détermine la présence d’un élément, ce n’est pas son statut de fait ou d’invention, mais sa valence symbolique, sa liaison intime avec le moi onirique. Que l’évasion soit celle d’Edmond Dantès ou d’un détenu réel importe peu : toutes deux traduisent le même besoin d’échapper, la même tension intérieure vers la délivrance.
L’usage archaïque du langage.
Le rêve ne parle pas selon la logique discursive, mais selon la logique des écritures premières : il emploie un mot pour son sens, pour son son, ou pour les deux à la fois. Il assemble des unités qui sont à la fois sémantiques, phonétiques et imagées, exactement comme les hiéroglyphes ou les idéogrammes chinois. Ce tissage produit des glissements, des condensations, des chevauchements, que la veille perçoit comme des anomalies, alors qu’ils relèvent d’un langage antérieur à la distinction entre mot et chose.
Ces deux principes une fois posés, le bizarre perd toute consistance. Il n’est qu’un effet d’interprétation produit par le regard diurne, par l’habitude de séparer le réel du fictif et le mot de son image. Le rêve, lui, reste cohérent à son propre niveau d’organisation, un niveau où fiction et réalité, son et sens, ne font qu’un.
Ce n’est pas le rêve qui est étrange, c’est notre manière de l’écouter.