Un site pour redonner au rêve sa cohérence.
"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"
Joseph Fort Newton.
Freud a installé un faux paradigme qui a colonisé l’imaginaire collectif. C’est une illusion rétrospective, qui agit comme un frein pour la recherche. Analyser le rêve rappelé est fondamental pour comprendre le rêve vécu, et cela n’a rien à voir avec Freud.
Pour ceux qui ont remis Freud aux oubliettes, ce sous-menu n’est pas obligatoire. Pour ceux qui aiment aller à l’essentiel on peut le résumer, à la manière de Galilée :
Eppur si muove (Et pourtant, elle tourne).
Eppur, quasi tutto è falso. (Et pourtant, presque tout est faux).
Pour les autres
Pourquoi est-il fondamental de réfuter l’existence de l’élaboration secondaire ?
Cette hypothèse majoritairement acceptée (et qui appartient au « travail du rêve », que nous ne reconnaissons pas) entraîne l’existence d’une scission entre contenu latent (le rêve tel qu’il est vécu) et le contenu manifeste (le rêve raconté). Employer le terme « contenu manifeste », pose de fait une acceptation de l’élaboration secondaire, et cette scission est visible jusque dans des écrits scientifiques. Michel Onfray dans Le Crépuscule d’une idole, se permet de le renommer, contenu externe et contenu interne. C’est en fait beaucoup plus simple. Il n’y a pas de scission, le rêve n’est pas réécrit au réveil, et s’il existe des différences entre le rêve vécu et le récit de rêve, cela est dû à un défaut de mémoire ou à une difficulté à mettre en mot des situations ou des éléments qui n’existent pas dans la réalité. Accepter la scission contenu latent/contenu manifeste, c’est accepter un dessein à visée dissimulatrice.
Deux questions méritent d’être posées.
✔ Les rêves Renaissance d’Yseult ou Mozart au Muséum d’Allan J Hobson (voir Menu Récit) ont-ils eux aussi été réécrits, même si ce sont des rêves positifs ?
✔ Est-il crédible que Tableaux ou La Roue de la Loi, deux rêves à l’organisation interne extrêmement cohérente, (voir Menu Récit) aient pu être réécrits au réveil ?
Je laisse chacun en juger.
Accepter un seul pan du travail de Freud, c’est accepter tout son système.
Si on accepte la scission contenu latent/contenu manifeste, on accepte alors l’élaboration secondaire, né du présupposé douteux que le rêve initial est incohérent avant le remaniement. On accepte donc le travail du rêve, au sens de dissimulation, de déguisement, de travestissement dû à la censure.
Cette scission est donc trompeuse sur la véritable nature du rêve. Tel que l’on rêve, tel que l’on transcrit son rêve au réveil. Nulle intervention d’élaboration secondaire n’existe. Puisqu’on ne peut réfuter l’irréfutable théorie freudienne, car non-scientifique, il est nécessaire de présenter un mode de fonctionnement, plus conforme à la réalité. C’est le rôle de ce site, et principalement du Menu dédié au Récit.
Irma contre le Rêve de l’homme aux loups
Deux façons de lire un rêve : Irma et l’Homme aux loups
Dans L’Interprétation des rêves (1900), Freud analyse longuement son rêve Irma. Chaque détail du rêve est relié à des souvenirs précis et à des émotions réelles : inquiétudes médicales, culpabilité professionnelle, maladie de sa fille. Même si Freud ne dit pas tout, il respecte une méthode rigoureuse : le rêve est cohérent, enraciné dans la mémoire et dans la vie affective du rêveur.
Dix-huit ans plus tard, dans le cas de Sergueï Pankejeff, dit « l’Homme aux loups », Freud abandonne cette méthode.
Sergueï Pankejeff : l’homme et son rêve
Pankejeff naît au tournant du XXᵉ siècle dans une famille aristocratique russe. Le milieu est brillant mais fragilisé : plusieurs membres souffrent de troubles psychiques, son père et son oncle se suicident, et sa sœur Anna connaîtra un destin tragique.
À quatre ans, Sergueï raconte un rêve qui le marquera durablement :
« Je dormais dans mon lit, face à la fenêtre. Celle-ci s’ouvrit brusquement et je vis, dans le grand sapin, cinq ou six loups blancs, immobiles, qui me fixaient de leurs yeux grands ouverts. Je me réveillai en criant, terrifié. »
Ce que Freud en fait
Freud voit dans ces loups la représentation des parents surpris dans une « scène primitive » : selon lui, Pankejeff, à 18 mois, aurait assisté à trois rapports sexuels « a tergo » entre son père et sa mère. Tout le rêve serait une mise en scène symbolique de ce souvenir refoulé et de l’angoisse de castration.
Ce que Freud n’en fait pas
✔ Pas un mot sur la sœur : alors même qu’Anna a joué un rôle majeur dans l’enfance de Pankejeff (rivalité, gestes sexualisés, puis suicide en 1906).
✔ Pas d’attention au texte : l’hésitation « cinq ou six » est lue comme un chiffre arbitraire, alors qu’elle peut pointer vers une angoisse bien réelle (suis-je le sixième ?).
Ce que l’on peut proposer
✔ Le jeu de mots : grâce au multilinguisme de Pankejeff (russe, allemand, anglais avec sa gouvernante), les chercheurs Nicolas Abraham et Maria Torok (Le Verbier de l’Homme aux loups, 1976) ont relevé une paronymie : six / sixter résonne avec сестра (sestra, « sœur » en russe). Les « six loups » désigneraient indirectement la sœur.
✔ L’histoire familiale : le sapin peut se lire comme un arbre généalogique, peuplé des figures de la lignée frappées par la maladie et la folie. L’hésitation « cinq ou six » devient alors un cri d’angoisse : vais-je être compté parmi eux ?
Freud délaisse la piste biographique évidente (la sœur) pour imposer une explication théorique (la scène primitive, le refoulé sexuel). C’est une rupture méthodologique : il n’écoute plus le matériau réel du patient. Résultat : l’analyse rate la cible, elle parle de Freud et de sa théorie, pas de Pankejeff.
Là où Freud a fabriqué un scénario invérifiable, on peut au contraire entendre le rêve de Pankejeff comme il se donne : un rêve logique, cohérent, en lien avec son histoire réelle, ses liens fraternels et sa peur d’héritage familial.
Petit florilège du monde du rêve et de l’inconscient freudiens
Freud, dans son exploration de l’inconscient et du rêve, a construit une représentation largement négative du rêve et de l’inconscient, en les associant à des idées de chaos, de danger, de refoulement, et de conflits.
"La meilleure manière de critiquer quelque chose, c’est de le décrire." Gustave Flaubert
L’inconscient et le rêve sont ici traités comme des ennemis intérieurs.
Freud a contribué à façonner une représentation de l’inconscient et du rêve en termes principalement négatifs :
✔ L’inconscient est un lieu d’instabilité, de désirs primitifs, et de forces irrationnelles qui menacent constamment l’équilibre psychique.
✔ Le rêve, loin d’être une expression libératrice, est une manifestation déformée des conflits inconscients, souvent marquée par la douleur et l’angoisse.
J’y oppose mon nuage de mots, issus d’années de recherche sur le même sujet.
Explications
✔ La créativité ne concerne pas uniquement les rêves créatifs (ou rêves de solution) tel que celui qu’a fait Mendeleïev, et qui lui a permis de conceptualiser le tableau périodique des éléments sur lequel il travaillait. Le rêve Est créatif par nature.
✔ Les quatre piliers du rêve sont la mémoire, les émotions, le langage et le récit. Ces deux derniers étant des outils.
✔ Une fois analysé, le rêve montre une logique, une clarté, une cohérence et une profondeur remarquables.
✔ L’inconscient[1] est une « machine » fiable. Il ne refoule pas, il nous protège, par rapport à ce que nous sommes.
✔ Le rêve révèle l’associativité du cerveau humain lorsqu’il est en mode inconscient.[2]
[1] Ce terme « inconscient » fera l’objet d’une réflexion future. Il n’a rien à voir avec le sens que lui donnait Freud.
[2] De manière plus générale, j’emploie cette terminologie de « mode inconscient », ce qui permet de ne pas chercher à localiser un territoire inconscient dans notre cerveau, mais bien un mode de fonctionnement.
Le freudisme est un géocentrisme
On pourrait comparer le freudisme au géocentrisme qui semblait crédible parce qu'il expliquait correctement plusieurs phénomènes visibles à l'œil nu, tout comme le freudisme a pu sembler convaincant en fournissant une grille de lecture séduisante des rêves.
Pourquoi le géocentrisme tenait-il la route ?
Avant l’héliocentrisme, le modèle de Ptolémée (géocentrisme) expliquait assez bien le mouvement apparent du Soleil et des planètes grâce à un système d’épicycles (des cercles dans des cercles pour justifier les rétrogradations des planètes). Il prenait en compte :
L’alternance du jour et de la nuit, qui pouvait s’expliquer par un Soleil tournant autour de la Terre.
Le mouvement des étoiles, qui paraissait immobile si la Terre était fixe.
L'inclinaison des astres et leur course dans le ciel, qui donnaient une impression de rotation autour de nous.
Mais ce modèle s'est avéré erroné lorsque Copernic, Kepler et Galilée ont démontré que la Terre tourne autour du Soleil. L’héliocentrisme expliquait mieux et plus simplement les mêmes phénomènes, sans artifices compliqués comme les épicycles.
Lien avec le passage du freudisme à un modèle réaliste du rêve
Le freudisme est un géocentrisme : il part d’une illusion, d’un raisonnement trompeur. Comme Ptolémée qui plaçait la Terre au centre, Freud a cru voir des désirs inconscients refoulés partout.
Il donnait des explications fonctionnelles mais fausses : tout comme le système des épicycles permettait de "sauver les apparences" des mouvements planétaires, Freud a accumulé des concepts (censure, élaboration secondaire, symbolisme sexuel) pour faire tenir sa théorie malgré les incohérences.
Le modèle réaliste du rêve est un héliocentrisme : il repose sur une dynamique plus simple et plus rigoureuse, qui explique mieux la fabrication du rêve à partir de la mémoire, des émotions et du langage, sans recourir à des constructions artificielles comme les "désirs refoulés".
Ces deux illustrations sont équivalentes en termes de pertinence.
Pourquoi est-ce difficile d’abandonner Freud ?
La grande majorité des occidentaux nait au rêve avec Freud d’où cette imprégnation durable des concepts freudiens dès qu’il est question de rêve ou d’inconscient.
Perrine Ruby, chercheuse en neuroscience, déplore le désamour entre les neurosciences cognitives et la psychanalyse. Elle pointe 6 obstacles à l’approche du rêve. "Le 6ème obstacle est que l’expérimentateur n’a pas accès à la familiarité et à la signification que certaines images du rêve ont pour le sujet (sachant que le rêveur lui-même peut ne pas en avoir conscience). L’inaccessibilité de cette information empêche de comprendre de quoi les rêves sont faits."
Oui ! Mais si la science envisage de se tourner vers le contenu du rêve, elle ne trouvera que Freud. Or le caractère non-scientifique de ses travaux les rends inutilisables. La recherche scientifique autour du rêve se retrouve donc dans une impasse. Seule l’oniranthropologie est capable de réaliser cette plongée en eaux profondes.
Conclusion
"La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires. » disait Georges Clemenceau
« Le rêve est une chose trop sérieuse pour être confiée à Freud. » Phaë Anderson