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Exemples de rêves
Les exemples ci-dessous montrent que les rêves, qu’ils soient personnels ou scientifiques, se structurent en véritables récits. Chaque rêve adopte une forme narrative reconnaissable (quête, déambulation, récit miroir, épopée condensée), qui démontre que le rêve n’est jamais chaos ou absurdité, mais une construction dotée de codes et de figures propres.(1)
Le Bâtiment des douanes (rêve de L’Homme à la Loco, 14/08/1939)
Contexte. Ce rêve est extrait d’un journal de rêves tenu par un homme américain, les ayant consignés entre le 15 juillet et le 14 octobre 1939.
Résumé. Ce très long rêve, loin d’être absurde, offre une déambulation complexe, labyrinthique, passant par de nombreux lieux, et entrainant un grand nombre de réflexions, tout à la fois philosophiques et religieuses.
Forme du récit. Déambulation.
Les Césars (rêve personnel du 27/02/1995)
Contenu. Ce rêve déroule deux scènes, qui semblent n’avoir aucun lien et qui se soldent toutes les deux, par un échec de ma part. La scène 1 prend place dans un lieu très exposé, la cérémonie des Césars, alors que la scène II, se passe dans un appartement fermé, intimiste. Il existe donc une opposition franche entre les deux lieux représentés. Cependant, une personne est présente physiquement dans la scène II, et seulement représentée par des accessoires dans la scène I. Sa présence-absence créé un lien entre ces deux scènes. Enfin, les deux scènes disjointes, sont unies par un même noyau dramatique, l’échec répété. Dans les deux cas, je n’obtiens pas ce que j’attendais. Le lien entre ces deux scènes est causal. C’est un récit parallèle.
Forme. Récit parallèle. Voir aussi : Le Tube, Le Voynich.
Cujo (cauchemar personnel du 12/04/2013)
Extrait. « Je vois un animal préhistorique, dans le jardin de ma résidence. Puis cet animal se multiplie et voilà bientôt des dizaines d’animaux préhistoriques qui gambadent dans mon jardin. Soudain, la vue de tous ces animaux disparus dans mon jardin me fait grandement douter. Comment est-ce possible ? Alors que je commence à vraiment remettre en question ce que je vois, j’entends un bruit en provenance du ciel et en levant la tête, je vois une nuée de ptérodactyles que regarde également une femme à la fenêtre de l’immeuble. »
Contenu. Cette scène ne semble exister que pour me confirmer la "normalité" des autres animaux préhistoriques dans le jardin. Et comme pour enfoncer le clou, je reçois de la fiente de ptérodactyles sur un de mes gants. C’est très concret, je n’ai pas à douter de la réalité de ce que je vis et de ce que je vois. Le cauchemar m’a ramenée sur les rails grâce à cette adaptation narrative interne.
Forme : adaptation narrative interne.
Esmeralda aux Urgences (rêve personnel du 26/07/2023)
Contexte. Nous sommes à Barcelone pour un stage, en famille.
Extrait. « J’accompagne ma nièce Esmeralda aux Urgences de ma ville. »
Contenu. Après relecture, l’étrangeté dans ce rêve, vient du fait que j’ai pu, non pas oublier Barcelone où je me trouve (voir Le projet Elisa, sur l’intégration de l’environnement dans nos rêves), mais l’objet de mon séjour, le stage. Me revoilà aux Urgences où je me trouvais un mois avant, absolument pas pour Esmeralda, cependant. Pour que le rêve se déroule cette nuit-là, il fallait que j’oublie provisoirement (amnésie ciblée), un certain nombre de réalités présentes, et principalement, où je me trouvais, et ce que j’y faisais.
Figure formelle. Amnésie ciblée. Voir aussi : Zeugma.
L’Enchanteur (rêve personnel du 28/09/1994)
Récit. « Je regarde à la télé, un programme que j’attendais, puis un autre suit, c’est une légende chinoise à l’époque des contes :
Un enchanteur rencontre un mariage où les invités et les mariés flottent dans l’air, en formant une sorte de bannière. L’enchanteur leur jette un sort afin de se venger d’eux. On les retrouve enterrés vivants à plusieurs, dans des caveaux. Ils demandent grâce. L’enchanteur répond en fermant le caveau avec une pierre tombale carrée : « Allons, c’est une belle mort !».
Contenu. Je ne suis pas présente dans ce conte, et je n’y reconnais personne. C’est une histoire dans l’histoire. Puis le rêve reprendra son cours, je serai présente, avec des personnes connues, des lieux connus et des problématiques du moment. C’est un enchâssement, fonctionnant comme une glose au-dessus d’un texte, pour en préciser le sens.
Forme. Enchâssement. Voir aussi : New York Venise.
La Fleur blanche (rêve personnel du 14/10/2018)
Récit. « Une jeune femme court affolée, les jambes entravées, (comme une robe longue trop serrée) une sorte de fleur blanche aux longs pétales repliés à la main. Elle est dans une tour crénelée dans un fort sur une île au milieu d’un lac, qui est pourtant plutôt la mer. Elle doit jeter la fleur le plus loin possible pour que je puisse l’attraper, et pas trop près du bord qui est trop profond et dangereux, mais sans tarder car l’eau se vide rapidement par un siphon. Elle ne se débrouille pas trop mal, (des hommes sont autour d’elle). J’arrive à attraper la fleur alors que l’eau commence à s’évacuer. J’ai de l’eau jusqu’à la taille et je progresse vers la plage comme un hippocampe. »
Contenu. Il ne fait pas trop de doutes que je suis en deux exemplaires dans ce rêve. Deux moi qui communiquent (ont communiqué), chacune sachant ce qu’elle a à faire et ce qu’elle attend de l’autre. Moi-prisonnière et moi-libre, coordonnant nos/leurs tâches pour une réussite plutôt rare en rêve. C’est donc un dédoublement.
Figure formelle. Dédoublement. Voir aussi : New York Venise, Oksana, Trois pour le prix d’un.
Plus. Ce rêve peut facilement être posé selon les 31 fonctions de Vladimir Propp. Ces fonctions se succèdent dans les contes, pas toujours toutes présentes, mais toujours dans le même ordre (ex. : interdiction, transgression, mission, épreuve, victoire, retour, etc.). Dans le rêve de La Fleur blanche, certaines fonctions typiques s’y reconnaissent.
Situation initiale : la jeune femme prisonnière dans une tour sur l’île.
Correspond à la carence ou au manque de Propp (quelque chose bloque la liberté, l’entrave).
Mission / Tâche : la jeune femme doit lancer la fleur blanche, ni trop près (danger), ni trop loin (raté).
Fonction = tâche difficile (Propp parle de l’épreuve que le héros doit surmonter).
Objet magique : la fleur blanche, qui doit passer de main en main.
Fonction = donateur / objet magique (élément qui rend possible la victoire).
Transfert / Passage : l’eau qui se vide, le siphon, la mer qui devient lavabo.
Fonction = épreuve de transition, obstacle naturel.
Double héroïne : moi entravée (femme prisonnière) / moi libre (hippocampe).
Fonction = dédoublement du héros (Propp n’en parle pas comme tel, mais c’est une variante onirique intéressante : le héros est scindé en deux figures).
Résolution provisoire : j’attrape la fleur, je progresse vers la plage.
Fonction = victoire (le héros s’empare de l’objet et se libère de l’épreuve).
Ce rêve épouse plusieurs étapes de la morphologie du conte : manque initial → mission → objet magique → épreuve → victoire. On voit ici, que le rêve, même court, peut fabriquer une séquence narrative structurée, qu’on pourrait aligner sur un schéma narratif « universel » comme celui de Propp.
Rêve dit de La Guillotine (rêve d’Alfred Maury, vers 1840)
Récit. « J’étais un peu indisposé, et me trouvais couché dans ma chambre, ayant ma mère à mon chevet. Je rêve de la Terreur ; j’assiste à des scènes de massacre, je comparais devant le tribunal révolutionnaire, je vois Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, toutes les plus vilaines figures de cette époque terrible ; je discute avec eux ; enfin, après bien des événements que je ne me rappelle qu’imparfaitement, je suis jugé, condamné à mort, conduit en charrette, au milieu d’un concours immense, sur la place de la Révolution ; je monte sur l’échafaud ; l’exécuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe ; je sens ma tête se séparer de mon tronc ; je m’éveille en proie à la plus vive angoisse, et je me sens sur le cou la flèche de mon lit qui s’était subitement détachée, et était tombée sur mes vertèbres cervicales, à la façon du couteau d’une guillotine. Cela avait eu lieu à l’instant, ainsi que ma mère me le confirma, et cependant c’était cette sensation externe que j’avais prise, comme dans le cas cité plus haut, pour point de départ d’un rêve où tant de faits s’étaient succédé. »
Contenu. Ce rêve a donné lieu à quantités de commentaires car il permettait de prouver que le rêve s’écrivait au réveil. Mais s’il avait rêvé qu’il était en bateau, la tête de lit serait devenue la bôme, et n’importe quel rêve en cours aurait intégré d’une manière « adaptée » au récit en cours, le choc de la chute de la tête de lit sur son cou. Cette adaptation narrative externe à la situation réelle est surprenante, par sa vitesse, qui est inconcevable à l’état éveillé.
Figure formelle. Adaptation narrative externe. Voir aussi : Le Tube.
Irma (rêve de Sigmund Freud du 24/07/1895)
Récit. « Une haute et vaste salle – beaucoup d’invités, que nous accueillons – parmi eux Irma, que j’emmène aussitôt à l’écart, comme pour répondre à sa lettre, lui faire des reproches quant au fait qu’elle n’ait pas accepté ma « solution ». je lui dis « si tu as encore des douleurs, c’est vraiment uniquement e ta faute – Elle répond : si tu savais les douleurs que j’ai maintenant dans la gorge, l’estomac et le ventre, ça me noue complètement. Je prends peur et je la regarde : elle a l’air pâle et boursouflé ; je me dis que si ça se trouve il y a là une histoire organique qui m’échappe. Je l’emmène à la fenêtre et inspecte sa gorge. Elle manifeste quelque réticence, comme les femmes qui ont un dentier. Je me dis qu’elle n’en a quand même pas besoin – D’ailleurs là-dessus, la bouche s’ouvre correctement et je trouve à droite une grande tache blanche, tandis que de l’autre côté j’observe sur d’étonnantes formations chiffonnées, manifestement imitées des cornets du nez, des croûtes couleur gris-blanc, assez étendues – J’appelle vite le Dr M à la rescousse, lequel répète l’examen et le confirme… Le Dr M. n’a pas du tout son air habituel : il est pâle, boite et n’a plus de barbe au menton… Mon ami Otto se tient maintenant à côté d’elle, et l’ami Léopold la percute directement à même la brassière et dit : elle a une matité en bas à gauche, il signale aussi une zone cutanée infiltrée à l’épaule gauche ( que je perçois comme lui malgré la robe)… M dit : pas de doute c’est une infection, mais ça ne fait rien ; il y a encore une dysenterie qui va venir là par-dessus et le poison va s’évacuer… Nous avons d’ailleurs immédiatement d’où vient cette infection. Il y a peu de temps, l’ami Otto, à un moment où elle ne se sentait pas bien, lui a fait une injection à base de propyle, propylène… acide propionique, triméthylamine (dont je vois devant moi la formule imprimée en caractères gras)… on ne fait pas ce genre d’injection aussi légèrement… sans doute aussi que le seringue n’était pas propre. »
Contenu. Ce rêve est bien construit selon les règles des Trois unités du théâtre classique. Unité de lieu (la maison de Bellevue), unité de temps (action en continu), unité d’action (l’examen médical d’Irma). Il anticipe l’anniversaire de sa femme qui devait inviter la fameuse Irma. Enfin, Irma est une figure de condensation de plusieurs patientes, de même que le Dr M, qui boite comme le frère de Freud, dans la réalité.
Forme du récit. Trois unités. Voir aussi : Zélie.
Figure formelle. Anticipation. Voir aussi : Trois pour le prix d’un.
Figure formelle. Condensation.
Magellan (rêve personnel du 06/02/2024)
Extrait. « Un repas aurait dû être organisé chez moi, beaucoup plus grand au fur et à mesure. […] Il n'y a pas assez de nourriture. […] Décision est prise d'aller manger à l'extérieur. Sûrement dans un restaurant chinois (ou un Japonais), car il est tard, plus de 22h, et il ne reste que ça d'ouvert. Je le visualise vers la mer, qui me semble peu amène. Cette mer serait plutôt l'océan, je sens qu'on a accès à l'ouest, même si on est toujours dans le sud de la France. »
Contenu. Cette mer, peu amène, n’est vraiment pas la méditerranée, mais l’océan Pacifique que cherche à rallier Magellan, dont je lis alors la biographie qu’a écrite Stephan Zweig. Cet accès à l’autre côté est ici présent par le restaurant chinois ou japonais. Aucune importance, il faut juste que ce soit de l’autre côté de l’Amérique. Ce « Paso » (le passage légendaire qui permettrait de trouver le passage de l'Amérique du Sud vers les Moluques) que cherchait alors Magellan, faisait écho à mes propres recherches pour communiquer ce que je pense comprendre du rêve. C’est un rêve-planète, puisqu’il utilise la force et l’ampleur de la découverte du passage de l’autre côté du continent américain pour créer un parallèle avec ma propre ambition.
Forme du récit. Rêve-planète. Voir aussi : La Roue de la Loi.
Mozart au Muséum (rêve d’Allan J. Hobson)
Récit présenté avec une proposition de découpage selon un morceau de musique.
[Introduction : Présentation de Joan]
Je suis avec ma femme Joan au musée des Beaux-Arts de Boston, (pour assister à l'un des concerts qu'elle organise).
[1er Mouvement : Mozart pour Joan]
(Dans le grand auditorium Remus), quelqu'un joue Mozart au piano sur un grand Steinway de concert. Je remarque qu'il n'y a pas d'orchestre. Le piano me rappelle celui que j'ai vu le samedi précédent dans le hall de la collection Phillips de Washington.
[Interruption : colère du héros]
Comme cela m'arrive lors de ces visites, je suis énervé, j'ai l'impression d'être une pièce rapportée aux côtés de Joan toute à son boulot. Je ne suis pas attentif
[Le héros part en quête (ambition)]
et je décide d'aller explorer
[2ème Mouvement : Mozart pour Hobson]
l'autre salle, plus petite et plus ancienne, près des sarcophages égyptiens. J'entends de la musique et un léger brouhaha d'excitation. En ouvrant la porte, je réalise avec stupeur que Mozart lui-même est sur scène, qu'il joue le même concerto, toujours sans orchestre, sur un vieux clavecin de la collection du musée. Bien que la porte ne soit ouverte qu'un instant, je remarque la redingote rouge et brodée d'or de Mozart, et sa perruque poudrée. Il arbore un sourire béatifique et les arpèges se déversent dans mon oreille. Je remarque aussi que Mozart a un peu grossi et je me demande pourquoi.
[Quête accomplie]
Je referme la porte sur un " chut "
[Silence]
et songe à la façon d'annoncer ma découverte à Joan.
[Applaudissements]
Sur quoi je me réveille.
Contenu. Cette quête narcissique d’un mélomane, basée sur Mozart en personne pourrait être présentée sur une scène en suivant un mouvement musical, même simplifié. Le mouvement est très lisible : départ frustré, exploration, révélation (Mozart en personne, clé de voûte du rêve), triomphe intérieur. Le découpage « en mouvements » rend très clair le crescendo dramatique. C’est du morphonirisme puisque le sujet (la reconquête de son ego) s’exprime sous une forme qui pourrait tout à fait donner lieu à une représentation scénique. Le rêve ne se contente pas de raconter, il épouse la forme d’un art (ici la musique) pour se structurer.
Résumé présenté selon les fonctions de Vladimir Propp.
Situation initiale : manque → Joan au centre, Hobson frustré.
Transgression : il quitte la salle.
Épreuve : exploration de la petite salle.
Récompense : apparition de Mozart (objet magique / victoire).
Retour (en pensée) : annoncer à Joan sa découverte.
Forme du récit. Morphonirisme. Voir aussi : Renaissance, La Roue de la Loi, Toulouse.
Forme du récit. Quête. Voir aussi : Zeugma.
Hobson a produit une analyse comparée de ce rêve (une version supposément psychanalytique à laquelle il s’opposait, et une version basée sur l’activation synthèse). Nos analyses ne convergent pas.
New York Venise (rêve personnel du 25/03/2020)
Résumé. Très long rêve, dont une partie est constituée par un rêve dans le rêve. Dans cet enchâssement, je croise une petite fille que j’interroge au sujet de ce qu’elle fait. Moi-adulte est choquée par moi-enfant, qui elle, ne l’est pas du tout. C’est un dédoublement.
Figure formelle. Dédoublement. Voir aussi : La Fleur blanche, Oksana, Trois pour le prix d’un.
Forme du récit. Enchâssement. Voir aussi : L’Enchanteur.
Oksana (rêve personnel du 03/09/1997)
Contexte. Le rêve se déroule à la suite d’un événement délicat. Ma professeure de piano, Oksana, annule le cours qu’elle me donne chaque semaine, chez moi, pour voir sa fille de 20 ans.
Extrait. "Le cours a lieu, et c’est chez elle."
Double inversion. Le cours n’a pas lieu (Réalité) -> Le cours a lieu (Onirisme). Les cours avaient lieu chez moi (Réalité) -> Le cours a lieu chez elle (Onirisme).
Extrait. "Je vois ma professeure de piano dans la pénombre, pleurant, avec un bébé dans les bras."
C’est un Ego Sum pour cette scène précisément. Je suis celle qui pleure dans la pénombre avec un bébé dans les bras. C’est un Ego Sum relatif, car je suis présente dans cette scène.
Extrait. "Je vois la petite fille d’Oksana, je l’aide à descendre de l’échelle sur laquelle elle était perchée."
La fille d’Oksana était une adulte de vingt ans que je n’ai jamais rencontrée. Je suis cette petite fille que j’aide à descendre, je suis donc en double exemplaire dans ce rêve, moi-adulte face à moi-enfant. C’est un dédoublement.
Résumé. Alors que je tentais de prendre ma leçon seule, car Oksana s’occupait du bébé, je vois la petite fille d’Oksana. Je ne m’occupe plus que d’elle, il n’est plus du tout question de la leçon de piano.
Alors que la leçon de piano occupe les 2/3 de la première scène, le moment où je me retourne et où je vois Oksana avec le bébé, entraine un changement de perspective, une inflexion, un twist. Je ne change pas de lieu, mais d’objectif. Oksana disparait de la scène et être avec cette petite fille, devient mon seul horizon. C’est un twist.
Figure formelle. Dédoublement. Voir aussi : La Fleur blanche, New York Venise, Trois pour le prix d’un.
Figure formelle. Ego sum. Voir aussi : Petite fille, Renaissance, Stan.
Figure formelle. Inversion. Voir aussi : Pr A, Stan, Yvain.
Forme du récit. Twist (objectif). Voir aussi : Rue des érables, Zélie.
Le Parapluie bulgare (rêve d’Eugène du 04/08/2023)
Résumé. Ce rêve a la particularité d’assembler en un seul récit, une structure en miroir, une sorte de bijection. Deux personnes sont concernées (A et B). Chacune va avoir son lot de références qui trouvera son pendant chez l’autre. A aura tout un panier de références culturelles entre autres, auxquelles répondra tout un ensemble pour B.
Forme. Récit en miroir.
Plus. Un tel parallélisme aurait été impossible au réveil.
Petite fille (rêve personnel du 23/04/2024)
Récit. "Une Petite fille avec un tee-shirt blanc contenant des formules mathématiques. Elle excelle dans cette matière."
Contenu. C’est un Ego Sum absolu, il n’y a personne d’autre sur la scène du rêve. [Je suis] une petite fille avec un tee-shirt blanc…. Il suffit de remplacer mathématiques par oniriques.
Figure formelle. Ego sum. Voir aussi : Oksana, Renaissance, Stan.
Pr A (rêve personnel du 06/10/2023)
Récit. Le Pr A sort de son cabinet et pose sa main sur le mur comme pour marquer une pause et me dire quelque chose avant de partir. C’est donc moi qui reste dans son cabinet et lui qui en sort.
Les rôles sont inversés. Moi, patiente dans la réalité, je deviens la Pr dans le rêve, et le Pr A devient le patient. L’inversion concerne le rapport professeur-patient, celui qui sait face à celui qui demande.
Figure formelle. Inversion. Voir aussi : Oksana, Stan, Yvain.
Renaissance (rêve d’Yseult du 06/08/2023)
Récit. Yseult rêve que les vers séchés qu’elle donne à ses poules renaissent dans sa piscine.
Contenu. Les vers sont les seuls êtres vivants, ils représentent Yseult elle-même. Yseult rêve [qu’elle] renaît dans sa piscine. C’est un Ego sum absolu.
Morphonirisme. Créé une pyramide de l’évolution. Tout en bas, la multitude de vers, au deuxième étage, quelques poules, au sommet, Yseult. Les trois sont en interactions les uns avec les autres. Les vers existent grâce à Yseult. Les poules ont besoin des vers pour vivre. Yseult aime regarder les poules dans son jardin. C’est une sorte de chaîne de la nécessité en même temps qu’un cycle de la vie et de la mort.
Forme. Ego Sum. Voir aussi : Oksana, Petite fille, Stan.
Forme. Morphonirisme. Voir aussi : Mozart au Muséum, La Roue de la Loi, Toulouse.
NB : Si la figure de l’Ego sum ne fait pas trop de doute, elle ne permet que d’émettre une hypothèse. Seule une véritable analyse, basée sur un dialogue avec la rêveuse, (son actualité, sa personnalité, son passé) nous autorise à affirmer que c’est bien elle qui renait dans sa piscine.
La réalisatrice allemande (rêve personnel du 29/03/2020)
Récit. « Je dois assister à une séance de cinéma, la réalisatrice allemande est présente debout devant l’écran ainsi que son jeune fils. […]. Je me retrouve dans une pièce où je m’endors profondément. Juste avant, j’ai vu que mon téléphone était tellement vide qu’il lançait une alerte, une sorte d’appel au secours. »
Contenu. Ce rêve, que je fais quatre jours, après le rêve New York Venise, en reprend un certain nombre d’éléments.
La réalisatrice est allemande -> Il est question de la langue allemande dans New York Venise, au travers du terme Bauhaus (Mouvement artistique allemand), qui déroule toute une chaîne de signifiants autour de Freud entre autres.
Mon téléphone est complètement vide -> Mon téléphone m’a été volé (fil rouge du rêve New York Venise).
Je m’endors profondément. -> Je rêve que je rêve (enchâssement).
Le jeune fils de la réalisatrice est présent. -> Mon fils est une des trois personnes autour desquelles tourne le rêve New York Venise.
L’écho reprend un ou plusieurs éléments d’un rêve récent (environ un mois au maximum).
Forme interonirique. Echo.
La Roue de la Loi (rêve d’Eugène du 13/08/2020)
Résumé. Dans ce rêve, Eugène doit sauver le monde, grâce à un état supérieur qu’il atteindrait par le bouddhisme. S’ensuit une déambulation circulaire, un périple, dans des lieux connus ou non, émaillés de rencontres et de lieux marqués par la religion.
Contenu. Parce qu’il doit sauver le monde, c’est un rêve-planète, un rêve XXL. Il associe le monde entier à sa quête personnelle qui devient planétaire. Ce rêve utilise également la figure du morphonirisme. Le périple circulaire, digne du dharmachakra (ou Roue de la Loi), représentant la diffusion de l’enseignement du Bouddha sur le chemin de l’éveil, allié aux études de géographie, a permis de réaliser une carte GéOnirique, assez complexe, semblable aux épreuves de cartographie qu’il passait alors.
Forme du récit. Morphonirisme. Voir aussi : Mozart au Muséum, Renaissance, Toulouse.
Forme du récit. Rêve-planète. Voir aussi : Magellan.
Rue des Erables (rêve personnel du xx/02/1996)
Contexte. Je pense qu’une histoire ne sera pas porteuse des fruits escomptés.
Résumé. La rue des Erables (rue populeuse du centre-ville), devient une voie de chemin désaffectée et abandonnée.
Contenu. Là où on pouvait espérer du « monde », il n’y aura rien. Le lieu change instantanément. C’est un twist.
Forme du récit. Twist (lieu). Voir aussi : Oksana, Zélie.
Stan (rêve personnel du 20/08/2020)
Contexte historique. L'été 2020 est l'été du Confinement. Les enfants de la résidence se voient beaucoup plus qu'en temps normal, et se rendent régulièrement les uns chez les autres. Ce jour-là, ils sont chez mon voisin Stan, et ont dû être particulièrement pénibles, car Stan finit par tous les jeter dehors.
Récit. "Stan sort de chez lui en courant. »
Contenu. Dans la réalité, c'est lui qui a jeté les enfants dehors. C'est une inversion. Moi aussi, j'aimerais jeter tout le monde dehors, (comme Stan l'a fait, dans la réalité), tout autant que sortir en courant (comme Stan le fait dans le rêve). C’est un Ego Sum relatif, car je suis également présente dans la scène.
Figure formelle. Inversion. Voir aussi : Oksana, Pr A, Yvain.
Figure formelle. Ego sum. Voir aussi : Oksana, Petite fille, Renaissance.
Tableaux (rêve personnel du 04/11/1994)
Résumé. Ce rêve est une découverte de mon appartement de l’époque dont chacune des pièces va être modifiée. Le fond de la cuisine, contient un évier (réel) qui va devenir une ouverture sur un monde. Des gens peuvent aller et venir entre mon appartement et ce monde imaginaire. Je peux moi-même m’y rendre. Le rêve se déroule en suivant un déplacement parfaitement logique, toujours dans le sens anti-horaire.
Préambule : je raccompagne deux personnes (des gêneurs), me voilà seule. Je me rends :
1. Dans le hall modifié
2. Dans la cuisine dont le fond devient une porte d’entrée sur un autre monde.
3. Dans cet autre monde.
3,5. Retour par un biais inconnu.
4. Dans ma chambre modifiée
5. Dans le salon modifié
6. Devant une fenêtre, en regardant l’aube.
Contenu. Tout ce rêve de découverte est un périple fait de rencontres très étranges (Voir le Bizarre). Cependant, la structure est remarquablement cohérente. Au réveil, aurais-je pensé à cet ordre logique ? Sûrement pas ! Aurais-je choisi cette direction anti-horaire de bout en bout ? C’est peu probable. (C’est également le cas dans La Roue de la Loi). Aurais-je pensé à présenter le départ des gêneurs comme préalable à la mise en place du récit ? Sûrement pas non plus. Au réveil, si j’avais recréé ce rêve, je serais allée de droite et de gauche, du salon vers la cuisine, puis du hall vers la chambre à coucher. Je n’aurais pas pensé à respecter ce déplacement anti-horaire tout au long du récit, je n’aurais pas pensé à un retour immédiat dans la chambre, à partir du lieu imaginaire, formant une sorte de Quai 9 ¾ à la Harry Potter, … Comme tout le monde, au réveil, je n’aurais pensé à rien de tout cela, parce que le rêve ne fonctionne pas comme ça.
Forme du récit. Découverte. Voir aussi : Zélie.
Toulouse (Cauchemar personnel du 17/10/1994)
Résumé. Cauchemar classique où chaque élément réel positif est transformé dans le rêve, en version négative, en son contraire, jusqu’à un final éprouvant qui me réveille.
Contenu. Dans la réalité, j’arrive à la gare de M, puis je remonte chez moi. Dans le rêve, je commence chez moi, et je finis à la gare. Ce schéma crée une sorte de boucle, annihilant toute possibilité de sortie de secours.
On peut donc noter :
Réalité : Gare-Appartement.
Cauchemar : Appartement-Gare
Cette opposition m’avait semblé remarquable, reprenant le sens du cauchemar qui mettait en scène l’impossibilité de trouver une solution, un cercle vicieux infernal autant qu’infini. C’est du morphonirisme.
Forme du récit. Morphonirisme. Voir aussi : Mozart au Muséum, Renaissance, La Roue de la Loi.
Trois pour le prix d’un (rêve personnel du 18/12/2019)
Récit. "Dans un cabinet de médecin mâtiné, des jumeaux ayant exactement la tête de César, attendent en même temps que César et moi. Je les regarde attentivement, et ils lui ressemblent étonnamment. J’ai trois César(s) dans l’image !"
Contenu. Trois pour le prix d’un ! Une époque difficile qui matérialise la problématique d’une adolescence complexe en multipliant par trois le nombre de personnes réelles. Effectivement, César occupe bien trois fois plus de temps et d’espace que ce qu’on pourrait espérer d’une seule personne. La figure du dédoublement se fait ici multiplication. Enfin, le rendez-vous, porteur d’espoir, est avancé de deux jours dans le rêve, par rapport à la réalité. C’est une anticipation. 3 César(s), 2 jours d’avance, on voit ici, l’ampleur du problème autant que son urgence.
Figure formelle. Dédoublement. Voir aussi : La Fleur blanche, New York Venise, Oksana.
Figure formelle. Anticipation. Voir aussi : Irma.
Le Tube (rêve d’Eugène du 07/12/2019)
Résumé. Contient deux scènes en regard, formés par deux repas, le premier dans un lieu intimiste, un appartement, le second, dans un restaurant. Aucune des deux situations ne semblent vraiment plaisantes. La position du rêveur est attentiste dans les deux cas.
Ce parallélisme s’appuie (comme souvent), sur une opposition (les lieux), et sur une liaison (un repas). C’est un récit parallèle.
Ce rêve a la particularité de se clore sur une adaptation narrative externe (tout en offrant potentiellement une clé pour sa compréhension). Le rêveur était en train de s’étouffer (dans la réalité), et va donc se moucher dans son rêve. Il utilise un rouleau de papier toilette sans tube, et dans la réalité, s’était demandé ce qui se passait lorsqu’on enlevait la dernière feuille. L’angoisse pour son avenir avait ainsi trouvé une traduction : « Que devient-on quand on n’a plus d’appui ? ».
Forme du récit. Récit parallèle. Voir aussi : Les Césars, Le Voynich.
Figure formelle. Adaptation narrative externe. Voir aussi : La Guillotine.
Le Voynich (rêve personnel du 07/09/2025)
Résumé. Deux scènes se déroulent sans véritable lien, si ce n’est une position sociale dégradée. Les lieux et les personnes sont tous différents. Cependant, la scène II comprend deux jeunes hommes, sans traits distinctifs identifiables. Ils conseillent à mon fils de s’intéresser au Voynich.
Contenu. Il n’existe qu’une seule liaison entre les deux scènes dans ce récit parallèle. C’est donc au travers de cette liaison qu’il faut réfléchir à la relation entre ces deux scènes. Est-ce causal, temporel, comparatif ? J’ai déjà vu ces deux jeunes hommes, dans un rêve de 2018 (Zeugma), rêve qui tournait autour d’une recherche d’identité. Il est donc potentiellement fécond de se tourner vers ce rêve « embarqué », par cette figure de transonirisme, pour réfléchir à ce rêve-ci.
Forme interonirique. Transonirisme.
Forme du récit. Récit parallèle. Voir aussi : Les Césars, Le Tube.
Yvain (rêve personnel du 30/11/2018)
Récit. "Je chemine aux côtés d’un lion."
Le lion est issu d’un livre de Chrétien de Troyes, étudié pendant mes études, Yvain, le chevalier au Lion. Le chevalier sauve le lion qui lui reste attaché à vie. Dans le rêve, j’éprouve de la gratitude envers une personne, mais les rôles sont inversés. Il devient le lion. Celui qui est reconnaissant dans le livre, devient celui envers qui je suis reconnaissante. C’est une inversion.
Figure formelle. Inversion. Voir aussi : Oksana, Pr A, Stan.
Zélie (rêve personnel du 04/04/2007)
Résumé. Je visite une maison, où chaque pièce est longuement détaillée. C’est un rêve de découverte. Ramené à sa structure de base, le rêve montre une structure très classique des trois unités. On y trouve un seul lieu (la maison que l’on visite), une unité de temps (pas de coupure), un seul objectif (visiter la maison). L’arbre que j’imagine et qui me transporte mentalement dans mon salon forme un décrochement, entrainant un twist en la personne de Zélie qui devient ministre, même si nous nous retrouvons dans le même lieu, avec le même objectif.
Forme du récit. Découverte. Voir aussi : Tableaux.
Forme du récit. Twist (personne). Voir aussi : Oksana, Rue des érables.
Forme du récit. Trois unités. Voir aussi : Irma.
Zeugma (rêve personnel du 18/05/2019)
Résumé. Je me retrouve dans un appartement où j’ai vécu avant l’existence de ma famille ascendante. Je suis donc 20 ans en arrière, à une époque où ma famille n’existe pas. Ce rêve qui se révèle être une quête identitaire, a besoin, pour se dérouler, de me placer dans un contexte hors-famille. Dans ce rêve, ma famille actuelle n’a jamais existé. Cela ressemble à une amnésie ciblée. Pour mieux réfléchir sur moi, je dois aller plus loin que ne plus penser à eux, je dois ignorer leur existence.
Forme du récit. Quête. Voir aussi : Mozart au Muséum.
Figure formelle. Amnésie ciblée. Voir aussi : Esméralda aux urgences.
Conclusion
Ces quelques rêves posés illustrent que la grammaire narrative du rêve traverse les époques et les corpus : mes propres rêves, ceux des écrivains, ou encore ceux collectés par les chercheurs. L’universalité de ces formes confirme que le rêve relève pleinement du récit, un récit singulier, mais doté d’une logique interne aussi cohérente que celle des œuvres littéraires.