Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Si l’on devait résumer le rêve en un seul mot, c’est sans doute le terme Bizarre qui s’imposerait. Cette étrangeté, si éloignée de notre rapport rationnel et cartésien au monde, a longtemps fait du rêve un territoire jugé incohérent, étrange au point d’être disqualifié.
Pourquoi est-ce une clé importante ?
Parce que le rêve est un système complexe, et que ses bizarreries ne doivent pas être rejetées, mais étudiées. Dans la logique interne du système d’Oni, ces singularités constituent des éléments à part entière.
Certaines bizarreries trouvent des explications physiologiques : des fragments d’expériences réelles peuvent coexister avec des éléments inattendus. Mais la question essentielle porte sur leur fonction et, surtout, sur les opportunités narratives qu’elles ouvrent. Elles offrent une palette presque infinie de récits, rendus possibles par un langage onirique que l’on pourrait qualifier d’augmenté.
Derrière ce que nous appelons « bizarre » se révèle une humanité capable de s’affranchir de toutes les limites (temporelles, spatiales, réelles ou fictionnelles) pour composer un univers qui mérite d’être pleinement réhabilité.
Loin d’être un défaut ou une anomalie, le « bizarre » du rêve participe de la création pure. Et personne ne qualifierait la création artistique de “bizarre” : elle est l’un des plus beaux artefacts de l’esprit humain.
Les Échelles du Bizarre
L’appréhension globale du Bizarre est retorse, et pour de multiples raisons. Son origine (défaillance cognitive, déchet), sa définition, ses bornes, sa finalité : tout est bizarre dans le Bizarre !
Tout le monde peut s’accorder sur un point : il se passe parfois des choses bizarres dans nos rêves. Cette bizarrerie est problématique à tous les niveaux. Comment la définir ? D’où vient-elle ? A-t-elle une fonction dans le rêve ? Qu’entraîne l’existence du Bizarre pour l’appréhension du rêve ?
Melanie G. Rosen, dans son article “How bizarre? A pluralist approach to dream content”, pose dès l’introduction la profonde et durable dichotomie entre les chercheurs estimant que le rêve est (...) Lire la suite.
L'impératif onirique et le cercle des actions
Je propose à mon tour une échelle, qui ne servira pas à comprendre l’origine du Bizarre, mais à mettre en avant l’Impératif onirique. Quelle que soit l’étrangeté qui défile chaque nuit devant nos yeux, le rêve doit se dérouler.
Comme le note Melanie G. Rosen dans son étude How bizarre? A pluralist approach to dream content : « La bizarrerie dans les rêves n'est donc pas particulièrement bien comprise. »
Le Bizarre reste une donnée déconcertante pour nos esprits éveillés. Pris en compte par un commentateur externe au rêve (tel événement est impossible ou bizarre dans la réalité), il n’apporte aucune information satisfaisante sur la logique interne du rêve. (...) Lire la suite.
Le rêve et le langage : une méprise historique
« Ce que nous disons change de sens, selon où, quand et comment nous le disons. »
Alexandro Jodorowsky
Pourquoi le langage du rêve est-il si souvent traité comme un chaos ? Parce qu’il ne se comporte pas comme celui de l’état de veille. Parce qu’il invente, déforme, tord, condense. Parce qu’il semble violer nos règles, alors qu’en réalité, il suit les siennes.
La confusion vient surtout d’une idée tenace : celle d’un rêve voué à cacher. On a longtemps accepté, sans la questionner, la thèse freudienne d’un langage onirique “manœuvrier”, chargé de détourner le sens pour protéger le rêveur de lui-même. Ce modèle a installé une fiction : celle d’une parole (...) Lire la suite.
Fiction & Réalité dans le rêve
Une frontière instable dans la veille, dissoute dans le rêve
Dans la vie éveillée, nous distinguons sans effort ce qui appartient à la réalité de ce qui relève de la fiction. Nous savons que Superman n’est pas notre collègue de bureau, que Luke Skywalker n’a jamais marché sur Terre et que le Père Noël finit toujours, tôt ou tard, par quitter le champ du réel pour rejoindre celui des fictions enfantines. Cette séparation nous semble évidente, presque naturelle. Elle ne l’est pas.
Cette frontière varie selon les cultures (le vaudou, l’animisme, la religion catholique ne découpent pas le réel de la même manière), selon les époques (le Moyen Âge considérait les anges et les démons comme des entités agissantes), et selon les individus (l’enfant vit longtemps dans un monde où le (...) Lire la suite.
Proposition d’explications à l’origine du Bizarre dans nos rêves.
Pourquoi ce qui paraît étrange ne l’est que du point de vue du réveil, c’est-à-dire d’un langage et d’une logique dévoyés. Ce que l’on appelle le bizarre dans le rêve ne renvoie pas à une logique illogique, mais à un déplacement de cadre.
Deux facteurs en rendent compte :
L’indifférence entre fiction et réalité.
Le rêve ne distingue pas l’événement vécu de l’événement imaginé, car il n’en retient que la charge expressive. Ce qui détermine la présence d’un élément, ce n’est pas son statut de fait ou d’invention, mais sa valence symbolique, sa liaison intime avec le moi onirique. Que l’évasion soit celle d’Edmond (...) Lire la suite.
Rêve
Fiction
Réalité
Langage de rêve
Langage onirique
Échelles du bizarre