Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Le Projet Elisa a été lancé en 2020, durant le confinement, qui m’a offert un temps d’observation exceptionnel. Il a été nommé aux Îles Borromées en 2023. Ce projet prolonge l’approche initiée par Michel Jouvet et l’anthropologue Monique Gessain dans Le Grenier des rêves. Leur question centrale était simple : quelles sont les règles qui déterminent l’intégration d’un nouvel environnement dans nos rêves ?
J’ai appliqué cette démarche à mes propres rêves afin de comprendre, à mon tour, selon quelles règles un environnement nouveau apparaît ou n’apparaît pas dans l’espace onirique. C’est ce travail qui donnera lieu à l’article récompensé par le Prix Hartmann.
Pourquoi est-ce une clé importante ?
Parce que la question de l’intégration du réel dans le rêve demeure étonnamment floue. Freud affirmait qu’il y avait toujours un événement de la veille dans nos rêves ; les astronautes, eux, affirment n’en retrouver aucun. Cette contradiction révèle l’absence de cadre explicatif cohérent et oblige à repenser entièrement la manière dont la mémoire récente se transforme en matériau onirique.
Le Projet Elisa s’inscrit dans l’onirologie diachronique développée par Michel Jouvet : il se concentre sur l’évolution des environnements oniriques dans le temps, et plus précisément sur la dynamique d’apparition d’un lieu nouveau, un élément par nature plus saillant qu’un décor quotidien. Le projet s’attache également à reconsidérer l’hypothèse largement admise du Dream Lag Effect, selon laquelle un environnement nouveau émergerait dans les rêves après un délai d’environ sept jours. Mes observations longitudinales contredisent systématiquement ce modèle, que je réfute totalement.
Depuis quelques années, l’idée me trottait dans la tête : écrire un article pour participer au Prix Hartmann, proposé par l’IASD, la plus grande association internationale consacrée au rêve. Le 1ᵉʳ janvier 2025, je choisis enfin mon sujet, tout en sachant, lucide mais obstinée, qu’il est beaucoup trop ambitieux pour tenir dans les 5000 mots imposés.
La date limite : 15 mars, minuit.
Pendant plus de deux mois, je ne fais que retrancher, couper, réduire, ce qui devait être un texte… et qui était devenu un document de 200 pages, accompagné d’un site entier rempli de dizaines d’analyses détaillées. Impossible de faire tenir un tel univers dans un dé à coudre.
Le 9 mars, il faut me rendre à l’évidence : 5000 mots pour un sujet de cette ampleur, c’est dérisoire. Mon article déborde de partout, jusqu’à se vider de son sens. Je suis désespérée. (...) Lire la suite.
Pourquoi la recherche sur le rêve n’avance pas
Depuis plus d’un siècle, la recherche sur le rêve tourne en rond. Non pas parce que l’objet est mystérieux, mais parce que personne n’a étudié le rêve lui-même. On a étudié les discours sur le rêve, pas le rêve.
Les chercheurs ont travaillé sur des récits déformés, des commentaires, des théories abstraites, jamais sur les matériaux réels.
Résultat : aucune méthodologie, aucune grammaire, aucune accumulation de connaissances.
Un dogme a figé le champ avant même que les données existent.
Une théorie fermée a occupé tout l’espace intellectuel et rendu le rêve impossible à étudier en l’arrachant à la mémoire réelle. Pendant un siècle, aucune approche alternative n’a pu émerger. (...) Lire la suite.
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