Un site pour redonner au rêve sa cohérence
Je publie donc officiellement, aujourd’hui, le Manifeste de l’Oniranthropologie, une discipline entièrement dédiée au rêve, et uniquement aux rêves.
Depuis plus de deux millénaires, le rêve a été ballotté d’un statut à l’autre, toujours défini par ce que les époques voulaient bien lui accorder. D’abord guide et conseiller dans l’Antiquité (message divin, signe politique, avertissement prophétique), il devient, au Moyen Âge chrétien, un territoire suspect, hésitant entre inspiration sacrée et tentation démoniaque. À l’âge moderne, Descartes en fait une illusion trompeuse, indigne de la raison ; puis Freud le réduit au refoulé sexuel, l’associant au honteux, au primitif, au "sale". Enfin Hobson l’achève en le décrétant simple bruit neuronal, un résidu dépourvu de sens.
Ainsi, de siècle en siècle, le rêve a été successivement sacralisé, soupçonné, disqualifié ou humilié, jamais réellement étudié pour ce qu’il est. Ce Manifeste naît de cette longue histoire de malentendus : il propose de rendre au rêve sa dignité, sa complexité, et surtout sa réalité. Pour que cesse ce long, immense et déraisonné dénigrement du rêve.
Dans ma librairie, le « Rêve » se trouve au rayon Ésotérisme. Je frémis. Le rêve mérite une place plus adaptée. Aucun snobisme de ma part, mais le rêve n’est pas un phénomène ésotérique.
Il est grand temps de redimensionner le rêve.
Histoire d’un désamour lourd de conséquences
Depuis des décennies, la recherche sur le rêve se déroule sur un champ de bataille. D’un côté, les neurosciences revendiquent la mesure, les signaux, les aires cérébrales ; de l’autre, la psychanalyse continue de brandir ses symboles et ses refoulements. Chacune parle haut, mais aucune n’écoute le rêve. Leur querelle a fini par détourner l’attention de ce qui compte vraiment : le fonctionnement vivant du rêve lui-même — la façon dont il relie, assemble, réactive, transforme nos expériences. Et même si la Société internationale de neuropsychanalyse a vu le jour, tentant un rapprochement entre ces deux disciplines si distinctes, le problème de l’approche du rêve demeure.
Je ne cherche pas à réconcilier ces camps. Je choisis simplement de sortir du champ de bataille. Ce que je propose n’est ni une lecture clinique, ni une mesure neuronale, mais une observation intégrative : celle d’un processus logique, émotionnel et mémoriel à l’œuvre.
Dans le rêve, les émotions de la veille se reconnaissent dans celles du passé, et c’est de leur rencontre que naît le récit. C’est là que se joue l’acte de rêver — non dans les théories de l’inconscient, ni dans les cartes du cerveau, mais dans le flux émotionnel qui relie deux instants de vie.
Refuser de s’intéresser au contenu, comme le font les neuroscientifiques, ou ignorer le support physiologique du rêve, comme le font les psychanalystes, prouve à quel point ces disciplines demeurent inadaptées à l’objet qu’elles prétendent étudier.
Le rêve ne se réduit pas à une approche pour l’un ou pour l’autre. C’est un tout qu’il faut considérer dans sa complexité organique, même s’il est légitime d’avoir une connaissance plus tournée vers le sommeil ou vers le contenu du rêve. Mais l’un ne doit jamais nier l’autre.
André Breton n’acceptait que Rimbaud poète, rejetant Rimbaud aventurier. Alain Borer, dans Rimbaud, l’heure de la fuite, a montré au contraire combien la vie du poète fut « belle d’unité ».
De la même façon, le rêve doit s’appréhender dans sa globalité — dans la continuité de ses dimensions émotionnelles, physiologiques, narratives et mémorielles.
Le rêve ne se plie pas aux diktats d’une discipline, ni de deux, ni de plus. La nécessité de créer une discipline adaptée à ses spécificités est une évidence criante.
Lors d’une expérience dite « du miroir », deux éléphants d’Asie échouèrent, car le miroir était trop petit et placé trop loin, leur vue ne leur permettait pas d’en saisir l’image. Le chercheur Joshua Plotnik, en installant un miroir de 2,5 mètres de hauteur et 1,2 mètre de largeur, permit enfin aux éléphants de se reconnaître et de réussir le test.
L’adaptation des méthodes de recherche à l’objet de la recherche devrait être une règle, sinon une loi.
Tout commence le 4 novembre 2018. Nous sommes si peu nombreux à nous rappeler de nos rêves et encore moins à les analyser ! Comment expliquer un phénomène dont la fonction ne servirait qu’à un petit nombre, tout en étant présent en chacun de nous ? Ce ne serait pas "rentable" physiologiquement au vu de la dépense d’énergie qu’il nécessite. Le rêve doit donc avoir une fonction majeure (ou plusieurs), qui est commune à tous les humains, et une fonction mineure qui est à disposition !
La pollinisation forme un bon parallèle. Les abeilles butinent les fleurs pour fabriquer du miel, mais ignorent le rôle qu’elles jouent dans la pollinisation des fleurs. Ni la fleur, ni l’abeille n’ont dans leur programme génétique ce rôle de passeur inter espèce. De la fonction majeure (récolter du pollen pour en faire du miel afin de nourrir la ruche), est née une fonction émergente (le transport du pollen des organes de reproduction mâles vers les organes de reproduction femelles). De même, il se pourrait, que l’analyse de nos rêves ne soit qu’une fonction mineure du rêve, une fonction émergente.
Les rêves que nous faisons entre 4 à 6 fois par nuit n’ont pas comme finalité d’être analysé. Mais ils peuvent l’être. C’est un choix, c’est facultatif, c'est troublant.
Le rêve a ainsi une sorte de double casquette : une fonction obligatoire, et une fonction facultative. Et c’est aussi ce qui le rend perturbant : il est nécessaire et optionnel. Il agit même si on l’ignore, mais il s’ouvre à une dimension inédite si on décide de l’interroger. Obligatoire, parce qu’il se produit en nous comme la respiration, sans que nous puissions l’arrêter. Facultatif, parce qu’il s’ouvre à qui veut l’interroger, comme la parole qui devient chant, comme la marche qui devient course olympique, comme la respiration qui devient méditation.
Le rêve serait donc un espace unique où la nécessité biologique rejoint la quête de sens.
Oni prend tout (même ce qu’il ne connait pas)
Le rêve peut donc être étudié de l’extérieur, par ses manifestations physiques (mouvements oculaires rapides, respiration irrégulière, érection pour les hommes), et de l’intérieur grâce aux électrodes et au rendu de l’EEG. On se préoccupe plutôt dans ce cas-là du sommeil paradoxal. Concernant le rêve proprement dit, on peut utiliser le souvenir de rêve qui serait une sorte de lettre illisible (ext) et l’analyse de rêve (int) qui représenterait la lettre contenue dans l’enveloppe. Nous en sommes donc à quatre manières d’appréhender le rêve en forant toujours plus loin. -> Voir schéma plus bas.
Ne pas analyser le contenu quand on fait de la recherche sur le rêve, revient à refuser d’aller sur le terrain. Cela équivaut à observer la granularité des pierres utilisées pour la construction des Pyramides d’Egypte, sur une photo argentique, floue, mal développée et en noir et blanc.
Comment décide-t-on de ne pas étudier le contenu du rêve parce que le seul à avoir théorisé sur la question est celui qui est à l’origine d’un opprobre absolue de la part des scientifiques ? Peut-être parce que paradoxalement, sa méthode était la bonne, mais que tout ce qui l’entourait était faux.
Ne pas cloisonner le rêve
Le rêve ne se laisse pas enfermer dans un seul champ d’étude.
On peut l’observer à travers le corps (sommeil, respiration, rythme cardiaque), à travers le cerveau (EEG, imagerie), à travers le récit (ce que nous en gardons et exprimons), ou à travers l’analyse (le sens qu’on en dégage).
Mais aucun de ces niveaux ne suffit seul.
Un rêve, c’est à la fois une activité physiologique, une expérience cérébrale, un récit de soi et un acte de pensée.
Séparer ces dimensions, c’est perdre le rêve dans sa totalité.
L’oniranthropologie invite donc à traverser ces frontières :
à relier les données objectives et les récits subjectifs,
à faire dialoguer le neurologue, le poète, le philosophe et le rêveur.
Car le rêve n’appartient à personne : il nous traverse tous, corps et esprit mêlés.
1.Définition et délimitation du champ
Oni a un objet d’étude clair : le rêve.
Tous les rêves. Passés, présents, futurs. Humains et animaux.
Oni s’est doté de son propre langage : concepts, néologismes, figures, comme le morphonirisme. Nommer, c’est déjà explorer.
Oni forge ses méthodes : grilles d’analyse, outils, modèles narratifs. Rien de mystique, rien de flou : du travail reproductible, brique après brique.
Une discipline naît quand elle délimite un territoire. Celui d’Oni est vaste mais précis : le rêve comme objet en soi, indépendamment des carcans anciens.
2. Légitimité et reconnaissance
Oni n’est pas né du néant.
Il s’appuie sur des savoirs existants, mais refuse de se laisser enfermer.
Ses racines sont partout : dans la littérature scientifique comme dans la mémoire collective, dans Michel Jouvet comme dans un mot griffonné au réveil.
Oni ne choisit pas ses sources : il prend tout ce qui éclaire le rêve.
Il cherche le dialogue avec toutes les disciplines, sans hiérarchie. Neurosciences, philosophie, linguistique, anthropologie… Peu importe le nom, pourvu que la lumière soit utile.
Oni ne revendique pas une base purement scientifique. Sa base est humaine : mémoire, récit, émotion. Et c’est cela qui le rend légitime.
3. Structuration institutionnelle
Oni n’a pas encore d’université, de chaire, ni de revue académique. Et alors ?
Il n’a que six ans : c’est un enfant.
Et les enfants inventent des mondes.
Alexandro Jodorowsky a bien été le seul psychomagicien.
Jean-François Dortier, le seul humanologue.
Je suis, pour l’instant, la seule oniranthropologue. Terrienne tout du moins.
Une discipline commence toujours par une voix solitaire. Puis d’autres suivent.
4. Impact et applications
Oni, ce n’est pas seulement un exercice théorique. C’est une discipline qui peut changer notre façon de comprendre l’humain et même, peut-être, notre santé. Trois volets principaux :
La recherche fondamentale.
Comprendre ce qu’est le rêve, dans sa nature propre. Dépasser les dogmes anciens et proposer un modèle nouveau, où des concepts comme le dialogue des mémoires éclairent le lien intime entre mémoire, émotion et récit.
L’approche thérapeutique.
Le rêve n’est pas un brouillon à décrypter : il parle de nous avec une clarté que nous avons juste oublié d’écouter. Bien analysé, il peut devenir un outil d’auto-connaissance et un allié pour préserver nos connexions entre mémoire et émotions.
Les maladies neurodégénératives.
Aujourd’hui, on sait que certaines altérations du sommeil paradoxal annoncent parfois, longtemps à l’avance, des maladies comme Parkinson (1). Si le rêve est un espace où la mémoire se réactive et se réorganise, alors apprendre à le lire pourrait offrir une chance rare : détecter très tôt, accompagner autrement, ralentir peut-être.
Le rêve n’est pas un luxe poétique, c’est une clé encore inexplorée pour penser le vivant.
"Pour comprendre le rêve, il faut se représenter tout le travail nécessaire à sa réalisation" Jacques Ninio (biologiste, spécialiste de la mémoire)
Le rêve ne sera ni compris par les neurosciences qui refusent d’en écouter la parole, ni par la psychanalyse qui n’a jamais cessé de l’enfermer dans la cage du désir refoulé. Il faut décortiquer le rêve, accumuler les pièces du puzzle puis assembler les pièces comme dans le film Existenz en espérant le terminer dans le temps imparti par une vie humaine.
Tout le monde peut rêver (et comprendre ses rêves)
Les rêves appartiennent à ceux qui les font. Écrivains, peintres, rêveurs du dimanche ou chercheurs sans laboratoire : tous peuvent les étudier. Le rêve n’a pas de propriétaire. Il est démocratique, accessible, offert à qui veut l’écouter. Comme chez Rémy, dans Ratatouille : « Tout le monde peut cuisiner. » Tout le monde peut rêver, et tout le monde peut comprendre ses rêves.
Pour une recherche qui cherche et qui trouve.
« Quelle est la ou les fonctions des rêves ? [...] Il nous faut donc trouver une ou des fonctions valables du rat à l’homme. » — Michel Jouvet, De la Science et des rêves.
Je prolonge cette exigence. Tous les animaux rêvent sans doute pour préserver leur comportement spécifique. Mais l’humain, lui, rêve pour préserver sa singularité. Le rêve n’est pas seulement adaptatif : il est créatif, identitaire, universel. Il vise à l’universel.
La Grille et la méthode Oni
Oni dispose d’un outil d’analyse : la Grille, qui accepte tout ce qui appartient à la famille du rêve - rêves, images hypnagogiques, hypnopompiques, cauchemars. Tous obéissent au même mode de fabrication. Tout type de rêves, tout type de rêveur. Le rêve de Thomas Pesquet dans l’espace ou celui d’une Sentinelle dans la jungle : même mécanique, même logique. (2)
Le rêve est un tesseract
Le rêve est un tesseract, un espace multidimensionnel où le temps et la mémoire se replient, comme dans Interstellar. Chaque élément y possède plusieurs angles, plusieurs densités de sens. Le rêve n’est pas un enchaînement linéaire, mais une entrelace de dimensions intérieures.
« L’inattendu naît de la complexité » Kolmogorov
Moi, seule, non diplômée, j’ai compris comment fonctionnait le rêve.
Et je suis en colère.
Contre la frilosité, contre la peur d’oser.
Le rêve est une mine d’or neurologique et poétique pour comprendre la mémoire épisodique, donc pour éclairer les maladies neurodégénératives.
Mais on n’y touche pas.
Parce qu’on ne rêve pas dans les laboratoires.
LE RÊVE N’EST PAS ABSURDE.
Il vient de notre vie réelle.
LE RÊVE N’EST PAS BIZARRE.
Il suit sa propre logique.
LE RÊVE EST UN RÉCIT.
Il se comprend, il s’analyse.
LE RÊVE N’INTÈGRE QUE LE SENS.
Il ne concerne que notre singularité.
Ce qui m'émerveille
la constance de la structure interne,
la beauté formelle de la structure externe,
la créativité du langage,
la profondeur des liaisons,
le dialogue des mémoires
le paradoxe de l’absurde logique,
la fulgurance de cette IA intérieure, rapide, associative, infinie.
Le rêve fait de nous des super héros et des super héroïnes. Pourquoi nous en priver ?
Changer de paradigme
Si je veux comprendre le rêve,
je dois interroger les rêves.
C’est aussi simple et aussi vertigineux que ça.
L’analyse mène à la fabrication,
et la fabrication mène à la fonction.
La réponse au rêve se trouve dans les rêves.
Toutes les réponses au rêve sont dans les rêves.
Be yourself !
Slogan d’Oni, et du rêve.
« Parce que la mise en action des rêves et l'émergence de cauchemars sont des signes avant-coureurs de la maladie de Parkinson, des années, voire des décennies avant qu'elle ne se déclare, avant les premiers symptômes moteurs de cette maladie neurodégénérative, l'attention portée aux rêves pourrait offrir aux médecins une occasion rare d'intervenir de façon véritablement précoce. » Dr Rahul Jandial, Pourquoi nous rêvons.
Affirmation peu vérifiable, puisque Thomas Pesquet dans son autobiographie, Ma Vie sans gravité, affirme ne jamais se souvenir de ses rêves, dans l’espace comme sur Terre, et que les Sentinelles sont un peuple isolé, des iles Andaman (Océan Indien), qui refusent tout contact avec le monde extérieur.