Orant Brahmanique, Thu Thiên, Vietnam (Musée Guimet, Paris)
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)
Hindouisme et Écoles Nastika
L'Hindouisme prétend ne pas avoir de fondateur, car ses principes auraient été transmis la première fois directement de l'Univers à l'humanité. Selon ce système de croyance, l'entité connue comme Brahman – créateur et gardien de l'univers et l'Univers lui-même – mit toutes choses en mouvement et les maintient. Brahman est reconnu comme bien trop majestueux pour être compris par un esprit mortel. Cependant, demeurant distant tout en souhaitant le contact avec les humains, il a placé une étincelle divine de lui-même en chaque individu.
Cette étincelle est l'atman, et l'atman de chacun le relie à tous les autres êtres humains, à tous les autres êtres vivants, et ainsi qu'à Brahman. Selon l'Hindouisme, le but de la vie est d'être fidèle à son dharma (devoir), et en accord avec son karma (action juste), responsabilité que nul autre ne peut assumer, afin d'échapper au cycle des renaissances et des morts et d'atteindre l'unité avec son atman, ce qui ramène alors naturellement à l'unité avec Brahman.
Cette connaissance de l'Ordre Éternel et de la nature de la vie fut exprimée par Brahman dans des vibrations "entendues" dans le passé par les sages indiens, qui les conservèrent oralement. Au cours de la période védique, ces "vibrations" furent consignées par écrit sous la forme des Védas. Vers 600 av. J.-C., un bouleversement général de la pensée sociale, politique et religieuse se produisit en Inde, qui conduisit certains penseurs et réformateurs religieux à remettre en question les principes fondamentaux de l'Hindouisme et de ses pratiques.
Les Védas étaient écrits en sanskrit, langue que les gens ne comprenaient pas, ils étaient donc interprétés pour les gens ordinaires par le clergé hindou, qui vivait dans un luxe bien supérieur au commun des mortels. De plus, les prêtres hindous expliquaient aux gens que, quoi qu'ils souffraient ou pensaient souffrir, tout cela faisait partie de l'Ordre Eternel, et nul ne devait s'en plaindre.
Ce sentiment d'injustice mena à un mouvement de réforme, qui entraîna une scission de l'Hindouisme orthodoxe. De nombreuses écoles furent créées, adhérant à la vision hindoue ou s'en écartant pour créer la leur. Les écoles qui reconnaissaient l'autorité divine des Védas étaient appelées astika ("il existe"), tandis que celles qui rejetaient l'orthodoxie et embrassaient l'hétérodoxie étaient appelées nastika ("il n'existe pas"). Les trois écoles nastika qui ont suscité le plus d'intérêt et attiré le plus d'adeptes étaient le Charvaka, le Jaïnisme et le Bouddhisme.
Les efforts de réforme des écoles nastika réussirent à établir des systèmes de croyances entièrement nouveaux, mais l'Hindouisme conserva son emprise sur l'imaginaire religieux de la majorité de la population. Les efforts de l'école Nyaya, en particulier, en dissuadèrent beaucoup d'accepter les doctrines bouddhistes et jaïnes et le Bouddhisme resta une petite secte philosophique jusqu'à ce qu'il fut adopté par l'empereur Maurya Asóka le Grand (r. de 268 à 232 av. J.-C.) qui non seulement popularisa les enseignements du Bouddha en Inde, mais envoya des missionnaires pour répandre sa vision dans d'autres pays, notamment le Sri Lanka, la Chine, la Corée et la Thaïlande, où elle est devint beaucoup plus populaire qu'elle ne l'avait été (et ne l'est encore aujourd'hui) dans son pays d'origine.
Le Charvaka, fondé vers 600 av. J.-C. par le réformateur Brihaspati, rejetait complètement les aspects surnaturels de l'Hindouisme et affirmait que l'expérience directe et personnelle était le seul moyen d'établir la vérité. L'école Charvaka, mettant l'accent sur le matérialisme comme réalité, soutenait également que tout ce qui ne pouvait être appréhendé par les sens n'existait pas, et que les éléments observables que sont l'air, la terre, le feu et l'eau sont tout ce qui existe. Pour Charvaka, la religion est une invention des forts pour contrôler les faibles, et la recherche pour l'individu de sa compréhension personnelle du plaisir est le sens et le but de la vie.
L'accent mis par Charvaka sur le pratique et l'empirique devait influencer le développement de la méthode scientifique en Inde et ouvrir des perspectives de progrès dans de nombreux domaines qui n'auraient jamais été explorés par le théisme orthodoxe antérieur qui inspirait la pensée populaire. Cependant, l'insistance de cette école sur le plaisir pour le plaisir comme but ultime de la vie, et son refus d'une vie après la mort faite de récompenses et de châtiments, ne répondirent pas aux besoins de la population et conduisirent à son déclin. Aucun sutra Charvaka ne fut jamais découvert, et tout ce que l'on sait de cette philosophie provient de textes bouddhistes et jaïns ultérieurs qui la dénoncent.