1.Introduction:
Les muscles rétracteurs de la paupière supérieure sont principalement représentés par le muscle releveur de la paupière supérieure (LPS) et le muscle tarsal supérieur, ou muscle de Müller. Le muscle releveur est un muscle squelettique sous l’innervation du nerf oculomoteur (IIIᵉ nerf crânien), tandis que le muscle de Müller et le muscle tarsal inférieur, composés de muscle lisse, sont sous contrôle du système nerveux sympathique.
Coupe sagittale des paupières.
2.Le muscle releveur de la paupière supérieure:
Le muscle releveur de la paupière supérieure ( levator palpebrae superioris LPS)prend son origine sur la petite aile du sphénoïde, au-dessus de l’anneau de Zinn, en position supéro-latérale par rapport au canal optique. Ce muscle, d’une longueur de 35 mm, s’élargit progressivement, passant de 4 mm à son origine à 18 mm en avant du rebord orbitaire. Tout au long de son trajet, il reste en contact étroit avec le muscle droit supérieur, avec lequel il est relié par des fibres fasciales qui permettent une coordination des mouvements oculaires verticaux et de la paupière supérieure.
En arrière du rebord orbitaire, une condensation de tissu conjonctif horizontal forme le ligament transverse supérieur de Whitnall. Ce ligament marque la transition entre la portion musculaire du LPS et son aponévrose, qui descend ensuite sur 15 à 20 mm pour s’insérer sur les deux tiers supérieurs du tarse. L’aponévrose envoie également des extensions vers le septum orbitaire, le muscle orbiculaire prétarsal et la peau de la paupière supérieure, permettant ainsi la formation du pli palpébral supérieur. Une déhiscence de cette aponévrose entraîne un déplacement supérieur du pli cutané, caractéristique du ptosis involutionnel.
Le ligament de Whitnall s’attache médialement au fascia trochléaire et au tendon du muscle oblique supérieur, et latéralement au fascia de la glande lacrymale ainsi qu’à la suture frontozygomatique. Il joue un rôle de ligament de contention, limitant le déplacement postérieur du LPS et du muscle droit supérieur. Il est essentiel de le préserver lors de la chirurgie du ptosis, car sa section peut entraîner un prolapsus du releveur, nécessitant une résection plus importante.
L’aponévrose du releveur se divise en deux cornes : une corne médiale, plus fine, et une corne latérale, plus robuste. La corne médiale s’insère sur le tendon canthal médial et la crête lacrymale postérieure, et son relâchement est responsable du déplacement latéral du tarse supérieur chez les sujets âgés. La corne latérale, mieux définie, s’insère sur le tubercule latéral de l’os zygomatique et sépare les lobes orbitaire et palpébral de la glande lacrymale..
3. Le muscle de Müller:
Le muscle de Müller est relié au muscle relevaur par une couche conjonctive lâche et avasculaire, permettant une séparation chirurgicale aisée. Il naît sur la face inférieure du releveur, à environ 20 à 22 mm au-dessus du bord tarsal supérieur, et mesure 8 à 12 mm de long pour une épaisseur de 0,1 à 0,5 mm. Son insertion se fait sur le bord supérieur du tarse supérieur. Sa contraction permet un rehaussement supplémentaire de 2 mm de la paupière, en complément du LPS, qui assure l’excursion principale de 15 à 20 mm.(6)(7)(10)(16)
Cette image illustre les principaux rétracteurs de la paupière supérieure, à savoir le muscle releveur de la paupière supérieure et le muscle de Müller. Le muscle releveur, dont l’aponévrose se fixe sur le tarse supérieur, est responsable du soulèvement principal de la paupière. Le muscle de Müller, quant à lui, joue un rôle secondaire en contribuant au maintien de la position de la paupière .(11)
Les cornes médiale et latérale du muscle élévateur .(16)
L'aponévrose du muscle élévateur est réfléchie afin de mettre en évidence le plan avasculaire situé entre celle-ci et le muscle de Müller sous-jacent. Flèche bleue : muscle de Müller ; flèche verte : aponévrose du muscle élévateur ; flèche rouge : tarse ; flèche noire : arcade vasculaire tarsale supérieure ; flèche jaune : muscle orbiculaire prétarsal rétracté vers l’avant. (7)
(a) Dissection initiale au cours d'une résection du muscle de Müller par voie postérieure, avec exposition d'un petit coussinet graisseux en position médiale. Le muscle de Müller reste attaché à la conjonctive, tandis que l'aponévrose du muscle élévateur, réclinée, apparaît sous forme d'une « ligne blanche ». Flèche bleue : petit coussinet graisseux ; flèche rouge : muscle de Müller ; flèche verte : aponévrose du muscle élévateur réfléchie.
(b) Vue peropératoire du muscle de Müller disséqué de la conjonctive et fixé à l'aponévrose du muscle élévateur lors d’une résection du muscle de Müller par voie postérieure (flèche bleue).(7)
4. Le muscle rétracteur de la paupière inférieure:
Les rétracteurs de la paupière inférieure comprennent la tête capsulo-palpébrale, le fascia capsulo-palpébral (FCP) ainsi que des fibres musculaires lisses constituant le muscle tarsal inférieur. La tête capsulo-palpébrale prend son origine au niveau du fascia du muscle droit inférieur, entoure le muscle oblique inférieur et participe à la formation du ligament de Lockwood. Ce dernier émet des extensions qui s'étendent vers la conjonctive du fornix inférieur ainsi que vers le fascia capsulo-palpébral. Cette dernière présente une différenciation fonctionnelle : sa portion antérieure s'unit au septum orbitaire à une distance de 4 à 5 mm sous le tarse, tandis que sa portion postérieure, plus épaisse, s'insère directement sur le tarse inférieur, contribuant ainsi au mouvement de rétraction de la paupière vers le bas et l’arrière.
Dans la paupière inférieure asiatique, la fusion entre le septum orbitaire et le FCP est fréquemment plus haute ou peu définie, ce qui favorise une protrusion antérieure et supérieure de la graisse orbitaire. Cette disposition anatomique entraîne également un chevauchement du muscle orbiculaire préseptal sur le muscle orbiculaire prétarsal, modifiant ainsi la dynamique et l’aspect de la paupière.(6)(7)(10)(16)
Cette image montre les rétracteurs de la paupière inférieure, composés de la tête capsulo-palpébrale, du fascia capsulo-palpébral (FCP) et des fibres musculaires lisses formant le muscle tarsal inférieur. (11)
Muscles rétracteurs de la paupière inférieure tractés entre deux pinces. Dissection réalisée au Laboratoire d’anatomie des Professeurs J.-F. Delattre et J.-B. Flament .