1.Définition:
Les ligaments suspenseurs de la face, appelés "retaining ligaments" dans la littérature anglo-saxonne, sont des structures fibreuses profondes et solides qui jouent un rôle essentiel dans l'ancrage et la stabilisation des tissus faciaux. Ils prennent naissance à partir du périoste ou du fascia profond et s'étendent perpendiculairement à travers les différentes couches faciales pour s'insérer dans le derme. Ces structures agissent comme des points de fixation, maintenant la peau et le système musculo-aponévrotique superficiel (SMAS) en connexion avec le squelette facial et les fascias profonds.
D'un point de vue microscopique, chaque ligament suit une organisation en arbre, où une base élargie au niveau du périoste ou du fascia profond se ramifie progressivement en fines extensions qui atteignent le derme. Ce réseau de fibres, appelé "retinacular cutis", contribue à la formation de septas divisant la graisse sous-cutanée en compartiments distincts. Ces subdivisions influencent la répartition volumétrique du visage et ont un impact significatif sur le vieillissement facial en créant des zones de ptose et des sillons marqués dans les régions moins amarrées.
Sur le plan anatomique, deux classifications principales coexistent :
Celle de Stuzin et al., distinguant les ligaments ostéo-cutanés (ex. : ligaments zygomatique, mandibulaire), issus du périoste, et les ligaments fascio-cutanés (ex. : ligaments masséterins, parotidiens), condensations entre fascias superficiels et profonds.
Celle de Moss et al., qui différencie les vrais ligaments (insertion directe au derme, comme le ligament zygomatique) des septa et adhérences (structures sans attache dermique mais influençant le SMAS).
Les ligaments faciaux jouent un rôle majeur dans le processus de vieillissement en raison de leur influence à la fois mécanique et structurelle. Leur laxité entraîne une descente des compartiments graisseux, contribuant ainsi à la perte de projection juvénile du visage. Par ailleurs, leur densification localisée crée des zones de résistance qui accentuent l’apparition de dépressions, comme la vallée des larmes, et le sillon palpébro-malaire..
En chirurgie esthétique et reconstructrice, ces ligaments constituent à la fois des repères anatomiques essentiels et des zones de risque. Leur libération contrôlée est primordiale pour permettre la mobilisation des lambeaux lors d’un lifting, tandis que leur préservation est cruciale pour éviter d’endommager des structures nerveuses adjacentes, comme les rameaux zygomatiques du nerf facial situés à proximité du ligament zygomatique.
Ainsi, l’architecture tridimensionnelle des ligaments faciaux doit être prise en compte dans toute approche esthétique, qu’elle soit chirurgicale ou liée aux injections. Leur disposition influence directement la dynamique des tissus mous, délimitant des zones de rétention et de ptose. Une compréhension approfondie de ces structures garantit une intervention plus précise, respectant l’anatomie naturelle du visage et favorisant un résultat esthétique harmonieux et prévisible.(7)(12)(20)(21)(22)(23)
Cette image représente les ligaments suspenseurs de la face sous la forme d’un arbre, illustrant leur structure tridimensionnelle. À la manière de racines profondément ancrées, ces ligaments prennent naissance au niveau du périoste et s’étendent en un réseau ramifié jusqu’au derme, assurant la cohésion et la stabilité des tissus faciaux .(22)
les ligaments suspenseurs de la face.(23)
Localisation anatomique des ligaments suspenseurs de la face .(22)
2.Le ligament orbito-malaire( the orbicularis retaining ligament ORL):
Le ligament suspenseur de l’orbiculaire, ou ligament orbitomalaire, est le principal ligament de rétention péri-orbitaire. Il s’agit d’un ligament ostéocutané reliant le périoste du rebord orbitaire à la peau de la jonction paupière-joue, en traversant le muscle orbiculaire des paupières.
Histologiquement, il se divise en fines lamelles à mesure qu’il traverse l’orbiculaire et le SMAS, à l’image du retinaculum cutis. Sa partie médiale, en continuité avec le ligament du sillon nasojugal (tear trough ligament), s’insère profondément entre les portions palpébrale et orbitaire du muscle orbiculaire. Latéralement, il s’étend jusqu’au rebord orbitaire latéral, où il se termine dans une zone de condensation fibreuse appelée épaississement orbitaire latéral, en connexion indirecte avec le tendon canthal latéral.
Des études anatomiques récentes ont confirmé la nature circonférentielle du ligament suspenseur de l’orbiculaire, soulignant son rôle clé dans la stabilisation des tissus péri-orbitaires et son importance en chirurgie esthétique et reconstructrice.
2.1.applications chirurgicales:
Avec l’âge, la perte de volume graisseux sous-cutané et l’affaiblissement de l’ORL accentuent les dépressions comme la vallée des larmes et le sillon palpébro-malaire. Par ailleurs, l’affaiblissement du septum orbitaire et de l’ORL favorise la hernie des poches graisseuses intraorbitaires, aggravant ces déformations. Chirurgicalement, la libération de l’ORL est souvent nécessaire pour repositionner le graisse orbitaire, par exemple lors d’une transposition sous-périostée. Cette libération permet de combler les dépressions en relâchant les points de fixation rigides. Pour les approches non chirurgicales, les produits de comblement (acide hyaluronique, graisse autologue) sont injectés en sous-orbiculaire au niveau de la jonction paupière-joue, tandis que le sillon nasojugal nécessite un placement intra-orbiculaire, l’ORL y étant directement fixé à l’os. Ces interventions requièrent des précautions pour éviter les lésions vasculaires (artère infraorbitaire, veine angulaire) et préserver la finesse de la peau palpébrale
(7)(12)(20)(21)(22)(23).
Anatomie submusculaire du sillon nasojugal ( the tear trough ligament). Une dissection plus profonde a révélé que l'origine de l'orbiculaire orbitaire (flèche noire) était une insertion musculaire dense, orientée obliquement, prenant naissance sur le maxillaire, projetant inférieurement et latéralement bien en dessous (de 4 à 6 mm) du bord orbitaire et correspondant précisément au tear trough ainsi qu'à la jonction sus-jacente entre les portions palpébrale et orbitaire du muscle orbiculaire des yeux. (20)
Anatomie sous-cutanée du sillon nasojugal et de la jonction paupière/joue. Le bord céphalique du coussinet graisseux malaire correspond précisément au sillon nasojugal médialement (flèche noire) et au sillon palpébro-malaire latéralement (double flèche blanche). La portion palpébrale de l'orbiculaire (flèche blanche simple) présente une absence de graisse sous-jacente, et la peau de la paupière réfléchie est mince (tout à gauche). (20)
Dissection anatomique de la région péri-orbitaire gauche avec retrait du muscle orbiculaire des yeux et du septum orbitaire. Le ligament suspenseur de l'orbiculaire s’insère à proximité du ligament canthal médial(tear trough ligament). Latéralement, l'épaississement orbitaire latéral et la partie latérale/inferieure du ligament suspenseur orbiculaire (lignes pointillées) sont indiqués. (12)
3.Le ligament zygomatique (zygomatico-cutaneous ligament ZCL):
Le ligament zygomatique est localisé sur le bord inférieur du zygoma, en arrière de l’insertion du muscle zygomaticus minor, à environ 4 à 5 cm en avant du tragus. Il est souvent accompagné du rameau supérieur de la branche zygomatique du nerf facial ainsi que d’une branche de l’artère transverse de la face. Furnas souligne l’importance de cautériser cette artère avant de sectionner le ligament.
Certains auteurs le décrivent non pas comme un véritable ligament, mais plutôt comme un septum reliant l’aponévrose du masseter au SMAS. Une étude anatomique menée par Ozdemir a déterminé que ses dimensions varient chez l’homme : sa hauteur est comprise entre 1,8 et 3,4 cm, sa largeur entre 2,9 et 3,4 mm, et sa longueur entre 7 et 10 mm.(12)(20)(21)(22)
Le muscle orbiculaire des paupières est fixé à l'os par le ligament de rétention orbiculaire. Dans sa partie médiale, le muscle est solidement attaché à l'os. Cette région correspond à la convergence du ligament de rétention orbiculaire et du ligament zygomatico-cutané .(12)
Coupe d’un spécimen céphalique au niveau du bord latéral du globe oculaire. La paupière inférieure et la jonction paupière-joue sont mises en évidence. (12)