Comprendre l’affaire Deperrois en deux minutes
1. Le drame (1994)
Le 11 juin 1994, Emilie Tanay, une enfant de 9 ans, perd brutalement connaissance chez la famille Tocqueville. Faute d’indications précises, l’équipe du SMUR ne parvient pas à identifier la cause de la détresse de l’enfant. Elle décède deux heures plus tard à l’hôpital.
2. L’hypothèse criminelle
Apporté à l’hôpital pour analyse deux heures après l’intervention des urgentistes, le flacon de l’antibiotique Josacine que l’enfant avait pris un quart d’heure au moins avant de perdre connaissance, s’avère contenir du cyanure. Les enquêteurs supposent qu’Emilie Tanay a avalé de la Josacine empoisonnée. Jean-Marc Deperrois, proche de la famille Tocqueville, est accusé d’avoir empoisonné le flacon pour tuer le mari par jalousie, provoquant par erreur la mort de la fillette.
4. Un procès sans preuve (1997)
Sans aveu, ni témoin, ni preuve matérielle formelle, Jean-Marc Deperrois est condamné à 20 ans de réclusion sur un faisceau de présomptions et sur la base d’expertises chimiques contestées. Les analyses montrent que le cyanure dans le flacon est dégradé, alors que celui acheté par l’accusé était neuf. Le contenu du flacon s’avère impossible à reproduire. Les mesures comportent des marges d’erreur importantes.
5. Des failles dans l’enquête (2002)
Une contre-enquête journalistique, menée par Jean-Michel Dumay, met en évidence des anomalies : contradictions entre les informations données lors de l'intervention du Smur et les témoignages recueillis par les enquêteurs, flacon jugé normal par les secours, et découverte dans le dossier d’une écoute téléphonique inexploitée où Jean-Michel Tocqueville est interpellé par un ami qui lui parle de « ton produit qu’t’ as mis dans la Josacine ».
6. Une nouvelle hypothèse : l’accident domestique camouflé
Selon l’hypothèse présentée par Jean-Michel Dumay, Emilie aurait, par accident, absorbé un produit toxique. Le flacon de Josacine aurait été empoisonné plus tard, avant d’être remis à l’hôpital. Cette hypothèse sera jugée « plausible » par un tribunal en 2005.
7. Une expertise déterminante (2022)
Une expertise demandée au Pr Frédéric Baud, toxicologue clinicien spécialiste reconnu des intoxications au cyanure, conclut qu’avec la dose retrouvée dans le flacon empoisonné, l’enfant aurait dû s’effondrer quasi immédiatement — ce qui contredit les quinze minutes d’activités relatées par les Tocqueville. Il révèle aussi que la concentration de cyanure dans le médicament n’est pas compatible avec celle mesurée dans le sang de l’enfant. Selon lui, le scénario retenu par l’accusation est « impossible » : le flacon ne peut pas être la source de l’empoisonnement. Sa conclusion conforte l’hypothèse de l’accident camouflé.
8. Une procédure dans l’impasse.
Trois demandes de révision ont été rejetées (2002, 2009, 2024). Jean-Marc Deperrois, libéré en 2006 après douze ans de détention, continue de clamer son innocence et de demander un nouveau procès. Il prépare une nouvelle requête en révision.
6 février 2026
Jean-Michel Dumay commente sur Mediapart le rejet de la 3ème requête de Jean-Marc Deperrois, avec des enregistrements pris à l'époque.
Cliquer ci-dessous :
Communiqué
BOLBEC, le 21 janvier 2026
À l’occasion de la diffusion, le mardi 3 février sur M6, d’un téléfilm librement inspiré de l’affaire dite de la «Josacine empoisonnée», le comité de soutien à Jean-Marc Deperrois rappelle qu’il s’agit d’une affaire réelle, dans laquelle un homme, condamné en 1997 sans possibilité d’appel, clame son innocence depuis plus de trente ans et qu’une expertise de toxicologie clinique, inédite et jamais examinée, est de nature à l’innocenter.
Trois requêtes en révision ont été déposées. Une quatrième est actuellement en préparation.
En 2023, dans le cadre de la dernière requête, une expertise de toxicologie clinique inédite — inexistante et inconnue à l’époque des débats — a été produite. Fondée sur l’état actuel des connaissances scientifiques, cette expertise a été réalisée par le professeur Frédéric Baud, ancien chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière à Paris et ancien responsable du Centre antipoison de Paris, spécialiste internationalement reconnu des intoxications aux cyanures. Cette expertise contredit l’hypothèse retenue lors de la condamnation et constitue un élément nouveau, inconnu des premiers juges, de nature à innocenter le condamné : selon elle, le flacon de Josacine empoisonné remis à l’hôpital le soir du drame ne peut pas avoir été la cause du décès d’Emilie Tanay.
Cette expertise valide ainsi l’hypothèse d’un accident domestique camouflé, avancée en 2002 dans une contre-enquête du Monde, puis complétée dans un livre, et jugée « plausible » en 2006 par le tribunal du Havre, qui avait alors réentendu les principaux protagonistes de l’affaire dans le cadre d’une procédure en diffamation.
Pourtant, la requête introduite en 2023 a été rejetée en juin 2024 sans que cet élément scientifique nouveau fasse l’objet d’un véritable examen contradictoire, l’arrêt de la commission d’instruction de la Cour de révision reposant sur des erreurs factuelles et une interprétation juridique contestée.
La diffusion de la fiction programmée par M6 ravive une mémoire collective autour d’une affaire qui demeure une tragédie humaine. Elle est susceptible de relancer l’attention du public sur ce dossier et, par conséquent, son intérêt pour une information précise sur l’affaire judiciaire, éclairée par l’état actuel de la science.
La troisième requête en révision de sa condamnation a été déposée début 2023 par Jean-Marc Deperrois. Elle s'appuie sur le rapport d'expertise du Professeur Baud, médecin réanimateur spécialiste du cyanure. Il affirme que le flacon de Josacine ne contenait pas de cyanure au moment où Emilie a pris son médicament.
Elle a été déclarée irrecevable par la commission d'instruction de la cour de révision. En savoir plus.
Vous souvenez-vous de l'affaire de "la Josacine empoisonnée"?
Si vous interrogez les gens sur les événements de l'année 1994, la plupart se souviennent de cette affaire de Josacine empoisonnée au cyanure, du tragique décès d'une petite fille de neuf ans, Emilie Tanay, du rappel du médicament dans tout le pays, de l'affolement des familles téléphonant avec angoisse à des centres d'accueil téléphonique débordés ... Cette affreuse affaire commence avec le décès d'une enfant, et l'immense chagrin de tous les siens. Nous ne les oublions jamais !
Certains se souviennent aussi du procès qui se tint trois ans plus tard à Rouen. Jean-Marc Deperrois, maire adjoint de la petite commune de Gruchet-le-Valasse, comparaissait pour assassinat. D'après l'hypothèse de l'accusation, il aurait voulu empoisonner Jean-Michel Tocqueville, le mari de sa maîtresse, en empoisonnant un flacon de Josacine 500 trouvé chez ce dernier, et qui appartenait en fait à Emilie, invitée dans la maison pour le week end.
Il n’y avait "pas de témoins, pas d’aveux, pas de preuves", selon les termes mêmes de l’avocat général Marc Gaubert, mais des témoignages contradictoires, des invraisemblances, et au terme des débats une condamnation qui a fait couler beaucoup d’encre. Il a semblé à bien des observateurs que le verdict, faute de certitudes, avait été commandé par l'émotion de tous devant ce drame.
A l’époque, la possibilité de faire appel d’un jugement n’existait pas en Cour d’Assises. Des milliers de personnes, par lettre, ont manifesté leur colère et permis la naissance d’un comité de soutien. De son côté, Jean-Marc Deperrois, révolté par l’injustice dont il faisait l’objet, s’est donné un unique objectif : prouver son innocence et obtenir la révision de son procès.
Parmi les lettres de soutien, il y eut celles de deux universitaires, agrégés de chimie, étonnés des résultats des analyses chimiques présentées au procès : elles ne leur paraissaient fondées que sur des hypothèses incertaines et non vérifiées. Ils ont alors sollicité le Professeur Rosset, universitaire de renom et expert auprès de la Cour de cassation. Ses conclusions ont confirmé et même amplifié leur point de vue : le cyanure présent dans le flacon de Josacine, ancien et dégradé, n'avait aucun rapport possible avec un cyanure neuf comme celui que Jean-Marc Deperrois avait acheté un mois avant le drame.
Dans le même temps, Jean-Michel Dumay, chroniqueur judiciaire au journal le Monde, entreprend la lecture méthodique du dossier. Au hasard d’écoutes téléphoniques effectuées par les enquêteurs, il achoppe sur une conversation entre Jean-Michel Tocqueville (le mari prétendument visé) et son ami Denis Lecointre, employé d’ORIL, société où l’utilisation de cyanure de sodium est courante. Leur échange comporte les mots suivants : « Il faut qu’on sache, hein! - Ouais Ok ! - Il faut qu’on sache ! [...] Parce que t’a l’heure tu vas passer heu, à la télé, toi, avec ton produit qu’t’as mis dans la Josacine ! »
Ces propos tenus par deux protagonistes du drame martèlent l’esprit du journaliste. En novembre 2002, le journal Le Monde fait paraître une contre-enquête proposant l' hypothèse d'un accident domestique camouflé après coup: l'enfant aurait avalé par erreur un liquide cyanuré présent dans la maison, (destiné peut-être à tuer les souris) ; pour cacher ce tragique accident, quelqu'un aurait empoisonné la Josacine après le décès de la petite.
Cette hypothèse sera reconnue plausible quelques années plus tard par la justice, sans que Jean-Marc Deperrois obtienne pour autant la révision de sa condamnation.
A mi-peine, au terme de la loi, Jean-Marc Deperrois pouvait demander à bénéficier d'une libération conditionnelle. Mais il aurait fallu, pour l'obtenir, qu'il reconnaisse les faits, ce à quoi il se refusait absolument. L’homme condamné par erreur n’a que trois mots à la bouche depuis le début : «Je suis innocent !», et il est absurde d’attendre de lui qu’il reconnaisse ce qu’il n’a pas commis. Il restera donc deux ans de plus en prison et ne sera libéré qu'en 2006.
En avril 2005, une première requête en révision est refusée, les résultats des analyses chimiques et l'enregistrement de l'écoute téléphonique n'étant pas considérés comme des "éléments nouveaux".
La deuxième requête en révision a été refusée le 10 février 2009. Elle se basait, entre autres, sur le fait qu'un mélange cyanure + Josacine dégage normalement une odeur d'ammoniaque, ce qui n'était pas le cas du médicament d'Emilie le soir du drame : il ne sentait absolument rien d'anormal alors que la petite était déjà dans le coma.
En avril 2012, rejet de sa requête devant la CEDH (Cour européenne des Droits de l'Homme).
Le 11 décembre 2009, au terme exact de ses trois années de libération conditionnelle, Jean-Marc Deperrois s'est exprimé aux journaux télévisés de 20 h sur TF1 et F2, et à la radio dans l'émission "Café-crimes" de Jacques Pradel : "J'ai décidé de parler aujourd'hui parce que je veux dire que je suis innocent" .
Son combat continue ...
2019 : Jean-Marc Deperrois prépare une troisième requête en révision.
Madame Tanay, dans Le Monde daté du 8 novembre 2019, exprime ses doutes sur la façon dont la justice a mené l'enquête et sur la culpabilité de Jean-Marc Deperrois, qu'elle a rencontré longuement à plusieurs reprises à partir d'octobre 2016. Elle souhaite que Deperrois dépose une troisième requête en révision "et nous viendrons alors avec nos questions", notamment sur ce qui s'est passé le soir des faits. Elle précise qu'elle a serré la main de "celui que j'appelais jusque là "l'autre" ... J'ai le sentiment qu'avec cette rencontre improbable, nous avons accompli quelque chose d'exceptionnel". Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué.
En Novembre 2019 est sorti son dernier livre : "La réparation volontaire", chez Grasset. Elle y décrit, entre autres, ses doutes à propos de la vérité judiciaire qui leur a été "servie" à son mari et à elle, et comment, petit à petit, elle en est venue à souhaiter rencontrer Jean-Marc Deperrois, chargeant Jean-Michel Dumay d’organiser une entrevue. Il y eut en tout quatre longues entrevues de plusieurs heures entre elle et Jean-Marc Deperrois. La seconde partie du livre reproduit l'un de leurs échanges. Le conseil qu'elle lui donne : "Si vous êtes innocent, battez-vous".
Comité de soutien à Jean-Marc Deperrois
BP 29 - 76210 Gruchet-le-Valasse
E-mail: comitedeperrois@gmail.com
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