Mardi Gras : LE "BŒUF GRAS" DU CARNAVAL [2]. • Au Moyen Âge et jusqu'à aujourd'hui dans certaines régions, existait non pas un seul "jour gras", mais une "SEMAINE GRASSE", correspondant aux sept jours avant le "Mercredi des Cendres" [Dies cinerum], avec tout particulièrement le "JEUDI GRAS" [célébré non seulement en Europe mais aussi au Moyen Orient, notamment par les Maronites au Liban/ "khamiss assakara", avec l'évocation des personnes disparues, des repas familiaux et collectifs, et des pâtisseries spécifiques], ainsi que le "DIMANCHE GRAS", jours étant l'occasion de cortèges du "BŒUF GRAS" dans de nombreuses villes en France et en Europe, et dont l'un des plus célèbres était celui de Paris.
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Le "Mardi Gras" s'inscrit de manière plus générale dans la coutume très ancienne du/ des CARNAVAL(S) [dénomination provenant vraisemblablement d'un point de vue étymologique de "carnelevare", en latin : (i) "carneum, i/ caro, carnis/ carnis, is" = chair, viande/ adjectif "carneus, a, um" = fait de chair, et (ii) verbe "levo, as, are, avi, atum" = alléger, diminuer, affaiblir, c.à.d. littéralement "alléger la viande"], en allemand :
FASTNACHT/ FASNACHT, ou encore "Fasnet" ou "Fasching". | Le Carnaval, pouvant durer plusieurs jours, était traditionnellement FIXÉ ENTRE : 1°) l'ÉPIPHANIE/ Fête des Rois [date fixe : le 2 janvier, sept jours après la solennité de Noël/ la Nativité (25 décembre), et parfois décalée au deuxième dimanche après Noël dans les pays où l'Épiphanie n'est pas un jour férié], ou même, la fête de la CHANDELEUR [date fixe : le 2 février, quarantième jour après Noël], et 2°) le MARDI GRAS, marquant la fin ultime du Carnaval en étant le dernier jour avant le début du Carême [fête mobile]. • Le Carnaval, par essence collectif, se caractérise par des déguisements, travestissements, masques, et maquillages/ processions, cortèges, défilés, parades, et chars/ bals masqués/ personnages géants/ fanfares et cliques, flûtes, cuivres, tambours et percussions/ confettis et serpentins, mais correspond aussi à des jours "hors du temps" permettant défoulement et subversion des normes, avec liberté momentanée des mœurs, renversement et inversion de l'ordre social, des hiérarchies et des genres ; mais, au final c'est, dès le Mercredi Saint, le triomphe du retour à l'ordre établi (et pour une nouvelle année entière). • La Semaine Grasse, le Mardi Gras, et le Carnaval (ainsi que "la fête de amoureux" d'origine commerciale récente et improprement dénommée "Saint-Valentin" d'après le saint patron du jour), situés au MILIEU DU MOIS DE FÉVRIER, s'inscrivent dans le contexte de fêtes hivernales beaucoup plus anciennes, remontant à la nuit des temps, à la Préhistoire et à l'Antiquité, telles par exemple les fêtes quasi orgiaques des "Lupercales" de la Rome antique, avec un aspect APOTROPAÏQUE contre les rigueurs de l'HIVER, les jours courts et les longues nuits, les ciels gris et sombres, les brouillards fréquents et durables, le sommeil de la nature (qui pourrait même paraître morte), en un mot contre les TÉNÈBRES, mais aussi de premiers signes d'espérance pré-annonciatrices du Printemps, du retour de la Lumière et de la vie/ de la résurrection de la nature.
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> illustration : "LE BŒUF GRAS" | gravure sur cuivre du 17e siècle par Melchior Tavernier (1594-1665), graveur, imprimeur en taille-douce, et libraire parisien [retirage ou copie ancienne] • un texte narratif variable, également gravé, étant souvent placé au-dessous de l'image, tel par exemple : "Invincible dans les hazars / De Bacchus, et non pas de Mars, / Je scay triompher des plus braves, / Et suis ce vaillant Mardy gras, / Qui me retranche dans les caves / ou de muscat ou d'hipocras. || Les visages imperieux / Des Guerriers les plus glorieux, / Ne valent point ma bonne mine, / Par qui ie suis creint tellement, / Que j'aneantis la famine / Avec ma troigne seulement. || Estant armé comme ie suis, / Il n'est point de soings ny d'ennuy / Que ie n'attaque et ne défie, / Sans estre ny foible ny las, / Pour veu que ie me fortifie / De jambons et de cervelas." [notice et collection Pr. Jean-Marie Le Minor].
Source : Musée anatomique de Stasbourg