N20 - Col de branche

Jonction entre les axes :

A la jonction de 2 axes, les cernes du compartiment de branche alternent, année après année, avec les cernes du compartiment de tronc. Ceci implique une métamorphose du cambium à cette jonction des axes : annuellement, son fonctionnement en tant que cambium de branche est progressivement remplacé par un fonctionnement en tant que cambium de tronc. Ceci est magnifiquement mis en évidence par le célèbre dessin de Alex Shigo. C'est cette jonction - limite entre compartiment de tronc et compartiment de branche - qui justifie l'angle de coupe et interdit toute coupe à plat blessant le compartiment support et la branche éliminée ! Un des paradoxes de l’arbre : « une blessure multiple ».

 

 Les rejets sur plaies de coupe sont des réitérations traumatiques, mais induites par les étêtages, ravalements ou plaies de coupe trop grandes ou trop nombreuses . Elles prennent naissance sous les plaies de coupe. Ces « rejets », contrairement à ce que leur nom laisse sous-entendre, sont indispensables à la circonscription de la plaie, mais l’évolution de celle-ci est inéluctable !.

Quand comprendrons-nous que les rejets après travaux d’élagage sont autant de reproches que l’arbre nous adresse ?

Ce n’est pas tout mais ici c’est du domaine des hypothèses : je ne grimpe plus aux arbres mais je pense à eux en qualités de citoyenne et non pas d’experte !

Les robiniers ou faux acacias sont « les bêtes noires » de François Dusenne- « il y a toujours retrait de cambium après une coupe », (comm.pers.) ; donc pas de bons angles de coupe pour cette espèce !

Le Robinier faux acacia est une espèce sympodiale. Dans mon tableau systématique (qui mérite une expertise avisée) sont répertoriés comme « sympodial(e) » :

Après étêtage, il y a retrait important de cambium sur bouleau, tilleul, robinier …

Si j’ai bien compris ce qu’est une espèce sympodiale : le bourgeon apical meurt à chaque saison, laissant la dominance au bourgeon de l’un des deux brins sous-jacents, donnant ainsi un axe A1 formé d’une succession de portions annuelles, ayant pour origine des bourgeons terminaux ou apicaux différents. Chez ces espèces, il n’y aurait pas de bon angle de coupe ! nécessairement la pourriture se propage au tronc ! nécessairement il n’y a pas de compartiment de branche inséré dans un compartiment de tronc, puisque le tronc est fait de succession de portions de compartiment de branche ! Ceci expliquerait la remarque de François Dusenne mais mériterait confirmation pour les autres espèces ! De plus chez ces espèces quid ? de la propagation de la pourriture vers le bas (barrière1). Est-elle, dans un premier temps, confinée à l’unité de croissance concernée ? (je dirais oui ?). Alors qu’elles seraient les conséquences de remontée de couronne sur houppier établit, avec coupe de branches de bons diamètres ? …

A Liège, face à l’Évêché (rue du Vertbois) : une rangée de 11 Robiniers, -3m de haut, -sur pelouse, -taillés en pyramide (depuis ? ?), sur des extrémités de branche de 3-5cm de diamètre ; -souvent portions de branche, nécrosée ; -nombreuses cicatrices de branche coupée (couronne de 9 cicatrices de 15-18 cernes pour 1 exemplaire), -pas de début de bourrelet de recouvrement (probablement progressivement coupe de branche morte) ; 1-3 cicatrices de branche en tête de la nécrose sur tronc, -nécrose qui généralement s’étend sur 50 à 100cm vers le bas, -parfois développement sur tronc d’ importantes « loupes circulaires » (donnant l’aspect d’arbre greffé) ; -plusieurs troncs creux ; -1 exemplaire, dont le bois de tronc est mis à nu sur 1m de haut et les 3/5 du pourtour, montre une belle « nappe de barrière 4 » ; sur les 2/5 restants, il développe une vigoureuse bande de réaction de plus de 30cm de large… Ces 11 robiniers méritent une description individuelle détaillée (sans les couper, sans les perforer, sans autopsies, cernes bien visibles…). Manifestement, les réactions aux tailles (du haut vers le bas) dominent celles du bas vers le haut (6/11 blessures de tondeuse à gazon). Ces tailles les font mourir à petit feu (1/11 mort en ? ? ?, + 1 exemplaire mal en point, d’ici 1 ou 2 ans il pourrait devenir un objet de collection, si le broyeur n’est pas passé par là ! ). Ces 10 robiniers rescapés pourraient constitués un instructif sujet de travail de fin d’étude. La pérennité des plantations de ville, leur devenir… mérite un colloque.

En forêt, l’épicéa ou le hêtre sont incapables de rejeter de souche. Peut-on voir là une explication des « champs » de hêtres adultes couchés par les tempêtes de 1999/2000 ? L’épicéa a-t-il réellement un enracinement traçant ou bien est-ce une caractéristique de « l’épicéa transplanté » ? Et si la capacité de refaire un pivot A1 était lié au caractère monopodial ou sympodial de la plante arbre considérée ? Les forêts d’épicéas tiendraient debout par l’effet de groupe. Une forêt est une famille d’arbres.

Ce qu’en pense le poète :

Une famille d'arbres

C'est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit.

Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin, ils semblent impénétrables.

Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence.

Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.

Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.

Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout

jusqu'à la chute en poussière.

Ils se flattent de leurs longues branches, pour assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essouffle à les déraciner.

Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

Je sens qu'ils doivent être ma vrai famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter j'apprends ce qu'il faut savoir:

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

Jules RENARD(1864-1910), Histoires naturelles (1896).

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