Tsing-Tao, l'ancien village de pêcheurs chinois devenu en douze ans une florissante cité allemande d'Extrême-Orient, et dont viennent de s'emparer les Japonais.
Le monument en granit rouge des Vosges, qui attestait, sur le Diederichs Berg, dominant Tsing-Tao, la mainmise germanique.
La perte de Tsing-Tao est, pour l'orgueil allemand, un coup particulièrement rude, qu'accuse, avec une franchise surprenante, la presse allemande.
Le prétentieux, le provocant monument qu'avait érigé, lors de la prise de possession de Kiao-Tchéou, le gouvernement impérial, et qui était comme le symbole de l'implantation germanique en Extrême-Orient, disait éloquemment tout le prix qu'attachait l'Allemagne, à cette possession. Les cris de rage du Lokal Anzeiger sont plus éloquents encore : " Un misérable village de pêcheurs chinois était devenu, dit-il, un éclatant témoignage de la culture allemande. Là avait surgi en un couple d'années la ville la plus belle, la plus élégante, la plus éprise de progrès de tout l'Orient.
Cela devait éveiller la jalousie du peuple aux yeux bridés des îles de l'Est... Mais on n'oubliera jamais ici l'impudente violence de ces voleurs jaunes, ni celle de l'Angleterre qui leur facilite les moyens...
Si par hasard le moment des comptes arrive, ce sera alors pour toute l'Allemagne un cri de joie aussi unanime qu'est maintenant celui de notre douleur : " Malheur aux Nippons! "