LA REPRISE DU CONGO FRANCAIS
Tombes de nos compatriotes massacrés au
Essai de mitrailleuse belge sur la rive de la Sanga, à Ouesso
L'avant du Luxembourg, dont le blockhaus a été criblé de balles
poste allemand de M'Birou
Les graves évènements qui se déroulent chez nous, et qu'au jour le jour nous suivons avec passion, absorbent toute notre attention. Cependant, au loin, dans le magnifique empire africain que nos soldats avaient conquis au prix de tant d'intrépides efforts, et qu'un brutal chantage nous avait arraché en partie, voilà deux ans, se poursuit une oeuvre de réparation qui mérite de ne pas demeurer inapercue : les lambeaux du Congo qu'on nous avait extorqués par menace sont maintenant redevenus français.
Une autorité vigilante s'était préparée, dès le premier jour, à cette reprise. Le dimanche 2 août, un détachement de tirailleurs était embarqué sur le Largeau, à destination de Mossaka. Il y devait attendre la nouvelle officielle de la déclaration de guerre pour bondir sur le poste allemand de Bonga, qui commande l'une des fameuses "piqûres" du Cameroun à travers notre colonie, la méridionale. Le 5 août, c'était chose faite.
Dans le même temps, toute la Basse-Sanga était nettoyée des bateaux allemands qui auraient pu menacer nos communications avec Bangui, tandis qu'une colonne se formait à Brazzaville et venait bientôt occuper Picounda, sur la Sanga.
Mais, au nord, un drame rapide se déroula que nous fûmes impuissants à prévenir.
Les Français établis sur la Haute-Sanga, étaient venus, aux premiers btuits de guerre, se réfugier à Ouesso. Avec ce bel entrain qui est de race, ils décidèrent d'attaquer aux-mêmes, et sans attendre d'aide, le poste ennemi de M'Birou, à une heure de pirogue en aval. Cette audace réussit. Mais le succés grisa nos infortunés compatriotes. Ils négligèrent de se garder. Les miliciens qui leur avaient échappé, redescendant la rivière, y rencontrèrent un bateau allemand qui ramenait vers Molundou, avec des fuyards de Bonga, les effectifs de Picounda et d'Ikalanda. Une partie de ces troupes furent débarquées et une attaque vigoureuse, conduite à la fois par terre et par eau, fut dirigée contre les vainqueurs de M'Birou. Surpris tandis qu'ils déjeunaient, les nôtres se défendirent vaillamment. Ils devaient succomber sous le nombre. Dix-sept d'entre eux périrent. Un seul des Européens put s'échapper. Il courut à Ouesso y porter la terrible nouvelle. Le poste était hors d'état de résister. On l'évacua. Les Allemands l'occupèrent sans coup férir, le pillèrent et saccagèrent les factoreries de la région. Au surplus, prévoyant da fatales représailles, ils ne s'y attardèrent pas longtemps ; à la fin août, l'administrateur adjoint Bourdil y rentrait, précédant de quelques heures une colonne commandée par le lieutenant-colonel Hutin. Quelques combats heureux purgèrent la région de tout adversaire, et, après avoir mis Ouesso en état de résister à une nouvelle agression, le colonel Hutin remonta le cours de la Sanga, embarquant une partie de ses forces sur la rivière, conduisant le reste par terre.
La marche à travers les marais fut pénible, et l'ennemi fit tout ce qui était en son pouvoir pour l'arrêter. Il fallut se battre à Dzimou, à Bomassa, avant d'arriver, enfin, devant Nola. Là une action s'engagea sur la rive gauche de la Sanga. Une attque, par trois côtés, du poste allemand, action vigoureuse au cours de laquelle notre petit 80 de campagne fit merveille, emporta la position; le lendemain, 18 octobre, les Allemands se rendirent.
Cependant, un détachement ennemi, parti de Molundou, s'était jeté sur le poste que nous avions organisé à Dzimou, s'en était emparé et coupait nos communications avec Ouesso.
Les Belges du Congo nous prêtèrent alors une aide précieuse : le 25 octobre, 150 de leurs tirailleurs venaient se joindre à la garnison d'Ouesso. Le lendemain, sous la haute direction du général Aymerich, commandant supèrieur des troupes de l'Afrique équatoriale, partait, vers Dzimou, une reconnaissance offensive à laquelle prenait part M.Lucien Fourneau, lieutenant-gouverneur du Moyen-Congo.
Les bateaux qui la conduisaient avaient été protégés au moyen de plaques d'acier et de traverses métalliques de chemin de fer. Le Luxembourg, vapeur prêté par le gouvernement du Congo belge, ouvrait la marche. A midi, après quelques heures de navigation, la flotille était attaquée: deux mitrailleuses allemandes, parfaitement dissimulées, ouvraient le feu, de la rive. Le canon de 47mm du Luxembourg répondit de son mieux. Mais la passerelle du bateau, où l'ennemi avait vite constaté la présence d'Européens, était, pour les mirailleurs, une cible magnifique. Ce fut là que, vers 3 heures, M.Fourneau, déjà blessé légèrement à la figure, reçut une balle qui lui traversa la poitrine de gauche à droite. Le gouvernement vient de signaler au pays, dans un ordre du jour, sa noble conduite.
Une compagnie et demie d'infanterie avait été débarquée en aval de Dzimou pour attaquer l'ennemi sur son terrain même, tandis que les bateaux poursuivaient la lutte sur la rivière. On put reconnaître, ce jour là, que Dzimou était fortement occupé. On rentra le soir à Ouesso. Après y avoir débarqué les blessés, on en repartait le 28.
L'attaque fut conduite tout aussi vaillamment que la veille. La nuit seule interrompit le combat. Jusqu'au matin, les troupes de terre demeurèrent dans l'eau jusqu'aux aisselles. Leur élan dans l'assaut final n'en fut point atténué. Le 29 octobre, vers 11 heures, une véhémente charge à la baïonnette enlevait le village, tandis qu'une partie de la colonne Hutin, redescendue de Nola, prenait l'ennemi à revers. Ce fut une victoire complète.
D'autre-part, une autre force, venue de Bangui, la colonne Morisson, faisait dans la "piqûre" Nord la même excellente besogne, enlevait Zinga, M'Baïki, Bania, Carnot. A la fin octobren tous les territoires de la Sanga étaient redevenus français.
Le poste allemand de Bonga, occupé le 5 août
Berge de M'Birou où eut lieu le combat du 26 août