Préparatifs et réduction de la poche de Montdidier
Le front n'était pas encore complètement stabilisé sur les contours de la poche de Montdidier que déjà le général Foch donnait des ordres pour la reprise de l'offensive.
Dans sa directive N°2, du 3 avril, il écrivait :
« Du point de vue de nos intérêts, il nous faut éloigner le plus tôt possible l'ennemi :
« 1° De la voie ferrée Saint-Just, Breteuil, Amiens;
« 2° Du noeud de chemins de fer d'Amiens;
« Et pour cela :
« 1° L'attaquer au sud de la Somme dans la région de Montdidier;
« 2° L'attaquer à cheval sur la Somme, de la Luce à l'Ancre.
« Nous poursuivrons ainsi, d'ailleurs, la réalisation des idées maîtresses qui ont dirigé jusqu'ici nos opérations : affermir la liaison des armées françaises et britanniques; couvrir Amiens.
« D'autre part, sans prétendre à des buts décisifs, nous pouvons, grâce à la forme d'équerre de notre front, infliger à l'ennemi un sérieux échec.
« Enfin, notre offensive sur et au sud de la Somme est la meilleure parade à l'offensive de l'ennemi possible au nord de la rivière.
« Ces considérations amènent à fixer, ainsi qu'il suit, la tâche des armées alliées pour la prochaine période des opérations :
« 1° Aussitôt que possible, offensive des armées françaises dans la région de Montdidier, visant à dégager la voie ferrée Saint-Just-Amiens et mettant à profit la forme avantageuse de notre front pour rejeter l'ennemi vers l'est dans l'Avre et pousser vers le nord en direction de Roye;
« 2° Offensive des armées anglaises à cheval sur la Somme, en direction de l'est, de la Luce à l'Ancre, visant à dégager Amiens.
« Il y aurait le plus grand intérêt à exécuter simultanément ces deux offensives dont les directions se conjuguent heureusement. »
Mais quelques jours après, le 11 avril, se produisait la deuxième attaque de l'ennemi dans la région d'Armentières, attaque qui entraînait la formation d'une deuxième poche, celle du Kemmel.
La majeure partie des réserves susceptibles de renforcer notre front sur le pourtour de la poche de Montdidier était dérivée vers le nord et l'attaque projetée entre Somme et Oise s'en trouvait naturellement retardée.
Cependant l'activité ne devait pas cesser de régner sur le front des Ire et IIIe armées et nous verrons ces deux armées constamment préoccupées d'améliorer leurs débouchés, à la Ire armée notamment, en cherchant à rejeter l'ennemi sur l'Avre.
C'est ainsi que la Ire armée, reprend, le 18 avril, le bois Senécat en faisant 700 prisonniers.
GENÈSE DU PLAN D'OPÉRATIONS
Ce même jour, le général commandant le G.A.R. donne à la IIIe armée ses directives pour l'opération à préparer en vue de réduire par le sud la poche de Montdidier. Le premier but à atteindre sera de s'emparer du massif de Boulogne la Grasse, pour marcher en suite en direction de Roye.
Le 24 avril, la perte de Castel et de Villers-Bretonneux, mais le 26, cette deuxième localité est reprise par les Anglais, avec le concours de la division marocaine : 200 prisonniers.
Ce même jour, le général Foch revient sur la nécessité de hâter les préparatifs d'attaque :
« La protection du noeud de chemins de fer d'Amiens est assurée à faible distance, par occupation du plateau de Villers-Bretonneux, qui est à maintenir à tout prix.
« L'attaque de la IIIe armée semble devoir améliorer cette protection en obligeant l'ennemi à reculer au sud de la Somme. Elle aura, en effet, pour résultat immédiat de dégager la région de Montdidier et, en se poursuivant au delà de l'Avre, elle aura pour second effet de couper les communications de l'ennemi au sud de la Somme.
« Enfin, elle aura l'avantage essentiel de ne pas laisser plus longtemps à l'ennemi l'initiative des opérations.
« Pour ces raisons, il importe au plus haut point que l'attaque de la IIIe armée soit préparée avec la plus grande activité, et que toutes les dispositions qui s'y rapportent soient hâtées et poussées aussi loin que possible. »
Les préparatifs se poursuivent en conséquence, mais la difficulté reste toujours de trouver les moyens nécessaires. Les attaques successives de l'ennemi (poche de Château-Thierry, succédant à celle du Kemmel; attaque du saillant de Compiègne; attaque du saillant de Reims) ne le permettront pas.
D'ailleurs, au cours des événements, les idées se modifieront au sujet du plan de réduction de la poche de Montdidier.
Quand cette opération sera enfin réalisée, en août, le rôle principal appartiendra, non plus à la IIIe armée, mais à la Ire. Toutefois, à ce moment, les études poursuivies par cette IIIe armée porteront leurs fruits et elle prendra, avec ses seuls moyens, une part active et brillante aux succès de la Ire.
Il est intéressant de suivre le développement des projets du haut commandement jusqu'au jour de l'exécution, au fur et à mesure que se dérouleront les événements.
28 avril au 3 mai. - Combat à Hangard (Ire armée) et au Mont-Renaud (IIIe armée), ainsi que sur la rive gauche de l'Avre (Ire armée); 300 prisonniers.
Le 9 mai, la Ire armée s'empare du parc et du village de Grivesnes; 250 prisonniers.
14 au 18 mai. Combats locaux à l'ouest de l'Avre (Ire armée) et dans la petite Suisse ( IIIe armée) ; 300 prisonniers.
Le 20 mai, le plan de réduction de la poche de Montdidier est precisé par une note du général Foch, jointe à la directive générale n° 3.
Ce plan comporte une attaque combinée franco-anglaise :
« Les opérations offfensives entre l'0ise et la Somme ont pour but de dégager le chemin de fer Paris-Amiens et la région d'Amiens.
« Elles consisteront en deux attaques conjuguées, montées et conduites de manière à chasser l'ennemi de ses positions entre la Somme et Lassigny (nord de la petite Suisse).
« L'une (attaque du sud), partant du front général Montdidier, Lassigny, aura pour premier objectif le cours de l'Avre, de Hargicourt et en amont jusqu'aux environs de Roye, en vue de déboucher le plus rapidement possible de l'Avre, vers le nord.
« L'autre (attaque du nord), partant en surprise du front général Sailly-le-Sec, Hangard, en direction de l'est, pour gagner au plus vite le front Morcourt, Harbonnières et s'assurer ainsi, vers le nord et vers 1'est, une couverture suffisante et l'espace de manoeuvre nenécesaire, aura pour but de gagner la Luce en amont de Hangard jusqu'aux environs de Caix, en vue de déboucher, sans désemparer, de la Luce vers le sud.
« Ces deux attaques, reliées par une pression à exercer par la Ire armée sur le front de Montdidier à Moreuil, se poursuivront ensuite entre Avre et Luce, contre la route Amiens, Roye.
« L'attaque du sud sera exécutée par la III armée et par la droite de la Ire...
« En vue de combiner ses effets avec ceux de l'attaque du nord, la gauche de l'attaque du sud devra, non être arrêtée en couverture sur l'Avre, mais pousser violemment vers le nord, après avoir atteint cette rivière.
« L'attaque du nord sera exécutée par la droite de la IVe armée britannique et par la gauche du G.A.R.
« Cette attaque, à déclencher par surprise et spécialement montée pour cela, visera :
« 1° A s'assurer l'espace nécessaire à la manoeuvre envisagée en conquérant, par une marche rapide couverte par la Somme, au nord, le plateau entre Somme et Luce jusqu'aux ravins de morcourt et d'Harbonnières sur lesquels sera assurée ultérieurement la couverture vers l'est de cette manoeuvre.
« 2° Crâce à cette avance, à aborder la Luce sur un vaste front et à la franchir le plus rapidement possible pour en déboucher vers le sud contre la route Roye-Amiens.
« Il est évident que les deux attaques du nord et du sud devront, pour pouvoir réagir efficacement l'une sur l'autre, non seulement être conjuguées dans leurs directions, mais aussi être étroitement combinées dans le temps.
« Comme, d'autre part, l'attaque du sud disposera de plus de forces et d'une base beaucoup plus large que celle du nord, et que celle-ci repose avant tout sur la surprise et sur la vitesse, il semble indiqué que la première précède la seconde de un ou deux jours. »
Le général commandant le G.A.R. établit un plan en conséquence et l'envoie au général Pétain qui l'approuve le 26 :
« Le G.A.R. poursuivra les études et travaux précédemment entrepris en vue de rendre possible l'exécution de ces offensives à partir du 15 juin, après préavis de dix jours. »
27 mai. - Mais, sur ces entrefaites, se produit la troisième attaque allemande sur l'Ailette; elle entraîne la formation de la poche de Château-Thierry et l'offensive entre Somme et Oise se trouve une fois de plus retardée, d'autant plus que cette troisième attaque va succéder quelques jours après, le 9 juin, l'attaque sur le saillant de Compiègne. Toutes nos disponibilités sont à nouveau absorbées.
Toutefois, l'activité ne diminuera pas sur le front des Ire et IIIe armées.
Le 28 mai, la Ire armée s'empare de Cantigny avec la Ire division américaine; 250 prisonniers.
30 mai au 1er juin. De son côté, la IIIe armée livre au Mont-de-Choisy une série de combats locaux qui lui rapportent une centaine de prisonniers.
9 juin. - Attaque allemande sur le saillant de Compiègne, arrêtée par la contre-attaque du 11.
9 juillet. Un mois après, dans un vaste coup de main, la Ire armée s'empare de la ferme des Loges et de la ferme Porte (4 kilomètres sud-ouest de Marquéglise), en faisant 520 prisonniers.
Le 12 juillet, à la Ire armée, reprise de Castel et de la ferme Anchin (2 kilomètres ouest de Moreuil); 600 prisonniers.
Le 23 juillet, dans une opération parfaitement préparée et très bien conduite, exécutée par les seules troupes du front, la Ire armée enlève les villages d'Aubvillers, Sauvillers, Mailly-Raineval et pousse sa ligne avancée jusqu'au bord du plateau qui domine l'Avre; 1850 prisonniers avec 5 canons.
24 juillet. - Le général Foch n'a pas perdu de vue le projet de réduction de la poche de Montdidier, qu'il poursuit depuis avril, et quand il voit se développer les heureux résultats de la contre-offensive entamée le 18 juillet avec les Xe et VIe armées, il prescrit, dès le 21, « de regrouper sans retard des divisions fatiguées, retirées du front de bataille, d'abord en arrière de la gauche du G.A.R., puis en arrière du centre de ce groupe d'armées.
Le 24, dans un mémoire adressé aux commandants en chef des armées alliées, il écrit :
« Les armées alliées arrivent au tournant de la route; en pleine bataille, elles viennent de reprendre l'initiative des opérations; leur force leur permet de la conserver; les principes de la guerre leur commandent de le faire.
« Le moment est venu de quitter l'attitude générale défensive, imposée jusqu'ici par l'infériorité numérique, et de passer à l'offensive.
« Le programme des actions offensives prochaines s'établit ainsi qu'il suit :
« 1° Opérations visant le dégagement des voies ferrées indispensables aux manoeuvres ultérieures des armées alliées;
« a) Dégagement de la voie ferrée Paris-Avricourt dans la région de la Marne. C'est le résultat minimum à obtenir de l'offensive actuelle;
« b) Dégagement de la voie ferrée Paris-Amiens par une action combinée des armées britanniques et françaises ;
« c) Dégagement de la voie ferrée Paris-Avricourt dans la région de Commercy par la réduction du saillant de St-Mihiel. Opération à préparer sans retard et à entreprendre par les armées américaines, dès qu'elles disposeront des moyens nécessaires.
« 2° Opération visant à dégager la région des mines du nord et à écarter définitivement l'ennemi de la région de Dunkerque et Calais. »
C'est, avec la reprise de l'initiative des opérations, la préparation de la réduction de toutes les poches : Château-Thierry, Montdidier, Saint-Mihiel, le Kemmel.
Le 26 juillet, le général Pétain répond, en ce qui concerne la poche de Montdidier :
« J'estime, avec les généraux commandant du G.A.R. et la Ire armée, que le résultat peut et doit être obtenu à très bref délai pour profiter de la situation délicate où l'affaire du 23 juillet, sur la rive gauche de l'Avre, a placé l'ennemi et du fait que son attention est attirée vers le secteur Soissons, Reims par la bataille en cours. Le général Debeney aura, dès le 10 août, les moyens nécessaires. »
Pour dégager Amiens par une offensive anglo-française et obliger l'ennemi à évacuer la poche de Montdidier, il était indispensable d'organiser un commandement unique. Le général Foch décide que ce commandement sera exercé par le maréchal Haig.
Initialement, les deux corps de gauche de la Ire armée (31e et 9e) devaient seuls prendre part à l'opération, mais le général commandant le G.A.R., estimant qu'il n'y avait que des avantages à y faire participer le corps de droite (10e), engage également ce dernier corps d'armée dans l'attaque envisagée.
Bien plus, pour faciliter l'enlèvement de Montdidier par débordement au nord et à l'est, il rattachera, le 1er août, le corps de gauche de la IIIe armée (35e) à la Ire armée.
Le 29 juillet, le maréchal Haig envoie à la Ire armée le plan d'ensemble arrêté pour l'offensive franco-britannique :
« Dégager Amiens et le chemin de fer Paris-Amiens; atteindre d'abord la ligne Méricourt, Harbonnières, Caix, Quesnel, Hangest-en-Santerre;
« Pousser la IVe armée britannique, appuyant sa gauche à la Somme, en direction générale de Chaulnes;
« Pousser la Ire armée française, appuyant sa droite sur l'Avre, en direction générale de Roye. »
Le 31 juillet, le général Debeney donne ses ordres.
La Ire armée ,comprend trois corps :
Le 31e (gauche), le 9e (centre) et le 10e (droite).
Le corps de gauche, débouchant entre Avre et Luce, attaquera, en union avec la droite anglaise, en direction de Hangest-en-Santerre, Erches, Roye;
Le corps du centre forcera les passages de l'Avre, de part et d'autre de Braches et formera tête de pont au delà de la rivière, de façon à favoriser le débouché du corps de droite;
Le corps de droite, franchissant à son tour la rivière à Pierrepont et au sud, attaquera en direction de l'est, vers Roye. Comme l'attaque est concentrique, ce corps cherchera la liaison avec le corps de gauche entre Davenescourt et Hangest-en-Santerre et quand cette liaison sera obtenue, le corps du centre passera en réserve.
Le 1er août, le corps de gauche de la IIIe armée est rattaché à la Ire armée, en vue de mettre sous le même commandement les deux corps qui feront tomber Montdidier par encerclement, le 10e par le nord, le 35e par l'est.
LE RETRAIT ALLEMAND DERRIÈRE L'AVRE
3 août. - Sur ces entrefaites, les Allemands sentant combien leur situation sur la rive gauche de l'Avre est aventurée depuis la perte des villages d'Aubvillers, Sauvillers, Mailly-Raineval, se retirent derrière l'Avre.
La Ire armée les suit de près et réoccupe les villages de Fontaine-sous-Montdidier et de Mesnil-Saint-Georges en faisant une centaine de prisonniers.
Le plan d'opérations se développe de plus en plus du côté de la IIIe armée.
Le 5 août, le général commandant le G.A.R., dans une note adressée aux Ire et IIIe armées, prévoit les conséquences que l'opération pourra avoir du côté de la petite Suisse :
« Dans la bataille en préparation, le rôle de la Ire armée est tout d'abord de flanquer et de couvrir la droite des Britanniques en progressant entre l'Avre et la route Amiens-Roye; mais la direction même de la gauche de la Ire armée conduit à donner à la bataille dans le champ français une extension beaucoup plus grande, visant à :
« 1° Faire tomber la ligne de l'Avre;
« 2° Réoccuper Montdidier;
« 3° Faire tomber la petite Suisse, en la manoeuvrant par le nord, ou tout au moins préparer cette manoeuvre par l'occupation de la ligne Rollot-Roye.
« Il résulte de là que la Ire armée doit constituer deux masses de manoeuvre :
« 1° L'une, principale, - c'est celle qui est prévue -, débouchant entre l'Avre et la Luce et prenant l'Avre à revers;
« 2° L'autre, secondaire, débouchant entre Montdidier et Rollot.
« Cette dernière sera formée par le 35e corps, renforcé d'une division, la 46e, mise dès maintenant à la disposition de la Ire armée, et, si les événements qui se déroulent entre Vesle et Aisne le permettent, par une deuxième division fraîche.
« C'est sur ces bases que le commandant de la Ire armée doit élargir son front d'attaque.
« Pour en faciliter l'exécution, la IIIe armée a été invitée à constituer, sur sa gauche, une masse d'artillerie lourde longue, destinée à agir contre le massif de Boulogne-la-Grasse et couvrir, ainsi la droite du 35e corps.
« En outre, cette armée doit exécuter, en union avec l'action du 35e corps, à l'est de Montdidier, un vaste coup de main susceptible d'exploitation et ayant pour premier but la conquête de la longue croupe : Méry, Lataule, cotes 124 et 116 et la ferme Porte.
« L'action entre Montdidier et le massif de Boulogne-la-Grasse s'en trouvera dans tous les cas facilitée. »
Le 6 août, le général Debeney donne l'ordre d'attaque :
Le jour J est fixé au 8 août.
La préparation d'artillerie commencera à l'heure H, qui sera indiquée le 7 au soir.
Le 31e corps attaquera à H. plus 45';
Le 9e, à H. plus 4 heures;
Le 10e, aussitôt que les progrès du 9e le permettront;
Le 35e corps, lui reste à la disposition du commandant de l'armée; Il n'attaquera que lorsque l'ordre lui en sera donné, et ce ne sera probablement que le lendemain 9 août.
« Les attaques seront conduites avec la préoccupation unique de réaliser la plus grande rapidité dans la succession des bonds en avant.
Une fois le front rompu, les unités devront marcher sur les objectifs et suivant des directions déterminées.
« Une fois un objectif enlevé, sans aucun délai, passer à l'attaque du suivant.
« Les points d'appui seront attaqués par débordement.
« Il n'y a pas à chercher d'alignement et il est interdit de s'arrêter pour attendre la division voisine; la liaison est établie par de faibles détachements.
« Les mouvements seront prévus et préparés.
« Les généraux de division marcheront près de leurs réserves de division, feront serrer les réserves de régiment et d'infanterie divisionnaire et exigeront qu'on les emploie à nourrir l'attaque et non à faire des dépassements. »
Notons que la division aérienne a été mise à la disposition du G.A.R. Le 7, elle reçoit l'ordre suivant :
« Jusqu'au jour fixé pour l'opération de la Ire armée, la D. Aé. s'efforcera avant tout de dissimuler sa présence; elle n'enverra aucun avion sur les lignes.
« Le jour de l'opération et les jours suivants, s'il y a lieu, le général commandant la D. Aé. fera agir, d'après les ordres du général commandant la Ire armée, le maximum de forces dans la bataille livrée par cette armée.
« II prendra de suite les ordres du général Debeney.
« II se réservera la possibilité d'agir avec une partie de ses forces, à partir du 10 août, pour le compte de la lIIe armée, avec laquelle il entrera de suite en liaison. »
Ce même jour, le 2e corps de cavalerie est également remis à la disposition de la Ire armée.
« Ce corps de cavalerie ne peut déboucher entre Luce et Avre, ni franchir cette dernière rivière.
« Son entrée dans le champ de bataille est par la région de Montdidier, notamment entre Montdidier et le massif de Boulogne-la-Crasse, à la suite du 35e corps.
« Zone d'action : entre Roye et Lassigny.
« Direction générale : Noyon, prenant ainsi à revers l'ennemi qui fait face à la IIIe armée.
« Il en résulte que son stationnement doit être pris dans la région de St-Just...
« Il appartiendra au général commandant la Ire armée de rapprocher le 2e corps de cavalerie du front de bataille, à mesure que notre progression se développera et d'apprécier le moment où il pourra dépasser l'infanterie avec des chances de succès suffisantes. »
Enfin, le 7 août, l'intervention de la IIIe armée dans la bataille est ordonnée :
« L'intervention de la IIIe armée dans la bataille, sous la forme prévue, doit se produire le lendemain de l'attaque du 35e corps, c'est à dire en principe le 10 au matin. »
SITUATION GÉNÉRALE LE 7 AOUT
le 7 au soir, la situation de la Ire armée est la suivante :
Q. G. de l'armée à Conty.
Liaison avec la IVe armée britannique ( Rawlinson ) à Domart sur la Luce.
Axe de liaison avec cette armée au cours de l'attaque, la route en ligne droite d'Amiens à Roye.
31E corps – Le 31e corps s'étend de Domart au sud de Moreuil.
Dans sa zone de départ, entre Luce et Avre, c'est à dire entre la route d'Amiens à Roye et Castel, sont massées quatre divisions :
deux en première ligne, deux en deuxième ligne. C'est la masse principale d'attaque. Front : 4kilomètres.
Une cinquième division est le long de l'Avre, entre Castel et Moreuil.
9e corps. - Du sud de Moreuil au nord d'Argicourt; deux divisions en première ligne, aucune en deuxième.
10e corps.- Du nord d'Argicourt au Monche (sud de Montdidier ); trois divisions en première ligne; aucune en deuxième.
35e corps. - Du Monchel à Courcelles; deux divisions en première ligne, une en deuxième.
C'est la masse secondaire d'attaque.
En réserve générale d'armée, deux divisions d'infanterie, sur la Noye, en arrière du front Moreuil, Argicourt, et le corps de cavalerie (une division au nord, derrière le 31e corps, les deux autres au sud, entre Breteuil et Saint-Just).
Le 31e corps a à sa disposition 154 batteries, dont 85 lourdes.
Le 9e corps a à sa disposition 116 batteries, dont 63 lourdes.
Le 10e corps a à sa disposition 56 batteries, dont 29 lourdes.
Le 35e corps a à sa disposition 86 batteries, dont 32 lourdes.
2 bataillons de chars légers sont avec le 31e corps.
Directions d'attaque : au nord, cotes 110, 104, Hangest-en-Santerre, Erches, Roye; au sud, Rubescourt, Assainvillers, Faverolles.
La IIIe armée ne comprend que des divisions depuis longtemps en secteur ou sortant de la bataille et transportées en arrière de son front pour s'y reconstituer.
Cependant, elle prendra une part très active à la réduction de la poche de Montdidier, en agissant en tenaille avec la Ire armée.
Entre le 35e corps, qu'elle a passé à la Ire armée, et l'Aisne, elle comprend deux corps d'armée : le 34e et le 15e corps.
Le 34e corps s'étend de Courcelles à Antheuil.
Il y a quatre divisions en première ligne, sur un front de plus de 12 kilomètres et aucune en deuxième ligne.
Le 15e corps s'étend d'Antheuil à l'Oise, avec trois divisions en première ligne, aucune en deuxième.
La IIIe armée comprend encore un corps d'armée, le 18e, mais qui est sur l'autre rive de l'Oise.
Ce corps a deux divisions en première ligne, aucune en deuxième.
En réserve d'armée, une seule division, la 1re.
L'idée générale qui présidera aux manoeuvres de la IIIe armée sera de faire tomber la petite Suisse en la débordant par l'ouest. A cet effet, le 34e corps, tout en se liant à gauche avec la Ire armée, progressera vers le front Boulogne-la-Grasse, Conchy-les-Pots, Roye-sur-Matz.
Le 15e corps marchera en direction générale de Lassigny, par sa gauche.
Au jour fixé, le 8 août, la IVe armée britannique se porte à l'attaque, à 4 h. 20, sans préparation d'artillerie, mais avec l'appui de nombreux chars d'assaut et, dès le début, elle s'enfonce largement dans l'intérieur des positions ennemies.
A cette même heure, 4h. 20, la Ire armée entame sa préparation d'artitllerie aux 31e, 9e et 10e corps; le 35e corps n'y prend qu'une part restreinte, pour ne pas dévoiler sa prochaine intervention.
31e corps. - Le 31e corps attaquera à 5 heures, en partant du front de la Luce, avec deux divisions en première ligne; deux suivent en deuxième ligne.
A 9 h. 1/2, la division de gauche occupe Villers-aux-Erables et marche sur Mézières, tandis que la division de droite arrive à hauteur de Moreuil.
La division qui tient le front de l'Avre en profite pour occuper vers midi Morisel et Moreuil.
A 15 heures, le front d'attaque s'étant considérablement élargi, une division de deuxième ligne s'intercale entre les deux divisions de tête avec les deux bataillons de chars d'assaut; Mézières tombe, mais au delà l'ennemi tient ferme à Plessier-Rozainvillers, Fresnoy-en-Chaussée et ces deux villages ne seront enlevés qu'en fin de journée.
A gauche du 31e corps, les Anglais ont dépassé Caix; leur progression a été de 12 kilomètres; le 31e corps a gagné 8 kilomètres.
9e corps. - Le 9e corps a prolongé sa préparation d'artillerie pendant quatre heures et attaque, à son tour, à 8h15, mais il éprouve de grosses difficultés à franchir la rivière marécageuse de l'Avre, sous le feu des mitrailleuses ennemies; cependant, grâce aux progrès du 31e corps, il réussit à former la tête de pont prévue au delà de la Neuville-Sire-Bernard.
10e corps. - Le 10e corps, encore plus gêné au passage de la rivière, ne peut dans cette première journée. faire passer que quelques éléments sur la rive droite, au nord de Pierrepont.
Le 9, l'attaque reprend sur tout le front, au nord de Montdidier.
Les Anglais dépassent Vauvillers, Rozières-en-Santerre, Vrély, Warvillers; en fin de journée, ils ont atteint Framerville, Méharicourt, Rouvroy-en-Santerre et Bouchoir.
De son côté, la Ire armée continue ses progrès. Le 31e corps enlève, à 11 heures, Hangest-en-Santerre et occupe dans l'après-midi Arvillers.
Le 10 corps, par sa gauche, s'empare de Pierrepont, puis de Contoire et entre en liaison avec le 31e corps. Son centre franchit l'Avre jusqu'en amont de Gratibus.
Comme il était prévu, le 9e corps, à partir du moment où la liaison entre les 31e et 10e corps a été établie, a commencé de se rassembler en arrière.
Dès que le commandant de la Ire armée a appris l'enlèvement d'Hangest-en-Santerre, il s'est rendu auprès du 35e corps et lui a donné l'ordre d'attaquer le soir même, à 16 heures.
Ce corps d'armée se porte en avant à l'heure dite; bientôt il a dépassé Assanvillers et progresse vers Faverolle.
Le nombre des prisonniers faits par les Anglais au cours de ces deux journées de bataille atteint 13000; celui de la 1re armée dépasse 4000.
Pour le lendemain 10, le commandant de la 1re armée ordonne que :
Le 31e corps continuera ses attaques vers Andéchy et Roye, en liaison avec les Canadiens (corps de droite de la IVe armée britannique.
Le 10e corps progressera sur les plateaux au nord-est de Montdidier, appuyant sa gauche sur l'Avre.
Le 35e corps, suivit par le 2e corps de Cavalerie, se soudera, au delà de Montdidier, à la droite du l0e, couvrira la droite de la Ire armée et la reliera à la IIIe.
De son côté, le général cornmandant le G.A.R. donne à cette dernière armée, à 20 heures, l'ordre suivant :
« La IIIe armée exécutera, demain matin, 10 août, l'opération prévue, en la poussant le plus loin possible.
« La 70e division est mise dès maintenant dans ce but à sa disposition.
« Toute l'armée sera prête à suivre le mouvement en avant. »
Pendant la nuit du 9 au 10, l'ennemi, menacé d'enveloppement, dans la région de Montdidier, s'est mis en retraite sur Roye; aussi les progrès sont-ils rapides dans cette journée du 10 août.
La droite anglaise gagne peu de terrain, mais la Ire armée, après avoir réoccupé Montdidier à 10 heures du matin, porte son front jusqu'au delà d'Andéchy, de Marquivillers et de Fescamps, gagnant ainsi de 12 à 15 kilomètres en direction de Roye.
La IIIe armée suit le mouvement et enlève le massif de Boulogne-la-Grasse.A la fin de la journée son front passe par Conchy-les-Pots, Ressons-sur-Matz, Elincourt et Chevincourt.
Le nombre des prisonniers faits à ce jour par la Ire armée dépasse 8000, avec plus de 200 bouches à feu.
De son côté, la IIIe armée a fait un millier de prisonniers et s'est emparé de plusieurs batteries.
Le 11 août, la progression se ralentit, l'ennemi faisant tête. Cependant la Ire armée réussit à enlever l'Echelle-St-Aurin, Grivillers et le bois de Bus, tandis que la IIIe armée porte son front jusque devant Canny-sur-Matz, Gury, la ferme Saint-Claude; plus au sud, elle a dépassé Machemont.
A partir du 12 et pendant une douzaine de jours, la situation ne se modifiera que lentement devant le front Roye, Lassigny. Toutefois, la droite de la IIIe armée ne cessera de progresser à travers la petite Suisse jusqu'à ce qu'elle ait atteint la Divette.
DEVELLOPPEMENT DE LA BATAILLE ENTRE OISE ET AISNE
Depuis le 8 août, jour où a commencé l'offensive anglo-française, la bataille s'étend en fait de Reims jusqu'au nord de la Somme. Il s'agit d'en coordonner les efforts.
Dès le 8 août, le général Pétain, dans le but de prendre à revers les lignes de la Vesle et de l'Aisne, avait invité le général commandant le G.A.R. à étudier une action offensive entre l'Oise et l'Aisne, ayant pour but :
« 1° De rejeter d'abord l'ennemi sur la rive droite de l'Oise, entre le front actuel et l'embouchure de l'Ailette et au delà de l'Ailette, de l'Oise à la route de Chauny à Soissons;
« 2° De conquérir ensuite, par une attaque d'ouest en est, direction Braye-en-Laonnois, et en se couvrant sur l'Ailette, les plateaux entre l'Aisne et le canal de l'Oise à l'Aisne, pour obliger l'ennemi à abandonner les lignes de la Vesle et de l'Aisne.
« La deuxième opération devra suivre la première dans le plus court délai, pour ne pas donner à l'ennemi le temps de se reprendre. »
Mais, les progrès réalisés par la IIIe armée conduisent à lier les opérations des Xe et IIIe armées.
Le 10 août, le général commandant le G.A.R. prescrit au général commandant la Xe armée « de prendre dès maintenant ses dispositions pour suivre par la gauche, au sud de l'Oise, les progrès de la IIIe armée sur la rive droite. »
Dans ce but, le 18e corps ( corps de droite de la IIIe armée), qui se trouve sur la rive gauche de l'Oise, est rattaché à la Xe armée.
Le lendemain 11, dans une note adressée aux IIIe et Xe armées, le général commandant le G.A.R. précise sa pensée :
« Si, comme tout le fait prévoir, les progrès de l'offensive menée par la Ire armée et la gauche de la IIIe, en direction de l'est, continuent, l'ennemi sera dans l'obligation d'évacuer la petite Suisse.
« Lorsqu'il aura été refoulé jusque sur la Divette, la situation sur la rive gauche de l'Oise des unités qui occupent la forêt d'Ourscamp et le bois de Carlepont deviendra précaire.
« C'est surtout à partir de ce moment que la gauche de la Xe armée devra faire sentir son action.
« C'est par les lisières est du massif boisé qu'il convient de manoeuvrer, en prenant pour axe de marche la route ferme Quennevières, ferme des Loges, cote 153, Cuts.
« Le premier objectif à atteindre serait la route de Noyon à Coucy-le-Château, dans la région Mont-de-Choisy, Cuts, Camelin; le deuxième, après nettoyage ,du bois de Carlepont, la ligne de l'Oise en amont de Pontoise, de façon à lier toujours l'action de la Xe armée aux progrès qui seraient accomplis par la IIIe armée sur la rive nord de l'Oise, en amont de Noyon. »
Le jour même, le commandant de la Xe armée établit son plan d'attaque :
« La Xe armée attaquera entre Aisne et Oise en coopération avec la IIIe armée, avec mission, pour les deux armées de porter leur front à hauteur de Noyon, de part et d'autre de l'Oise.
« L'objectif particulier de la Xe armée sera d'atteindre le Mont-de-Choisy, en mesure d'encercler par le nord le bois de Carlepont. »
Quatre corps seront en ligne; de la gauche à la droite : 18e, 7e, 30e et 1er.
Le 18e (trois divisions en première ligne, une en deuxième) prendra pour objectif le front Blérancourt, Cuts, en se couvrant face au bois de la Montagne;
Le 7e (deux divisions en première ligne, une en deuxième) et le 30e (deux divisions en première ligne, une en deuxième), opérant au nord du ravin de Morsain-Vézaponin, sont chargés de la conquête du plateau au nord-ouest d'Audignicourt;
Le 1er corps, qui a quatre divisions en première ligne, deux au nord de l'Aisne, deux au sud, prolongera jusqu'à l'Aisne l'action de couverture nécessaire en s'emparant du plateau de Nouvron-Vingré Tartiers. Le général Pétain approuve ces projets le 14; l'attaque devra être prête à partir du 16.
Pour l'ensemble, après entente avec le général Foch, il est décidé que :
La Ire armée enlèvera Roye en débordant cette localité par le nord et par le sud;
La IIIe armée continuera sa manoeuvre pour faire tomber la petite Suisse et marcher vers le front Bussy-Noyon;
La Xe armée attaquera conformément à la mission qu'elle a reçue.
Le 15, le général commandant la Xe armée arrête tous les détails de l'attaque :
« La ligne jalonnée par les points ci-après : Pontoise, Cuts, Blérancourt, Mont-de-Grocq, Vézaponin, Tartiers, Cuizy-en-Almont, devra être considérée comme une indication d'objectif minimum.
« Il importe surtout d'agir au mieux des circonstances du combat pour progresser aussi vite et aussi loin que possible, de manière à atteindre finalement :
« 18e corps, l'Oise et le confluent de l'Ailette;
« 7e corps, l'Ailette;
« 30e corps, la ligne Crécy, Juvigny;
« 1er corps, le rebord nord du ravin de Juvigny.»
Ce même jour, 15 août, la Ire armée repasse sous les ordres du G.A.R.
Le 17 août, la Xe armée, pour améliorer les conditions de départ de l'attaque, enlève par surprise, avec les 7e et 30e corps, le ravin d'Autriche et Hautebraye, ainsi que ces deux localités et fait 250 prisonniers.
Ce même jour, le général Foch décide que la Ire armée relèvera, à la droite des Anglais, le corps canadien et étendra son front jusqu'à Lihons.
Cette mesure est prise pour des raisons d'ordre supérieur :
La IIIe armée anglaise doit prolonger au nord les attaques de la IVe; il s'agit de remettre les divisions américaines intercalées parmi les troupes alliées, notamment chez les Anglais, à la disposition du général Pershing, en vue de la préparation de la réduction du saillant de St-Mihiel; enfin, cette nouvelle disposition donnera à la Ire armée française, dont le front s'est beaucoup rétréci, une zone d'action en rapport avec sa mission.
Le relèvement des Canadiens se fera avec le 36e corps français.
ATTAQUE DE LA Xe ARMEE ENTRE OISE ET AISNE
Le 18, la Xe armée attaque sur tout le front compris entre Tracy-le-Val et Fontenoy, et enlève toutes les positions avancées de l'ennemi ( plateau de la ferme des Loges, de la ferme du Tiolet, cote 151 ) et arrive jusqu'au bord du ravin Nampcel, Morsains; 2000 prisonniers.
Le lendemain, elle occupe Audignicourt et prépare l'attaque de la position principale.
Pendant ce temps, les Ire et IIIe armées poursuivent leur offensive. La Ire enlève Beuvraignes et la IIIe arrive jusqu'aux abords de Lassigny.
20 et 21 août. - Le 20, la Xe armée, après une préparation d'artillerie intensive qui s'est prolongée pendant toute la journée de la veille, se porte en avant, dès 7 heures, avec ses quatre corps de gauche : 38e, 7e, 3oe et 1er.
L'attaque, est couronnée d'un plein succès et sur un front de 25 kilomètres, s'étendant de l'Oise à l'Aisne, toute la position principale de l'ennemi est emportée.
La gauche arrive devant Carlepont et Mont-de-Choisy; le centre devant Blérancourt et Selens; la droite, progressant de 5 à 6 kilomètres, dépasse Vézaponin, Tartiers et Cuisy-en-Almont.
Déjà la tenaille se forme au nord de Soissons. Le nombre des prisonniers s'élève à plus de 7000, avec une centaine de canons.
La progression continuera sans arrêt pendant la nuit et les jours qui vont suivre.
Le 21, Carlepont, le Mont-de-Choisy et Cuts sont enlevés, tandis que la IIIe armée, sur la rive droite de l'Oise, entre dans Lassigny et occupe Chiry-Ourscamps.
Le 22, la Xe armée fait un nouveau bond en avant et atteint tous les objectifs que l'ordre initial du 11 août lui avait assignés.
Sa gauche a dépassé la forêt de Carlepont et borde l'Oise, de Sempigny à Varesnes; le centre est à la limite du plateau qui domine l'Ailette; sa droite forme tenaille avec l'Aisne, de Pommiers à Pont-Saint-Mard.
De son côté, la IIIe armée a dépassé Thiescourt et borde la Divette, de Dives au Mont-Renaud.
Le nombre des prisonniers s'est augmenté d'un millier.
Le 23, la Xe armée progresse encore vers l'est; elle occupe Pont-Saint-Mard et l'Orme-de-Montécouvé.
EXPLOITATION DES SUCCES DE LA Xe ARMÉE
Le général Pétain avait prévu l'exploitation des succès de la Xe armée tant vers l'est que vers le nord, et dans une instruction au G.A.R., en date du 22 août, il disait :
« 1° Les succès de la Xe armée, doivent être exploités dans la direction ouest-est par les plateaux sud de l'Ailette, dans le but de provoquer l'évacuation des lignes de défense de l'ennemi de la Vesle et de l'Aisne.
« 2° Il y a lieu de prévoir, pour le moment où ce résultat sera obtenu, une opération sud-nord qui nous rendrait maîtres du massif de Laniscourt, provoquerait à son tour l'évacuation de la ligne de défense ennemie de l'Ailette et assurerait notre débouché dans la plaine de Laon. »
En conséquence, le général commandant le G.A.R. donnait, le 24 au soir, aux VIe et Xe armées, l'ordre suivant :
« Les succès que vient de remporter la Xe armée et l'occupation de la ligne Pont-Saint-Mard, Orme-de-Montécouvé, Pommiers, formant tenaille à angle droit avec l'Aisne, doivent être exploités.
« La prochaine manoeuvre qu'entreprendra la Xe armée aura pour but de faire tomber à la fois les lignes de la Vesle, de l'Aisne et de l'Ailette.
« A cet effet, la Xe armée, débouchant d'abord par son centre entre la forêt de Coucy et l'Aisne, vers Laffaux et Vauxaillon, de façon à ouvrir les passages de l'Aisne à la 69e division et au 20e corps, prendra ensuite sa direction de marche sur Laon, de part et d'autre de la route Laffaux-Laon, en se couvrant à gauche du côté des forêts de Coucy et de Saint-Gobain.
« La VIe armée se tiendra prête à suivre le mouvement, la gauche en avant, en liaison avec la droite de la Xe armée.
« La manoeuvre sera préparée de façon à pouvoir être entamée dès le 27 août, le 28 au plus tard. »
Le 25, le général commandant la Xe armée arrête son plan de bataille. Le dispositif d'attaque prévoit une exploitation intensive, aussi profonde que possible.
Le 7e corps (trois divisions en première ligne )franchira le canal qui longe l'Ailette et rejettera l'ennemi sur les lisières de la forêt de Coucy, couvrant ainsi la gauche de l'armée.
Le 30e corps (trois divisions en première ligne, trois en deuxième) enlèvera le plateau de Terny-Sorny, puis marchera par les deux rives de l'Ailette, en direction d'Anizy.
Le 1er corps (quatre divisions en première ligne, une en deuxième) s'emparera du moulin de Laffaux et progressera ensuite dans la direction La Malmaison, Monampteuil.
Le 20e corps, suivant la progression de la droite du 1er corps, franchira l'Aisne en aval de Condé, prendra pour premier objectif le plateau de la Royère, au nord de Vailly, puis cherchera à dégager le Chemin des Dames en union avec la VIe armée.
Pendant que se prépare cette nouvelle attaque de la Xe armée, la Ire armée achève la relève du corps canadien à sa gauche.
Le 26, elle reprend sa marche en direction de Roye; au nord de cette ville, elle enlève Fresnoy, et au sud Saint-Mard et Laucourt; 1100 prisonniers.
Le 27, la Ire armée gagne du terrain sur toute la ligne et Roye est enfin occupé à 10 heures du matin.
A la fin de la journée son front s'étend en ligne droite, du nord au sud, au delà de Chaulnes, Liancourt-Fosse, Carrépuis et Verpillières, face à Nesles. Encore 600 prisonniers.
Au nord, les armées britanniques sont également en marche et, au sud, la IIIe armée suit le mouvement par la gauche.
Menacé d'enveloppement sur sa droite, par les Anglais, sur sa gauche par la Xe armée, l'ennemi se dérobe au centre, en face des Ire et IIIe armées. La Ire le suit au plus près et gagne, le 28, une dizaine de kilomètres. Par sa gauche, elle atteint la Somme; son centre dépasse Nesles et sa droite arrive au delà d'Ercheu.
Sur tout son front la IIIe armée progresse également; elle traverse la petite Suisse et arrive aux abords de la route Roye-Noyon; à droite le Mont-Renaud est emporté.
Cette journée rapporte encore un millier de prisonniers.
Le 29, l'ennemi, qui a fait choix d'une ligne d'arrêt dans le prolongement de la Somme, au sud de Béthencourt, tient ferme sur le front de la Ire armée, mais la IIIe continue sa marche en avant et réoccupe Noyon.
Après la poche de Château-Thierry, celle de Montdidier est à son tour dégagée.
VUE D'ENSEMBLE DE L'OFFENSIVE FRANCO-ANGLAISE
La réduction de ces deux poches, dans lesquelles l'ennemi s'est enfoncé et comme emprisonné lui-même en mars et en mai, a été faite dans les conditions les plus favorables, par des manoeuvres en tenaille. A Montdidier, les Ire et IIIe armées n'ont cessé de progresser à angle droit; à Château Thierry, après son rabattement sur l'Ourcq supérieure, la VIe armée attaquait de front tandis que la Xe armée, à gauche, et la Ve, à droite, pressaient sur les flancs, et cependant il a fallu une vingtaine de jours pour refouler un adversaire qui se trouvait enveloppé (poche de Château-Thierry, du 18 Juillet au 6 août; poche de Montdidier, du 8 août au 29).
Ceci fait ressortir avec évidence l'énorme puissance et arrêt du feu dans la guerre actuelle.
Il faut y ajouter la difficulté de faire suivre l'artillerie et, d'une façon générale, les ravitaillements dans une zone dont toutes les voies de communications ont été coupées et les ressources détruites.
D'autre part, le nombre des prisonniers capturés journellement témoigne de l'ardeur de nos troupes et de la chute de moral qui commence à se produire chez l'ennemi. C'est qu'il apparaît de plus en plus clairement que nous marchons à la victoire finale, tandis qu'il prend lui-même conscience de son impuissance.
Après cinq échecs successifs, au cours des cinq attaques exécutées de mois en mois, de mars à juillet, voici qu'il recule depuis un mois et demi; il a perdu l'espoir de vaincre et la décision n'est plus qu'une affaire de jours.
Au cours des dernières journées, la Xe armée s'est heurtée à une résistance très vive de l'ennemi dans une région particulièrement difficile; cependant, elle réussit à franchir l'Ailette et arrive en face de Coucy-le-Château; plus au sud, elle dépasse Juvigny en faisant encore un millier de prisonniers.
De ce côté, la situation va rester stationnaire pendant quelques jours et la marche en avant ne reprendra que dans les premiers jours de septembre.
D'autre part, au nord de la poche de Montdidier et à la gauche de la IVe armée, deux autres armées britanniques, la IIIe et la Ire, étaient entrées en action sur le front d'Albert à Arras (la IIIe à partir du 21 août, la Ire à partir du 26).
Suivant les progrès de la IVe elles avaient repris Gavrelle, Monchy-le-Preux, Croisilles, Bapaume et Combles, gagnant ainsi une quinzaine de kilomètres.
 la fin d'août, la bataille s'étendait, de la sorte, d'Arras aux abords de Reims et elle ne devait pas tarder à prendre toute son activité plus à l'est jusqu'à la Meuse.