Prix 2016 "Fraternité"

Pour la septième année,

Le prix Jean Debruynne 2016

a été décerné à

Marie-Clémence GAUNAND

pour son poème sur la fraternitéinspiré par le texte de Jean Debruynne

″Mon frère n’est jamais un fardeau″

(Jeu scénique, Bercy, Secours catholique, 1996).


Âgée de 24 ans, étudiante en Lettres master II, à Paris III, Marie-Clémence est quatrième d’une famille de six enfants demeurant à Clamart (Hauts-de-Seine). Dans le cadre de ses études, Marie-Clémence a vécu une année à Berlin où elle a rencontré Habiba Wawra qui l’a beaucoup impressionnée et inspirée pour composer son poème.

″J’aime beaucoup lire et écrire, précise-t-elle. J’aime aussi rédiger des poèmes et des contes pour enfants. Pour mon mémoire, ajoute-t-elle, je lis un écrivain très connu au Cameroun :Ferdinand Oyono, un critique de la colonisation dans les années 1950. Pour moi, la poésie contemporaine est un peu obscure alors que la littérature de Jean Debruynne que je viens de découvrir est porteuse d’espérance ». Marie-Clémence GAUNAND

Fraternité


Toi qui m'as appelée «ta sœur»

(à écouter en bas de la page ou à télécharger le texte.)

Elle crie mon nom, se rue sur moi

Dans un grand rire jette ses cheveux

M'étouffe presque dans ses bras forts

Pleure, m'embrasse trois fois, cent fois

Elle est grosse et sa voix résonne

Son amour déborde à torrents

Elle enserre dans ses bras collants

Mes peurs de cire, mes frêles os

Toi marocaine dame de cantine

Sublime mère de trois enfants

Moi banale étudiante fauchée

Nécessité nous rapprochant

Nous avons desservi des tables

Jeté les restes de riches goinfreux

Les bières et coupes de champagne

Dans des poubelles au fond crasseux

Et sans raison, quand nous tournions

Plateaux en main autour des tables

Minuscules invisibles espions

De bouches et de doigts vénérables

Oh tu m'as prise en affection

Me couvrant de tes mains gonflées

Et tu m'as appelée ta sœur

Merveilleux titre du désert

Malgré l'âge et malgré la peau

Écartant fourchettes et couteaux

Pour donner ton énorme cœur

Qu'importent règles et statuts!

A ton école tous sont mendiants

Et dans les rues du monde entier

Craquant de vies à consoler

De mains à joindre,

de cœurs à prendre

Tu te promènes ombre discrète

Semant ta joie au tout-venant

Si adorable dépensière

Tes sourires s'enfuient par les trous

De ta bourse de laine grossière

Et se ramassent dans l'égout

Fraternité aux longs couteaux

Déchirant nos indifférences

Viens danser libre dans mes mots et fais éclater nos distances

Marie Clémence Gaunand

Inspiré par le texte de Jean Debruynne