L'incendie de San Francisco

Par J.C. ESCARAIN, publié dans la revue Partir N° 7

Pierre Mon, émigré d’Issor, en vallée de Barétous, travaille avec sa femme Marie (née Casabonne d’Issor) dans une blanchisserie à San Francisco. Il écrit à ses parents (sa mère et son frère marié sur l’exploitation agricole) à Issor en juin 1906. Il ne parle pas du tremblement de terre du 18 avril 1906 mais de l’incendie qui s’ensuivit. Le séisme d’une magnitude d’environ 8,3 sur l’échelle de Richter, fit environ 3 000 victimes sur une population de près de 410 000 habitants. San Francisco, 9ème plus grande ville américaine et la plus grande sur la côte occidentale, était peuplée de milliers d’émigrants attirés par la ruée vers l’or de 1849, et de Chinois fuyant la famine dans leur pays. N’oublions pas une forte colonie de Basques et Béarnais employés dans les blanchisseries et le secteur de la restauration...



Les maisons avaient, pour la plupart, des charpentes en bois et l’incendie trouva là un matériau de choix. Les feux démarrèrent de plusieurs endroits de la ville, provoqués par les fuites de gaz, des feux de bois allumés par les habitants (dont près des 3⁄4 se trouvèrent sans toit) et même par des feux volontaires (les propriétaires ayant été informés que leur police d’assurance ne couvrirait pas les dégâts causés par le séisme seul). Les conduites d’eau étant hors service, les pompiers se trouvèrent démunis face à la fournaise qui détruisit plus de 500 pâtés de maison de Van Ness Avenue, près du centre jusqu’aux quais bordant la baie et dura trois jours. Les patrouilles de police intervinrent surtout pour tirer sur les pilleurs et on pense qu’il y eut plus de 500 personnes tuées ou blessées. Le général Frédérick Funston contrôla la propagation de l’incendie en faisant exploser des pâtés de maison, ce qui semble avoir permis d’épargner l’ouest de la ville.

Dans sa lettre, Pierre Mon écrit :

« Le feu... Ca n’a pas été facile de l’arrêter, les pompiers n’ont jamais pu en venir à bout, il a fallu que les troupes arrivent de très loin, ils sont venus de Porland et de Chicago quand les pompiers et les soldats de San Francisco n’en pouvaient plus et ils ont pris les commandements pour les destructions du feu, ils ont décidé de faire sauter des grandes rangées de maisons à coup de dynamite pour aplatir tout contre terre et quand le feu est arrivé dans l’aplatissage, il a été obligé de perdre sa force et c’est comme ça qu’on a pu lui avoir le pied dessus, c’est égal quand même San Francisco sera triste pour longtemps si dans deux ou trois ans, nous pourrons faire quelque chose, je crois que nous nous déciderons à nous retirer. »

Pierre Mon et sa femme ne rentreront pas au pays. Ils vont acquérir une blanchisserie, auront deux enfants, mais hélas toute la famille sera emportée en 1919-1920 par la grippe espagnole. L’armée aida la population à se reloger puis dès 1907, les sinistrés revinrent habiter en ville qui se reconstruisit rapidement. Le célèbre urbaniste Daniel Burnham lança un plan ambitieux qui, s’il ne se réalisa pas entièrement, permit par la suite de voir certains de ses projets aboutir : avenues plus larges, métro sous Market street, un civic center à l’architecture néo-classique, un Fisherman’s Wharf à échelle humaine et un monument dominant la ville sur Telegraph Hill, Corc Tower. A noter que le tremblement de terre de 1906 fit prendre conscience du danger sismique et permit à la communauté scientifique d’étudier et de cartographier la fameuse faille de San Andreas. Aujourd’hui ont dit que San Francisco, 750 000 habitants, est la plus européenne des villes américaines.

Généalogie de Pierre MON : https://gw.geneanet.org/assomememig_w?lang=fr&p=pierre&n=mon