Saviez-vous qu'au milieu du XIXe siècle, les hôpitaux rouennais étaient à la pointe absolue de la révolution médicale ?
Bien avant nos blocs opératoires modernes, opérer sans faire hurler d'effroi relevait du pur miracle. Pourtant, dès 1847, les praticiens de Rouen s'emparaient sans attendre des gaz anesthésiants pour changer le cours de la chirurgie.
Découvert à la fin du XVIIIe siècle par Joseph Priestley, le protoxyde d'azote — le fameux « gaz hilarant » — amuse d'abord la galerie. Humphry Davy en vante les éclats de rire soudains, et lors d'expériences publiques à Paris en 1802, un peintre s'effondre dans l'herbe après des pirouettes mémorables ! Mais derrière ces vapeurs récréatives, une promesse immense sommeille : anéantir enfin la douleur.
L'éther fait alors son entrée. Très vite après les premiers succès américains et parisiens, Rouen relève le défi. Le 26 janvier 1847, le docteur Antoine Emmanuel Pascal Blanche, médecin en chef de l'Hospice-Général de Rouen, réalise un geste historique : l'amputation de la jambe d'une petite fille de huit ans. Grâce à un courant d'éther insufflé dans sa poitrine, l'enfant ne bouge pas d'un cil. Témoignage stupéfiant de l'époque : pas un mouvement ne laissa croire qu'on opérait sur un corps vivant !
À Rouen, les médecins ne se contentent pas de pratiquer, ils veulent comprendre. Pourquoi ces vapeurs endorment-elles le mal ? Les docteurs Marie Louis Melays et Marie Jean Henry Pillore, associés au professeur Frédéric Joseph Preisser, mènent des tests sur des chiens pour étudier la couleur du sang et pensent d'abord à une simple asphyxie. Mais d'autres praticiens locaux, comme Maximilien Parchappe à l'Hospice des Aliénés de Saint-Yon, puis le vétérinaire Verrier et le chimiste Jean Girardin, démontrent le contraire : ces substances ciblent directement le système nerveux. En juillet 1848, la commission de l'Académie de Rouen scelle la vérité.
Dès décembre 1847, le chloroforme est testé avec le même succès à l'Hospice-Général lors d'une amputation indolore sur un homme de 54 ans. Des étudiants de l'établissement s'empressent même de l'expérimenter sur eux-mêmes, s'endormant dans des « rêves agréables » ! Plus tard, c'est encore un Normand de Bolbec, Apolloni Pierre Preterre, devenu dentiste, qui contribuera à réhabiliter le protoxyde d'azote.
Pour en savoir plus :
Histoire des débuts de l'anesthésie à Rouen.pdf de Karl Feltgen