Si les boulevards circulaires de Rouen évoquent aujourd’hui le trafic urbain, ils cachent sous leur bitume les cicatrices d’une cité qui fut l’une des places fortes les plus imposantes de France.
Récemment, l’effondrement spectaculaire de vingt-cinq mètres de murs historiques sur le boulevard de Verdun nous a brutalement rappelé que ce patrimoine, bien que souvent invisible, reste vivant et fragile.
Rouen : Les secrets enfouis de nos remparts, entre gloire militaire et oubli
Si les boulevards circulaires de Rouen évoquent aujourd’hui le trafic urbain, ils cachent sous leur bitume les cicatrices d’une cité qui fut l’une des places fortes les plus imposantes de France. Récemment, l’effondrement spectaculaire de vingt-cinq mètres de murs historiques sur le boulevard de Verdun nous a brutalement rappelé que ce patrimoine, bien que souvent invisible, reste vivant et fragile.
L’histoire de ces fortifications est celle d’une ville en pleine croissance. Au XIVe siècle, Rouen s’étend vers l’Est, suivant le cours du Robec. Pour protéger ces nouveaux quartiers, une troisième et dernière enceinte est érigée. Dans cette zone alors marécageuse, baignée par les eaux de l’Aubette, la défense repose d’abord sur de simples palissades de bois, car le terrain meuble rendait les attaques difficiles.
C’est au début du XVe siècle, en 1408, que la pierre remplace définitivement le bois. À l’angle du rempart, là où la muraille bifurque vers l’Ouest en direction de la porte Martainville, s’élève alors une sentinelle de pierre : la Tour du Colombier. Construite sur pilotis pour braver le marais, cette tour de 9 mètres de diamètre est une prouesse architecturale : « ronde par dehors et en pente par-dedans ». Son nom, teinté de poésie, provient d’un ancien domaine ducal, le domaine de Chantereine, qui abritait un colombier bien avant que les canons ne grondent.
Le XVIe siècle marque un tournant. Face aux progrès de l’artillerie, la Tour du Colombier doit se transformer. Entre 1514 et 1547, une seconde tour massive de 30 mètres de diamètre est bâtie, englobant la première aux deux tiers, avec des murs épais de 5 mètres percés de meurtrières. Ce secteur devient le point névralgique des sièges qui déchirent la Normandie. Durant la Guerre de Cent Ans, les canons de la tour parviennent même à mettre hors d’usage l’artillerie anglaise. Plus tard, lors des Guerres de Religion, le rempart tremble sous les assauts de Charles IX en 1562, puis d’Henri IV, là où son père, Antoine de Bourbon est blessé à mort.
Au XVIIIe siècle, Rouen n’est plus une place de guerre. Les remparts, devenus obsolètes et parfois dangereux à cause des chutes de pierres, sont progressivement démantelés pour laisser place à de larges promenades et aux boulevards actuels, comme le boulevard Gambetta. La Tour du Colombier est en grande partie rasée en 1812.
Pourtant, tout n’a pas disparu. Sur les fondations de la tour, un étonnant bâtiment à pans de bois voit le jour au XIXe siècle. Ce lieu a tout connu : grenier, matelasserie, loges pour les aliénés et même pressoir. Aujourd'hui, cet édifice insolite sert d’internat au CHU de Rouen, abritant les futurs médecins là où les soldats veillaient autrefois.
Ces fragments de murs, qui surgissent parfois au détour d’un chantier ou d'un glissement de terrain, sont les derniers témoins d’une époque où Rouen se protégeait derrière un anneau de pierre, une époque dont nous foulons chaque jour l’histoire sans le savoir.