1932 : Rouen révolutionne ses hôpitaux : l’Hôtel-Dieu et l’Hospice-Général entrent dans l’ère moderne : lutte contre le cancer au radium, chirurgie de pointe et hygiène industrielle.
L'innovation médicale va transformer la vie des Normands.
L’inauguration du 23 avril 1932 marque une étape fondamentale dans l’histoire de la santé publique rouennaise, signifiant la fin d’une période de « léthargie » hospitalière face aux défis du XXe siècle. Sous l’impulsion d’une nouvelle administration installée en 1927, les Hospices Civils de Rouen ont entrepris une vaste réorganisation pour adapter leurs structures à l’essor industriel et portuaire de la ville, lequel générait un nombre croissant d'accidentés du travail. Ce programme de modernisation, dont la première tranche s'élevait à environ dix-sept millions de francs (environ 12 millions d'euros 2026), visait à transformer des bâtiments vétustes en outils de soins performants.
La pièce maîtresse de cette restructuration est sans doute la nouvelle buanderie mécanisée de l’Hospice-Général. Historiquement, le matériel datait de 1884 et menaçait de s’arrêter totalement. La nouvelle installation, dotée d'un moteur électrique et de machines à laver à renversement automatique, permet de traiter 4 000 kg de linge en seulement huit heures. L’organisation a été pensée selon un circuit méthodique évitant tout retour en arrière du linge, garantissant une asepsie rigoureuse. Parallèlement, l’ensemble des établissements a bénéficié de l’installation d’appareils sanitaires modernes, de l’électrification des locaux et du remplacement du mobilier ancien par des lits et tables de nuit métalliques, plus faciles à désinfecter.
L’effort s’est également porté sur les spécialités de pointe. Le service d’électro-radiologie et de radiumthérapie de l’Hospice-Général a été doté d’un appareillage de radiothérapie pénétrante alimenté sous 200 000 volts pour la lutte contre le cancer. Grâce à un legs important, l’administration a pu acquérir 150 milligrammes de radium. Les parois des locaux ont été recouvertes d’épaisses feuilles de plomb pour protéger le personnel et les patients des rayonnements. En 1931, ce service a réalisé plus de 1 400 radiographies, illustrant l’importance croissante de l’imagerie dans le diagnostic. De plus, un service de stomatologie a été créé pour répondre à une demande de longue date du corps médical, offrant des consultations gratuites aux indigents et aux écoliers.
À l’Hôtel-Dieu, la clinique chirurgicale a été profondément remaniée sous la direction du Professeur Petit. La création de deux salles d’opérations distinctes pour les interventions septiques et aseptiques a considérablement renforcé la sécurité opératoire. Un nouveau service de stérilisation, équipé d'autoclaves modernes, a été inséré entre ces deux salles.
Enfin, la modernisation ne se limitait pas aux soins, mais s'étendait à la recherche. Le laboratoire d’anatomie pathologique, dirigé par le Professeur Cailliau, et la pharmacie ont été rééquipés avec du matériel de précision (centrifugeuses électriques, spectroscopes, balances de précision). Le laboratoire d'anatomie, avec son cheptel de 900 animaux pour la recherche expérimentale, est devenu un centre névralgique pour l'enseignement des étudiants de l'École de Médecine, liant indissociablement la pratique clinique à la science fondamentale.
Ces travaux de 1932 ont ainsi jeté les bases de l’hôpital moderne à Rouen : un lieu où la technologie, l’hygiène industrielle et la recherche scientifique collaborent au service du patient.
Le recueil édité à cet occasion par les Hospices civiles de Rouen : 1932 - Travaux d'amélioration des Hospices Civiles de Rouen