En 1975, le CHR de Rouen bascule dans la modernité avec l'arrivée d'Alain Halbout et ambitionne de devenir une « véritable entreprise » aux outils de gestion modernes. Cette mutation structurelle porte l'éveil d'une médecine plus humaine.
L'institution concilie désormais haute technicité et respect de l'individu fragile.
L'année 1975 marque pour le Centre Hospitalier Régional (CHR) de Rouen une période de transition institutionnelle et sociale majeure. En tant qu'historien de la médecine, observer cette année permet de saisir le passage d'une gestion traditionnelle à une modernité hospitalière de plus en plus complexe.
L’événement politique et administratif marquant de ce premier trimestre est le départ d’André Sénat, Directeur Général depuis onze ans. Ce départ est salué par Jean Lecanuet, Garde des Sceaux et Maire de Rouen, soulignant l'importance de la fonction de directeur dans la cité. Son successeur, Alain Halbout, arrive de Lyon avec une vision claire : l’hôpital ne doit plus vivre « derrière ses hauts murs », mais s’ouvrir totalement sur la ville.
En 1975, le CHR de Rouen est déjà une « véritable entreprise » occupant une place de premier plan dans l'économie régionale. Avec une capacité de 2 653 lits répartis sur cinq établissements (Charles Nicolle, Hôtel-Dieu, Bois Guillaume, Oissel et Boucicaut), il emploie plus de 3 600 agents.
La gestion s'affine avec l'introduction du « tableau de bord », un document périodique permettant de suivre l'activité médicale et financière. On y note une progression constante de l’activité technique (laboratoires, radiologie). Toutefois, cette modernisation a un coût : le Conseil d’Administration doit solliciter une majoration de près de 12 % du prix de journée dès juillet 1975 pour équilibrer un budget grevé par la réduction de la durée de séjour et la hausse des charges.
L’année 1975 est également celle de la revalorisation des carrières paramédicales. En avril, des arrêtés ministériels octroient des primes spécifiques aux sages-femmes, infirmières et aides-soignantes. On assiste à l'essor spectaculaire du métier de secrétaire médicale, dont les effectifs passent de 2 en 1962 à 43 en 1974, illustrant la bureaucratisation nécessaire de la médecine moderne.
Sur le plan humain, l'historien note l’influence croissante de l’Association des Malades Hospitalisés (AMH), présidée par Mme Maurice. Son action vise à « humaniser » l'hôpital et à dénoncer l'indifférence. Les témoignages des patients de 1975 reflètent cette dualité : si le dévouement du personnel est salué, des critiques émergent sur le manque d'intimité et les problèmes matériels, comme les repas servis froids ou la dureté des lits.
En somme, 1975 au CHR de Rouen est le miroir d'une époque où la haute technicité médicale (cardiologie, néphrologie, réanimation) doit apprendre à cohabiter avec une exigence croissante de dignité et de droits pour les soignés. Le passage du témoin entre MM. Sénat et Halbout symbolise parfaitement ce basculement vers un hôpital moderne, à la fois centre de recherche, de formation (691 élèves en 1975) et pilier de la santé publique.