Le pavillon Derocque de l'Hôtel Dieu
L'histoire du pavillon Derocque est indissociable de la modernisation des structures hospitalières rouennaises au XXe siècle, marquant le passage d'un modèle d'hospice traditionnel vers un centre de soins technique et performant.
Le projet de construction du pavillon Derocque s'inscrit dans un vaste plan de restructuration des Hospices civils lancé dans les années 1930 sous l'impulsion du docteur Née et du secrétaire-directeur Maurice Bréval. Ce plan, dont le coût global dépassait 62 millions de francs, visait à remédier à la vétusté des installations existantes. La construction de ce nouveau pavillon de chirurgie et de maternité à l'Hôtel-Dieu débute en 1934. Conçu pour être plus fonctionnel et moderne que les bâtiments séculaires de l'établissement, il est officiellement ouvert en 1940.
À peine achevé, le pavillon est confronté aux réalités de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1939, les locaux de l'Hôtel-Dieu sont mis à la disposition des militaires. Le pavillon Derocque est successivement occupé par les armées française, allemande, puis américaine à la Libération. Malgré ces contraintes, il s'impose durant l'après-guerre comme le cœur de l'activité hospitalière de l'Hôtel-Dieu. En 1980, avec une capacité de 571 lits, il constitue la partie la plus active de l'établissement, alors que les bâtiments anciens commencent à être réaffectés à des fonctions administratives ou d'enseignement.
Malgré sa modernité initiale, le pavillon Derocque finit par ne plus répondre aux exigences médicales contemporaines. En septembre 1975, une visite de la Direction des Hôpitaux constate son état de vétusté et d'insalubrité. Au début des années 1980, l'administration hospitalière juge sa structure « mal adaptée ».
Le Plan Directeur de 1967 prévoyait déjà le transfert de ses activités vers le site de l'hôpital Charles Nicolle. Le 22 mars 1982, une étape historique est franchie : les services de maternité, de gynécologie-obstétrique et de médecine néonatale quittent définitivement le pavillon Derocque pour intégrer le nouveau pavillon « Mère et Enfant » à Charles Nicolle. Ce déménagement, impliquant le transfert d'une cinquantaine de patientes, marque la fin de la vocation clinique majeure du bâtiment à l'Hôtel-Dieu.
Après le départ des services de gynécologie, l'avenir du pavillon reste incertain, bien qu'il ait temporairement accueilli des services comme la neurologie. La mutation finale survient dans les années 1990 avec la désaffectation totale de l'Hôtel-Dieu, dont les bâtiments sont vendus à l'État pour devenir la Préfecture de Région en 1995.
L'héritage du pavillon Derocque se poursuit toutefois sur le site de Charles Nicolle. Un nouveau pavillon Derocque y a été édifié en moins de cinq ans pour parachever le recentrage des activités hospitalières, symbolisant la renaissance de ce nom historique dans un environnement technique de pointe.