Unusual duo in Island ? Pourquoi unusual ? Eh bien en fait de duo c’est un duo de deux parfaits inconnus. Pas de vieux amis, pas de classe primaire ensemble, ni de trek, encore moins de premier amour perdu de vue, ancien collègue non plus, deux inconnus vous dis-je. Et alors que le voyage est presque prêt, les chambres réservées, la voiture louée, l’itinéraire bouclé, nous ne sous sommes toujours pas rencontrés, pas de photo, de skype, de visioconférence, rien que mails, textos, quelques coups de fil en urgence pour régler un problème.
Les amis ou randonneurs avaient soit déjà fait le voyage soit ne voulaient pas investir autant (l'Islande est une destination chère) soit refusaient le froid éventuel. J'aurais pu passer une annonce du type : Renaut d'occasion cherche chauffeur pour découvrir l'Islande mais j'ai préféré le classicisme d'une petite annonce dans le guide du routard à la rubrique "Recherche de coéquipiers". Il y avait aussi Meetic mais bon, il faut savoir ce que l'on veut. Alors, pour aider tous ceux qui veulent trouver compagnon de route et non de vie, voilà une annonce qui a bien fonctionné :
Wakame a écrit :
> Islande, la dorsale atlantique
> Cherche coéquipière pour voyage Islande centré sur les phénomènes géologiques et la nature. Le type de circuit que j'aimerais faire passerait forcément par le centre de l'Ile. Sur le site d'Atalante les circuits Voyage au centre de la Terre ou Traversée Nord Sud sont le type de circuit que j'aimerais réaliser.
> J'ai perdu le goût du camping dans le froid et la pluie, il est un temps pour tout dans la vie. Je partirais encore bien en bivouac mais ... au chaud. Restent donc deux solutions :
> Première solution : une agence avec circuit organisé et chambre double comme Delta Tour. Le fait de partager la chambre double diminue considérablement le coût. L'agence n'accepte pas les inscriptions en solo en attente d'un éventuel second. Avantage de cette formule : hôtels confortables et rien à préparer. Je serais assez partante pour prolonger le séjour en autonomie et faire ce qui n'est pas prévu dans le circuit.
> Deuxième solution : location d'une voiture ou d'un 4x4 et hébergement dans des fermes ou des hôtels avec réservation faite par nous avant de partir ou confiée à une agence. Liberté et confort. Bien sûr l'entente dans le duo est bien plus primordiale que dans la 1ère solution.
> Je suis en bonne forme physique, j'ai envie de marcher (la randonnée est mon sport favori avec la natation). Je suis conviviale me dit-on, je vais facilement vers les autres sans timidité mais sans familiarité. J'ai fait beaucoup de voyages en groupes (Déserts, Terre d'Aventures, Nomades... avec un groupe constitué de marnais pour un projet de solidarité au Mali) dans lesquels je n'ai jamais eu de problèmes.
> Mon budget est un peu élastique en fonction des solutions envisagées. J'ai mis juin en date car je veux éviter la période scolaire mais en juin, la piste du centre est parfois encore fermée donc je peux aussi partir fin juin, début juillet et je peux aussi reporter ce voyage en 2018.
> J'habite Reims mais j'ai une sœur à Paris, des amis un peu partout en France donc il y a moyen de se rencontrer. Skype peut aussi nous venir en aide. J'ai mis coéquipière car il s'agit de partager un hébergement mais ne refuse pas d'étudier proposition de coéquipier si les choses sont clairement posées au départ : je ne cherche pas l'âme sœur.
> Qu'ai-je oublié, je ne sais pas, dites-le moi.
> A bientôt
> Martine
Quelques jours après, Richard me répondait :
Bonjour
je suis un homme de 64 ans, domicilié dans le sud (Toulon) et votre proposition pour un départ en 2018 peut me convenir (juillet 2017 étant déjà programmé).
je rêve de ce pays depuis très longtemps et je peux libérer du temps maintenant pour réaliser mon rêve.
question : connaissez vous le pays pour vouloir faire l'impasse sur certaines parties ?
un circuit en voiture ou 4x4 avec logement en ferme ou autre (sauf camping) me convient très bien.
je fais de la randonnée en club, donc pas de problèmes pour des marches éventuelles.
amateur de photos
pour le problème de cohabitation je suis dans le même état d'esprit sue vous à savoir que je ne recherche pas une rencontre (étant marié)
mais une diminution des coûts.
à vous lire.
Richard
Deux autres coéquipières se sont manifestées mais n'ont pas donné suite pour des raisons de longueur de randonnées ou de dates de voyage. Et c'est ainsi que Richard et moi nous retrouvons embarqués dans un improbable duo, involontaire mais amusant somme toute. Après tout, il ne reste plus guère d'aventure à tenter (qui soit à mon niveau) alors pourquoi ne pas tenter l'aventure humaine.
Mails, appels téléphoniques, blogs, essais avec la centrale des auberges de jeunesse pour finir par concocter nous-même notre circuit et nos hébergements, réserver notre vol. Passionnant et stressant parfois mais je ne voulais pas me priver de cette partie "préparatoire" qui fait partie du voyage pour ma part.
Pourquoi l’Islande ?
Pour les 42 années de prof de S.V.T. avec 20 ans à détester la géologie, cette matière, froide, rigide, figée, dispensée par des profs de fac parisiens qui venaient avec beaucoup de morgue enseigner en « province » pour pouvoir poursuivre leurs recherches. Leur mépris était sans bornes, leur peu d’intérêt pour nous passionner assez époustouflant. Quant à nos assistants bien rémois ou ardennais, leurs beuveries, leurs trahisons conjugales étalées n’avaient d’égal que leur peu d’intérêt pour la transmission des savoirs. La seule chose positive, était de nous encourager à quitter très vite une faculté, qui se révélait sans avenir, sans défi. Alors la raison d’un tel revirement ? Un beau prof de SVT à Lyon, oui parce qu’il était beau, un premier argument pour se motiver. Mais surtout un pédagogue hors pair, tellement certain de posséder un savoir magique, qu’il vous entraînait. Formé par le premier théoricien de la tectonique des plaques, au moment où notre fat parisien refusait d’avaliser la théorie, il transmettait ce savoir avec fougue et compétence. Je me suis pour la première fois intéressée à la géologie. Ah le supplice du premier devoir de CAPES à rendre ! Peur de décevoir, difficulté à maîtriser ces nouvelles notions. Vinrent ensuite des années de direction pendant lesquelles j’ai peu enseigné et en tous cas pas de géologie. Puis le retour à l’enseignement avec des …quatrièmes et que des quatrièmes même …personne n’en voulait : l’âge ingrat et la matière. J’ai pris, me suis prise au jeu et j’ai expliqué les volcans, les séismes, les failles, leurs effets mais surtout leur origine. Alors l’Islande, ce bout de dorsale océanique émergée, cette illustration de l’écartement des plaques sans avoir à plonger à vingt mille lieux sous les mers, j’ai fini par en rêver. Je l’ai donnée en exercice de contrôle x fois et là, pour ma retraite, je veux poser mes pieds de chaque côté de la dorsale, je veux marcher sur la rhyolite …. Vous rajoutez pour faire bonne mesure, les phoques, les baleines, les macareux ….
Je suis également une grande lectrice et je connais déjà les lieux par les romans, surtout des polars que j’ai dévorés, incarnés dans une île où, paradoxalement, les meurtres sont quasi inexistants. Ils ont pour nom Arnaldur Indriðason, Árni Þórarinsson, Jón Hallur Stefánsson : Sous couvert d'enquêtes policières, ou journalistiques, ces polars dévoilent tout un pan de la société islandaise. Cette Islande bien éloignée des cartes postales, plus sombre, souvent rongée par l'alcool et la drogue. La force du polar islandais, c'est qu'elle fait découvrir un pays dont nous ne savons finalement pas grand chose. Le Snæfellsness ? Akureyri ? Le roman noir donne envie d'aller plus loin, de se renseigner et au final d'aller voir sur place.