Jour 4
Dimanche 24 juin
Dimanche 24 juin
De Bjarkarholt à Sudureyri
Ce matin, encore très tôt pour moi : 7h15. Le temps est toujours aussi gris et froid mais pas de pluie. On finit par se faire de petites joies.
Nous allons parcourir cinq grands fjords de la côte Ouest : le Patreksfjörður, le Talknafjörður; l'Arnarfjörður, Dýrarfjörður et le Önundarfjörour.
On rejoint le petit port de Patreksfojur par la route 62 en coupant la péninsule. C'est fou ! Les magasins, les hôtels, les cafés sont à peine signalés. Il faut passer devant et voir de la lumière pour se rendre compte qu'il y a quelque chose à vendre ou à louer. Les commerciaux ont de l'avenir ici.
La route que nous suivons est faite de montagnes en plateau avec x couches successives de lave qui se distinguent bien et en-dessous, les résultats de l'érosion qui dégoulinent le long des pentes. Leur nombre, leur hauteur sont impressionnants.
La route en terre n° 63 par laquelle on franchit les hautes landes des Tunguheiði offre des vues magnifiques lorsqu'on aborde la descente vers l'Arnarfjörður ("le fjord de l'aigle").
Et clou de la journée, au moment d'amorcer la descente, surgit la baie de Bilduladur. Comment décrire cette vision ? Des montagnes de lave l'entourent, la dominent et au fond elle est là étalée en delta verdoyant égayé par des centaines de lupins mauves. Les verts sont si nombreux que l'on reste ébloui. Une fois descendus, on a envie de remonter pour revoir le spectacle. Peu de photos pourront rendre justice à cette vallée.
Sur la rive Sud de l'Arnarfjörður, Bíldudalur est un petit port de pêche. C'est la crevette, abondante dans le fjord, qui assure l'essentiel des revenus du village, et comme c'est souvent le cas en Islande, une petite usine de conditionnement emploie une partie des habitants pour traiter sur place la pêche locale.
Au Sud de Bíldudalur, la route 63, d'abord goudronnée, annonce au bout d'une dizaine de kilomètres "MALBIK ENDAR" (fin du goudron). C'est ensuite une route en terre de bonne qualité qui nous mène dans les Suðurfirðir (on appelle ainsi les trois sous-fjords qui forment le Sud du grand Arnarfjörður).
Le second de ces petits fjords s'appelle le Reykjarfjörður ("le fjord des vapeurs"), un toponyme fréquent en Islande partout où les manifestations géothermiques étaient connues des anciens. Au fond du fjord nous trouvons une petite piscine fumante dans l'air vif, avec une vue magnifique vers le large. J'ai oublié de vous parler du goût des Islandais pour l'eau ... chaude. Ce "hot spot" est osé là, en plein milieu de votre route et sur cette vue superbe. Une petite cabane est à côté avec douche et WC. Vous vous plongez dans cette eau à 37°C voire plus, alors que l'extérieur est à 7+C quand nous sommes passés. J'avoue n'avoir pas tenté l'expérience. Enfin, à vol d'oiseau, les distances ne sont pas très importantes mais avec le découpage extrême de la côte, ça fait finalement un bon bout de chemin. Mais voilà ce que cela donne car rien de ce genre n'existe en France.
Au fond du petit fjord suivant (Trostansfjörður), la route quitte la côte et s'élève sur les hauts plateaux qui dominent les Suðurfirðir. Il n'y a pas âme qui vive ici ...
Par la route 60 nous abordons ensuite les hautes landes des Dynjandisheiði.
La route descend ensuite vers le Dynjandisfjorður, partie Nord du fond du grand Arnarfjörður. C'est vide, c'est grandiose, et c'est beau à en rester muets !
En bas de la longue descente en lacets, nous arrivons aux chutes de Dynjandi, assurément une des plus belles cascades d'Islande. Les Islandais l'appellent aussi "le voile de la mariée", et on dit que les filles difficiles à marier doivent aller s'y baigner nues pour trouver enfin chaussure à leur pied ! ( ... si toutefois elles survivent à la congestion pulmonaire ...). J'ai raté l'occasion, je vous le dis, ne cherchez pas la photo à mettre sur facebook.
Elle est d'une largeur exceptionnelle dans un cadre sauvage et constituée d'une suite de chutes qui s'enchaînent le long de la pente.
Et pour ceux qui aiment le mouvement, une petite vidéo you tube.
Nous reprenons la route 60, pour traverser la péninsule en direction du Dýrarfjörður.
Ici, c'est la partie la plus montagneuse des Vestfirðir. Ce massif qui sépare l'Arnarfjörður du Dýrarfjörður est appelé "les Alpes islandaises" en raison des très forts dénivelés qu'on y observe. Certes, les plus hauts sommets atteignent à peine les 1000 mètres (998 m au Kaldbakur) et le col routier (Hrafnseyrarheiði) passe aux environs de 550 mètres d'altitude, mais malgré ces altitudes modestes on comprend vite qu'on est ici dans un milieu extrêmement rude. L'arrivée dans le Dýrarfjörður nous dévoile un des plus beaux panoramas qu'on ait pu voir au cours de ce voyage. En approche de Þingeyri, nous montons au mont Sandafell pour le point de vue. C'est magnifique et imaginez avec un rayon de soleil !
Nous arrivons à Þingeyri pour le déjeuner : deux sandwichs au roast-beef qui feraient hurler ma soeur et une gaufre à la confiture, tout de même. Richard a des tendances spartiates sur la nourriture mais j'ai du mal à suivre, alors il accepte de craquer pour une douceur. Le petit port est tranquille au fond du fjord profond et étroit de Dýrafjörður. Et tenez-vous bien, il ne pleut pas, la température est si douce que nous ôtons une épaisseur... pas longtemps (11° 12°C).
On en profite aussi pour laver la voiture dans la station service qui met gratuitement à la disposition de tous, trois karchers, trois brosses à long manche et bien sûr l'eau à volonté pour ... rien, pas une couronne même islandaise !
De Þingeyri, il faut faire un long détour par le fond du fjord avant de pouvoir remonter sur la rive Nord du Dýrarfjörður. Nous utiliserons successivement un pont et une langue de terre pour "couper" le fond des fjords.
Avant de gagner notre hébergement, à Sudureyri à l'Ouest, nous nous dirigeons vers Isafjördur, plus à l'est. Le spectacle recommence sur la route et je n'exagère pas.
Pour atteindre notre destination, nous suivons un tunnel de 10km qui présente au km 8, une bifurcation mais oui comme si vous étiez sur la route. Le col qui permet de passer d'un fjord à l'autre (Breiðadalsheiði) était un des plus redoutables de la région, fermé une bonne partie de l'année et dangereux même en été. Mais depuis 1995 un long tunnel permet le passage en toutes saisons. Ce tunnel, le "Breiðadals og Botnsheiðar jarðgöngin", est très particulier puisqu'il possède trois branches en forme de "Y", avec un carrefour souterrain au milieu. Le passage y est assez impressionnant en raison de l'éclairage parcimonieux et de la voie unique sur une partie des 9 kms du trajet souterrain. Dans la partie à voie unique, quand un véhicule arrive en face on doit se garer dans le prochain refuge pour se croiser. Heureusement, il n'y a quasiment personne ... ! Nous continuons tout droit mais tout à l'heure nous prendrons l'autre embranchement vers Sudureyri.
La petite ville d' Isafjördur 4 000 ha est la "capitale" des Vestfirðir. Les maisons sont coquettes, très fleuries et entourent le golf à l'arrivée mais quand on pénètre dans le centre, on retrouve aussi cet aspect coquet, soigné, design souvent. En France, on dirait que c'est plus "bourgeois". Une église très moderne préside sur le port dans lequel mouillent quelques beaux bateaux de pêche de luxe. Comme à Þingeyri et à Flateyri, la ville occupe une langue de terre ("eyri") qui s'avance dans le fjord, ce genre de site ayant permis l'implantation d'un port abrité en eau profonde et offrant par ailleurs une certaine sécurité par rapport aux avalanches, souvent dévastatrices au pied des versants.
Nous sommes ici dans le Skutulsfjörður ("fjord du harpon"), un petit fjord étroit et abrité qui se greffe sur l'immense Ísafjarðardjúp.
Une belle pub et votre conteuse à droite qui rêve de gâteaux mais qui résistera !
Nous profitons de notre premier supermarché pour compléter le petit ravitaillement fait à la station essence-épicerie (elles le sont toutes) et découvrir un peu ce qui nous attend pour les semaines à venir.
Je ne parviens pas à joindre notre hôte et quand je l'ai, le tunnel que nous avons repris dans l'autre sens, nous coupe la parole. Nous arriverons à bon port, les yeux encore émerveillés du spectacle de la journée.
Sudureyri
Voilà plus d’un siècle que Sudureyri situé au bord de l’étroit fjord de Sugandafjördur tire l’essentiel de ses revenus de la pêche. Approche halieutique de la pêche (à la ligne et à la palangre).
Nous dînons à côté d'un couple de français qui terminent leur voyage de trois semaines et partagent volontiers leurs tuyaux. Ils sont allés chercher les baleines à Husavik et nous montrent leurs photos. Ils étaient si près à un moment que le bateau a dû reculer pour ne pas être bousculé. Je rêve déjà. Ils se sont montrés très envieux de leur côté de notre petit renard arctique. Nous leur localisons ... mais il y a peu de chance.
La nuit, enfin l'absence de nuit, sera peuplée d'images toutes plus belles les unes que les autres.
A demain.
PS : Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de la neige sur les sommets bien sûr mais aussi encore très bas. Il y a tant à dire !