Profitant du développement des moyens de communication, la presse régionale se développe aussi fortement.
Tout en disposant de bureaux à Paris pour proposer de l'information nationale, voire internationale, la presse régionale a également à disposition des correspondants locaux qui proposent des informations adaptées aux besoins de la population des territoires couverts. Exemples :
- "La Dépêche de Toulouse" qui propose "dix-sept éditions, adaptées aux besoins des trente départements sur laquelle elle rayonne."
- "Ouest-Éclair" de Rennes est le quatrième quotidien français en 1939.
Pour Paris, la concurrence étant difficile, il faut se diversifier sur les supports (conquête du marché des magazines pour certains groupes, développement sur les ondes radios) et sur les contenus (développement du reportage). Apparaissent ainsi les grands reporters qui lancent "le journalisme d'investigation à la française."
Le grand reporter reste fidèle à la haute idée du journalisme qui est de lutter "contre l'ignorance et la manipulation" et "porter la plume dans la plaie" à l'image d'Albert Londres. "Le grand reportage est un art de l'information et un art du récit". L'information n'est pas le seul objectif de l'action du reporter, il s'agit également de donner son opinion sur les sujets de l'actualité qui sont couverts. Ainsi "l'objectivité n'est pas la neutralité".
Suivant le modèle américain, avec le développement des classes moyennes et du temps de loisirs, la presse féminine et enfantine vont également se développer. Ainsi "Marie-Claire" hebdomadaire lancé par Jean Prouvost en 1937 sur ce modèle propose une image de la "femme moderne" qui est immédiatement adoptée et devient en 1938, avec 800 000 exemplaire, "le premier hebdomadaire français toutes catégories confondues." De même, paru en 1934, "Le journal de Mickey" devient le premier magazine pour la jeunesse avec 500 000 exemplaires.
Le poids de l'image dans tous ces magazines se fait de plus en plus indispensable. Le dessin, dont la caricature au trait reproductible facilement via la typographie, s'introduit dans les quotidiens mais surtout la photographie afin d'illustrer l'actualité.
"Vu",hebdomadaire lancé en 1928, "le journal non pas le plus lu, mais le plus regardé" utilise la photographie pour créer le récit - parfois avec des photomontages - et pas seulement pour l'illustrer. Les photographes de "Vu", Henri Cartier-Bresson, Germaine Krull, Robert Capa, Eli Lotar, André Kertész, Laure Albin-Guillot, Alexandre Libermann, parcourent la planète pour rapporter le témoignage des grands événements de leur époque.
De même, l'Illustration, le premier des périodiques à avoir utilisé la photographie, connait ses années fastes entre les deux guerres : http://revue.lillustration.com/#
La technique de transmission de la photographie par câble, le bélinographe, permet aux photographes de vendre leurs clichés partout dans le monde. Ainsi naissent les premières agences internationales de photographie et les services photographiques des quotidiens.
La photographie devient "source de scoop" et les journaux se livrent concurrence pour faire parvenir le plus rapidement possible les clichés comme pour "Paris-Soir" qui fait entrer "la presse populaire dans l'âge des quotidiens illustrés". En 1940, "Paris-Soir" de Jean Prouvost tire à deux millions d'exemplaires. Ce même Jean Prouvost qui avant la guerre transforme le magazine sportif "Match" en un hebdomadaire d'actualité en images, "mêlant la vie diplomatique aux nouvelles illustrées des stars du cinéma." (Actuellement "Paris Match")
Pour se financer, la presse va également de plus en plus s'intéresser à la publicité (qui fait suite à la réclame) qui longtemps n'était guère appréciée par les Français. En 1938, 43 % du marché de la publicité est dans la presse et certains journaux en vivent comme "Le Figaro" qui y fait les 2/3 de ses recettes.
Enfin, la presse partisane existe toujours, comme en témoigne par exemple "L'Humanité" fondé en 1904 mais qui devient "l'organe central du parti communiste français" en 1920, parti qui fait paraître trois autres quotidiens en province. Les autres courant politiques ont également une presse qui les soutient.
Apparaissent également des hebdomadaires politiques et culturels qui font tout d'abord la promotion des maisons d'éditions, mais dont certains vont peu à peu se radicaliser vers l'extrême-droite tels que "Je suis partout" ou "Gringoire". Des journaux qui feront la propagation des idées fascistes dans les années 30.
La presse d'Entre-deux-guerres : https://www.retronews.fr/periode/entre-deux-guerres-1918-1939