Lettres ou pas lettres, là est la question

Vous trouverez ici quelques modèles de lettres, à ne prendre en général ni au mot, ni à la lettre !



Lettre aux Français

(13 janvier 2019)

Mes trop chers compatriotes,

La France n’est pas un pays comme les autres. Les Gaulois réfractaires y sont beaucoup plus nombreux qu’ailleurs, je ne citerais pour exemple que le Laos ou le Zimbabwe.

Le Français est un râleur indécrottable a plus que tout autre le sens des injustices et je comprends la colère ressentie face aux actionnaires qui se goinfrent aux difficultés de certains pour finir le mois, voire pour le commencer.

Il est important de rappeler que l’impôt est le vecteur essentiel de la justice sociale et le socle de l’ensemble de notre système de fainéants services publics. Sans l’impôt, les riches seraient encore plus riches et ceux qui ne sont rien seraient des moins que rien. Sans l’impôt sur la fortune … non rien.

Je sais que certains d’entre vous se sont fait renverser en traversant la rue pour trouver un travail et se sont retrouvés aux urgences saturées par manque de personnel. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Je sais aussi que beaucoup d’entre vous ont le goût de l’effort et n’hésitent pas à parcourir des kilomètres chaque samedi pour me faire part de leurs incompréhensions, certains préférant même se rendre sur les ronds-points plutôt que chez Carrefour. Je sais tout ça, c’est normal je suis Président.

Je vous écoute et même si ce n’est pas demain la vieille comme dirait Brigitte que je vous entendrai j’attends de vous des propositions pour qu’un nouveau mode de dialogue social s’engage et nous permette de repartir sur de nouvelles bases plus consensuelles. Et accessoirement de ne pas me pourrir mes vacances au Touquet.

S’il faut mettre en place un référendum sur l’avenir de Rudi Garcia comme entraineur de l’OM, je n’hésiterai pas. Soyez sûrs de ma détermination.

J’ai confiance en vous, j’ai confiance en notre pays.

Lettre au policier matraqueur de Théo

(18 février 2017)

Mon cher Marc-Antoine,

Permettez-moi de vous introduire par votre prénom pour rester dans le convivial avant d’aborder les questions de fond.

Là où il est d’usage d’être élargi après avoir été condamné, on vous condamne pour avoir élargi, à vous dégoûter de vous casser le cul au boulot.

Je ne me permettrais pas de prendre position sur votre geste que les bœufs-carottes ont qualifié de malheureux accident, ce genre d’accident où vous avez intérêt à être couvert par une bonne police pour éviter d’être emmerdé par des tiers.

Mais reconnaissez que ce geste déplacé conduit à jeter l’opprobre sur une profession déjà si souvent décriée et non moins souvent appelée à l’aide, l’amalgame s’effectuant aussi rapidement qu’un contrôle au faciès sur un individu à la mine patibulaire mais presque comme le disait Coluche, et qui plus est d’origine africaine.

Certes le tutoiement largement usité lors de ces contrôles de routine serait susceptible d’engager un dialogue amical avec le contrevenant potentiel mais le langage utilisé dans nombre de cas, loin de tutoyer les sommets touche bien souvent le fond.

Comprenez que l’usage de vocables tels que bamboula, négro, raton, bougnoule, youpin quoique jugés toujours très amicaux chez les sympathisants des porteurs de chemises brunes n’encouragent pas le dialogue social comme on dit à la CGT.

Je sais bien qu’il ne faut pas généraliser et que si on excepte quelques brebis galeuses qui intègrent la BAC pour se venger de l’avoir loupé et pour le plaisir simple de jouer les cow-boys au Cora d’Aulnay à défaut d’OK Corral, je ne peux que vous encourager à continuer de tenter de maintenir l’ordre chose dont je mesure la difficulté naviguant moi-même en permanence dans le désordre du Tiercé.

A une époque où aucun de vos fesses et gestes n’échappe aux médias, je comprends que vous vous sentiez un peu patraque après ce coup de matraque qui risque fort de rester dans les annales. Que ça vous serve de leçon à vous et aux quelques fiers à bras qui travaillent du képi plus que du cerveau.

Avec tout le respect que j’ai un peu de mal sur ce coup à vous devoir et que vous devez aux autres.

Lettre au nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique

(11 novembre 2016)

Mon cher Donald,

Ça me fait drôle de vous appeler Donald alors que beaucoup ici en France vous voient plus proche d’un Dingo que d’un Géo Trouvetout.

Mon cher Donald, donc, vous avez cloué le bec de tous les canards et notamment du Daisy Express qui avaient déjà annoncé l’installation d’Hillary à la Maison-Blanche. Une gonzesse Présidente au pays de Buffalo Bill, pas Clinton, l’autre, même un bison pas futé ne pouvait pas y croire ! Une femme blanche à la maison c’est pour faire le ménage mais une femme et la Maison-Blanche, ça ne fait pas bon ménage, hein Donald !

Enfin maintenant que vous y êtes il va falloir arrêter de faire le clown et vous retrousser les manches à défaut des jupes. Vous êtes au pied du mur comme on dit à Mexico et si vous ne voulez pas passer pour un sombre héros, il va falloir faire chauffer la colle.

Surtout si vous voulez expulser tous les migrants entrés clandestinement dans le pays, qui sauf erreur de ma part sont plus de 300 millions aujourd’hui depuis le débarquement des migrants anglais du Mayflower il y a quatre siècles.

Je vous souhaite bon courage pour remonter le niveau de vie de millions de déshérités qui n’ont pas eu la chance d’hériter comme vous d’un pactole et d’une capacité à berner le fisc que même Patrick Balkany pourrait vous envier.

Je vous félicite au passage pour votre magnifique fond de teint qui me rappelle à chaque fois mon opérateur téléphonique, à la différence près que chez vous l’abonnement est d’une durée de 4 ans incompressible sauf en cas de forfaiture mais un faux pas est si vite arrivé …

Je vous prie d’agréer mon cher Donald l’expression de ma plus sincère inimitié, et bonjour à votre femme qui m’a l’air tout aussi refaite qu’une large part du peuple américain.

Lettre de candidature à EDF

(4 décembre 2010)

Monsieur le Directeur des ressources humaines,

Je vous fais parvenir cette missive pour vous signifier mon désir ardent d’appartenir prochainement à votre prestigieuse et lumineuse entreprise.

Tout petit déjà, je montrais des prédispositions : je me tenais au courant de tout, en mettant si nécessaire mes doigts dans la prise.

Je poussais même mon amour pour l’électricité jusqu’à marcher des heures dans le seul but d’attraper des ampoules, c’est dire ma passion !

Un jour que je remplaçais un lustre sans avoir coupé le courant (où avais-je la tête ?), j’ai eu comme une impulsion, une illumination qui m’ont définitivement convaincu de ma destinée : dès que je serai sorti de l’hôpital, je ferai acte de candidature à EDF !

Même si je n’ai pas fait l’Ecole Centrale, j’ai des qualités que, j’en suis sûr, vous apprécierez à leur juste valeur : je supporte aisément les surcharges de travail, je ne manque pas de culot, je ne pète que très rarement les plombs et je peux bien le dire, j’ai de l’énergie à revendre : je suis d’ailleurs prêt à vous faire un prix.

De plus , je n’agis jamais en électron libre et j’adore le travail en équipe, surtout lorsqu’on est plusieurs.

Je dois également vous avouer que j’ai un faible pour vos magnifiques pylônes de lignes haute-tension d’un esthétisme si raffiné et dont la perspective est si souvent honteusement gâchée par les collines et les arbres environnants, représentants d’une nature faisant montre d’une banalité digne d’un relevé de compteur d’un vieil abonné.

Que dire de vos splendides centrales nucléaires (j’ai toujours eu des atomes crochus avec le nucléaire), si injustement critiquées pour leurs risques potentiels sur la santé humaine, présente et à venir : c’est très exagéré, j’ai vu récemment une émission, si j’ose dire, sur les habitants des environs de Tchernobyl, et je peux témoigner qu’ils irradiaient de bonheur !

En espérant que vous daignerez accéder favorablement à ma requête, même pour un poste subalterne, je pourrais très bien vous classer les douilles par exemple, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur des ressources humaines, en plus de mes arriérés de factures des mois de septembre et d’octobre, l’expression de mes sentiments les plus éclatants.

Lettre de candidature à la Sécurité Sociale

(12 décembre 2010)

Monsieur le Directeur des ressources humaines,

Je vous écris cette lettre pour vous faire part de mon grand intérêt pour votre administration dont la réputation de bienveillance vis-à-vis de son personnel n’est plus à faire : je sais que vous le traitez toujours avec le plus grand soin et que jamais vous ne le considérez comme un bouche-trou.

Dès mon plus jeune âge, j’ai contribué à soutenir vos emplois, en attrapant avec assiduité toutes les cochonneries qui traînaient dans l’atmosphère : je peux me vanter d’avoir quasiment réussi le grand chelem en contractant toutes les maladies infantiles, à l’exception de la scarlatine que j’ai bêtement laissée échapper, les grippes de tous les continents sauf la grippe aviaire, mais je dois dire que j’ai horreur des poulets, les bronchites, les gastros, j’en passe et j’ai même failli en trépasser.

J’avoue quand même n’avoir jamais attrapé le choléra mais je m’en méfiais comme de la peste.

Comme vous pouvez le constater, j’en connais un rayon sur les maladies et avant de finir dans une caisse, je rêve de travailler dans l’une des vôtres.

Je tiens à vous préciser par ailleurs que je contribue depuis le début de l’année à la réduction du déficit de la Sécurité Sociale.

En effet, dernièrement, un médecin laxiste voulait m’arrêtez une semaine pour une écharde, comme les fois précédentes, alors que je suis sans emploi.

Je l’ai arrêté tout de suite : il ne faut quand même pas exagérer !

De plus, afin de réduire les dépenses de santé, je ne prends plus que des comprimés, et je privilégie les suppositoires pour combler le trou de la sécu.

Des malfaisants propagent la calomnie en laissant croire que votre fonctionnement est digne d’une usine à gaze : je m’inscris en faux contre ces allégations !

Je peux témoigner que moins de trois mois après vous avoir transmis une demande de remboursement, j’ai reçu dans les plus brefs délais une réponse m’indiquant aimablement que mon dossier était en cours de traitement, et moins d’un an plus tard, je recevais le remboursement partiel attendu, avec le petit côté agréable de la surprise car je ne me souvenais même plus d’avoir été malade.

En espérant que vous daignerez considérer avec bienveillance cette demande formulée avec le plus grand soin bien qu’en un seul exemplaire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur des ressources humaines, l’assurance complémentaire de mes sentiments les plus sociaux.

Nota : en cas de réponse négative de votre part, je n’en ferai pas une maladie.

Lettre à Dieu, ou comment refaire l’épître

(18 décembre 2010)

Cher Dieu (si le cher n’est pas un péché),

Ce matin à l’heure où les poules sommeillent encore, j’ai eu comme une illumination, un flash. J’ai vu la lumière. En clair, un orage soudain m’a extrait brutalement de la torpeur ouatée d’un sommeil largement mérité.

C’était un signe. La manifestation d’un appel divin auquel je me devais de répondre. Ou tout simplement le signe que j’avais bêtement oublié de fermer la fenêtre la veille au soir.

« Lève-toi et marche jusqu’à ton bureau » me suis-je dit à cet instant, « aujourd’hui tu vas écrire à Dieu ».

Vous me direz qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses Saints, au regard simplement des frais d’affranchissement. Soit, ou pardon, ainsi soit-il.

Mais convenez tout de même qu’il est difficile de vous localiser, comme l’avait déjà souligné l’un de vos disciples en rappelant que les voies du Seigneur étaient impénétrables.

J’ai bien essayé des lieux au nom évocateur tels que l’Hôtel-Dieu ou le Paradis Latin.

J’ai pensé au quartier de la Trinité et dans un moment d’égarement ou de lassitude, aux environs de la place Denfert. Tout cela sans succès.

Il faut avoir la foi pour vous trouver, c’est vraiment la croix et la bannière.

Mais je n’ai pas abdiqué et je suis arrivé au bout de mon chemin de croix.

Il faut bien dire que cette fois je n’allais pas me faire prier pour vous faire part de quelques commentaires que m’avait suggéré votre comportement.

Tout d’abord, je voudrais vous signaler que votre service après-vente laisse franchement à désirer. Une fois votre produit vendu et sous prétexte qu’une cliente ait consommé une pomme sans la payer, vous avez fait sauter la garantie et aucun suivi n’a été assuré depuis.

Ce n’est pas une démarche très commerciale pour quelqu’un qui a de la famille juive.

Ensuite, je remarque qu’à l’instar de nombreux hommes politiques qui pourtant ne sont pas des dieux, vous avez choisi de rester caché et de ne pas agir, ceci pour accroître votre popularité : je dois reconnaître que l’entreprise a réussi au-delà (si j’ose m’exprimer ainsi) de toute espérance ! Vous avez bien envoyé votre femme faire quelques apparitions dans des lieux intimistes, mais rien de plus.

La politique de la chaise (Dieu) vide passe encore, mais le coup de l’Ancien et du Nouveau Testament, là, ce n’est pas très catholique.

Deux testaments pour un seul héritier font soupçonner qu’il n’y avait pas que le pain et le vin à partager…

Sans rancune tout de même.

J’espère que vous avez du ciel bleu là-haut parce qu’ici, il fait un temps dégueulasse. Bien le bonjour à votre dame.

Alléluia et que le meilleur gagne !

Un disciple indiscipliné

Lettre à la Mère Noël

(25 décembre 2010)

Chère Madame Noël,

Depuis des décennies, on ne parle que de votre mari, le Père Noêl, sans jamais le moindre mot sur sa compagne, c'est-à-dire vous même.

Quelle injustice ! Quelle ingratitude !

En effet, depuis combien de temps supportez-vous un homme qui, outre le fait qu’il soit accoutré comme un vieux loup de mer nostalgique de sa jeunesse passée chez les pompiers de Saint-Brieuc, vous laisse plantée là comme un sapin chaque réveillon de Noël qui passe, pour aller garnir les sapins des autres.

Etre considéré comme le plus grand distributeur de cadeaux et être aussi peu présent, c’est incohérent !

Et quand il vous dit qu’il doit faire le tour de tous les foyers de la planète en une seule nuit, là j’affirme que pour gober ce genre d’inepties, il faut vraiment croire au Père Noël !

Entre nous, votre mari, il est aussi enveloppé que ses cadeaux et il a le teint quelque peu assorti à sa tenue ! Il ne doit pas cracher sur un petit remontant par-ci par-là et à mon avis, il termine sa tournée aussi chargé qu’à son départ…

Vous qui faites les comptes (de Noël, bien sûr), vous voyez bien que ce type d’activité saisonnière n’est pas très lucratif, d’autant que Coca-Cola ne vous subventionne plus depuis Mathusalem, un autre barbu très connu lui aussi.

Il a bien recours occasionnellement à des petits boulots comme l’élevage de rennes ou la réparation de traîneaux, mais il faut bien avouer que ces métiers sont en voie de disparition dans le Sud de l’Europe.

Avec sa science de la distribution, il aurait pu se lancer lui-aussi dans la livraison de pizzas à domicile à l’échelle mondiale : « Pizza-Hotte, la pizza du Père-Noël », ça aurait eu de la gueule !

Mais non, il manque d’ambition et il préfère le travail à l’ancienne.

Décidément, votre mari, même s’il n’est pas ce qu’on peut appeler une ordure, n’est pas un cadeau !

Je vous plains sincèrement et il doit vous arriver d’avoir les boules…

Sans compter le souci que vous vous faites à chacun de ses départs, de le voir se faire arrêter par la police : un barbu avec une capuche et des colis suspects, c’est un coup à finir le réveillon avec des guirlandes aux poignets et en poche un billet retour pour le Grand Nord !

C’est donc pour vous rendre hommage que je vous écris cette lettre et pour faire émerger d’un anonymat injuste une femme qui mérite elle-aussi d’être connue.

Je vous souhaite tout de même un joyeux Noël ! Passez le bonjour à votre mari et dites lui qu’il n’oublie pas mes petits souliers.

Etrennes

(28 décembre 2010)

Nous y sommes ! A Noël ? Au jour de l’An ? En hiver ? Non. Rien de tout cela. Nous sommes entrés dans la période bénie par quelques-uns et honnie par tous les autres : celle des étrennes.

Pas moyen d’y échapper, c’est un peu comme les soldes à l’envers.

Et pourtant, on ne peut pas prétexter la surprise puisqu’elles ont la mauvaise habitude de revenir tous les ans à la même époque.

Vous vous dites que vous avez déjà du mal à donner aux membres de votre famille, encore que la perspective de recevoir en retour vous aide en général à surmonter cette retenue, mais être obligé de donner à des presque inconnus, là, ce n’est vraiment pas un don du ciel. C’est vrai quoi, vous ne vous appelez pas l’Abbé Pierre tout de même !

Et au fond de vous-même et de votre porte-monnaie, vous n’êtes pas loin de penser qu’imposer une collecte revient à collecter un impôt.

Faites contre mauvaise fortune, bon cœur ! Pensez à tous les bienfaits que vous ont apportés vos récipiendaires (je rappelle en passant à tous les radins qui en plus seraient incultes, que le récipiendaire n’est pas une baudruche gonflée avec le gaz qui leur sert à respirer).

C’est ainsi que je donne :

- aux éboueurs pour m’avoir gentiment réveillé chaque matin vers 5h30, me permettant ainsi d’arriver à l’heure sur mon lieu de travail, pour l’ouverture des portes à 9h00. Si toutefois ils pouvaient noter que je ne travaille pas le samedi, ça serait parfait.

- A mon inspecteur des impôts qui ne comprendrait pas que décembre soit le seul mois de l’année où je ne lui verse rien.

- Au chef-cuistot de ma cantine, pour qu’il puisse enfin s’acheter le best-seller « comment réussir sa reconversion ».

- A ma factrice pour qu’elle puisse s’offrir une mise en plis : je plaisante, j’aime bien la mettre en boîte.

- A mon garagiste qui a si souvent réparé ma voiture même lorsqu’elle fonctionnait très bien, et qui m’a permis de concevoir un magnifique bougeoir très design avec toutes les bougies qu’il m’avait remplacées depuis le 1er janvier.

- A ma repasseuse que j’ai payée à la pièce toute l’année et qui méritait bien un petit billet.

- A mon banquier, pour faire comme d’habitude.

J’aurais pu aussi donner à mon rémouleur, à mon chiffonnier et à mon barbier, mais au vu des prestations délivrées dans l’année, ça me semblait excessif.

Bonne année à toutes et à tous et à l’année prochaine pour un nouvel épisode des étrennes !

Lettre à mon banquier

(30 janvier 2011)

Mon cher Banquier,

Si je vous écris ce petit billet c’est un peu pour régler mes comptes.

En plus de ne pas manquer de coffre, je trouve en effet que vous ne manquez pas d’air.

Je n’irai pas jusqu’à vous traiter de voleur mais je n’arrive pas à trouver le terme adéquat pour qualifier un individu auquel vous avez confié votre portefeuille et qui vous le rend à moitié vide !

Moi aussi, je jouais souvent au Monopoly étant jeune mais j’évitais soigneusement de jouer avec l’argent de mes parents.

Quelle n’a pas été mon angoisse quand j’ai pris connaissance de la chute des Bourses ! J’ai vraiment eu peur à cet instant de perdre les bijoux de famille que j’avais déposés chez vous lorsque celles-ci étaient en pleine expansion.

J’ai conscience que les transactions financières sont de plus en plus virtuelles et que chez vous, les espèces sont en voie de disparition : j’aimerais toutefois que mes revenus ne se transforment pas en revenants, le spectre de mes créanciers hantant toujours mes nuits.

Vous vous obstinez à m’envoyer régulièrement des relevés de compte mais je constate que ceux-ci restent désespérément bas : vous ne faites pas le moindre effort pour vos clients fidèles.

Pour ne pas être totalement négatif, je sais que chez vous il y a des hommes d’actions qui ont toujours su faire face à mes obligations.

Je porterai également à votre crédit l’intérêt que vous portez à mes avoirs.

C’est d’ailleurs certainement votre caractère emprunté voire réservé qui vous incite à traduire cet intérêt par un taux d’un niveau assez proche de l’altitude du port de Perros-Guirec (j’aurais pu choisir un autre port mais j’y ai mangé une excellente crêpe aux noix de St Jacques au mois de novembre et je choisis celui que je veux).

Néanmoins, de grâce, arrêtez de me proposer des Sicav : je vous ai déjà maintes fois répondu, mais vous devez être dur du portefeuille, que mon trois pièces avec box me suffisait amplement.

Il est vrai que nous n’avons pas les mêmes préoccupations : j’ai besoin d’argent pour descendre faire mes courses au marché. Vous avez besoin de mon argent pour faire monter les cours de vos marchés.

Mon ambition est, j’en conviens, plus limitée que la vôtre, mais je n’ai plus de yaourts dans mon frigo.

Je ne peux pas vous reprocher un manque d’équité : un directeur commercial, un émir, un notaire, un avocat, un magnat du pétrole seront accueillis avec la même ferveur même s’ils ont oublié sur un moment de distraction de présenter leurs trois derniers bulletins de salaire. Tout juste peut-on noter une très légère retenue si le client est chômeur de longue durée.

Nous avons et nous allons contribué jusqu’à la 5ème génération au comblement du trou creusé dans le budget de l’Etat pour vous soutenir dans la crise financière récente.

Je dois dire qu’à titre personnel c’est avec un réel plaisir que je vais me passer de mes vacances à Honfleur pour vous aider à financer les vôtres aux Seychelles : de toute façon, les Seychelles, c’est très surfait. J’espère toutefois que vous aurez beau temps.

Finalement vous avez beau dire que les taux sont comprimés mais en réalité l’étau se resserre.

Au fait, n’attendez plus mes prochains virements, j’ai été viré ce matin.

Mon cher banquier, je ne suis pas votre débiteur.

Lettre à mon assureur

(12 février 2011)

Mon cher Assureur (Si, si, je vous assure),

Je vous envoie ce courrier pour vous faire part (n’ayez pas peur, vous n’avez pas perdu un client) de quelques appréciations personnelles sur votre confrérie.

Je ne tiens pas particulièrement à vous mais néanmoins votre compagnie m’est chère, je pourrais même aller jusqu’à dire très chère.

Vous m’avez assez vanté l’étendue de votre couverture, mais par précaution je préfère quand même garder mes chaussettes pour dormir.

Même si cette couverture est large, vous nous encouragez sans cesse à la surdimensionner un peu plus au risque de se prendre les pieds dedans : c’est rassurant, mais parfois on peut aussi se demander : que fait la police ?

Deux exemples concrets pour bien comprendre. Vous m’avez tout d’abord proposé récemment une assurance auto à tarif préférentiel qui, je n’en doute pas une seconde, me sera très utile lorsque j’aurai passé mon permis de conduire. D’autre part, il y a six mois, lorsque ma femme attendait des jumeaux, vous m’avez proposé une assurance pour la perte des eaux sous la condition que ce soient des gars : la chance était de notre côté puisque c’était le cas, mais l’inverse n’aurait pas été une catastrophe naturelle !

Je reconnais toutefois que vous n’êtes pas démuni d’experts : quand j’ai constaté que vous assuriez les cars au tiers, j’ai tout de suite compris que l’effraction n’avait aucun secret pour vous.

En faisant commerce de la franchise, je vous concède que votre profession a eu le mérite d’ouvrir un front contre la mafia, adepte de l’achat du silence.

Ce n’est pourtant pas une raison pour vous ériger en grand maître de la morale : avec vous, le bien paye à long terme et le mal se paye immédiatement. Une simple sortie de route, et c’est à la fois le décors et l’enfer du décors.

Le principe pervers du bonus, c’est un peu comme celui du cadeau Bonux, à la différence près qu’il faut acheter beaucoup de paquets de lessive avant de trouver un cadeau qui n’est pas toujours à la hauteur de l’attente, elle-même étant sensiblement plus petite que mon oncle.

Pour être franc, comme disait Clovis qui a été le premier à faire payer sa franchise à l’un de ses soldats à l’origine d’un dégât sur un vase personnel auquel il tenait beaucoup, c’est dommage, et vous êtes bien placé pour savoir que le dommage n’est pas gratuit.

Pour terminer sur une bonne note, je suis ravi que mes dernières primes aient contribué à l’édification de votre nouveau siège social, beaucoup moins sinistre que le précédent. Il est la preuve d’une situation bien assise dans le monde de l’assurance.

Veuillez agréer, mon cher assureur, l’assurance de mes biens les plus précieux.

Lettre à la SNCF

(13 mars 2011)

Monsieur le Président Directeur Général de la SNCF, ô grand chef des gares,

Je vous adresse cette correspondance entre deux gares pour vous faire part du mécontentement croissant de la population envers votre société.

Les retards qui agrémentaient déjà les lignes de banlieue se sont étendus aux lignes à grande vitesse, ce qui est un temps soit peu paradoxal.

Les explications que vous donnez sur les causes de ces retards nous laissent sans voie et nous incitent à penser que vous nous prenez vraiment pour des attardés. Par exemple avec cette histoire de vols de câbles, vous nous faites prendre des bogies pour des lanternes. C’est ridicule ! Bientôt vous nous expliquerez que les trains ne peuvent plus circuler à la suite d’un vol de rails ou de caténaire : faites donc attention à vos affaires ou vous finirez sur le ballast et n’aurez plus qu’à vous reconvertir dans une entreprise de cars à grande vitesse !

Mais revenons un peu sur les trains de banlieue.

Chaque matin dans les gares, revient cette image des naufragés de l’île de France criant « TER ! TER ! » en apercevant au loin le vaisseau qui leur fera quitter ce quai noyé par une marée humaine.

Et quand ils parviennent après un abordage héroïque à pénétrer sur le pont, c’est pour mieux se retrouver immobilisés un peu plus loin à la suite d’un problème matériel indépendant de votre volonté : encore heureux, qu’il soit indépendant de votre volonté ! Chez vous, un train peut en gâcher un autre.

Je vous le dis amicalement : faites attention de ne pas user vos usagers.

A ce stade, on peut noter une profonde évolution dans l’histoire de votre entreprise : aujourd’hui, vos trains ne fument quasiment plus mais vos voyageurs fulminent de plus en plus.

Je sais bien que vous ne restez pas sans réaction face à cette situation. Ils vous arrive même de ramoner de temps à autre vos cheminots, mais ça ne règle pas les problèmes matériels. Pour eux aussi, la vie devient de plus en plus duraille.

J’en profite également pour aborder les idées reçues sur votre société de transport.

La mauvaise réputation de vos sandwichs est injustement montée en épingle : tout juste me rappellent-ils « Guerre et paix », le roman de Tolstoï, paraissant indigeste au premier regard mais qui en fin de compte est vite avalé.

Une autre légende va bon train et circule avec insistance concernant la consommation des agents SNCF qui surpasserait celle de leurs trains.

Ou, dans le même registre, que les succursales Nicolas comparées aux armoires des agents des gares, sont plus proches de la cave à vin de l’association des alcooliques repentis que de la cave de Bacchus.

C’est très exagéré ! J’ai personnellement connu un cheminot qui ne buvait plus en dehors des repas. Et les statistiques montrent que le nombre de boit-sans-soif a baissé de façon significative à la SNCF depuis la création de RFF.

Pour effacer la trace indélébile de ces clichés et lutter contre la dégradation de votre image, vous n’avez pas hésité à ajouter un volet ludique à votre activité, après avoir pris conseil auprès de la Française des Jeux.

Le prix des billets tout d’abord, modulable selon l’âge du capitaine, la saison, le temps qu’il fait et le cours de l’acier à la bourse de Hong-Kong.

L’introduction du train fantôme ensuite, en concurrence directe avec le parc Eurodisney qui, allez savoir pourquoi, fait beaucoup moins rire chez vous.

Et enfin, les parties de cache-cache avec les trains de banlieue que seule une retenue naturelle associée à une torpeur matinale et des croissants trop gras, empêche les habitués d’exprimer leur satisfaction en allant vous botter le train.

Vous avez porté une attention toute particulière à la tarification en instaurant, par souci de simplification, la mise en place d’une multitude de cartes donnant lieu à des tarifs préférentiels.

Carte jeune, carte vieux, carte de fidélité valable également pour les infidèles, carte de réduction pour les amputés, carte à puces, carte à gènes… non là je m’égare si j’ose dire, et même carte Smiles : ça fait sourire !

Ce système est pervers : je connais un jeune couple qui attend avec impatience d’atteindre la soixantaine et de prendre ses vacances d’été au mois d’octobre, dans le seul but de bénéficier d’un rabais conséquent.

Mon train arrivant en gare, je m’arrête là et je termine en tenant à vous rassurer : j’adore le train, avec peut-être une légère préférence pour l’arrière train.

Sincères salutations et bonjour à Micheline.

Lettre de candidature dans la police

(14 mai 2011)

Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Grand Chef de toutes les polices,

Avant toute chose, j’espère que vous êtes bien rentré.

Je me permets de vous solliciter directement, car, c’est bien connu, il est préférable de s’adresser au Bon Dieu qu’à ses Saints, surtout quand on n’a pas l’adresse des Saints.

Hier soir, en rentrant chez moi un tant soit peu au radar, j’ai eu comme un flash, comme un trait de génie dans l’œil d’un brigadier-chef terminant sa grille de sudoku.

Pas d’hésitation, je ne résiste plus au chant des sirènes et je fais acte de candidature pour entrer dans la police.

Pourquoi dans la police ? Me demanderait mon neveu qui ferait mieux de finir sa purée que de poser des questions dignes d’un bœuf-carottes.

La réponse est simple. Tout petit déjà, j’ai été plongé dans l’ordre le plus profond.

Tout chez moi était parfaitement rangé, aligné, ordonné. Le tiercé était à peu près la seule chose que mon père, malgré tous ses efforts, n’arrivait pas à remettre dans l’ordre.

Son souci du rangement l’a même conduit à achever sa carrière professionnelle dans un placard, c’est dire sa ténacité.

Il est donc dans l’ordre des choses que je me tourne vers vous (il est très malpoli de tourner le dos aux gens) pour postuler à un emploi dans le maintien de l’ordre.

J’ai quelques atouts à faire valoir pour prétendre à entrer dans le métier.

Dès l’école primaire, j’ai tenté avec courage, persévérance et je l’avoue, assez peu de réussite, de réduire l’effraction. Mes tentatives étant contrecarrées par un facteur qui ne relevait pas toujours du droit commun.

Je suis également persuadé de montrer suffisamment de caractères pour mériter ma place dans la police, surtout la Verdana taille 11 qui permet une écriture beaucoup plus arrondie, notamment dans les angles.

En outre, j’ai une expérience certaine des rapports, comme ma femme pourra aisément en témoigner lors de sa prochaine garde à vue. Tout juste ai-je une légère tendance à ne pas assez développer l’introduction et à précipiter un peu la conclusion. Mais comme on dit chez nous, c’est en écrivant que l’on devient forgeron.

Je tiens aussi à vous souligner que depuis tout petit, j’ai toujours obtenu que l’on me fiche la paix. Si aujourd’hui, je peux caresser la tête de mon chien et l’espoir d’en devenir le gardien (de la paix pas de mon chien, c’est déjà fait), ce serait un aboutissement.

En ce qui concerne la fiche de paie qui va avec, je pense que l’on trouvera un accord sans avoir à recourir aux forces de l’ordre.

J’allais oublier de vous préciser que j’apprécie particulièrement la tenue de vos agents. Je ne sais pas si l’ennui naît de l’uniformité mais personnellement vos uniformes me font envie.

Et que dire de tous ces accessoires qui me rappellent ma jeunesse passée à jouer aux gendarmes et aux voleurs : rassurez-vous, je ne tenais jamais le rôle du voleur. Je suis impatient d’utiliser le Tonfa, bâton à poignée latérale, destiné à lutter contre les désaxés et encore plus efficace que le Tofu pour calmer les velléitaires.

Pour terminer, j’espère de tout cœur que vous répondrez favorablement à ma demande et qu’ainsi vous laisserez libre cours à mon rêve d’atteindre un jour le poste prestigieux de chef de brigade de CRS.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, mon très cher poulet, l’expression de mes salutations les plus policées.

Lettre de motivation pour l’armée française

(3 juin 2011)

Mon Général, Chef de carte d’état major des armées, Etoilé parmi les étoiles,

Je m’adresse à vous pour solliciter un poste, pas nécessairement de vigie, dans l’une de vos remarquables armées. Mes ambitions sont raisonnables et même si vous vous trouvez dans l’impossibilité de m’affecter directement sur un poste de Colonel ou même d’adjudant, ça ne m’affectera pas. On ne peut pas présenter d’exigences trop élevées quand on a été en guerre avec l’école plutôt que d’avoir fréquenté l’Ecole de Guerre.

Dès ma prime jeunesse, j’ai été attiré par tout ce qui touchait à l’armée. Je jouais régulièrement à la bataille (si vous saviez le nombre d’as que j’ai piqués à mon frère !), aux soldats de plomb, de bon augure pour plus tard cribler de plombs les soldats, mes propos étaient souvent désarmants et j’avais déjà une coupe de cheveux dégradée. Et jamais, ô grand jamais, je ne lisais de textes de Mallarmé.

A peine avais-je fait mes premières armes que de toutes les salades, c’est la roquette qui avait ma préférence.

Il est vrai que je ne suis pas à proprement parler un canon, mais le fait d’être régulièrement considéré comme un boulet pourrait devenir un atout, d’autant que j’ai montré des capacités à tirer au flanc.

Doté d’un esprit assez limité d’après les professeurs successifs qui ont tenté sous la torture de m’inculquer leur science (rassurez-vous, je n’ai pas craqué), je serais heureux de bénéficier d’un peu de l’esprit de corps qui prévaut dans votre profession. Certains diront, un esprit pour plusieurs corps, il n’y a rien de trop, mais le tout est de rester groupés.

Je dois également vous préciser que je suis un adepte du camouflage, autre atout dans ma manche pour postuler chez vous. En effet, je dissimule depuis plusieurs années une bonne partie de mes revenus au fisc et je n’ai jamais été repéré. Et si l’ennemi était plus intelligent que le fisc, ça se saurait.

J’ajoute que j’aime aussi beaucoup vos uniformes et tout particulièrement leurs coloris de toute beauté. Le kaki est certainement ma couleur préférée, de très peu il est vrai devant le caca d’oie. Mais je reconnais que défiler en portant du caca d’oie, serait-ce au pas du même volatile, n’aurait pas relevé d’une action de communication bien sentie.

Certains esprits mal intentionnés et certainement mandatés par une puissance étrangère et néanmoins ennemie, soutiennent depuis des années que les adjudants présentent un QI ne surpassant que de quelques unités (de combat) celui d’une moule des Charentes. Franchement, c’est pousser le bouchot un peu loin : comment alors feraient-ils pour passer adjudant-chef ? C’est ridicule.

Jamais je ne laisserai colporter des ragots aussi ignobles que celui qui raconte que les seules lumières que l’on puisse trouver dans l’armée sont des lumières artificielles, alors que tout le monde sait que l’on y trouve bon nombre d’éclaireurs.

Pour terminer, je n’aurais qu’une roquette, pardon, une requête à formuler.

Je n’ai jamais eu une forte attirance pour les pays exotiques et un tant soit peu surfaits, tels que la Thaïlande, le Népal, l’Irak, l’Afghanistan ou le Vatican, dont certains ont une légère tendance à vous miner le moral et accessoirement les membres inférieurs. Je tiens en effet sûrement par excès de sentimentalisme à mes membres même inférieurs ainsi bien sûr qu’aux membres de ma famille qui eux, au moins, risquent assez peu de s’éparpiller.

Je sollicite donc de votre bienveillance une affectation à laquelle je m’acclimaterai, moi et mes membres, plus aisément, comme le Berry, la Basse-Normandie ou, à la limite, la région PACA, où je pourrai montrer ma motivation et m’éclater tout autant mais en restant groupé, toujours dans le respect du fameux esprit de corps.

En espérant que vous daignerez prendre ma demande en considération, mon maréchal (si, si, vous méritez ce titre), je vous salue avec tout le respect que l’on doit aux étoiles.

J'ai reçu une réponse à ma lettre de motivation que je m'empresse de vous imprimer (l'auteur désirant garder l'anonymat, appelons le SGA/DRH-MD/COM):

SGA/DRH-MD/COM

14, rue Saint-Dominique

75700 PARIS SP 07

Monsieur,

Par lettre anonyme, non datée, non signée, vous m'informez de votre souhait de mettre vos compétences au service de la Défense nationale.

Je vous informe que vos ambitions raisonnables, votre désir d'acclimatation, votre goût prononcé pour la roquette au p'tit chèvre et votre QI désolant ont su emporter ma décision : le 27e BCA de Cran Gevrier sera votre première affectation.

En effet, la compagnie d'éclairage et d'appui, qui symbolise l'intelligence équilibrée et dont la devise est "Toujours à l'affût", manque d'un bon cuisinier. Je suis donc tentée de faire d'une pierre deux coups : à bon lapin chasseur, bon chasseur alpin, telle est ma devise vous l'aurez compris.

Le culte du corps semble vous préoccuper, rassurez-vous : le bariolage c'est bien pour aller faire la guerre mais le kaki simple suffit à la plupart des activités. Savez-vous que, pour le bariolage français, nous sommes passés aux quatre tons et taches arrondies en nous inspirant de la colorimétrie de la forêt de Fontainebleau ? Nous sommes arrivés à quelque chose de très pixelisé, je vous assure.

De plus, vous aurez l'avantage de découvrir notre nouveau camo en 2012 ! Je ne vous raconte pas, il est de toute beauté, cintré avec des broderies. Et pour les jours de fête, à vous la célèbre tarte à la confiture des Alpes qu'il convient de tailler suffisamment grande pour vous protéger les pieds, les knakis bleus à passe-poil jonquille, les bas blancs moulinés maison, les décorations, les fourreaux de galons et les fourragères assorties ! Que du bonheur !

Sans compter les activités sportives et le chant. A vous le parapente, la construction d'igloos ... et les jurons.

Espérant vous avoir convaincu des avantages liés à la fonction, je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations économiques et particulièrement distinguées.

Quand on reçoit une missive de l'armée, il faut répliquer...

Cher Monsieur SGA/DRH-MD/COM (c’est d’origine turque comme nom, non ?),

Je vous remercie d’avoir fait diligence pour me trouver aussi rapidement une affectation.

Une compagnie qui a pour devise « toujours à l’affût » me convient tout à fait, moi qui suis toujours à l’affût du canon.

Je dois dire que j’ai eu un peu peur que vous me proposiez d’intégrer un régiment de zouaves, reformé pour l’occasion.

Je suis très heureux d’apprendre que la nouvelle tenue de camouflage s’inspire des léopards de la forêt de Fontainebleau : elle est donc idéale pour passer inaperçu dans cette forêt, mais avez-vous prévu quelque chose pour les autres forêts comme la forêt de Brocéliande, la forêt de Marie ou le forêt de 8 ?

J’ai tout de même été un peu surpris par votre information sur le port de la tarte à la confiture des Alpes : le clafoutis aux pruneaux aurait très bien fait l’affaire. Moi qui croyais que dans l’armée, les tartes on se contentait de les donner et de les recevoir…

Et que dire de la construction d’igloos : c’est vraiment inuit !

Je termine ma récolte de betteraves fourragères et je prends le premier train, direction le 27ème Bac de genévrier.

Je vous renouvelle mes remerciements ainsi que mon abonnement à télé 7 jours. Bonjour à Madame SGA/DRH-MD/COM.

Lettre ouverte aux femmes en général et à la femme du Général en particulier

(13 juin 2011)

Depuis la nuit des temps, l’homme s’est employé à faire porter le chapeau à la femme. Qui, certainement par représailles, s’est elle-même ingéniée à s’affubler au fil des siècles de couvre-chefs à faire se pâmer la Reine d’Angleterre.

Une dépêche de l’agence France-Prêche indique même qu’elle serait à l’origine du premier péché, information non recoupée par absence de témoins (Jehovah étant parti voir Ikeah), donc assez peu digne de foi.

Cette dépêche tentait de faire croire qu’une femme, très court vêtue pour l’époque, que l’on appellera Eve pour préserver son anonymat, avait fermé les portes du paradis à l’espèce humaine en croquant la pomme d’Adam du premier homme venu.

Quelle qu’en soit la part de vérité, nous ne pouvons que remercier cette première femme de nous avoir épargné la vie sans saveur d’un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Imaginez en effet la vie pour les policiers, les militaires, les juges, les psychologues, les psychiatres, les hommes politiques, les délinquants (j’aurais pu grouper pour gagner du temps), j’en passe et pas forcément des meilleurs, pour qui ce monde paradisiaque se serait transformé en enfer d’oisiveté. Et quand on sait que l’oisiveté est mère de tous les vices…

Très tôt, la femme a donc été accusée de tous les maux et reléguée à des tâches subalternes pour ne pas dire enfantines, sauf quand elle entendait des voix ou lorsqu’elle était Mère Supérieure, ce qui, il faut bien l’admettre, réduisait considérablement le périmètre.

Accusée notamment de sorcellerie, elle a très souvent eu toutes les peines du monde à échapper à la grillade. De là à penser que les brasiers du passé sont à l’origine de la propension séculaire de la femme à passer une bonne partie de son existence devant les fourneaux, il n’y a qu’un pas à franchir.

Voilà ce qui arrive quand on élève les hommes : plus un homme est bien élevé, plus il rabaisse la femme, c’est logique.

Elle n’y peut rien, c’est inscrit dans ses gênes, la femme a beaucoup plus l’instinct maternel que l’homme. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’homme a l’instinct primaire, et d’ailleurs c’est secondaire.

Un autre témoignage de cette inégalité de traitement : combien d’hommes pourtant assurés au Tiers disent « ma moitié » en parlant de leur femme qui est pourtant souvent d’un volume incitant au respect ? C’est réducteur au dénominateur des lieux communs, surtout lorsqu’on sait que les intéressés, à défaut d’être intéressants, ne sont eux-mêmes pas toujours bien finis.

Le calvaire enduré par les femmes qui se sont vues refuser des postes aussi exaltants que ceux de bourreau, croque-mort, mousquetaire, garde-suisse, général de brigade ou prêtre exorciste, est à peine concevable.

Heureusement, les choses ont évolué au fil des années. L’élévation de la statue de Jeanne d’Arc a été le signe précurseur de l’élévation du statut de la femme.

Le droit de vote leur a été accordé, puis un certain nombres d’années et de scènes de ménage plus tard, le droit de vote différent de celui de leur mari.

Elles ne sont plus cantonnées au rôle de nourrice, ce qui n’était pas déshonorant en soi (en dentelle non plus d’ailleurs). Il ne faut en aucun cas épingler les nourrices qui, quoi qu’on en dise, avaient des capacités au dessus de la moyenne.

La machine à laver a relégué la lavoir au rang de curiosité touristique. L’aspirateur, le fer à repasser, ont éclairé l’obscurantisme d’un jour nouveau.

Marie Curie a élaboré des lois physiques dont la très grande majorité des hommes ne comprenaient même pas le titre : il est vrai que de tous temps, les hommes ont toujours eu du mal à comprendre les femmes…

Elles ont eu accès à des fonctions et à des activités interdites jusqu’alors.

Voir une femme pratiquer le judo de nos jours est devenu courant : seuls quelques misogynes indécrottables ironisent encore sur leurs aptitudes au balayage et aux mouvements de hanches.

L’accès à des postes à responsabilité leur a été permis. Il n’est pas rare aujourd’hui de rencontrer une femme chef du rayon bonneterie aux Galeries Lafayette : c’est ce genre de constat qui met en évidence le pas de géant effectué depuis le Moyen-âge.

Depuis le début de ce mouvement d’émancipation de la femme, certains regrettent que nombre d’entre elles portent la culotte : accordons nous quand même sur le fait que c’est beaucoup plus présentable en société.

C’est incurable, même déroutantes (mais ce défaut a été atténué par l’apparition du GPS), j’aurais toujours un penchant, une préférence, une attirance pour les femmes. Parce qu’elles sont généralement plus fines que les hommes, sans parler des sumos, mais surtout parce qu’elles ne s’étriperont pas, à de rares exceptions près, pour une légion d’honneur, une décoration militaire ou la couleur différente d’un maillot ou d’un drapeau.

Comme dirait un chanteur, femmes, je vous aime !

Lettre de refus de la Légion d’Honneur

(26 juin 2011)

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous informer que je refuse absolument d’intégrer la légion et qu’il est donc hors de question que j’accepte ma promotion au rang de chevalier de la Légion d’Honneur, que vous ne m’avez d’ailleurs pas proposée.

Et croyez que ce n’est pas uniquement dû au fait que je n’ai pas trouvé de cheval pour l’occasion.

Non, la cause profonde en est que j’abhorre les cérémonies, et l’idée même d’arborer une décoration n’est pas loin de déclencher chez moi un reflux gastro-œsophagien.

Sans négliger une allergie viscérale aux piqures qui réfute toute velléité de me faire épingler.

Et puis, se faire agrafer en public a un petit côté parodie de la crucifixion du Christ qui me cloue littéralement sur place. Je sais bien qu’il s’agit de remettre une croix, mais tout de même.

Soit dit en passant, si je retrouve le Judas qui m’a dénoncé à la Légion…

En tout état de cause, je ne comprends pas pourquoi tant d’individus font des pieds et des mains (certains font des pieds de nez mais le résultat est moins probant) pour obtenir une rosette.

Il y a tout près de chez moi un artisan charcutier qui fait un excellent salami tout aussi goûteux. Je vous conseille même d’y aller le mardi, c’est le jour où il propose un fromage de tête fait maison dont vous me direz des nouvelles !

Cette question me hante l’esprit : pourquoi l’Homo sapiens ressent-il un tel besoin de se voir décoré ? J’envisagerai pour ma part deux hypothèses.

La première est qu’il se trouve naturellement trop laid. On peut alors penser que seul un optimisme béat peut lui laisser croire qu’une simple breloque pourrait suffire à dissimuler l’étendue du désastre.

La seconde est qu’il aspire à se faire remarquer pour émerger de la masse : porter une distinction c’est en quelque sorte se distinguer du portier.

Il est vrai que la médaille vous classe un homme et lui permet de s’élever au dessus de la mêlée, rejoignant ainsi la plus belle vache laitière du comice agricole d’Alençon, le plus beau caniche nain du concours canin de Giens et la plus belle truffe du concours annuel de Figeac, ce qui, convenons-en, n’est pas rien.

Pour revenir à ma décoration, qu’ai-je donc fait pour la mériter ?

Je ne suis qu’un humble humoriste dont l’objectif est de mettre en mouvement les zygomatiques de mes congénères.

Si vous vous employez à décorer tous les comiques du pays, il va vous falloir embaucher du personnel à tour de bras pour faire face à la demande. Je remarque en passant que vous-même et vos collègues ministres avez tous déjà été décorés…

Si le critère essentiel d’attribution est la contribution au rayonnement de la France, je vous conseille d’accorder la priorité aux éminents dirigeants d’EDF et aux non moins éminents experts de tous bords en énergie nucléaire.

Je vous confirme donc pour terminer que vous pouvez ne pas m’inscrire sur la liste des prochains promus. Je suis certain que vous n’aurez aucune difficulté à trouver un autre incapable qui mérite tout autant que moi cette distinction.

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l’expression de mes plus beaux ornements. J’ai bien aimé la robe que portait votre femme à l’ouverture du salon de l’Agriculture : elle s’accordait parfaitement avec l’environnement (la robe, pas votre femme).

Lettre de démotivation

(27 août 2011)

Monsieur le DRH,

J’ai pris connaissance avec la plus grande attention de votre offre d’emploi en tous points remarquable, qualité ayant sans aucun doute grandement favorisé le fait que je l’ai remarquée.

Après avoir examiné cette offre dans ses moindres détails, je tenais à vous faire part sans plus tarder, il est déjà 23 heures, de ma réelle et totale non-motivation pour ce poste.

Jamais jusqu’alors un poste n’avait suscité en moi un désintérêt aussi profond, étant entendu que seul Jésus peut ressusciter et son poste est déjà pourvu. Sauf peut-être, un poste d’égoutier proposé dans ma prime jeunesse pour glaner quelques menus revenus, et pour lequel il m’a fallu prendre mon curage à demain.

Vous allez me demander et si vous ne me le demandez pas, je vous le dis quand même, c’est moi qui rédige : pourquoi tant de haine ? Qu’est-ce qui peut bien conduire un candidat respectable et respecté par ses pairs et par sa mère, moi, à un rejet tel qu’un chirurgien du cœur spécialiste des transplantations cardiaques en ferait une attaque ?

Et bien je vais vous le dire. Vous vous doutiez bien qu’en me posant cette question, j’allais vous répondre. Pourquoi vous aurais-je écrit cette lettre sinon, ne soyons pas ridicule !

Vous qualifiez le poste proposé de bonne situation, alors que, je tiens à vous dire, la situation de votre siège social à proximité du Père-Lachaise n’incite pas à une euphorie débordante.

J’ose espérer que les perspectives de carrière auxquelles vous faites allusion ne se limitent pas à des bureaux avec vue sur les pierres tombales.

J’ai bien noté la fourchette de salaires que vous proposez. Franchement ce n’est pas avec une fourchette pareille que l’on peut manger à sa faim tous les jours. Vous vous vantez d’être une entreprise en pleine croissance, et bien je peux vous dire qu’il est heureux pour eux que vos employés aient terminé la leur.

Vous n’avez pas le sens des réalités : avez-vous la moindre idée du prix d’une Aston Martin à l’heure actuelle ? Même sans les options, ce n’est pas avec un tel salaire que je pourrai remplacer la mienne. Votre sens des valeurs m’échappe.

Vous mettez en avant des possibilités d’évolution rapide. Je rappellerais à cet effet que la théorie de l’évolution conduit assez rapidement à la notion de mutation. Etant génétiquement assez stable, je suis foncièrement opposé aux mutations, notamment en Asie. J’ai un ami qui a été muté à Hong-Kong, il en est revenu complètement azimuté.

Sans vouloir me vanter, il est clair que ma non-candidature est une catastrophe pour votre entreprise.

Je possède une connaissance du bâtiment qui m’a assez vite conféré le statut de génie civil. J’en profite pour vous signaler que vous trouverez la statue du génie place de la Bastille.

Je suis pourvu, outre d’une paire d’oreilles assez proéminentes, d’un esprit de synthèse qui allie le synthétique au naturel.

Mon dynamisme est sans aucun doute à la hauteur du ressort de mes cahiers à spirales.

J’ai un goût certain pour le travail en équipe. Je suis doté à cet effet d’un sens du partage que le nonce apostolique m’envie : je distribue dans la joie et la bonne humeur ce qui peut être fait par d’autres, un vrai bienfaiteur.

Vous mettez en avant les capacités à animer un groupe. Les miennes sont avérées. J’ai récemment réussi à mettre en joie un ensemble de mormons en pénitence, en leur racontant l’histoire de l’âne qui pète quand on lui tire l’oreille. Et le tout, sans me faire tirer l’oreille.

Sans mentir, je suis passé maître dans le domaine de la convivialité et de l’entretien de l’ambiance de travail. Je saute sur toutes les occasions, et je ne parle pas de votre secrétaire ou de votre véhicule personnel même si les deux ne sont pas de toute première main, pour organiser un pot et nourrir cet esprit de corps que l’on ne retrouve plus que chez les scouts et les médecins légistes.

Mon esprit inventif donne sa pleine mesure dans ce domaine. Tout est prétexte à entretenir la flemme, pardon la flamme. L’anniversaire du premier échec de maternité d’une collaboratrice stérile, de la perte de la première dent de lait du tourneur-fraiseur, de la bataille d’Azincourt, de la mort du petit cheval : avec moi, l’ambiance ne faiblit jamais, j’ai toujours un pot au feu.

Et pour terminer en apothéose, on garde toujours le meilleur pour la faim, une compétence unanimement reconnu et notamment par Jacques Vabre et par ma grand-mère, je fais très bien le café.

Je suis bien conscient qu’après avoir lu cette lettre, vous allez tout mettre en œuvre pour infléchir un choix inexpugnable.

Mais ne vous faites pas d’illusion, même si vous me proposez un pont d’or, mais que ferais-je d’un pont d’or sans rivière de diamants, je ne reviendrai pas sur ma décision, pas plus d’ailleurs qu’à l’hôtel de la plage à Sartrouville où les coquillages n’étaient vraiment pas frais.

Je vous prie d’agréer, monsieur le DRH, l’expression de mes salutations les plus démotivées, ainsi que mon numéro de portable dans le cas où votre pont se muerait en viaduc.

Lettre à mon directeur d’agence immobilière

(8 octobre 2011)

Monsieur le Directeur, mon cher Pierre,

J’ai tenu à vous adresser cette lettre pour vous faire part de mon sentiment après la vingtaine d’annonces d’appartement que vous m’avez aimablement proposées depuis mon inscription dans votre agence, il y a déjà 6 mois. Et oui, le temps passe vite et je n’ai jamais été aussi près du prochain ravalement.

La critique étant constructive, surtout dans l’immobilier et lorsqu’on se situe sur un terrain constructible, je dirais que je n’ai pas vraiment eu à me louer de vos propositions de vente. En deux mots, elles ne cassaient pas des briques même si elles en coûtaient un certain nombre.

J’en ai notamment reçu deux pour lesquelles un emprunt m’aurait été nécessaire rien que pour payer les frais de notaire ; Et je ne suis pas certain que le notaire n’ait pour autant accepté de m’héberger.

Un prix élevé n’était pas le seul avantage de votre panel d’annonces.

L’une d’entre elles affichait un quatre pièces coquet, avec balconnet, proche des commodités.

Là, je dirais que vous avez poussé la coquetterie jusqu’à maquiller la réalité. Ma femme n’est pas Blanche-Neige et elle m’ a confirmé récemment que je n’étais pas le Prince Charmant : pourquoi vous ingéniez-vous à tenter de nous revendre la maison des sept nains ? Avec leurs étagères recouvrant les murs, les pièces n’ont vraiment rien à envier à de grands placards. Nous sommes un couple rangé mais tout de même.

Avec des pièces pareilles, il faut soigneusement éviter d’inviter lorsqu’on est présent ! Quant au balconnet, franchement, ce n’est pas pour dire mais j’ai la nette impression d’un plus grand volume dans le balconnet de ma femme que dans le vôtre. Et d’ailleurs, même si votre vie privée ne regarde que vous, que faites vous avec un balconnet ?

Et que dire de la proximité des commodités ? Vous auriez pu faire preuve de plus de précision dans le libellé de votre annonce en indiquant qu’il s’agissait des toilettes publiques, qui, je dois l’admettre sont assez commodes, au vu de la surface des toilettes de l’appartement. Et oui, le psychopathe refoulé qui a fait office d’architecte pour cet immeuble, a évidemment choisi de dessiner des toilettes en harmonie avec les autres pièces de l’appartement. C’est à dire accessibles facilement en position verticale mais beaucoup plus difficilement en position assise, position assez courante, si j’ose dire, en ces lieux que je n’ose plus qualifier d’aisance.

Une autre de vos annonces vantait un appartement confortable à rafraîchir, avec parking en sous-sol.

Après une visite rapide des lieux, je dois dire que le rafraîchissement annoncé m’a très vite refroidi au vu des nombreux frais à engager. Je suis d’ailleurs en froid avec le propriétaire des lieux depuis cette visite. En revanche, j’ai trouvé le parking en sous-sol bien conçu et beaucoup plus facile d’accès par la voirie qu’un parking à l’étage.

Pour ne pas être trop long, je passerais sur les autres annonces qui m’ont totalement convaincu de rester chez moi, malgré tous les efforts que vous avez déployés pour me convaincre de trouver un chez-moi ailleurs.

Mon cher Directeur, Mon cher Pierre, je sais que vous êtes de taille à relever le défi de me faire déménager et que votre savoir-faire n’est pas que de façade. Mais pour être magnanime, vous gardez ma confiance et je garde mon appartement.

Avec mes amitiés et sans mes frais d’agence.

Lettre à mon professeur d’histoire-géographie

(20 novembre 2011)

Mon cher professeur,

Je vous écris cette lettre pour m’excuser de mon manque d’assiduité et de l’intérêt tout relatif que je portais à votre matière étant jeune.

J’ai longtemps considéré qu’il était incompréhensible que l’on payât quelqu’un (imparfait du subjonctif du verbe payer, j’étais beaucoup plus assidu en cours de français) à raconter des histoires et à jouer aux cartes.

Comme la girouette ou l’homme politique sentant le vent tourner, j’ai changé de position. Dorénavant, je dors beaucoup plus souvent sur le côté et la tête au Nord. J’ai remarqué que la position avec les pieds au Sud était beaucoup plus confortable en hiver. Et j’ai découvert sur le tard, sinon l’Amérique, du moins un intérêt certain pour l’Histoire et la Géographie.

En premier lieu, pour l’Histoire. Je vous accorde que j’ai toujours eu et que j’ai toujours des difficultés à retenir les dates des événements marquants, notamment la date d’anniversaire de ma femme, difficultés à l’origine de tensions internationales, ma femme étant russe, et de phases réitérées de guerre froide.

Je vous laisse alors imaginer mon désarroi lorsqu’il s’agissait de retenir la date du couronnement de Louis VI le Gros, avec lequel je n’ai absolument aucun lien de parenté, même si j’ai un cousin, Robert, que l’on surnomme également le gros de par son tour de taille inspirant le respect et qui, à ma connaissance, n’a eu qu’une seule et unique dent couronnée.

C’est comme cette date où les arabes ont été repoussés à Poitiers, j’ai beau me concentrer, je n’arrive pas à me mettre Charles Martel en tête.

Je dois dire à ce sujet que j’ai quelques doute sur la fiabilité de vos informations. Ayant récemment séjourné dans cette ville, je peux témoigner que certains d’entre eux n’ont pas été repoussés.

Mais sincèrement, grâce à l’Histoire, j’appréhende beaucoup mieux l’évolution de l’homme au fil des siècles, et je peux enfin faire la différence entre un château Cathare et un Châteauneuf du Pape.

Grâce à vous, j’ai appris, si ma mémoire ne me fait pas défaut, qu’Hannibal n’aimait pas la viande et qu’il avait franchi les Alpes à dos d’éléphants. Quand on y pense, cela paraît incroyable qu’un Hannibal n’aime pas la viande.

J’ai appris également que certaines grandes batailles victorieuses de notre Histoire avaient été baptisées du nom de stations du métro parisien, je suppose dans le but de montrer la voie aux soldats. C’est à ce genre de détails que l’on perçoit mieux la fibre stratégique de nos célèbres chefs de guerre.

En me référant aux grands moments de notre Histoire, j’ai enfin pris conscience de certaines évolutions criantes de notre société. Par exemple, les bourgeois de Calais qui apportaient les clés de leur ville la corde au cou ont été remplacés de nos jours par des bourgeois décalés usant leur vie jusqu’à la corde dans leur quête des clés du bonheur. Les temps changent, et l’homme continue à chercher les clés. C’est idiot quand on pense que le porte-clés à scoubidou ne date pas d’hier.

La Place de Grèves a laissé place à la grève, le couperet continuant de tomber, la raison d’état remplacée par la raison économique.

Des événements meurtriers sont à l’origine d’évolutions technologiques majeures. L’assassinat de Marat dans sa baignoire a conduit à l’installation des premiers verrous dans les salles de bains. Et depuis l’assassinat d’Henri IV lors d’un trajet en carrosse à Paris, les véhicules ont été équipés d’un verrouillage intérieur et de rétroviseurs. On respire en pensant qu’ils ne sont pas morts pour rien.

En second lieu, pour la Géographie. Il est vrai que persister à croire jusqu’à la fin de mes jours que Pondicherry était une variété de cerises m’aurait été insupportable.

Je ne pouvais pas non plus demeurer dans cet état d’ignorance crasse qui me faisait perdre le Nord face aux grandes régions du monde, y compris celles situées au Sud. Le moyen Orient, l’Orient, l’extrême Orient, l’Orient express, pour moi, c’était du chinois.

Heureusement, l’espoir faisant vivre la Française des jeux, mes connaissances ont enfin franchi un cap de bonne espérance : je localise maintenant sans coup férir le Japon, la Thaïlande, l’Inde et la Turquie, d’un simple regard furtif (je n’ai pas les moyens de me payer un avion furtif) jeté sur la carte des restaurants de ma rue.

Je dois dire que les voyages ont grandement contribué à combler mon retard dans le domaine de la géo localisation. Moi qui ne savait même pas situer le Kirghizistan sur une carte, c’est vous dire mon niveau proche du risible, je pourrais maintenant passer le grand Oural avec succès. J’ai notamment découvert le Bouthan en train, qui n’a pas manqué de me rappeler le Salvador.

J’ai voulu découvrir l’île Maurice mais mes moyens se trouvant momentanément mobilisés par un arriéré d’impôt que je qualifierai à tout le moins d’inopportun, j’ai finalement avantageusement opté pour une découverte de Lille avec Maurice. Je n’ai pas regretté. Les palmiers y sont beaucoup moins lassants et il faut bien reconnaître que les frites y ont beaucoup mieux cuisinées.

J’ai parcouru des pays qui n’ont pas l’importance ni la considération qu’ils méritent, je ne citerais pour exemple que le Bénin. Ceci s’expliquant aisément par le fait que je n’en connais pas d’autres.

Les mers, les océans n’ont plus de secret pour moi. Pour les novices, je signale à titre amical que la Manche n’est pas un bras de mer et que la mer Egée n’a rien à voir avec la mère à Gégé, un copain de golfe que j’avais connu en vacances à Détroit.

Toutes ces considérations pour vous expliquer que sans vos vénérables spécialités, l’homme se retrouve sans repères. Vous donnez du sens au présent et une direction à l’avenir. Comment raisonnablement peut-on vivre sans Louis ?

J’en terminerai par une petite requête avant de prendre congés (j’ai des RTT en retard) : pour votre prochain programme d’Histoire-Géographie, si vous pouviez éviter les bains de sang et vous contenter de la Mer Rouge…

Merci d’avance, Mon cher Professeur, et bonjour à la mère Caspienne.

Candidature à la Présidence de la République

(13 novembre 2011)

Mes chers concitoyens et réciproquement,

Au terme d’une longue réflexion, après avoir beaucoup consulté, et je vous prie de croire que les cabinets médicaux sont bondés en cette période de l’année, j’ai décidé de me porter candidat à la Présidence de la République Française.

Certains diront que je brûle les étapes et que le choix d’une nation moins prestigieuse, telle que le Botswana ou les îles Fidji, serait plus raisonnable pour débuter dans le métier.

A ceux-là, je répondrais que ma constitution ne me permet pas de faire campagne en pagne, même si je suis un farouche partisan de la liberté des partis. Et ma connaissance des dialectes botswanais, qui s’apparente à la maîtrise du fidjien par les vaches népalaises les plus instruites, me conduirait immanquablement à rédiger des discours à côté desquels la luminosité des comptes-rendus de séance des commissions économiques de l’Assemblée Nationale ne manquerait pas d’évoquer les levers de soleil sur la baie d’Acapulco.

Et puis on voit bien que ce n’est pas vous qui vous taperez les trajets tous les jours, déjà que le Périphérique est saturé à longueur de temps ; quitte à être Président, autant l’être pas trop loin de chez soi.

D’autres, résidents des abords du Champ de Mars à moins que ce ne soit des abords du champ depuis mars, d’autres, disais-je, se demanderont « mais qui c’est-y qu’çui-là ? D’où qu’c’est-y qu’i’ sort ? ».

Pour me démarquer d’emblée de mes prédécesseurs, à ces questions claires, j’apporte des réponses tout aussi claires, sans sombrer dans une démagogie de bas étage qui m’inciterait à le faire dans un langage sentant bon le berrichon profond à défaut de sentir bon le sable chaud.

Je le reconnais, je ne suis pas très connu du grand public. Du petit non plus, d’ailleurs.

Je n’ai plus jamais assuré de mandat électif depuis mon élection au 1er tour en tant que délégué de la classe de 5ème 2 au Lycée Lamartine. Je n’ai jamais occupé de fonction de Maire, de Député ou de Conseiller, sans parler de Ministre ou de Secrétaire d’Etat. Et mon casier judiciaire est vierge. Vous pouvez donc avoir confiance en moi.

Je ne suis le représentant d’aucun parti, prendre la tête d’un parti, c’est déjà du parti pris, d’aucun réseau, d’aucun lobby et d’aucune obédience. Et vous n’allez pas me croire, je n’ai jamais tapé dans la caisse.

Je suis marié à ma femme depuis approximativement le jour de mon mariage. Ma femme n’est ni une vedette, malgré des aptitudes certaines au lavage des pulls à basse température, ni une journaliste, en dépit de qualités sans cesse démontrées à poser des questions. Je m’en excuse d’avance auprès de vous.

J’ajouterai, pour plus de précision, que je sors de chez moi et que j’y retourne, pour emprunter une expression à un célèbre humoriste qui n’a pourtant jamais été élu Président de la République.

Vous allez me dire, à ce stade il n’a pas encore parlé de son programme. C’est normal, je n’en ai pas. Quel meilleur moyen de ne pas décevoir ses électeurs que de ne rien leur promettre ? Avec moi, vous ne serez pas déçus.

Ce qui ne signifie pas que je n’agirai pas.

Ma première action, si je suis élu, sera de montrer à quel point je suis attaché aux valeurs fondatrices de la République, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Pour se faire, je prendrai la liberté de nommer mes frères et sœurs aux postes clés du gouvernement, en respectant scrupuleusement la parité homme-femme. L’état deviendra ainsi une vraie famille. Pour ne pas être taxé de favoritisme familial, je n’irai toutefois pas jusqu’à imposer ma belle-mère sur le poste de porte-parole du gouvernement, malgré ses compétences reconnues à colporter les ragots.

Ma deuxième action phare sera de supprimer les députés. Il est inadmissible de payer près de 600 personnes à garder la chambre, qui plus est pour produire des arrêtés, alors que le déficit de la sécurité sociale atteint des profondeurs abyssales à côté desquelles le gouffre de Padirac fait figure de dent creuse.

Cette mesure aura pour effets de réveiller des sénateurs somnolents dans leur train-train et de libérer des surfaces pour loger les SDF.

Ma troisième action sera certainement celle qui marquera le plus les esprits. J’ai décidé d’instaurer une TCA, Taxe à la Connerie Ajoutée. Cette idée de taxer les cons n’est pas nouvelle, c’est une source inépuisable de revenus, mais n’a jamais été mise en œuvre du fait de son impopularité. Les électeurs n’aiment pas qu’on les prenne officiellement pour des cons.

Une étude récente, qui n’a pas été conduite par des cons, a prouvé que la mise en place d’une telle taxe permettrait non seulement d’équilibrer les comptes de l’Etat, mais aussi de rembourser la dette de la France en 3 ans. Je proposerai donc que cette action soit baptisée « opération dette de cons ».

Un observatoire de la bêtise sera créé au sein d’un « Intelligence service », chargé de définir le barème et le mode de recouvrement de cet impôt. Il va sans dire que la petite bêtise entre amis ne sera pas imposée au même taux que la grosse connerie ressassée à la télé aux heures de grande écoute. Les cons de naissance feront l’objet d’un traitement spécial avec instauration d’un plafond tenant compte des critères génétiques. La connerie étant sans limite, il faudra bien en instituer. Il ne sera pas question d’aller jusqu’à ruiner les cons qui n’ont fait que perpétuer une tradition familiale.

Des actions comme celles-ci, il y en aura d’autres au cours de mon quinquennat, mais comme je sais que le français aime les surprises, je vous en laisse la primeur dès mon élection acquise.

Comme je vous l’ai déjà dit, mais l'enseignement est l’art de la répétition, je ne vous promettrai rien. Et cette promesse, je la tiendrai.

Je me présenterai sans étiquette en 2012, car vous l’aurez compris, c’est le meilleur moyen de ne pas se faire acheter et d’éviter de passer pour un vendu aux yeux de ses électeurs.

L’avenir vous fait peur ? Vous ne savez pas de quoi il sera fait ? Nous avons un point commun, moi non plus. Si un candidat vous fait miroiter un avenir meilleur, fuyez le comme la peste, c’est un imposteur. Surtout s’il se fait appeler Me Irma et qu’il fait campagne dans une roulotte.

Il faut toujours se méfier des prévisionnistes qui font montre d’une certitude hautaine. Pas plus tard qu’avant-hier, pour ne pas avoir sorti mon pull le matin sur la base des conseils avisés du présentateur météo de la veille, je me suis caillé les miches toute la journée.

Pour vous convaincre une dernière fois, je vous poserai cette ultime question : votre esprit n’est-il pas régulièrement traversé par une envie pressante de pisser, oui certes, c’est naturel, mais également de changer de patron, de logement, de femme (pour les hommes et les lesbiennes), d’homme (pour les femmes et les homosexuels), d’amant (pour tout le monde), de papier peint dans le salon, de carrelage dans la cuisine, de pantoufles, de claquettes, en deux mots de changer de vie ?

Si la réponse est oui, votez pour moi en 2012.

Lettre d’une désespérée face à la crise

(3 décembre 2011)

C’est dans un état proche de la dépression de 1929 que j’ai décidé de prendre mon plus beau stylo Mont Blanc pour laisser libre cours à une colère sourde qui couvait depuis des mois.

On ne reste pas muette devant une colère sourde, à moins d’être aveugle, mais exprimer cette colère avec un stylo Bic aurait été au-dessus de mes forces.

La crise économique a réveillé les vieux démons de la stigmatisation des nantis, de ceux qui ont les moyens, les sous, le grisbi, les pépettes, je vulgarise à dessein pour que tout le monde comprenne bien, c'est-à-dire nous.

Un vent de lutte des classes souffle sur ma mise en plis au risque de me défriser, alors qu’elle me coûte tout de même l’équivalent de 50 repas aux restaurants du cœur, pour comparer avec une mise en plats.

Il nous est reproché d’être riches. Mais honnêtement, si je puis dire, je peux vous affirmer que la richesse n’est pas incompatible avec le bonheur.

Et combien parmi ceux jetant l’opprobre sur nous rêveraient d’être à notre place ? La preuve en est le nombre de joueurs au Loto. Votre démarche relève d’une jalousie malsaine qui ne doit rien au hasard, contrairement au Loto.

Notre fortune, nous ne l’avons pas volée. Mon père a mis des années à la constituer à la sueur du front de ses employés. Ayez un peu de respect pour eux tout de même ! Et ce n’est pas parce que nous sommes clients de Fauchon qu’il faut nous traiter de voleurs !

Contrairement au travailleur moyen (environ 1,75 m pour les hommes d’après l’INSEE), la crise économique nous a fait perdre beaucoup. Mon mari a évalué à un équivalent de 500 SMIC annuels perdus lors de la chute du cours des actions. Aucun smicard ne peut se prévaloir d’avoir subi un tel choc !

Lorsque j’ai appris la nouvelle, le coup a été si rude que je n’ai pas repris de tarte aux noix à l’heure du thé, et pourtant la tarte aux noix de Marie-Chantal est délicieuse.

Puis en un éclair, j’ai pris conscience de la gravité de la situation. Marie-Chantal allait certainement penser que je n’avais pas apprécié son gâteau. Et peut-être allions-nous être amenés à différer, ou comble de l’horreur, annuler nos vacances aux Seychelles ?

L’attente fut insoutenable. Des pensées cauchemardesques ont alors traversé mon esprit, allant jusqu’à imaginer des vacances sur la côte normande.

Non contents de nous voir anéantis par ce cataclysme, à côté duquel le tsunami japonais n’a été qu’un mouvement de houle sur le lac de Genève, des personnes malintentionnées militent pour nous taxer encore et encore. Est-ce l’engouement pour les films de vampires qui est à l’origine de ce mouvement ?

C’est en tout cas être dépourvu du moindre sens de la valeur des choses face au coûts exorbitants d’entretien de notre château de Roquebrune sur Argens, et je ne vous parle pas du prix des sacs Vuitton et des tailleurs Chanel, dont les distributeurs n’ont pas encore totalement appréhendé la profondeur de la crise.

Quand je pense que nous n’avons reçu aucun message de compassion lorsque l’Argens a débordé, c’est symptomatique de la montée des eaux et d’une certaine forme d’individualisme.

Ces infâmes souhaiteraient nous pousser à des extrémités qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Peut-être même voudraient-ils nous voir faire nos courses nous-mêmes et pousser un caddy dans un supermarché ? N’y comptez pas ! La seule fois où j’ai poussé un caddy, c’était le mois dernier sur le Golf de Saint-Nom la Bretèche, il me gênait pour préparer mon swing.

Je pousse donc un dernier cri de désespoir « TOUCHEZ PAS AU GRISBI !!! », avant d’envisager le pire et de partir m’exiler en Suisse et mes revenus avec moi, pour ne plus revenir dans un pays où les riches sont considérés comme des parias. Je ne suis pas sûre que ce soit un paria pour l’avenir…

Lettre au conservateur du musée

(14 janvier 2012)

Monsieur le conservateur,

Tout d’abord permettez moi de vous féliciter pour avoir conservé un teint de jeune fille aux fleurs que Renoir vous aurait envié. C’est bien la preuve que le musée conserve, à Thouars bien sûr, mais pas uniquement.

Vous faites un beau métier qui permet de perpétuer la mémoire et le savoir-faire de l’humanité. Moi qui ne sait pas faire grand-chose de mes neufs doigts, j’en ai perdu un par inadvertance, et qui oublie régulièrement mes rendez-vous, je vous admire. Grâce à vous, le beau comme le laid font l’objet d’une longue conservation.

Je dois avouer que nous avons un point commun, je suis par essence très conservateur. Je garde tout, sauf peut-être la monnaie que je laisse souvent à ma boulangère. J’ai horreur de jeter. La seule idée de devoir jeter me donne des renvois, c’est dire. Je refuse même de jeter les dés.

Mon instinct de conservation me pousserait jusqu’à conserver les étiquettes des boîtes de conserves d’aliments contenant des conservateurs.

Et ce n’est pas tout. Je suis tellement conservateur que je n’ai jamais pu m’empêcher de voter pour Charles de Gaulle depuis 1965.

Je collectionne tellement que certains vont jusqu’à prétendre que je suis un peu timbré ou tout au moins que ma santé mentale serait oblitérée. Quand j’entends ça, j’ai envie de montrer les dents !

Malheureusement ma femme, contrairement à moi, n’est pas très conservatrice. Elle a d’ailleurs déjà divorcé trois fois. Elle a un tel désir permanent de faire le vide qu’elle peut aller jusqu’à régulièrement défaire le ménage. A contre cœur et pour conserver le sien, je me garde bien de tout conserver de peur de la perdre.

Elle clame haut et fort que la maison ressemble de plus de plus à la caverne d’Ali Baba et qu’elle attend avec impatience une descente prochaine des 40 voleurs.

Elle a un mal fou à conserver. Elle a d’ailleurs beaucoup de mal à garder la ligne. Par contre, elle converse très bien tout en éprouvant de grandes difficultés à garder un secret. Elle a bien essayé un temps de garder des enfants mais elle a vite arrêté après en avoir perdu trois en deux jours.

Comme vous l’avez compris, je n’ai pas la possibilité d’exprimer pleinement mes tendances conservatoires. Je vous serais donc très reconnaissant si vous pouviez me proposer un emploi même temporaire dans votre musée. Je n’hésiterai pas une seule Joconde, pardon, une seule seconde, pour me rendre sur place avec le sourire.

D’évidence, je n’ai pas l’expérience d’œuvres prestigieuses telles que la Vénus de Milo, même si, faute de bras, j’ai longtemps conservé le vélux du minot dans ma cave avant de l’installer.

J’ai conservé beaucoup plus de mètres de toiles que de toiles de maîtres mais comme vous, je dois dire que la restauration m’attire, expliquant ainsi ma fréquentation assidue des restaurants.

Passer du hors d’œuvre du chef un peu âgé au chef d’œuvre hors d’âge ne me pose aucun problème, hormis le fait qu’un repas sans hors d’œuvre est comme une œuvre inachevée, on reste un peu sur sa faim, mais là n’est pas la question.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, monsieur le conservateur, la collection complète de mes meilleurs sentiments.



Lettre de motivation pour un poste d’agent secret

(3 mars 2012)



Monsieur le Directeur Général de la Sécurité Extérieure,


C’est avec la plus grande discrétion et dans l’anonymat le plus complet, j’ai pris un pseudonyme pour l’occasion, que je vous fais part de ma candidature pour accéder à un poste aussi prestigieux que celui d’agent secret.

Pour plus de sécurité, j’avais envisagé d’écrire cette lettre à l’encre sympathique mais je n’ai pas pu m’en procurer auprès de mon libraire-papetier notoirement antipathique.

J’aurais pu également vous faire parvenir ma candidature sous la forme d’un message crypté, mais un message de ce type transmis par un anonyme, je me suis dit qu’il ne fallait quand même pas décoder.

Depuis toujours, je suis attiré par l’espionnage et le renseignement, attirance très certainement héritée de ma mère qui a longtemps été concierge dans un immeuble parisien après avoir débuté sa carrière dans une filature.

Dès l’école, j’ai démontré de hautes aptitudes au déchiffrage des écritures de mes camarades de classe lors des contrôles de connaissances, sans jamais être découvert par la puissance ennemie. Et je peux vous affirmer que comparé aux difficultés que j’ai rencontrées pour parvenir à mes fins, le décryptage des hiéroglyphes par Champollion ne s’apparente qu’à une aimable lecture de bandes dessinées.

Le renseignement était ma seconde nature. Dès qu’une vieille dame me demandait son chemin, je lui indiquais. Toujours disposé à prêter l’oreille et prêt à donner l’heure. Mes grandes oreilles sont sans aucun doute un atout pour l’écoute qui dépasse l’entendement.

En outre, comme votre collègue James Bond, je n’ai jamais pu me passer d’armes secrètes, que certains appellent vulgairement des gadgets. Mon abonnement dès mon plus jeune âge à Pif-gadget n’y est pas étranger. Comme lui, je me déplaçait en Aston Martin améliorée, en réalité, dans l’Austin de Martine, ma mère, que j’avais largement trafiquée. L’Austin, pas ma mère bien sûr qui n’avait pas besoin de moi pour trafiquer.

Je l’avais équipée d’un système de siège éjectable dont je n’ai jamais pu m’assurer de l’efficacité, ma femme ne passant pas par le toit ouvrant par la faute d’un gabarit des plus respectable. Il est certain que si vous êtes à la recherche d’un agent double, elle fera très bien l’affaire, même à mi-temps.

Par contre, le système de défense basé sur deux fusils de chasse montés sous la voiture et activés par un dispositif de déclenchement branché sur le klaxon, fonctionnait très bien. Le gendarme motorisé dont j’ai crevé les pneus de la moto à l’instant où je saluais une connaissance d’un coup de klaxon pourra en témoigner.

Je suis également passé maître dans l’horlogerie de précision. J’ai notamment réussi à équiper une simple montre en un système multi-fonctions alliant boussole, altimètre, caméra infra-rouge et lecteur MP4. Son seul petit défaut est qu’elle ne donnait plus l’heure. Heureusement, j’avais également adapté une boussole en montre à gousset, au cas où.

Vous allez me dire qu’au-delà de ces compétences technologiques, un bon agent secret doit avoir des capacités mentales et psychologiques, une endurance au-dessus de la moyenne. J’allais y venir.

Quand on a résisté sans broncher aux repas de famille chez sa belle-mère pendant plusieurs années, sur un terrain des plus hostiles et dans l’appréhension d’attaques aussi violentes que sournoises, une mission d’infiltration des talibans en Afghanistan relève de la villégiature. J’ai résisté sans dire un mot et sur la durée à la torture psychologique d’une puissance étrangère, vous pouvez être assuré que je resterai muet comme une taupe si je devais être soumis à un interrogatoire musclé dans le cadre d’une mission secrète.

J’espère que les qualités et la motivation que j’ai développées dans cette lettre vous auront convaincu de donner suite à ma demande et de me convoquer pour un interrogatoire, pardon un entretien, toujours bien sûr dans le plus grand secret.

Dans l’attente, veuillez agréer Monsieur le Directeur Général de la Sécurité Extérieure, Grand Chef des barbouzes, l’assurance de la plus haute considération de Marcel Lebarbu (c’est mon pseudonyme).

Lettre de réclamation suite à un excès de vitesse

(17 mars 2012)

Cher Trésor Public,

Dernièrement, en me rendant comme à l’accoutumée sur le lieu où je vaque à des occupations à caractère lucratif dont vous êtes l’un des principaux bénéficiaires, c’est fou comme les coutumes ont la vie dure car j’aurais tout aussi bien pu me rendre sur mon lieu de vacances ou sur les lieux du crime, j’ai eu comme une illumination.

Pas une simple vision des cieux, d’une banalité désolante sur une nationale débordante de véhicules à quatre roues, mais une lumière éclatante qui le temps d’un éclair m’a métamorphosé en Bernadette Subaru.

« Quel beau halo ! », m’écriais-je, en pensant au fils de son père qui avait installé sur mon chemin cette somptueuse boîte à lumière délicatement zébrée de jaune. Son dessin en forme de caisse noire, bien que ne débordant pas au-delà du raisonnable les limites de l’avant-gardisme, se marie très bien avec le design des bornes téléphoniques parsemant le paysage environnant, l’appel de fonds se substituant à l’appel de secours.

Vous vous doutez bien, mon cher Trésor Public, que je ne vous ai pas écrit cette lettre dans le seul but de vous entretenir, si j’ose dire, de l’esthétisme raffiné de vos chambres noires.

Je suis malheureusement aux regrets de vous informer être dans l’obligation de vous retourner la gentille carte que vous m’avez adressée postérieurement à mon illumination, carte me proposant aimablement de m’acquitter de la somme dérisoire de 90 euros pour un dépassement de la vitesse autorisée ramené à 1 Km/h. Je ne conteste en aucune façon la réalité et la gravité du délit commis, la honte me montant encore aux joues quand j’y repense. Mais je tiens à vous préciser que mon contrat d’exclusivité avec le magasine Paris-Match m’interdit de me faire photographier par un tiers, fut-il payant ou prévisionnel.

Et franchement, au vu de la qualité de vos photos et à ce prix-là, je peux vous dire que vous êtes loin d’être concurrentiel. Mais vous le faites exprès aussi : prendre une photo à cette vitesse et sans faire poser le modèle, on frise l’amateurisme dans le domaine.

Pour me faire pardonner, je vous joins une photo dédicacée de moi et de mon chien Radar, que j’ai appelé ainsi car il saute sur tout ce qui bouge.

En espérant que mon défaut de paiement ne vous fera pas défaut, je vous prie d’agréer, mon cher Trésor Public, l’expression de mes sentiments les plus éclatants.

Lettre verte aux écologistes

(31 mars 2012)

Je tiens tout d’abord à vous faire part de ma profonde admiration devant une opiniâtreté à lutter contre les moulins à vent et promouvoir les éoliennes témoignant d’un potentiel inépuisable d’énergie renouvelable qui n’est pas sans rappeler celle des derviches tourneurs en tournée mondiale.

Car je suis bien d’accord avec vous, l’écologie est encore bien loin de faire l’objet d’une culture intensive. Ses concepts sont globalement admis mais leur application au quotidien est encore source de rejets venant polluer une atmosphère déjà passablement réchauffée par un environnement hostile.

Je prendrais pour exemple le tri sélectif qui a beaucoup de mal à s’imposer dans les esprits, rappelant ainsi les heures les plus noires du Travail, Famille, Pas tri. Rappelons à ce propos que le tri électif n’a absolument aucun rapport avec le tri sélectif susmentionné, ce dernier ayant pour objet de séparer les ordures …

Il ne fait également aucun doute que le recyclage des vieilles matières génère encore du déchet et je ne parle pas de la formation des chômeurs en fin de carrière.

Une lueur d’espoir vient tout de même percer la brume oxydo-carbonée ambiante qui dépose sans relâche son voile de particules noirâtres sur les voies respiratoires de citadins catharreux. Je sais, ça ne donne pas envie mais le fond de l’air effraie.

Je veux parler du développement des économies d’énergie sous l’impulsion de régions qui ont su montrer l’exemple, notamment la Corse qui a été un précurseur dans ce domaine.

Moi-même, je contribue assidûment à la démarche en limitant au maximum ma consommation d’eau et d’électricité. Je prends régulièrement ma douche dans le noir et à l’eau froide, et franchement je ne m’en porte pas plus mal depuis que je me suis totalement remis de la fracture du bassin due à un dérapage inopportun, consécutif à l’attaque sournoise d’un savon tapi dans l’ombre dont on ne mesurera jamais assez le risque qu’il fait courir à l’humanité depuis la plus haute antiquité.

D’une manière générale, je n’allume quasiment plus la lumière depuis que j’utilise des ampoules à basse consommation et après avoir judicieusement remarqué qu’elles commençaient tout juste à éclairer la pièce lorsque j’en ressortais.

Mais cette lueur d’espoir ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt surtout quand la forêt disparaît et meure à petit ou à grand feu.

L’écosystème et le système économique sont-ils antinomiques ? Entre l’avenir rayonnant promis par les adeptes du nucléaire et l’avenir radieux vanté par les anti-nucléaires, la réalité dépassera peut-être la fission.

De même, la pollution de l’air et de l’eau est-elle inéluctable et irréversible ? De nombreux spécialistes et chercheurs de tous poils sans compter les imberbes se sont penchés sur la question et leur réponse est unanime, « ça pue ! ».

Un savant japonais reconnu dans la rue a même ajouté « Yatrodoto Boumboum Oksapu ! » avant de se jeter un verre de saké derrière la cravate, ce qui signifie en langage moins nippon « L’accroissement continuel des mises en circulation de véhicules automobiles équipés de moteurs à explosion conduit inexorablement à une dégradation de la qualité de l’air ».

Vous remarquerez au passage combien le japonais est plus bref que le français, lui permettant ainsi de gagner du temps en cas de tremblement de terre ou d’éruption volcanique.

Et la qualité de l’alimentation dans tout ça ? La multiplication des composés chimiques présents dans les aliments, pesticides, nitrates, conservateurs, colorants, j’en passe et pas des meilleurs, conduit à se poser la question fondamentale « quand est-ce qu’on mange ? ».

De nombreux spécialistes et chercheurs évoqués plus haut se sont penchés sur la question de la qualité des aliments et leur réponse est là encore unanime « C’est dégueulasse ! ».

Il faut bien reconnaître que le goût du E407 s’est considérablement dégradé ces dernières années et nous ferait presque oublier la saveur acidulée du E407 de notre enfance.

Heureusement là encore vous êtes montés au créneau sur ce thème conduisant certains lobbyistes à juger que le vert était dans le fruit tout en étant persuadés que l’action des verts ne portera jamais ses fruits.

Je vous en conjure, même si souvent vous avez la sensation de muter en OGM, organismes globalement mortifiés, ne lâchez pas le morceau.

Tant qu’il y a une couche d’ozone, il y a de l’espoir et en fin de compte, qui n’a jamais eu envie de se mettre au vert ?

Lettre de candidature dans un Cabinet ministériel

(3 juin 2012)

Monsieur le Ministre,

Je m’adresse à vous par la présente, l’absente n’étant par définition pas là, pour solliciter une place dans votre Cabinet.

N’allez surtout pas croire que je sois dans le besoin et que cette demande ne soit que l’expression d’une envie pressante et transitoire.

Tout jeune déjà, mes parents me préparaient à occuper un jour un tel poste. Je portais les cheveux coiffés en brosse et mes toilettes étaient toujours impeccables. Et dès que l’occasion se présentait, je jouais à la tinette avec ma sœur.

A chaque passage dans les cabinets, je me laissais aller à m’imaginer entrer plus tard dans un Cabinet de Ministre qui représentait pour moi le nirvana des lieux d’aisance et de réussite.

Mes parents ne me voyant pas d’autres débouchés que dans un Cabinet m’ont rapidement orienté vers une solide formation de plombier, qui m’a permis d’acquérir toutes les compétences requises pour un tel poste.

Qui mieux que moi est capable de faire fonctionner votre Cabinet ? Je connais tous les bons tuyaux, tous les tenants et aboutissants, je sais parfaitement éviter les fuites et prévenir les débordements. Et je peux vous affirmer qu’avec moi, rien ne filtrera à l’extérieur, les bruits de chiottes, ça me connaît.

En cas de fortes sollicitation, mon sens inné de l’organisation fait que je suis tout à fait apte à expédier les affaires courantes et à en éponger par la suite les excédents.

Je suis parfaitement conscient qu’un Cabinet peut-être animé de guerres intestines mais soyez sûr là encore que je saurais y faire la chasse et qu’elles seront évacuées sans délai. J’ajouterais que je ne me laisse pas facilement démonter et que d’une manière générale, je me remets aisément en selles.

Je me tiens à votre disposition pour toute question de fond sur mon profil et ma candidature qui, je l’espère ont su retenir toute votre attention.

Je suis peut-être optimiste de nature mais je peux vous dire que je sens bien ce poste et que j’ai le sentiment que la porte de votre Cabinet restera ouverte.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments les plus coulants.

Lettre de candidature pour un poste d’urgentiste

(15 juillet 2012)

Monsieur le Directeur de l’hôpital de la Charité sur Loire,

Vous êtes à la recherche de personnel pour votre service d’urgences et si j’ai bien compris, le besoin revêt un caractère d’urgence. Considérant que votre hôpital ne se moque pas de la charité, ne cherchez plus vous avez trouvé.

Il ne fait aucun doute à mes yeux que mon profil retiendra toute votre attention, étant entendu que de face je suis beaucoup plus quelconque.

En effet, depuis toujours, ma vie est rythmée par l’urgence. Je suis né prématurément, c’est pour vous dire à quel point mon envie de ne pas perdre de temps s’est révélée précoce.

Cette précocité est d’ailleurs à l’origine d’un déficit initial de taille renforcé par une croissance qui a tourné court. Ce gabarit modeste, frisant le nanisme à trois pommes près, m’a permis de développer une certaine vivacité à résoudre les problèmes les plus insolubles qui m’a fait surnommer « le bref des pépins ».

Dans la continuité, je n’ai pas usé le fond de mes pantalons pendant des lustres avec le souci d’entrer au plus vite dans la vie professionnelle, me conférant ainsi, pour utiliser un raccourci, un statut plus proche de l’abrégé que de l’agrégé.

Une expérience de rédacteur de dépêches à l’agence France Presse m’a conforté dans la culture du rythme effréné, peu de temps après avoir quitté un poste à Météo France de par mes difficultés à confondre vitesse et précipitations. En bref, tout cela pour vous expliquer que dans le domaine de l’urgence, je ne suis pas tombé de la dernière pluie.

A ce stade vous vous demandez sûrement avec juste raison de quelle expérience je peux me prévaloir dans le secteur médical. N’ayez crainte, j’ai des références à faire valoir que n’importe quel carabin qualifierait de carabinées. Figurez-vous que je n’ai manqué aucun épisode télévisé de « Docteur House » et d’« Urgences » et que je ne manque aucun de mes rendez-vous avec mon médecin traitant.

Je suis donc parfaitement apte à faire face à toute situation requérant une réponse aussi efficace que rapide, à l’exception peut-être d’un compte bancaire à découvert le 20 du mois.

Un homme a perdu l’esprit ? Aucun problème, j’en ai à revendre.

Un autre s’est fracturé le bras ? Je sais comment m’y prendre avec les bras cassés après un stage de 6 mois dans l’Administration destiné à tenter d’assimiler les rouages de la lenteur. Ce stage m’a permis par ailleurs de mieux appréhender la notion de coma artificiel, autre atout non négligeable vous en conviendrez.

Une brûlure au deuxième degré ? Permettez-moi de vous dire que le second degré n’a aucun secret pour moi.

Une plaie ouverte ? Je manie très bien les points virgules, points d’exclamation et autres points de suspension, et il est évident que je manierai avec la même dextérité les points de suture. C’est cousu de fil blanc.

Un problème d’allergie avec difficultés respiratoires ? Comme vous avez pu le constater, je ne manque pas d’air.

Je suis persuadé que ces arguments bien que formulés brièvement vous auront convaincu, et que vous daignerez apporter une réponse rapide à ma demande. J’ai hâte de travailler dans l’urgence.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les plus empressés.

Lettre de candidature pour un poste de rédacteur

(12 octobre 2012)

Monsieur le Directeur de la Rédaction,

Vous êtes Directeur de la Rédaction, je souhaite me diriger vers la Rédaction, nous devrions donc d’un commun accord rapidement converger.

Ne dissertons pas pendant des heures, j’ai toujours été doué en rédaction.

Je m’enorgueillis de maîtriser les articles depuis le cours préparatoire soulignant ainsi une précocité certaine dans le domaine.

Dès mon plus jeune âge et mes premiers crayons, bien que ne payant pas de mine, une certaine finesse de style a très vite été identifiée par mes professeurs. Ils me répétaient sans cesse que j’écrivais tellement fin qu’avec moi ils avaient la sensation d’entendre les chuchotements de l’écrit…

L’investigation a toujours été une seconde nature chez moi. Je passe mon temps à chercher mes clés, l’origine de l’univers, ma carte bleue, l’étymologie du mot dicotylédone dont tout le monde sauf moi se contrefiche sans retenue, ou même la recette du sauté de kangourou qui m’a échappé mais je n’avais qu’à l’attacher.

Et je ne vous parle pas de mes qualités de rapporteur. J’ai conservé de l’école primaire cette faculté de grand rapporteur qui me permettait d’observer les choses sous des angles variés et d’en dénoncer les travers, quand les traits n’étaient pas droits.

Cette qualité doit certainement beaucoup à l’atavisme, mon père ayant longtemps assuré la fonction de rapporteur des finances à l’Assemblée Nationale qui soit dit en passant lui a rapporté plus d’ennuis que de finances …

Trouver des sujets d’articles n’est absolument pas un problème pour moi de par mon passage précoce lui-aussi par les scoops de France.

Je peux en outre vous assurer que mon caractère objectif s’exprime à un niveau tel que j’ai longtemps hésité à devenir photographe avant de décider d’embrasser ma femme et une carrière de journaliste.

Aujourd’hui, je vise plus haut, je veux décrocher la Une !

La polémique engendre le tirage. J’ai très souvent été catalogué par mes camarades comme un faiseur d’histoires, je devrais donc avoir bonne presse.

Je sais traiter les faits comme les méfaits, tout en ménageant mes effets.

Je tiens également à vous signaler que j’ai toujours payé mes journaux en petites coupures, c’est vous dire mes évidentes prédispositions.

Je suis bien conscient que le travail dans la presse est un travail dans l’urgence, sinon à quoi pourraient donc bien servir les dépêches, je vous le demande ? N’ayez crainte, l’urgence ne m’oppresse en aucune façon et serait même chez moi monnaie courante si j’en avais les moyens.

J’ai par ailleurs la faiblesse de croire que ma plume est assez légère pour ne pas être assimilé à un boulet de presse, peu compatible avec un canard digne de ce nom.

De prime abord, je peux vous l’affirmer sans risquer de me tromper et de vous tromper, votre journal sera mon journal de bord.

En souhaitant vous avoir convaincu de mes aptitudes à noircir le papier sans noircir le trait, je vous prie d’agréer Monsieur le Directeur de la Rédaction, l’impression de mes meilleurs caractères.