La philosophie de Leibniz, relayée par le personnage de Pangloss, se heurte au mal, notamment à travers l'épisode de la guerre, "boucherie héroïque" qui fait trembler de peur le jeune Candide. Le passage commence comme un éloge paradoxal qui cède peu à peu la place à une critique de la guerre et de la barbarie qu'elle génère, dévastant bien au delà du champ de bataille les populations civiles les plus faibles et les plus innocentes.
Rien n’était si beau,/ si leste,/ si brillant,/ si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leursfemmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles, éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et les héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais Mlle Cunégonde.
Une description ironique
vocabulaire mélioratif et hyperboles/accumulations: Rien n’était si beau,/ si leste,/ si brillant,/ si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie
une vision esthétique: la musique et la guerre, syllepse "canon"
les antithèses boucherie héroïque/ théâtre de la guerre et les marques de l'ironie héros coquins qui en infectaient
des armes autonomes: sujet grammatical de l'action, Les canons renversèrent/la mousqueterie ôta du meilleur des mondes/La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort } + atténuations/euphémismes
une critique de l'optimisme: meilleur des mondes/la raison suffisante/philosophe/raisonner ailleurs des effets et des causes
+ peur du personnage
Une dénonciation violente
le mépris de l'humain: approximations:à peu près/environ /quelques , ironie: coquins qui en infectaient
la cruauté partagée chiasme abare/bulgare
l'absence de victoire: équivalence
le registre pathétique: la mort
les champs lexicaux de la violence et du corps