J 7 : Samedi 17 septembre 2022
Jusqu’à présent, quand nous avons parcouru une gorge, elle était toujours à sec, ce qui est habituel en cette saison. C’est également le cas des cascades et chutes d’eau en été. Mais aujourd’hui nous visons deux sites qui, selon mes lectures, sont alimentés toute l’année, y compris en été. Il s’agit d’une part de la cascade de Milonas et d’autre part de la gorge de Sarakina. Pour les deux, il faut se diriger vers Iérapétra.
Iérapétra, à une vingtaine de kilomètres au sud de notre base, est une grande ville de plus de 20 000 habitants, qui vit essentiellement d’activités agricoles, notamment de cultures sous serres.
Nous contournons la grande ville par l’est pour rejoindre la station balnéaire de Ferma où une piste s’écarte du bord de mer et conduit en une dizaine de minutes jusqu’au point de départ de notre randonnée comme indiqué dans cette documentation.
Sur cette piste poussiéreuse d’un intérêt limité pour le randonneur, nous rencontrons pourtant nombre de visiteurs, à l’aller comme au retour, venant à pied depuis la côte. Manifestement nous sommes les seuls en voiture. Nous nous arrêtons d’ailleurs dans le virage précédant le point de départ, avant un petit gué, craignant que la piste ne se dégrade davantage.
Il est 8 h 45 et quelques personnes sont déjà en train de revenir de la chute, cette fois nous ne sommes pas les premiers. Précisons que le trajet aller entre le parking et la chute d’eau ne demande pas plus de 15 à 20 minutes. Nous traversons la gorge de Milonas sur son flanc Est dans une magnifique forêt de pins, particulièrement verdoyante, où affleurent quelques amas rocheux épars.
Ensuite le sentier à proprement parler disparaît pour laisser place à un ancien canal d’irrigation. Tiens, tiens ! Mais ici, pas de vide, donc pas de vertige, la progression est un jeu d’enfant😊
A ce rythme, nous atteignons le pied de la cascade au bout d’une vingtaine minutes en constatant que son débit est effectivement bien fourni. Haute d’une quarantaine de mètres, elle tombe gracieusement dans un joli bassin aux eaux cristallines. En hiver ou après de fortes pluies, une deuxième cascade se forme à côté de la première. Nous avons la chance d’y être seuls pendant quelques instants avant d’être rejoints d’abord par un couple, puis par quatre randonneurs allemands que nous avions doublés sur la piste.
Nous avons beaucoup aimé cette courte balade vers cette charmante cascade.
9 h 30 : nous sommes prêts pour la deuxième aventure de la journée (qui risque d’être plus sportive) dans la gorge de Sarakina. Par conséquent, cap à l’ouest de Iérapétra, dans l’arrière-pays de Myrtos, pas loin du village de Mithi, ce qui représente près de 40 kilomètres, soit plus d’une heure de trajet en comptant une pause-café à Iérapétra.
Nous nous étions demandé comment il fallait se chausser dans ce canyon censé être en eau toute l’année. J’avais posé la question à Pépette qui y avait randonné en juillet et qui nous a conseillé de mettre des chaussures de marche, quitte à les mouiller, nous serons ainsi mieux équipés pour escalader quelques gros rochers, car oui, nous savons que la randonnée ne sera pas de tout repos. Néanmoins, ma documentation précise que la majeure partie du parcours est accessible à tous, avec de l’eau, des vasques naturelles mais seulement quelques points d’escalade nécessitant une attention particulière.
Nous prenons également un bâton de marche chacun, afin de nous équilibrer en cas de surfaces caillouteuses. Nous les replierons s’ils nous gênent.
En arrivant sur place un peu avant 11 heures, force est de constater que nous ne serons pas seuls, le parking est déjà bien rempli (une douzaine de voitures). Nous nous attendons par conséquent à y trouver beaucoup de monde. En réalité, il y a juste un peu de monde dans l’entrée, la plupart des gens se contentant d’y jeter un simple coup d’œil.
L’entrée vaut d’ailleurs le déplacement à elle seule ! De hautes falaises orangées où s’agrippent quelques bouquets de verdure s’élancent vers le ciel, créant un impressionnant défilé que seuls quelques rares rais de lumière arrivent à éclairer. Au milieu coule une rivière ménageant à l’entrée une mince berge où garder ses pieds au sec. C’est dans cette partie que se concentrent la plupart des visiteurs.
Vue vers l’intérieur
Vue vers l’entrée depuis l’intérieur
Au bout de 200 mètres, ça commence déjà à se corser avec les premiers gros rochers à contourner et à escalader (échelle en bois et « marches » taillées dans la roche), davantage d’eau et les premières cascatelles. Les bâtons de marche sont immédiatement rangés. Ne pas se mouiller les pieds devient de plus en plus difficile, ce qui entraîne une nouvelle vague d’abandon de la part des visiteurs restants.
Quand le noir s’associe à l’orangé, le canyon revêt des couleurs sublimes. Quant à l’ambiance, elle vire au suspense à chaque virage.
Nous ne sommes plus qu’une poignée de résistants, quatre jeunes Grecs (un gars, trois filles) et nous. Sans la présence des jeunes, je pense que nous aurions abandonné. En effet, à partir de là, la difficulté s’accroît encore d’un cran avec une nouvelle série de gros boulders à escalader. Une des jeunes filles prête main forte à Hervé. Plus moyen non plus d’esquiver l’eau !
Et ce n’est pas fini ! Voyez plutôt ce qui nous attend une fois les boulders passés ! Même les jeunes ne savent pas trop comment s’y prendre pour négocier ce passage. Moralité, il ne faut pas hésiter à passer dans la vasque, quitte à avoir de l’eau jusqu’aux genoux !
Au bout d’une petite heure, nous approchons enfin de la sortie. La relative obscurité dans la gorge laisse alors place à une explosion de lumière et de verdure.
Quant à nous, nous explosons de joie et de satisfaction d’avoir mené à bien ce parcours sportif mais ô combien jouissif. Joie partagée par les jeunes Grecs et petite photo-souvenir après un itinéraire mémorable !
Et maintenant ? Demi-tour ? Non, non, il est possible de réaliser une boucle en rejoignant une piste forestière puis la route Males-Mithi. Il reste par conséquent une demi-heure de marche jusqu’au parking, mais ce trajet reste plus facile et plus court que le retour via le canyon.
Dernier coup d’œil sur la rivière depuis la piste
L’ensemble du parcours a représenté 3,5 kilomètres avec un dénivelé de 150 mètres que nous avons bouclé en une heure et demie et dont nous avons adoré le côté ludique et aquatique. Si nous devions néanmoins attribuer un code couleur à cette randonnée (bleu = facile, rouge = moyen, noir = difficile), elle mériterait la couleur noire en raison des quelques pas d’escalade rendant le parcours relativement sportif.
Cette performance nous a également ouvert l’appétit. Ça tombe bien, il est 12 h 30, nous n’avons plus qu’à aller déjeuner. Le lieu s’impose d’ailleurs de lui-même, ce sera Myrtos dont nous avions déjà apprécié le charme il y a quelques jours. Parmi toutes les adresses du front de mer, nous optons au feeling pour la taverne Votsalo. Le repas est bon et bien servi, les fruits offerts tout comme les transats et le parasol sur la plage, de quoi prolonger la pause par une baignade avant de nous étendre sur les chaises longues.
Les doigts de pied...
... en éventail !
Un petit moment de relaxation bienvenu mais dont il ne faut abuser, parce que, d’une part, il nous faut une petite heure pour rentrer et, d’autre part, parce que je veux faire un dernier arrêt en cours de route. Pas pour randonner, uniquement pour contempler les gorges de Ha. Tel un coup de scie donné dans la montagne, elles ne sont pas le résultat d’une érosion par l’eau mais celui d’un mouvement tectonique. C’est ce que les géologues appellent un rift. Les gorges du Ha sont l’un des plus grands rifts d’Europe.
La descente du canyon est réservée aux sportifs très expérimentés ou aux… chèvres !
D’ailleurs nous en suivons une du regard pendant un très long moment. Elle a l’air « coincée » sur un rocher dont elle ne bouge pas pendant tout ce temps.
Cherchez la chèvre !
Mais alors que nous étions sur le point d’appeler les secours 😉, la voilà qui reprend sa progression avec une aisance déconcertante jusqu’au pied de la paroi avant de disparaître dans les fourrés. On avait tort de s’en faire !
C’est par cette contemplation que se termine cette journée par ailleurs très sportive au terme de laquelle nos efforts appellent un réconfort par quelques brasses dans la piscine.