Il existe de nombreuses ressources sur Internet pour comprendre et apprendre le narrative design. Cette page n’est qu’un résumé rapide pour comprendre comment et pourquoi intégrer un narrative designer à votre production.
Le terme provient du structuralisme linguistique, et désigne en jeu vidéo la partie du game design qui s’occupe des modalités de développement de l’histoire. Il sert à concilier le design de systèmes, c’est-à-dire ce qui peut être géré par des algorithmes, et les aspects humains du storytelling. Il mobilise des notions comme la player fantasy, la dramaturgie, l’accessibilité, la sensibilité culturelle, l’harmonie ludonarrative, le worldbuilding, etc. Tout ce qui permet au jeu de faire sens.
Le terme est souvent utilisé pour désigner les game writers, d’autant que la plupart font à la fois du design et de l’écriture à différents niveaux. Mais quelqu’un qui ne s’occupe pas du tout du design serait préférablement désigné comme game writer. Personnellement, je précise toujours « writer & narrative designer » pour mettre en avant mes spécialités.
Le terme recouvre des réalités différentes. À ce jour, c’est encore vrai que les écrivains et les game designers proviennent de formations distinctes. Le narrative design est un point de rencontre entre ces deux disciplines. Certains narrative designers sont de purs écrivains, d’autres ne font que du design, encadrent des équipes, ou s’occupent de la direction narrative. Certains n’écrivent pas du tout, mais se concentrent sur les outils, le prototypage, les tests et l’intégration grâce à leur expérience spécifique d’un moteur de jeu.
Je suis un excellent – excellent ! – écrivain. J’ai fait de longues études en littérature, et j’ai fait mon trou dans le jeu vidéo en apprenant en autodidacte via le modding. On pourrait donc dire que je penche davantage du côté game writer, que du côté « technical narrative designer ». Ne sommes-nous pas d’éternels apprentis ?
La plupart des spécialités peuvent être complétées en interne par les autres membres de l’équipe. Quand vous engagez un narrative designer, regardez ses spécialités, mais aussi les vôtres. Sur les productions à l’échelle AAA, on a tendance à engager des profils plus spécialisés, tandis que les indés préfèrent les multicasquettes.
Tout dépend de ses compétences spécifiques et du temps que vous souhaitez consacrer à son onboarding.
Tous devraient pouvoir livrer de la documentation de design, dont le niveau de précision dépend de leur connaissance de vos outils, et une bible narrative, dans laquelle vous pourrez trouver tout ce qu’il y a à savoir sur l’univers, les personnages, les guidelines pour les écrivains, etc. Ils peuvent aussi faire des audits pour vous conseiller sur votre univers maison ou votre histoire. Au-delà, le profil de game writer peut livrer le contenu textuel, comme les dialogues ou les descriptions d’objets, avec les instructions de mise en scène, préparer la localisation, et parfois traduire lui-même. Le profil « technique » peut avoir les mains dans le cambouis, « hand-on engine », selon le moteur que vous utilisez.
Ceux qui sont en position d’encadrer des équipes peuvent aussi utiliser les outils et méthodes de producteurs. Et parfois, un narrative designer peut vous conseiller d’engager d’autres professionnels, comme des sensitivity reader et des relecteurs. Personne ne peut rendre un travail parfait tout seul.
Le plus tôt sera le mieux. La préproduction est le moment où les designers sont les plus puissants et peuvent se permettre le plus d’originalité et d’ambition. Car c’est mieux de réfléchir à ce qu’on veut faire avant que les moyens soient gravés dans le marbre.
Cela dit, il n’est jamais trop tard. On a l’habitude de travailler avec les idées des autres membres de l’équipe, leurs designs, leurs intentions, et leurs assets. Beaucoup d’équipes réalisent qu’elles ont besoin d’aide assez tard, mais de petits ajustements sur un contenu déjà lock peuvent faire des merveilles.
En bref, ça dépend.
Ça dépend d’abord de l’expérience. Un tarif journalier en freelance peut aller de 300€ pour les juniors, à 600€ et au-delà pour les seniors et vétérans. Certains proposent des tarifs dégressifs, ou sont ouverts au contrat salarié, aux royalties, et à d’autres compensations. Le plus important est que les deux partis soient satisfaits de l’accord financier. Et si c’est impossible, vous pouvez demander d’autres contacts.
Vous pouvez proposer des parts sur les revenus du jeu, mais cela implique de rédiger un contrat et de garantir une transparence sur les finances du projet. Personne ne devrait travailler sans cadre légal.
Vous pouvez chercher des fonds supplémentaires. Certains sont plus faciles à obtenir que d’autres, si on pense aux aides publiques du CNC, ou aux subventions régionales.
Enfin, il sera plus facile de convaincre un narrative designer si vous lui proposez de travailler sur son univers maison. L’avantage, c’est que cet univers est probablement déjà bien avancé.
De quelques heures à pour toujours. Vous pouvez demander des consultings rapides, ou travailler sur des univers étendus pendant des décennies. Robert Kurvitz a dit qu’un bon univers prend au moins cinq ans à élaborer. Il a raison, bien sûr. Mais il a aussi dit qu’on pouvait obtenir des résultats au bout d’une semaine.
Le cas idéal, c’est d’avoir au moins un narrative designer disponible en permanence, surtout si vous pouvez lui confier d’autres tâches (production, localisation, game design, etc.) ou les faire travailler sur différents projets en même temps. Mais je ne me ferais pas trop de soucis : se documenter et écrire peut s’avérer très long. Certains studios sont même obligés d’en recruter plusieurs.
Nonobstant, si vous ne pouvez pas engager un narrative designer à temps plein, il vaut probablement mieux en prendre un à temps partiel, qu’il puisse être disponible tout au long de la production, plutôt que de le faire intervenir une bonne fois ou deux, et que vous soyez obligés de vous débrouiller avec ses livrables.
Mauvaise nouvelle : vous ne devriez pas le faire sans lui. L’objectif du narrative designer est de tisser des liens de sens entre tous les éléments du jeu, donc on ne peut jamais être vraiment sûrs des interdépendances entre les éléments. Le récit a pour propriété de donner du sens à une séquence d’événements qui autrement ne seraient qu’un enchaînement arbitraire : le narrative design essaye de restituer cette propriété à un medium non-linéaire. Il y a donc un récit invisible, qui n’existe qu’en pensée, qui doit recomposer ce lien en permanence. Comment être sûr qu’en supprimant telle quête, vous n’allez pas créer un trou dans un autre dialogue qui y fait référence ?
Bien sûr, les narrative designers expérimentés sont préparés à couper n’importe où, n’importe quand, pour s’adapter aux aléas de la production. C’est une partie très importante du métier : optimiser le temps et l’argent tout en maintenant la cohérence et l’efficacité du récit. Et donc, vous devriez vraiment demander à votre narrative designer, juste pour être sûr.
Un jeu raconte presque toujours une histoire. Bien sûr, vous pouvez vous en occuper vous-mêmes. Mais un point de vue extérieur peut faire des merveilles si vous souhaitez ajouter un petit kick rafraîchissant à votre expérience. Quelques barks, une mascotte, tweaker quelques assets, ou se lâcher et faire une cutscene d’introduction, et votre petit jeu indé se hisse automatiquement au-dessus de la mêlée.
Le narrative designer défendra l’histoire de votre jeu. Il écoutera vos intentions et fera en sorte qu’elles soient comprises par les joueurs. Il collaborera avec tous les membres de l’équipe pour que les contributions de chacun soient respectées, valorisées, et cohérentes avec le projet. Il fera en sorte que les joueurs aient envie de faire partie de l’aventure et se souviennent de ce qu’ils ont vécu.
Alors, il faut m’écrire !