La marche verte: un peuple en marche,une histoire en héritage.
Aroua Lakhdim
Aroua Lakhdim
Dans le cadre du projet « Quand mon histoire rencontre l’Histoire », j’ai choisi de parler de mes grands-parents et d’un événement très important de l’histoire du Maroc : la Marche Verte de 1975.
La Marche Verte est un événement historique organisé par le roi Hassan II le 6 novembre 1975. Environ 350 000 Marocains ont participé à une marche pacifique vers le Sahara occidental pour montrer l’attachement du peuple marocain à ce territoire. Cet événement est resté dans l’histoire comme un symbole d’unité, de patriotisme et de solidarité.
Pour ce projet, j’ai choisi d’interviewer mes grands-parents car ils ont vécu directement cet événement. Ils habitaient à Oujda et ont participé à cette marche sans imaginer qu’ils allaient prendre part à un moment qui entrerait dans l’histoire du pays.
Quand ils évoquent cette période aujourd’hui, ils parlent avec beaucoup de fierté. Ils sourient, parlent plus fort lorsqu’ils parlent du Maroc et répètent souvent :
"C’était l’un des moments les plus historiques de notre vie, mais à ce moment-là, nous ne réalisions pas encore que nous faisions partie de l’Histoire."
À travers leur témoignage, j’ai voulu comprendre ce qu’ils ont ressenti et découvrir un moment très important de leur histoire personnelle.
J’ai choisi de présenter un bandir appartenant à ma grand-mère.
Cet objet n’est pas seulement un instrument traditionnel marocain. Pendant la période de la Marche Verte, il servait aussi à créer une ambiance lors des moments de rassemblement. Ma grand-mère l’utilisait pendant les arrêts sur la route, dans des moments où les participants chantaient, discutaient et partageaient leur enthousiasme.
Cet objet représente aujourd’hui beaucoup plus qu’un simple instrument : il rappelle la joie, l’union et la fierté ressenties pendant cette période.
Il existe encore aujourd’hui dans ma famille et constitue un souvenir très précieux transmis entre générations.
INTERVIEW
Question 1 : Mamie, quand tu repenses à ta jeunesse à Oujda, qu’est-ce qui te revient en premier ? "يما، ملي كترجعي لشبابك فـ وجدة، شنو أول حاجة كترجع فبالك؟ "
Quand je repense à ma jeunesse, je pense directement à Oujda… à notre quartier, aux voisins, aux soirées où tout le monde se connaissait. On n’avait pas une vie riche comme aujourd’hui, mais les gens étaient proches. Et puis quand je pense à cette période, je pense aussi à la Marche Verte parce que ça a marqué notre vie. Sur le moment, je ne pensais pas vivre quelque chose d’historique, j’étais juste une jeune femme qui voulait participer avec les autres.
Question 2 : Comment avez-vous appris qu’une grande marche allait être organisée ? "كيفاش عرفتي بلي غادي يتنظم واحد المسيرة كبيرة "
Réponse :
À cette époque, les informations circulaient surtout par la radio, les discussions dans les quartiers et les familles. Petit à petit, tout le monde en parlait. Dans les rues d’Oujda, on sentait qu’il se passait quelque chose d’important. Les gens avaient le sourire, échangeaient beaucoup entre eux. Il y avait une atmosphère particulière, comme si tout le pays attendait un grand moment.
Question 3 : Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as décidé d’y participer ? "شنو حسيتي ملي قررتي تشاركي فيها؟ "
Réponse :
J’étais heureuse… très heureuse même. J’étais fière de participer, mais je vais être honnête : j’avais aussi un peu peur. À l’époque, partir n’était pas comme aujourd’hui. Il n’y avait pas les téléphones pour appeler facilement. On partait sans savoir exactement comment tout allait se passer. Je me rappelle que juste avant de partir, j’ai regardé ma famille et pendant quelques secondes je me suis demandé : "Et si quelque chose arrivait ?" Mais malgré ça, la fierté était plus forte que la peur.
Réponse :
Je pense c’est le fait de voir autant de personnes réunies, le nombre de personne qu’il y avait c’était affolant, voir qu’on était tous là pour la même cause, pour notre pays, c’était beau à voir honnêtement moi ça m’a marquée je pense, il y avait pas de conflit (entre eux) c’était vraiment marquant. Des gens chantaient, certains récitaient des prières, d’autres brandissaient des drapeaux.
Réponse :
Oui bien sûr.
Aujourd’hui on parle surtout de la fierté, mais il y avait aussi la fatigue. Il y avait des personnes âgées, des familles entières, des gens épuisés. Je me souviens d’un monsieur assez âgé. Il marchait lentement avec son drapeau à la main. Je me suis dit : "Il est fatigué..." ; Mais il continuait, cette image m’a beaucoup touchée parce qu’on voyait dans son visage qu’il était épuisé mais qu’il voulait continuer malgré tout.
Réponse :
Le temps qui passe. Parce qu’à l’époque on ne se rendait pas compte. On vivait simplement le moment. Aujourd’hui je réalise que j’ai participé à quelque chose que mes petits-enfants apprennent à l’école. Et parfois je me dis : "C’est fou... je fais un peu partie de cette histoire."
Réponse :
Je choisirais sûrement un moment simple, pas un grand moment historique. Juste un moment où on était tous ensemble, fatigués, assis, à discuter et rire. Parce qu’aujourd’hui certaines personnes qui étaient là ne sont plus là, et parfois ça me manque.
Je voudrais leur dire d’écouter les anciens, parce qu’avant que les souvenirs disparaissent, il faut les transmettre. L’Histoire ce n’est pas seulement ce qu’on lit dans les livres. C’est aussi les émotions des personnes qui l’ont vécue.
Transcription et traduction en français d'une interview en dialecte marocain.
Pendant l’interview, mes grands-parents semblaient heureux de raconter leurs souvenirs. Ils souriaient souvent lorsqu’ils parlaient de la Marche Verte.
J’ai remarqué qu’ils parlaient plus fort lorsqu’ils évoquaient le Maroc ou les moments marquants. Leur voix devenait plus énergique et leurs gestes plus expressifs.
À certains moments, ils regardaient au loin avant de répondre, comme s’ils revivaient certains souvenirs.
On sentait beaucoup de fierté dans leur manière de raconter cette période.
Photo de mes grands-parents à Oujda.
Les personnes que j’ai choisies pour ce projet ce sont mes grands-parents.
Ils s’appellent Fatna et Mohammad.
Au moment de la Marche verte, ma grand-mère avait 28 ans et mon grand-père 35 ans.
Mon grand-père était commerçant tandis que ma grand-mère faisait de la couture et s’occupait également du foyer. Ils vivaient dans l’ouest du Maroc.
Lorsque la Marche verte a commencé, ils ont d’abord rejoint la ville de Fès afin de se regrouper avec d’autres personnes venues participer à cet événement historique. De là, ils sont partis tous ensemble dans un grand élan de solidarité et d’unité.
Cet événement a marqué leur génération et reste aujourd’hui un souvenir important qu’ils transmettent encore à leur famille à travers leurs témoignages et leurs souvenirs.
Photo d'une robe traditionnelle marocaine.
Robe que ma grand-mère a eu l'occasion de porter ce jour-là.
Discours du Roi Hassan II pour la Marche verte