Le Petit Cambodge: lieu de rdv qui aurait pu virer au drame.
Moi : Salut ça va ? C’est la fin du devoir de EMC, j’aurais préféré qu’on se voit pour faire cette interview, mais on devra faire en appel. Alors, tu me dis si t’es ok mais je comptais faire une sorte d’échange questions réponses même si je le reconnais c’est pas très passionnant.
Alors pour commencer, comment est-ce que tu as vécu ce moment qui je pense était très marquant ?
Anne-Laure : Très bien ça me va de faire comme ça. Donc pour répondre à la question, j'étais censée retrouver ma nièce pour manger en ville. Heureusement j’ai eu un empêchement de dernier moment donc je n’y suis pas allée, cependant ma nièce qui était en avance pour le rdv se trouvait la-bas, heureusement elle a pu se mettre en sécurité donc elle n’a rien eu. Quand on a su ce qu’il s’était passé on était tous très inquiets et attendait des nouvelles avec impatience et j’ai eu peur car de ma maison j’entendais les détonations qui faisait froid au dos, en entendre autant semblait inimaginable. Je dirais qu’en premier j’ai vécu un gros moment de stress et de choc car c’était marquant de voir ma ville subir de telles attaques.
Cette photo nous démontre que cet évènement à eu un impact sur son corps, on peut deviner une certaine fragilité due à une période d'insécurité et de peur.
Je vois, ça devait être super stressant. Ça fait longtemps maintenant, mais est-ce que t'as encore des séquelles de ça aujourd'hui ?
Pas forcément de très grande séquelle cependant voir Paris si silencieux après ces évènement m’est encore resté gravé dans ma mémoire, c’était quelque chose de voir une si grande ville être en deuil. J’ai quelques sursauts quand j’entends des pétards ou des bruits faisant penser au bruit des coups de feux.
Ça se comprend totalement, je pense qu’à ta place j’aurais eu peur de sortir de chez moi les jours qui suivaient. Mais du coup est-ce que cet événement ça t'a fait changer d'avis sur la liberté d'expression ?
J’ai changé d’avis dans le sens où je pense qu’il faut à mon avis lutter pour protéger ce droit. Avant, je ne me préoccupais pas de Charlie Hebdo, je trouvais ça parfois un peu vulgaire. Mais quand j'ai vu qu'on pouvait tuer des gens juste pour des dessins, je me suis dit qu’on était en train de perdre ce droit très précieux. On le sait que la religion est un sujet sensible, cependant personne ne devrait perdre la vie pour une action comme celle-ci. Le journal n'aurait pas du faire une telle caricature mais la réaction était disproportionnée.
Le journal a lui-même fait une édition spéciale pour cet évènement à leur encontre: Le 1178e numéro: « numéro des survivants »
A mon avis il faudrait faire en sorte de mettre en place un contrôle plus minutieux des ventes des armes ou alors toutes les répertorier. Je souhaite juste que cela ne nous mène pas comme les États-Unis où on peut se procurer des armes si on le veut. Du coup concrètement, ça t'a fait prendre conscience de quoi sur la société ?
Que tout peut basculer très vite. On se croyait à l'abri en France, et puis d'un coup, la violence débarque au milieu de Paris. Ça m'a fait réaliser qu'on est super fragiles et qu'il y a beaucoup de personnes qui ne pensent pas du tout comme nous, même s'ils vivent juste à côté.
Je me souviens que tu m’as dit avoir gardé des journaux dont la une était l’attentat contre Charlie Hebdo, quels souvenirs ça t'a rappelé en les revoyant ou relisant ?
Ça m'a fait un pincement au cœur. Je me suis rappelée de la grande marche de solidarité, où tout le monde était dans la rue. Il y avait une sorte d'union de tout le monde, j’avais l’impression que même si on est tous différent bah on a quand même un cœur et des émotions.
C'est sûr qu'on se sent moins unis maintenant. D'ailleurs, tu penses quoi de la réaction des musulmans après les caricatures ? Est-ce que tu trouves que c'était justifié ou qu'on aurait pu éviter le drame autrement ?
C'est assez délicat. Je comprends tout à fait que certains aient été hyper vexés ou blessés dans leur foi, c'est leur droit d'être en colère. Par contre, rien ne justifie d’enlever la vie de personnes. Peut-être qu'il aurait fallu plus de dialogue avant que ça n'explose. Mais le problème, c'est que les personnes qui ont fait ça n'étaient pas là pour discuter. Ils étaient là pour défendre à tous prix leur religion. Je pense que la meilleure façon de faire, c'est d'ignorer ce qui nous choque ou d'y répondre par la parole, mais jamais par la violence.
Merci beaucoup d’avoir pris ce temps pour répondre a ces questions et à m’aider tout au long de ce devoir. C’était aussi l’occasion de discuter plus longtemps aussi. Porte-toi bien, j’espère qu’on se reverra bientôt et bon week-end !