Asma El mrabeti
Pour le projet "Quand mon histoire rencontre l'Histoire", j'ai choisi de mettre en lumière la visite officielle de François Mitterrand au Maroc en novembre 1987.
Ce sommet diplomatique intervient dans un contexte de cohabitation inédit en France, obligeant le président français à réaffirmer son autorité à l'international. Face aux crises qui secouent le monde arabe à la fin des années 1980, le renforcement de l'axe Paris-Rabat devient un enjeu stratégique pour la stabilité de la région.
Les coulisses de cette grande rencontre m'ont été transmises par mon grand-père. Présent à l'événement en qualité d'invité politique marocain, ses souvenirs me permettent de relier mon parcours familial à la diplomatie franco-marocaine.
À travers ce témoignage, nous allons découvrir l’envers du décor de cette rencontre historique à travers l’expérience vécue par mon grand-père.
voici une photo de mon grand-père, la personne que j'ai décidée de choisir pour ce projet
Mon grand-père se nomme El mrabeti Mohamed
Il est né à Trougout au Maroc en 1956.
Lorsque de sa rencontre prestigieuse avec le roi du Maroc et le président française il avait 31 ans.
Moi : Bonjour papi, comment ça va ?
Lui : Ça va merci.
Moi : Aujourd’hui, nous allons parler de ta rencontre en avril 1987 avec le roi du Maroc Hassan II et le président français François Mitterrand. Mais avant tout, je vais te demander de te présenter et de nous expliquer ton parcours pour en arriver là.
Lui : Ok, donc je m’appelle Mohamed. Je suis né dans un tout petit village dans les montagnes du Rif, dans le nord du Maroc. J’ai grandi dans une famille de paysans, dans une situation très précaire.
Un jour, j’ai eu le coup de foudre pour une femme qui venait de s’installer dans mon village avec sa famille. J’ai tout de suite su que c’était elle. Très vite, nous nous sommes mariés et nous avons eu des enfants. Mais depuis toujours, j’aspire à donner un avenir plus stable à mes proches.
Donc en 1980, ma femme, mes deux enfants et moi avons déménagé à Tanger, une plus grande ville du nord du Maroc. J’étais totalement dépaysé : j’avais perdu tous mes repères. Malgré ça, j’ai travaillé pendant deux ans comme serveur dans un restaurant.
Puis, en 1984, un client du restaurant me propose de partir travailler en Corse sur la construction d’un hôtel de luxe. Après hésitation, et avec le soutien de ma femme, je décide de partir.
Une fois arrivé, tout se passe bien. À la fin des travaux, une femme très élégante vient me chercher sur le chantier et me propose de travailler pour eux dans l’hôtel. J’étais surpris, surtout que je ne parlais pas très bien français. Elle m’explique alors que ma détermination et le fait que je parle plusieurs langues faisaient de moi quelqu’un d’important pour eux.
J’ai donc accepté. J’ai travaillé là-bas pendant trente ans. Pendant toutes ces années, j’ai fait des rencontres extraordinaires : des chefs d’entreprise, des familles importantes, des politiciens… et c’est justement ce qui m’a amené à vivre cette rencontre incroyable entre Hassan II et François Mitterrand.
Moi : Et justement, comment cette rencontre avec Hassan II et François Mitterrand est-elle arrivée ?
Lui : Je connaissais énormément de familles très influentes au Maroc, notamment à Tanger. Et un jour, en 1987, j’ai reçu une lettre dans ma maison en Corse avec un sceau royal que j’ai immédiatement reconnu : celui de la famille royale marocaine.
Dans cette lettre, il y avait une invitation pour assister au repas et à la rencontre entre le roi du Maroc Hassan II et le président français François Mitterrand à Marrakech. J’ai toujours admiré la famille royale marocaine et je suis passionné de politique, donc j’étais aux anges. Je parlais de cette rencontre à tout le monde.
La veille du jour J, j’ai pris un avion qui m’avait été envoyé par la famille royale. Une fois arrivé sur place, j’ai rencontré d’autres invités politiques : il y avait des ministres, des ambassadeurs, des diplomates, des chefs de cabinet…
Au début, j’étais impressionné, surtout à l’arrivée des chefs d’État, car tout le monde voulait être au plus proche d’eux. J’ai eu la chance de manger à la table derrière eux, j’étais juste derrière la chaise du roi Hassan II. Ensuite, il y a eu la conférence avec les deux chefs d’État.
Moi : Quand tu as reçu cette invitation, quelle a été ta première réaction ?
Lui : Honnêtement, j’étais choqué. Au début, je pensais presque que c’était une blague. Moi, un homme qui vient d’un petit village du Rif, recevoir une lettre avec le sceau royal marocain… je n’en revenais pas. J’ai montré la lettre à tout le monde autour de moi pendant des jours.
Moi : Ça devait être impressionnant quand même… Comment était l’ambiance pendant cette rencontre ?
Lui : L’ambiance était très impressionnante, mais en même temps très élégante. Tout était organisé au détail près. Il y avait énormément de sécurité et beaucoup de personnalités importantes. Franchement, au début, j’étais un peu perdu au milieu de tous ces costumes et de tous ces gens importants.
Moi : Est-ce qu’il y avait beaucoup de personnalités connues présentes ?
Lui : Oui, énormément. Il y avait des ministres, des ambassadeurs, des diplomates, des chefs de cabinet… Quand les chefs d’État sont arrivés, tout le monde essayait discrètement de se rapprocher d’eux. Moi, j’ai eu beaucoup de chance : j’étais placé juste derrière Hassan II pendant le repas.
Moi : Quels thèmes ont été abordés lors de cette rencontre ?
Lui : Pendant la rencontre entre Hassan II et François Mitterrand à Marrakech en avril 1987, plusieurs sujets ont été abordés. Ils ont d’abord parlé du renforcement des relations entre la France et le Maroc. Ensuite, ils ont discuté de projets économiques pour développer les deux pays. Enfin, ils ont évoqué la sécurité dans la région ainsi que plusieurs sujets politiques importants pour le Maghreb.
Moi :
Est-ce qu’il y a eu des décisions ou des projets concrets après cette rencontre ?
Lui :
Oui, cette rencontre a surtout permis de renforcer les relations entre la France et le Maroc. Les deux pays voulaient développer davantage leurs échanges économiques et travailler ensemble sur plusieurs projets importants pour l’avenir du Maghreb. Même si tout ne se décidait pas directement ce jour-là, cette rencontre montrait que les deux dirigeants voulaient garder une relation forte entre leurs pays.
Moi : Et toi, personnellement, comment as-tu vécu ce moment ?
Lui : Honnêtement, j’étais impressionné du début à la fin. Moi qui viens d’un petit village dans les montagnes du Rif, je ne pensais jamais me retrouver un jour dans une salle avec autant de personnalités importantes. Voir Hassan II et François Mitterrand en vrai, assister à leurs échanges et découvrir l’envers du décor d’une rencontre aussi importante, c’était incroyable pour moi.
Moi : Qu’est-ce qui t’a le plus marqué pendant cette rencontre ?
Lui : Ce qui m’a le plus marqué, c’est à quel point j’étais proche d’eux. À un moment, je me suis dit que j’avais presque partagé le couscous avec Hassan II et François Mitterrand tellement les tables étaient proches. J’étais pratiquement dos à dos avec le roi. Moi qui venais d’un petit village dans les montagnes, je n’aurais jamais imaginé vivre une scène pareille un jour.
Moi : Est-ce que tu étais stressé pendant la rencontre ?
Lui : Oui, énormément au début. J’avais peur de mal faire ou de ne pas être à ma place. Mais au fil du repas, je me suis détendu et j’ai surtout essayé de profiter du moment, parce que je savais que je ne revivrais sûrement jamais quelque chose comme ça.
Moi : Avec le recul, qu’est-ce que cette rencontre représente pour toi aujourd’hui ?
Lui : Pour moi, cette rencontre représente beaucoup. Elle me rappelle surtout qu’avec de la détermination, on peut vivre des choses qu’on n’aurait jamais imaginées. Si quelqu’un m’avait dit quand j’étais enfant dans mon village du Rif qu’un jour je me retrouverais à quelques mètres d’un roi et d’un président, je ne l’aurais jamais cru.
Moi : Merci beaucoup d’avoir partagé cette expérience avec nous. C’était vraiment intéressant de découvrir l’envers du décor de cette rencontre historique. Je te souhaite une très bonne journée.
témoignage traduit par moi même
Photo faite par moi
Cet objet est un plat à tajine traditionnel en terre cuite naturelle. Il est composé de deux parties distinctes : une base circulaire creuse décorée de motifs géométriques gravés à la main, typiques de l’artisanat marocain, ainsi qu’un couvercle conique surmonté d’un bouton percé de petits orifices permettant à la vapeur de s’échapper.
Bien plus qu’un simple ustensile de cuisine, ce tajine représente un véritable témoignage familial lié à l'histoire de mon grand-père, Mohamed E , qui l'a acheté au souk de Marrakech en avril 1987, juste après avoir assisté à la rencontre diplomatique entre le roi du Maroc Hassan II et le président français François Mitterrand.
Il l’a conservé précieusement comme souvenir de cette journée exceptionnelle où, simple homme issu d’un petit village du Rif, il s’est retrouvé à quelques mètres de deux grandes figures politiques de son époque.
Image générée par IA de mon objet.