Pendant l'Ancien Régime, le Palais Royal installé au premier étage des halles mettait à disposition sa salle des séances, pour les réunions des représentants de la communauté des habitants, en particulier pour les élections.
La désignation d'un immeuble spécifique pour accueillir, sous le nom de mairie, les services propres au fonctionnement des affaires municipales à Beaufort-en-Vallée date de 1797. C'était dans les bâtiments désaffectés de l'ancien couvent des moines Récollets qui, avant la Révolution, occupait le site actuel de l'Hôtel de Ville.
A partir de 1789 et la création des municipalités de commune, des locaux spécialisés sont devenus progressivement indispensables au fonctionnement quotidien des services. Dans un premier temps, le Palais Royal désaffecté a rempli cet office. Le mauvais état général de ce bâtiment, menaçant ruine, obligea la municipalité à trouver une autre solution et le couvent des moines Récollets, devenu bien national, a pu être utilisé après le départ de ses derniers occupants.
Dans ces bâtiments datant du début du XVIIe siècle, on avait trouvé place pour une loge de concierge, un secrétariat, un cabinet pour le maire, une grande salle de conseil. Quelques pièces supplémentaires ont permis de ménager une salle d’asile, une classe pour filles, un bureau pour le comptable de la caisse d’épargne, un logement pour le garde-champêtre et des petites dépendances (écuries pour un haras ?).
Assez rapidement les constructions se sont révèlées en trop mauvais état et guère adaptées aux nouvelles utilisations. La rénovation couterait beaucoup d'argent pour un résultat discutable. La municipalité envisage donc plutôt de réaliser une nouvelle construction pour reloger correctement tous les services. Le temps passe.
En 1857, cela devient une urgence car, le 5 septembre, l’inspecteur d’Académie de Rennes a écrit au maire de Beaufort : « J’ai appris que le projet de construire le bâtiment de la mairie est ajourné et je viens à nouveau attirer votre attention sur l’état de la salle d’asile, pension Cléret, dont il convient de s’occuper à part, dès lors qu’elle ne peut plus être comprise dans un projet d’ensemble ... ».
Le maire, Alphonse du Bost de Gargilesse, engage alors la préparation d'un dossier.
Plan de la disposition des services dans l'ancien couvent des Récollets
Dans la séance du conseil municipal du 6 juillet 1858, Alphonse du Bost, le maire, avait affirmé que la mairie installée dans l’ancien couvent « n’est pas digne d’une commune aussi riche que Beaufort, et qu’il convient de la réédifier de manière à ce que la ville n’ait rien à envier aux mairies des autres communes voisines incomparablement mieux partagées que nous, sous ce rapport ».
Nous pouvons peut être modérer le propos, en constatant les dates de construction de mairies alentours : Moulhierne 1861 ; Gée 1862 ; Mazé 1864 ; La Ménitré 1866 ; Longué 1874; Les Rosiers 1874. Il y a bien, à cette période, une volonté partagée par beaucoup de communes de se construire une mairie moderne affichant le pouvoir municipal et, dans ce concert Beaufort n’a pas tardé.
Le préfet, saisi de la situation de Beaufort, a autorisé, le 8 octobre, une dépense de 35 000 fr pour la restauration de la mairie, à la condition que le projet réponde à un besoin réel et qu’il mette la mairie de Beaufort dans un état convenable. On était plutôt, du point de vue du préfet, dans de simples travaux de rénovation, d’adaptation des bâtiments existants.
Pourtant, l’idée du maire est de faire construire un nouveau bâtiment. Il confie à l'architecte Duvêtre, qui venait de déposer un projet d'agrandissement de l'église Notre-Dame, le soin de présenter un projet de mairie, en se conformant toutefois au chiffre indiqué par le préfet. Louis Duvêtre, architecte angevin, est auteur de nombreuses églises et monuments publics. A son décés en 1881, il instituera la Ville d'Angers légataire universelle de sa fortune évaluée à 450 000 francs-or, pour fonder des bourses dans différents établissements d'enseignement.
Au conseil municipal de Beaufort, une commission est nommée pour examiner et discuter la proposition pour la future mairie. Les premiers plans, soumis à son examen, sont renvoyés à l’architecte pour qu’il tienne compte de quelques modifications.
Le nouveau plan déposé le 22 février 1859 par Duvêtre assisté de Bonnet, un confrère angevin, prévoit la construction d’un bâtiment neuf, à l’emplacement du cloître de l’ancien couvent. Il comportera :
Au rez-de-chaussée, à droite les bureaux de l’administration, et à gauche, les locaux du concierge, du commissaire et de la caisse d’épargne.
L’escalier, d’une seule volée est établi dans l’ancien bâtiment conservé au nord (voir plan ci-dessous).
Au premier étage, on trouvera une salle pour les réunions et les fêtes publiques ; deux pièces, l’une pour les commissions, l’autre pour la bibliothèque et les archives ; le tout surmonté de greniers.
En raison de l’importance de la ville, il a semblé convenable de donner à l’édifice un caractère particulier, qui rappelle la destination, tout en restant dans les limites d’une dépense restreinte. Les façades seules seront décorées. Tout le reste sera édifié aux convenances mais simplicité dans l’ornementation. Les matériaux employés seront ceux provenant des démolitions des anciens bâtiments. Les matériaux neufs seront extraits des meilleurs provenance du pays.
La façade principale sera en tuffeau blanc des carrières de Saumousset (ou Saumoussay), sous pilastres, jambages des fenêtres, cordons, corniches, cintres romaines, avec remplissage en briques doubles d’Ancenis. La rampe d’escalier sera en pierre des Rairies.
La chaux proviendra des fourneaux d’Echemiré pour les fondations et les grosses maçonneries. La chaux de Chalonnes sera employée seulement pour les enduits. La couverture sera exécutée avec les anciennes ardoises et voliges provenant de la démolition ; même chose pour le bois de charpente et les anciennes briques pour les cloisons …
Le montant total des travaux est ainsi estimé à 37 132,77 francs.
Au Conseil, du 5 mars 1859, le maire expose :
« La mairie, ancienne communauté, est sans aucune commodité, comme sans la moindre convenance. Elle est aujourd’hui dans un état de délabrement et de malpropreté, qu’il ne peut être porté remède, sans dépenser une somme importante, pour arriver à un mauvais résultat " .
Le Conseil prend connaissance de cette dernière proposition et précise prendre un grand intérêt à cette construction, comme édifice et comme utilité, la discute encore, et après avoir entendu le rapport de la commission, dans tous ses détails, déclare approuver en entier les plans dressés par MM. Duvêtre et Bonnet. Il invite le Maire à solliciter l’approbation de l’autorité supérieure, pour pouvoir procéder à leur exécution le plus tôt possible.
Le maire fait alors connaître les ressources de la commune nécessaires pour subvenir aux dépenses en présence desquelles elle va se trouver pour cette construction et celle de la salle d’asile :
« Ces ressources consistent pour les deux établissement dans :
1° 25 000 fr restant de l’emprunt de 50 000 fr autorisé par décret impérial, en date du 20 décembre 1856 ;
2° le boni du budget de l’exercice 1858, attribué principalement à la construction de la salle ;
3° la vente approximative de trois parcelles de terrain demandée à la dernière réunion, soit 10 312,58 fr ;
4° la vente de la manufacture, soit 20 000 fr.
Les annuités de 3 000 fr pour la levée de la Daguenière seront soldés dans deux ans. Celles du curage de l’Authion le seront dans trois ans.
La municipalité peut encore espérer quelques économies sur le budget, si surtout la partage des 2èmes herbes a lieu, comme on peut l’espérer. »
Ainsi la commune se trouve en mesure de couvrir bien facilement une dépense pour la construction simultanée de deux bâtiments dont elle reconnaît les plans convenables, et à cette fin elle en sollicite l’approbation de M. le Préfet. L’approbation préfectorale vient le 5 août 1858.
Nous noterons ici que prix particulièrement modeste affiché par l’architecte, tient au fait qu’il a prévu, pour tenir dans l’enveloppe, de réutiliser les matériaux des constructions démolies, tant les pierres que les bois de charpente et les ardoises de couverture. C’était un pari peu fréquent en travaux de bâtiment.
Le maire va encore plus loin, il pense à distraire certains matériaux et équipements récupérés pour réaliser les réparations à faire sur les bâtiments qui vont être conservés côté nord.
Le 21 octobre 1859, il expose au Conseil : « Dans les projets de construction de la mairie, les matériaux provenant de la démolition des vieux bâtiments qui doivent être remplacés par la construction nouvelle sont portés en compte, au profit de l’adjudicataire, pour la somme d’environ 7 000 fr ; que dans ces matériaux, il en est qui peuvent être distraits, sans porter aucunement préjudice à l’adjudication, et être employés à l’appropriation des bâtiments conservés.
En effet, des portes, des fenêtres, des placards y sont à renouveler. On ne peut plus retarder les réparations de ces anciens bâtiments, et on les ferait ainsi à de moindres frais. J’ai cherché à me rendre compte de la somme qu’il faudrait demander au Conseil pour arriver à cette fin ; j’ai donc consulté des gens compétents qui, sans exiger aucune rétribution d’architecte, ont dressé l’état qui suit, pour l’appropriation de ces bâtiments, en se servant, autant que possible, des matériaux sus-désignés, lequel état se monte à la somme de 3 000 francs ».
Le Conseil s’est finalement exprimé : « Considérant que l’emploi des matériaux de bonne qualité, provenant de la démolition des anciens bâtiments sur l’emplacement desquels on doit édifier la mairie sera avantageux à la commune pour l’appropriation des bâtiments réservés ; que, si la valeur donnée dans l’estimation, à ces matériaux, en est diminuée, cette diminution sera amplement compensée par le rabais que l’on obtiendra lors de l’adjudication de la nouvelle mairie.
Le conseil délibère :
Il y a lieu d’autoriser la commune à employer les trois mille francs demandés pour l’appropriation sus-visée, sans qu’il soit besoin de produire plans et devis d’architecte, ce qui entraînerait à des frais inutiles et, en outre, à payer ces travaux sur simple mémoire, vérifiés et approuvés par l’agent voyer de la ville. La moitié de la dite somme de 3 000 fr sera prise sur l’excédent de recettes du budget primitif de l’exercice courant, lequel est de 1 547,71 fr, et l’autre moitié sera établie dans l’un des chapitres des dépenses extraordinaires du budget pour l’année 1860 ».
L'adjudication des travaux a fait l’objet d’un procès-verbal du 20 février 1860. La mise à prix était de 33 340,36 francs.
Alexandre Cousin, demeurant à Beaufort, a offert un rabais de 11 %, ce qui a ramené le prix à 29 672,93 francs.
Il a été déclaré adjudicataire. La délibération correspondante a été approuvée par le Préfet, le 1er mars 1860.
Le projet de la façade principale établi par Duvêtre
Le plan du rez-de-chaussée greffé sur le bâtiment conservé
La construction de la nouvelle mairie commence. La commission suit de près tous les travaux et assiste à toutes les visites d’architectes, faisant à ces derniers des observations auxquelles ils s‘empressent de répondre avec obligeance et même y font droit, quand la chose ne présente pas d’inconvénients.
Dès le début de l’année 1861, il est nécessaire de faire le point. Les fondations se sont élevées sans trop de problème, sauf qu’il a fallu parer à certaines défectuosités du sol, comme il a été rapporté au sujet de la façade. Quand a commencé la construction du socle des murs, la commission a été surprise de voir qu’il était construit en maçonnerie surmontée d’un simple cordon de pierre de grès. Elle a fait observer que le socle des halles et de l’école des garçons était en grès et qu’on ne pouvait faire moins pour la mairie. La dépense supplémentaire en a été estimée à 550,89 francs.
D’autre part, un mur très mauvais d’une épaisseur de 1,60 m séparait, à l'ouest, la cour de la mairie de la maison de madame Laumonier. La démolition de ce mur et la reconstruction sur une épaisseur ordinaire, permettrait d’établir au bout de la mairie, un couloir très utile, voire indispensable pour passer de la cour d’honneur à celle de derrière. Ici, la dépense supplémentaire est estimée à 853,29 francs.
Dans l’intérieur il a été demandé peu de changement, encore sont-ils insignifiants. Le mur qui se trouve entre la caisse d’épargne, peut être supprimé, comme faisant des pièces trop petites. Il pourra toujours être remplacé par une cloison en briques. Celui qui sépare le logement du concierge de la caisse d’épargne devait être en maçonnerie, on le préfère en parpaing, pour donner plus de largeur au logement du concierge.
La façade en briques est telle qu’elle était sur le devis. Mais les fouilles ont plus que doubler les prévisions pour arriver au bon sol. L’estimation des travaux en est augmentée, en considération de leur profondeur. Mais surtout, l’entreprise a constaté et rapporté qu’il y a beaucoup de difficultés à réutiliser des matériaux comme cela était prévu au devis initial. Les tuffeaux sont pris de salpêtre, les bois avariés, les fers de chainement sont en trop petite quantité, les ardoises de couverture sont tombées en poussière, les anciennes gouttières sont en mauvais état, etc … Il faudra, en conséquence, pourvoir en matériaux neufs, ce que l’entreprise a estimé en devis supplémentaire.
Pour la façade, la commission a pensé qu’un grand balcon en pierre, entouré de balustres, l’ornerait majestueusement et lui donnerait plus l’apparence d’un édifice. Les architectes ont partagé cet avis. Ils ont estimé la dépense supplémentaire à 1 213,80 francs.
Des persiennes non prévues sur les devis s’avèrent nécessaires, le bâtiment étant en plein midi. La commission demande aussi des dentelures et étaux en métal, pour le couronnement de la toiture.
D’après les plans, la cour d’honneur doit être entourée d’une grille sur les deux façades de la grande rue et du mail, mais l’obligation dans laquelle il a fallu planter le bâtiment neuf d’équerre sur l’ancien, fait qu’il n’est pas parallèle à la grande rue, et par conséquent laisse subsister un biais désagréable à l’œil. Pour remédier à cet inconvénient, ou au moins pour l’amoindrir, la commission a proposé d'élargir la rue devant la grille, en rentrant celle-ci dans la cour, sur une ligne partant de la maison de Mme Laumonier et se prolongeant jusqu’à l’extrémité du mur du mail, en face de la maison en ruine de M. Thiot. Par ce moyen, le mur du mail devrait être rapproché des arbres sur une ligne encore biaisée, il est vrai, mais moins sensible cependant que si on conservait l’alignement de la rue. Le maire, en son nom personnel a proposé de faire disparaître entièrement le biais provenant du manque de parallèle, et de conserver le mur du mail à sa place. La rue ferait une petite place devant la grille, la cour devenue carrée serait moins grande du côté du mail, mais le biais disparaîtrait. Ceci se ferait sans augmentation de frais.
En définitive, sans rien changer aux plans, sauf le socle en grès et le balcon demandé, l’excédent de dépense occasionné par tout ce qui vient d’être dit, atteint un chiffre énorme dans le devis supplémentaire. Le maire donne le détail dans une séance du conseil municipal du 6 février 1861.
Pour les fouilles, le montant est de 516,14 francs
pour la maçonnerie 9836,96
pour la charpente 3357,73
pour la couverture 698,00
pour la ferblanterie 1080,00
pour 2 poutres en fer 553,00
pour la menuiserie 2605,00
pour la serrurerie 1023,00
pour le balcon 1213,80
Rabais déduit, les dépenses imprévues et les honoraires des architectes ajoutées, l’excédent se trouve atteindre le chiffre de 20492,03 francs
Dans ce montant le socle en grès figure pour 853,00 f.
Pour le maire, ce résultat est dû en grande partie de la nature de l’emplacement, ce qui procure l’inconvénient de bâtir dans les lieux où il existe d’anciennes constructions. Les augmentations consécutives à une demande de la municipalité ne sont que pour le socle et le balcon.
Le maire fait le point sur les voies et moyens.
Montant de l’adjudication 29672,93 francs
Honoraires de l’architecte 1483,62
Ensemble 31156,55
Montant devis supplémentaire 20492,05
Total de la dépense 51648,60
A déduire 1/3 payable en 1862 17216,20
Reste 34432,40
Il a été payé sur l'exercice 1860 11550,00
Reste à payer en 1861 22882,40
qui doivent être payés dans le cours des travaux
Il reste sur l’emprunt la somme de 18450,00
soit un manque de 4432,40
qui restent à payer et complètent les 22882,40 francs
Le maire rassure les membres du Conseil : « Ces sommes se trouveront aisément sur les économies de budget.
Il reste les 17216 fr payables un an après la réception. L’entrepreneur consent à n’être payé que dans les années 1863 et 1864.
D’ici à cette époque, la position financière de la commune se sera améliorée. Nos annuités pour la digue de La Daguenière et le curage de l’Authion seront éteintes. Nous toucherons des intérêts de la vente du fonds commun, et plusieurs propriétaires de prairies à secondes herbes demandent à se cantonner. Nous ne serons donc pas en peine de solder toutes nos dépenses.
Je vous répète que les persiennes, dentelures et étaux demandés par la commission ne sont pas portés dans le devis supplémentaire. Si vous les maintenez, ils devront figurer dans la délibération. »
Le Conseil après avoir délibéré longuement sur les propositions de la commission, énumérées par M. le Maire :
« Considérant que toutes sont utiles à l’assainissement et à la consolidation et la décoration de la mairie ; que la ville de Beaufort, dans sa position de fortune, doit chercher à se faire un hôtel de ville d’une belle apparence et parfaitement en harmonie avec les autres édifices qu’elle s’est donnés ; que par conséquent, elle ne veut pas regarder à l’emploi de quelques mille francs pour donner à la mairie toute la dignité convenable.
Considérant encore que le chiffre énorme, un premier aperçu de l’excédent de dépense porté sur le devis supplémentaire, paraît suffisamment motivé par la situation du sol, par les fouilles et les vieilles constructions qui s’y sont rencontrés.
Attendu qu’il est exact que, dans les démolitions on n’a pas trouvé les matériaux dans l’état où ils pouvaient être supposés.
Attendu que dans les voies et moyens proposés par M. le Maire, il n’y a ni aliénation ni risque d’aucun genre pour la commune, et que les travaux seront soldés sur les économies ;
déclare approuver entièrement le socle en grès, le mur de séparation de la cour d’honneur et de la propriété de Mme Laumonier, la construction d’un beau balcon sur la façade, dont il sollicite particulièrement l’approbation de M. le Préfet, les persiennes, jalousies et volets intérieurs, selon ce qui conviendra le mieux, les dentelures et étaux en métal sur le sommet du toit, quoique ces deux choses ne sont pas portées sur le devis supplémentaire.
Il adopte la ligne proposée pour la clôture [a priori suivant le tracé proposé par la commission] de la cour sur la grande rue et note la somme de 20 492,03 fr portée sur le devis supplémentaire ».
Le Préfet approuvera cette délibération le 28 mars 1861.
Plan des aménagements extérieurs incluant les terrains annexés à l'ouest permettant l'accès à un bâtiment de services projeté au nord. La clôture en façade reste établie en limite existante de la rue.
Entre 1861 et 1865 des travaux de parachèvement sont décidés par le Conseil, alors qu’il y a changement de maire en 1862. Alphonse du Bost est remplacé par Alfred-Nicolas Froger.
Des vases sculptés couronneront les pilastres du monument. Au fronton, pour l’affichage de l’horloge, on adoptera un cadran de marbre blanc avec chiffres incrustés en or sur le frontispice.
Sur une plaque de marbre blanc seront inscrits les mots « Hôtel de Ville ».
Estimant que l’entourage de l’édifice doit avoir un aspect vraiment monumental, la clôture en façade comportera une grille d’environ 2 mètres de hauteur et des piliers en tuffeau blanc reproduisant les pilastres de la façade du bâtiment. Cet ensemble régnera avec et sans bahut depuis la maison de Mme Vve Laumonier en faisant retour sur le côté du mail jusqu’au point de jonction avec la mairie. Une porte de service sera ménagée près de la maison Laumonier. La porte principale se trouvera au milieu du cintre sortant et une autre porte sera laissée sur le côté du mail.
A l’intérieur, les tapisseries de la grande salle, de la salle des séances du conseil municipal, du vestibule au premier étage et du cabinet du maire sont estimées à 1 500 francs ; les murs du secrétariat recevront une peinture à l’huile.
Le sol du vestibule du rez-de-chaussée sera carrelé en pierres de Chauvigny et marbre scié estimé à 16 francs le mètre.
Les architectes ont proposé pour la cheminée de la grande salle, un corps principal en marbre de Sarrancolin, rehaussé de sculptures en marbre blanc d’Italie. L’estimation est de 1500 francs. Le Conseil a considéré que la riche ornementation de la grande salle exige une cheminée remarquable,, et par la matière et par le fini du ciseau.
Pour l’embellissement de l’Hôtel de Ville, il importe de créer au jardin qui embrasse tout à la fois la façade et l’aile latérale donnant sur le mail. Ce jardin doit être considéré comme une œuvre d’art. Pour les plantations le concours de l’un des premiers horticulteurs d’Angers est autorisé. Le Conseil vote un crédit de 1 200 francs et demande la réalisation le plus promptement possible. C’est Auguste Guérif de Saumur, qui sera choisi pour des plantations de massifs et arbres d’ornement.
Le 30 mai 1863, le Conseil autorise la commune à passer marché avec Hardouin horloger pour fournir [horloge Gourdin de Mayet] et poser une horloge avec timbre et autres accessoires moyennant le prix de 1 800 francs. En même temps, la commune vend au sieur Hardouin les timbres de l’ancienne horloge de la chapelle démolie des Récollets, au prix de 385 francs.
La Maison Maurice de Nantes a été choisie pour l’ameublement de la mairie. Cela concerne le logement du concierge; l’antichambre 1 ; le cabinet du maire ; la salle des mariages ; la salle des commissions ; la grande salle du conseil et l’antichambre 2.
Les architectes présentent le 27 mai 1864 leur devis supplémentaire pour : la cheminée en marbre monumental pour la grande salle de réception ; des papiers de tentures d’assez belle qualité et solidité en harmonie avec les pièces ; des appareils de fumisterie pour les cheminées et des banquettes en fonte pour croisées avec garde-corps ; des candélabres à réverbère pour le perron principal ; des parquets en chêne et dallages en Chauvigny dans le vestibule au rez-de-chaussée et enfin, l’augmentation de la longueur de la grille de la cour d’honneur.
Le total général fait 24 911,50 francs.
Le Conseil, réuni le 30 mai 1864, approuve le décompte général après réception des travaux de l’Hôtel de Ville dressé par les architectes. La somme définitivement arrêtée est de 97 358,09 francs. Cette délibération est approuvée par le Préfet le 21 juin 1864.
Les travaux de construction de la mairie vont se terminer. L’aspect des façades est conforme au projet. Pour elles, les architectes ont emprunté au style Louis XIII la symétrie et la régularité du plan, l’union des matériaux brique et pierre des modèles antiques pour les éléments structurants, et des apports décoratifs modérés inspirés de la Renaissance. L'ensemble utilise les trois couleurs : bleu (toit), blanc et rouge (façades).
Au rez-de-chaussée, les pilastres en tuffeau sont taillés en bossage, largeur double pour l’encadrement de la porte. Au 1er étage, d’apparence plus légère, les pilastres cannelés encadrent, en duo, la porte fenêtre. Ils ont une base sculptée et un chapiteau décoré de volutes.
Les arcs plain cintre de toutes les fenêtres sont agrémentés à la clé de motifs sculptés à mascaron.
Une plaque, au-dessus de la porte d’entrée, nous rappelle que nous sommes face à « l’Hôtel de Ville ». Tout en haut, l’horloge agite sa cloche périodiquement, a peu près en même temps que l’église Notre-Dame voisine.
Devant l’édifice, les jardins dessinés à la française sont entourés de grilles, le portail ayant été établi sur la Grande rue à son alignement déterminé par le plan général de la ville arrêté en octobre 1861.
Entrons à l’intérieur. Nous trouvons au rez-de-chaussée, une galerie centrale, donnant accès à droite, au bureau du maire, précédé d’une petite salle d’attente. La porte suivante ouvre sur le secrétariat. Sur la gauche de la galerie, deux pièces en enfilade sont réservées au concierge. Les portes suivantes sont destinées, la première au bureau de la caisse d’épargne, la seconde au commissaire de police.
Le fond de la galerie donne accès, d’une part, au bâtiment conservé de l’ancien couvent et, d’autre part, à l’escalier droit en pierres qui conduit au 1er étage. Nous trouvons là, sur la droite, les archives, puis un sas d’accès au grenier par un escalier en bois, puis la salle des commissions. Sur tout le côté gauche de l’étage, la grande salle de réception a été meublée pour recevoir périodiquement les réunions du conseil municipal. On y accueillera aussi, plus tard, les cérémonies de mariage. Les aménagements et décors y ont été terminés après 1871, c'est-à-dire après la déclaration de la IIIe république.
La salle du conseil est la plus décorée de la mairie. Une cheminée monumentale est engagée dans le mur nord sur la totalité de sa hauteur. Elle a été sculptée dans le très beau marbre de Sarrancolin, un village des Hautes-Pyrénées. Le foyer a son manteau soutenu par un arc à anse de panier nervuré. Sur la face avant a été plaquée une sculpture de marbre blanc, portant au milieu de feuillages, l’écusson du comté d’Anjou : d’azur semé de fleurs de lys d’or au lambel de gueule.
Au-dessus, plaqué sur une hotte droite, un portique néo-classique encadre un médaillon cantonné de trois oves fleuronnées en marbre blanc. Dans le médaillon une tablette supporte un buste en ronde-bosse de plâtre moulé représentant la Marianne sculptée en 1876 par Angelo Francia et moulée par la maison Barret à Paris. Ce buste présente plusieurs symboles propres à la représentation allégorique de la République. Marianne est coiffée d'une couronne végétale de feuilles de chêne (la force) et de laurier (la victoire). Sur le front, une étoile pentagramme symbolise le rôle de guide de la République éclairant la Nation. Deux rubans épousent, en tombant de l’arrière de la chevelure, les lignes du cou et des épaules. Sur la base en hermès (quadrangulaire), les initiales RF encadrent le faisceau des licteurs, symbole antique romain de force collective et d’appropriation légitime de ce pouvoir par le peuple.
Au lendemain de la chute du Second Empire, pour remplacer les bustes de Napoléon III, les « Marianne » commencèrent à apparaître dans les mairies. Toutefois, leur modèle ne portait pas le bonnet phrygien, les présidents Thiers et Mac-Mahon en ayant interdit l’usage, car symbole de la sédition et de l’anarchie. Le bonnet était alors remplacé par une couronne végétale surmontée d’une étoile pentagramme.
C’est ainsi la Marianne de Beaufort, toujours présente dans la salle du Conseil.
Ce n’est qu’après les élections législatives de 1876 et 1877, et la victoire définitive des Républicains sur les Monarchistes, qu’il y a eu retour au bonnet phrygien et adoption croissante de l’exposition des Marianne dans les mairies.
Terminons sur la cheminée. Plaquée sur le fronton supérieur, la sculpture de marbre blanc à reliefs représente les armoiries modernes de Beaufort : de sinople au lion d’argent, armé, lampassé et couronné de gueule. Le lion est ici dans la position contournée : il regarde vers notre droite. L’écusson est surmonté d’une couronne fortifiée, en référence au passé de la commune. La partie basse est embrassée par une guirlande feuillagée.
Dans les médaillons sculptés en frise sur les murs de la grande salle, nous trouvons les armoiries peintes de :
1 – la ville d’Angers en 1870 : de gueules à la clé en pal d'argent, au chef d'azur chargé de deux fleurs de lis d'or ; réinterprétées ici par inversion des couleurs de champ et dotée d’une fleur supplémentaire.
2 – celles de Baugé : d'argent, au sanglier de sable, défendu d'argent, issant d'un buisson terrassé de sinople, mouvant du flanc senestre ; mais ici pas vraiment issant de la « bauge ».
3 – Les armes de Jeanne de Laval, modifiées après la mort du roi René : écartelé au 1 d’azur à trois fleurs de lis d’or – qui est de France, au 2 et 3 d’or à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d’argent et cantonnée de seize alérions d’azur – qui est de Laval-Montmorency, au 4 d’azur semé de fleurs de lis d’or chargé d’une bande componée de gueules et d’argent – qui est d’Évreux, et sur le tout de gueules au lion d’or – qui est de Vitré (remplacé ici par l’écu moderne de Beaufort).
4 – les armes de Napoléon III : d'azur à l'aigle impériale d'or, empiétant un foudre du même ; ici le foudre est plutôt d’argent - le blason est entouré d’un morceau de collier de la Légion d’Honneur, comportant 10 médaillons et 10 aigles d’or, alternés.
Note : en héraldique les couleurs restent indicatives, ce qui permet des représentations monochromes en sculpture sur matériaux divers.
Ville d'Angers
Ville de Baugé
Jeanne de Laval
Napoléon III
Sur sa lancée, le conseil municipal a eu l’idée d’utiliser le terrain disponible à l’arrière de l’Hôtel de Ville pour un bâtiment de servitudes, pour recevoir notamment les pompes à incendie, sans doute, aussi pour d’autres outils, notamment pour l’entretien des bâtiments communaux et la voirie.
L’accès à ce bâtiment pouvait se faire, à partir de la grande rue, après que la commune eût acquis et démoli une partie du bâtiment appartenant à madame veuve Laumonier, sœur de l’ancien maire François Régis Béritault.
Dans sa séance du 25 mars 1865, le conseil municipal a examiné un projet présenté en conséquence par l’architecte Bonnet. La dépense a été évaluée à 26 940 francs. La municipalité déclarait ne pas avoir besoin de solliciter un emprunt.
Le projet, soumis à la commission des bâtiments civils le 19 avril 1865, a toutefois fait l’objet d'une demande de modifications. Finalement ce projet a été abandonné. Il n’en existe aucune trace de réalisation. Nous savons qu’à la fin du siècle, les pompes étaient remisées dans une chaumière située place Notre Dame, avant qu’un local spécifique soit construit plus tard, vers 1900, à coté de la nouvelle Caisse d’épargne.
Le projet de bâtiment de servitudes est revenu en question à la séance du Conseil du 17 août 1865, en même temps que l’établissement d’une grille de clôture, en bordure de rue, et l’exécution de réparations sur la façade ouest de la mairie. Il y avait aussi la construction de lieux d’aisances, les plantations du jardin et l’agrandissement de la salle de mariage, sans doute dans les bâtiments rénovés de l’ancien couvent.
Pour tout cela, estimé par l’architecte Bonnet, un devis de 9 533,30 francs a été présenté, à déduire 2 000 francs pour la valeur de matériaux destinés à être récupérés. Mais on ne décida rien pour le bâtiment de servitudes.
Le conseil municipal a eu une autre idée pour occuper les terrains à l'arrière de l'hôtel de ville. Un projet de théâtre municipal a été demandé à l'architecte Auguste Bibard, en 1873. Il n'y a pas eu de suite à la proposition de ce dernier.
Le projet de bâtiment de servitude qui n'a jamais été réalisé
Le 1er décembre 1880 le Conseil a discuté d'un projet de construction d'une école de filles pour moderniser l'installation réservée, il y a 20 ans, dans le bâtiment remis en état de l'ancien couvent, au nord l'hôtel de ville. Le Conseil s’était prononcé pour une reconstruction avec agrandissement sur les terrains acquis à MM. Monnereau et Corvaisier. Ce projet a été abandonné le 18 décembre 1881.
Il est repris en 1897, par le maire Gustave Chevalier, avec l'architecte Goblot qui construit, en même temps, de nouveaux bureaux pour la Caisse d’épargne. Cette nouvelle école a été inaugurée le mai 1899. Voici ce qu’un journaliste a écrit à ce sujet le 22 mai :
« Une des façades est bâtie avec un luxe inusité pour des bâtiments scolaires : mais justifié par la nécessité de la mettre en harmonie avec la mairie à laquelle elle est contigüe et de ne point dépasser cette charmante et ombreuse promenade du Mail dont elle borde un côté tout entier. D’ailleurs, les autres façades sont d’un goût beaucoup plus sobre et les intérieurs ne sont nullement sacrifiés. Tout est vaste, confortable, plein d’air et de lumière. Sans faire une description technique, nous pouvons signaler l’escalier et la cour d’entrée, avec une disposition particulière de terrasses qui donnera un grand charme à l’habitation des institutrices ».
L’école des filles sera transférée en 1974, libérant ainsi les bâtiments pour être utilisés par des services administratifs de la mairie.
En 1996, les architectes Galland et Gabreau réaliseront des travaux de redistribution et modernisation des bureaux sur les deux niveaux de l'hôtel de ville.
Sceau de l'administration municipale en 1794
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Mes archives et documentations personnelles
Je remercie les personnels des services de la commune de Beaufort-en-Anjou pour les accès qui m'ont été autorisés des locaux et documents utiles à la rédaction de cette fiche.
Fait le 18 mai 2026 Jean-Marie Schio