- Calais - le monument des Sauveteurs
Le XIXème siècle se caractérise par de nombreuses innovations techniques qui vont profondément modifier les pratiques artistiques et le regard porté sur le monde qui nous entoure. Les deux grands apports de ce siècle sont indéniablement la photographie inventée en 1839 et le cinématographe né en 1895.
Observer les portraits photographiques du XIXème siècle, c’est faire le constat d’un art de la posture et de la mise en scène où la personne joue toujours, peu ou prou, un rôle ou s’affirme dans son rang social, sa puissance ou sa renommée.
Le Monument des Sauveteurs
Le 18 octobre 1791, une forte tempête se lève au large de Calais, « le Saint-Pierre », un bateau de pêche dieppois se retrouve pris au piège par des vents violents et percute la balise à l’entrée du port. Sa coque est éventrée et le bateau sombre très vite dans les profondeurs. Les 34 marins à bord tentent alors désespérément de s’accrocher à la balise pour ne pas être submergés.
À cette époque les moyens de sauvetage en mer organisés n’existent pas encore, mais l’incident est vu depuis le port par quatre courageux Courguinois (Jean MASCOT, Louis WALLE, Louis DESOBIER et Marc NOËL) qui ne vont pas hésiter à leur porter secours. En cinq voyages, à bord de leur chaloupe, ils vont réussir à ramener à bon port une vingtaine de rescapés !
Au bord de l’épuisement, quatre autres jeunes sauveteurs prennent le relai des premiers (M.LEGROS, Barthélémy DEVOSSE, François MARESCHAL et Louis GAVET). Malheureusement, suite à un déferlement de vagues, leur chaloupe est renversée et Louis GAVET et François MARESCHAL sont emportés par le courant. Leurs corps seront retrouvés quelques jours plus tard, près de Oye-Plage. Huit des 34 marins présents sur le Saint-Pierre vont également perdre la vie.
Quelques semaines plus tard, une stèle est inaugurée par « les Amis de la Constitution » sur la muraille nord du Courgain, près de la porte du Havre, pour leur rendre hommage. Malheureusement, celle-ci est détruite en 1882 lors des travaux de fortifications du Courgain.13 ans plus tard, un comité spécial s’engage pour reconstruire le monument et le dédier cette fois à l’ensemble des sauveteurs en mer. Il s’agit du monument actuel, appelé encore aujourd’hui, à tort « le monument Gavet ».
Il fut sculpté par Edouard LORMIER et représente un vieux pêcheur prenant son élan pour jeter une corde à un naufragé. Ce monument en bronze, est inauguré en 1899 sur le boulevard International (actuel boulevard des Alliés) en face du Bassin du paradis. Sur son socle, on peut notamment y lire les noms de secouristes calaisiens titulaires de la Légion d’honneur ou la liste des marins ayant péri en mer lors de sauvetages.
Le monument échappe aux bombardements de 39-45, mais le grappin du pêcheur et les grilles autour du monument ont disparu. Après-guerre, les Courguinois demandent son déménagement. En effet, selon eux, la construction du nouvel immeuble de la maison du port ne mettrait plus assez en valeur la statue, si importante pour l’histoire du quartier. En 1960, elle est ainsi déplacée à sa place actuelle, sur les pelouses entre les quais de la Colonne et Auguste DELPIERRE.
Chaque année, les célébrations du 15 août, lors des fêtes du Courgain, sont l’occasion pour la ville de Calais et les habitants de rendre hommage à ces héros lors d’une procession allant jusqu’au monument. (source : archives de calais)
Historique : 1895 : conçu comme une réédification du monument à Louis Gavet et François Mareschal, deux Calésiens qui moururent pour avoir tenté de sauver des naufragés le 18 octobre 1791 - monument détruit avec les fortification de la porte du Havre, bien qu'un déplacement du monument d'origine ait été envisagé en 1890.
1895 : 13 avril création d'un comité à l’initiative du maire de Calais Omer Dewavrin. Une souscription est ouverte.
1896 : le comité choisit le sculpteur Lormier.
1897 : l’oeuvre est prête, mais le comité ne veut pas la voir inaugurée par la nouvelle municipalité socialiste.
1899 : 11 septembre, inauguration après l’arrivée d’un nouveau maire plus modéré, Alfred Delcluze.
1939-1945 : la statue est remisée dans un dépôt pour lui éviter la refonte.
1960 : transféré pelouse du Gourgain, à proximité de la colonne Louis XVIII.
Inscriptions : à l'avant : LA VILLE DE CALAIS / A LA GLORIFICATION DES SAUVETEURS / Ce monument a été élevé en remplacement de / celui qui avait été érigé par les amis de la / Constitution en 1791 et que le temps a détruit / Il portait l'inscription suivante / A GAVET ET MARESCHAL / Citoyens de Calais / Ils ont été ensevelis dans les flots en sauvant des naufragés / le 18 Octobre 1791 DEVOSSE et LEGROS / les accompagnaient avec plus de bonheur / le même jour XXI matelots près d'être submergés / durent la vie à quatre citoyens de Calais / MASCOT Louis WALLE Louis DESOBIER Marc NOEL / Plus heureux en 1784 mais non moins intrépide GAVET / arracha à la mort un marin seul resté d'un équipage naufragé / Il a été inauguré le 11 septembre 1899 en / présence du Représentant du Gouvernement de la REPUBLIQUE et remis par un Comité de libres citoyens de la VILLE DE CALAIS, Monsieur DELCLUZE étant Maire
📍 LES SOCIÉTÉS DE SAUVETAGE EN MER 🛟
➡ Le premier canot de sauvetage de Calais est commandé dans les années 1820 par la Société d’Agriculture, des Sciences et des Arts dont faisaient partie les marins Jacques Leveux et le très connu Tom Souville. Ces derniers investissent financièrement dans le canot mais peinent à le rembourser ou à lui construire un abri. Après quelques années, le canot, très détérioré sera revendu à perte et Calais se retrouve sans société de sauvetage organisée.
➡ C’est en 1834, qu’une nouvelle organisation voit le jour, il s’agit de la Société Humaine, une initiative privée qui ne fonctionne donc que via les souscriptions et dons de ses bienfaiteurs. À nouveau, les fonds vont peiner à rentrer et le canot utilisé pour les sauvetages ne peut être entretenu correctement. La municipalité prend alors le relais en 1839 et va notamment créer deux abris ainsi qu’une école de natation. En 1867, la Société Humaine est rattachée à la Société Nationale des Naufragés, une cloche d’alarme est installée au port et 22 sauveteurs officiels sont recrutés. En plus des opérations de sauvetage d’urgence, ils avaient à leur charge la surveillance des bains de mer.
➡ Renommée par la suite la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN), un nouveau canot est fabriqué en 1930, il s’agit du « Maréchal Foch » dont le hangar lui servant d’abri était situé à la capitainerie du quai de la Colonne. Pour plus d’efficacité, ce canot était constamment suspendu à un chariot de lancement pour le descendre directement en mer. En 1949, le « Maréchal Foch II » remplace son prédécesseur détruit lors de la Seconde guerre mondiale, il sera utilisé jusqu’en 1977.
➡ En 1967, la SCSN fusionne avec les « Hospitaliers Sauveteurs Bretons » pour donner naissance à la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). En 1977, un nouveau canot vient remplacer le « Maréchal Foch II », il s’agit du « Patron Léon Avron », portant le nom d’un Calaisien qui fut sauveteur en mer entre 1920 et 1965 et qui fut le plus décoré de la ville. Ce canot sera utilisé jusqu’en 1995, il est aujourd’hui la propriété de l’association régionale de sauvegarde du patrimoine maritime. Il sera remplacé par le « Notre-Dame du Risban » dont le nom fait référence à la sainte patronne des pêcheurs de Calais. En 2007, la station de Calais devient un centre de formation pour les sauveteurs en mer.
(source : site Archives Calais)