Histoire personnelle
Ulfar, ceci est ton histoire ...
Ulfar, ceci est ton histoire ...
Ulfar le Ténébreux, les gens ne te connaissent pas. Ceux qui te croisent te trouvent en général très taciturne, sombre et solitaire. Ton caractère est généralement interprété comme le fruit d’un esprit violent. Mais ils ne peuvent imaginer ce que tu as vécu, et la colère interne qui est tapie au plus profond de toi…
La souffrance, tu l’as viscéralement connue il y a longtemps, et tu en portes de grandes et profondes cicatrices. Certes pas physiques, mais elles sont bien ancrées en toi. Tu as appris avec le temps à supporter les douleurs que ces anciennes plaies t’infligent chaque nuit, lorsque tu t’endors et que tu laisses ton esprit s’évader. Le jour, tu as le contrôle et tu sais contenir tes pensées afin que ton âme ne sombre pas dans le délire. Mais au prix de la solitude et de l’incompréhension de la part de ton entourage.
Tu ne sais plus quand cela a réellement commencé. Mais quand tu cherches à retracer l’histoire de ton douloureux passé, c’est une angoisse étouffante qui envahit tes veines. Ce qui te revient à l’esprit à chaque fois, c’est le ricanement de cette vieille chamane. Cette sorcière qui avait été la source de tous tes malheurs et qui t’a poussé à ta perte. Mais cela ne fut pas la véritable fin, grâce à l’aide inopinée d’un grand druide qui t’a recueilli alors que tu avais littéralement abandonné toute volonté de vivre. Il t’emmena dans sa hutte, située légèrement en retrait d’un petit village nommé Moulin-sous-Pluie. Il sut prendre soin de toi, et rétablir une partie de ce qui avait été détruit en toi. Plusieurs semaines s’écoulèrent, durant lesquelles tu fus vigoureusement chahuté entre l’apaisement que les soins druidiques te procuraient et les agitations nocturnes de ton esprit souffrant. Petit à petit, le druide t’aida à retrouver une partie de ta mémoire. Une nuit de pleine lune, il t’invita à observer dans le Miroir des songes. C’est en reconnaissant soudain le reflet de cette maudite chamane à l’intérieur que tu retraças ta chute…
Tu comptais bien retourner chez toi après avoir définitivement chassé la meute de prédateurs primitifs qui rôdait dans les ombres autour de ton clan. Depuis plusieurs années, ces ennemis voraces attrapaient régulièrement des enfants ou des inconscients qui s’écartaient de la sécurité de ton village le soir ou la nuit. Au vu de tes qualités de combat et de stratège, et après un entraînement rigoureux, tu avais été amené à diriger une équipe de jeunes gardiens du clan pour mettre fin à ce fléau.
À ton retour au village, le vieux chef de clan Jarl Orelmark fut très impressionné par toi, et te considéra digne de devenir son successeur. Il souhaitait que tu sois consacré membre et dirigeant de l’Ordre des anciens, afin de mener le clan entier vers la prospérité et la sécurité. En effet, il te confia qu’il ne voulait surtout pas passer la main à son fils Komod qu’il jugeait inapte à gouverner, avec un esprit trop tyrannique et cruel.
Espionnant votre entrevue, Komod ne l’entendit pas de cette oreille. Furieux et encouragé par sa confidente privilégiée, la vieille chamane, il tua son père pour s’accaparer l’entièreté du pouvoir. Tu aperçus cet abject geste par hasard à travers la fenêtre entrebâillée de la maison du chef, alors que tu revenais pour t’entretenir avec Jarl Orelmark au sujet de la succession qu’il t’avait proposée. De peur qu’on ne te croie coupable du meurtre, tu rentras en vitesse chez toi, choqué. Le jour même, Komod te convoqua. Devant les anciens réunis en tant que témoins, il te demanda de lui être loyal. Mais sachant pertinemment ce qu’il avait fait, tu lui adressas ton plus sombre des regards, lui tournas les talons et repartis chasser. En quittant la demeure du Jarl, tu entendis les nombreuses exclamations choquées des anciens, ainsi que le sifflement des malédictions que prononçait la chamane dans ton dos. Sans en comprendre les paroles, tu savais pertinemment ce qu’elles signifiaient, mais tu n’en avais cure. À ton retour, ton domicile avait complètement brûlé. En t’approchant, tu reconnus à terre des traces de runes chamaniques qui formaient un large cercle tout autour l’édifice carbonisé. Tu compris donc rapidement que l’incendie n’avait pas été accidentel et que l’intention était de pures représailles. La douleur fut à son comble lorsque tu découvris des ossements dans les décombres et compris que tes parents et ton jeune frère avaient définitivement disparu.
Choqué, tu t’enfuis le plus loin possible, puis t’évanouis quelque part au plus profond de la forêt Sombre. Tu fus récupéré par un certain Ximopro, entraîneur itinérant de gladiateurs. Que ce soit à cause du choc que tu avais vécu ou des malédictions lancées par la chamane, tu te retrouvas totalement muet. Dans ton silence résigné, tu intégras sans incident les autres gladiateurs dans leurs vies itinérantes aux quatre coins de la Forêt Sombre et tu pris pleine part à leurs entraînements. Ton tempérament te valut le surnom du Ténébreux, trahissant la douleur et la rage silencieuse qui restaient en toi. Tes qualités de guerriers te permirent de remporter quelques belles victoires dans les arènes d’entraînement.
Pendant ce temps, Jarl Komod avait de la peine à se faire respecter par certains anciens du village. Bien que menacé par ces derniers, il comptait néanmoins sur sa popularité auprès des jeunes adultes du clan, alors il organisa de grands jeux de cirque pendant plusieurs jours, invitant les gladiateurs de tous les clans régionaux à participer.
Ximopro fut donc mandaté et amena ses gladiateurs combattre aux jeux. Tu menas tes camarades gladiateurs comme une armée, de manière à triompher de tous les autres adversaires. Après votre dernier combat victorieux, notamment contre l’un des guerriers favoris du clan, Jarl Komod entra dans l’arène et t’obligea à relever ton casque de combattant. Il se décomposa à la vue de ton visage et tu en profitas pour lui réclamer vengeance, les yeux pleins de rage et le courage gonflé par le retour soudain de ta parole. Le Jarl se vit contraint de t’épargner en se rangeant derrière l’avis des nombreux spectateurs qui avaient été témoins des combats et souhaitaient plus que tout te voir combattre à nouveau. Komod appela donc pour te défier en combat singulier son plus valeureux combattant, gardien réputé et également son garde du corps personnel, dans l’espoir de définitivement t’éliminer. Face à ce redoutable gladiateur pourtant invaincu, tu remportas encore la victoire et ridiculisas à une fois de plus Komod en le désavouant. Celui-ci entra à nouveau dans l’arène en te provoquant. Avec une abnégation exemplaire, tu trouvas les ressources pour l’ignorer et repartir la tête haute, ta rage contenue. Tu avais observé un petit groupe d’anciens qui faisaient office de conseillers personnels du Jarl, conspirant contre toi en retrait, et parmi lesquels tu reconnus entre autres la maudite chamane. Tu décidas d’obtenir à tout prix un entretien avec elle, mais tu ne parvins pas à l’approcher.
À la suite de tes succès devenus populaires, tu remarquas une personne particulière qui t’approcha en secret: Liculla, la sœur de Komod. Pensant qu’elle s’amourachait de toi, tu lui suggéras d’organiser une rencontre entre toi et quelques-uns des anciens du clan que tu avais repéré, séparés du groupe de conseillers du Jarl. Ils désapprouvaient les décisions brutales et tyranniques de Jarl Komod. Tu leur proposas qu’ils t’aident à réunir et prendre à nouveau la tête des gardiens du clan, et juras de renverser Jarl Komod pour rendre le pouvoir du clan à l’Ordre des anciens, comme c’était le cas dans les anciens temps.
Malheureusement, Liculla te trahit et Komod apprit la conspiration. Au petit matin, il fit arrêter les jeunes gardiens et pendre les anciens qui t’avaient écouté. Tu fus également attrapé et amené à l’affronter personnellement dans son arène en un combat singulier, après avoir pris le soin de te blesser mortellement, d’une lame imprégnée de poison, dans le secret de ta geôle. Malgré ta souffrance, tu tuas le Jarl. Avant de succomber, tu exigeas que les prisonniers soient libérés et que le clan soit à nouveau dirigé par l’Ordre des anciens. Tu réalisas ainsi la volonté de l’ancien Jarl Orelmark avant de sombrer dans l’inconscience et la froideur de la mort, prêt pour aller retrouver ta femme et ton fils dans l’autre-monde.
Liculla demanda à ce qu’on honore ta mémoire par la tradition cérémonielle qui était habituellement destinée aux grands Jarls décédés. Ton corps fut habillé de beaux habits, puis laissé pour le restant de l’après-midi dans le silence respectueux. C’est dans ce petit moment qu’apparut furtivement la chamane au-dessus de toi. À l’aide de l’une de ses potions mystérieuses dégageant un gaz étrange et irritant, elle réanima légèrement ton esprit. Tu vis son horrible visage devant toi, mais ne pus prononcer aucune parole ni réaliser aucun mouvement. Elle t’expliqua en un bas chuchotement ricanant que le poison qu’elle avait fourni à Komod t’avait bel et bien paralysé, mais non tué. C’est le clan lui-même qui se chargera de ce détail. Elle ricana encore puis ajouta soudain qu’elle me maudissait pour avoir fait échouer ses plans concernant Komod, son pantin qu’elle avait pris soin de mettre à la tête du pouvoir. Par ta faute, elle devait fuir définitivement le clan qui l’avait bannie après la chute du Jarl. Elle te souffla dans l’oreille qu’elle planifiait d’anéantir intégralement le village par le feu, comme elle l’avait si efficacement fait avec ta maison. Elle jubila un instant en sortant un artéfact caché sous les nombreuses couches qui formaient son horrible tunique. Elle continua sa confidence macabre en t’expliquant que toutes les futures âmes défuntes du clan allaient bientôt continuer d’alimenter son Orbe de Pouvoir, déjà chargée des nombreuses âmes des naïfs qu’elle avait capturés en secret en dehors des murs du village (faisant passer ces disparitions comme soi-disant attaques de meute de loups primitifs), ainsi que celles de ta famille d’ailleurs. Tu aperçus subrepticement un scintillement dans la boule de verre brillante que contenait l’artéfact, alors qu’elle l’éleva à deux mains au-dessus de toi, la pointe orientée vers ton cœur. Elle tressaillit soudain et arrêta son geste avant de prendre la fuite en entendant des voix qui s’approchaient, l’empêchant de te porter le coup fatal avec son arme étrange. Le stress intense que tu ressentis à cet instant te fit perdre définitivement connaissance.
Le soir venu, on installa ta dépouille dans une barque funéraire qui fut déposée sur le fleuve qui coulait en direction de la mer du Nord. Après que l’embarcation prit de la distance à la vitesse du cours d’eau, comme le voulait la coutume, l’un de tes anciens compagnons gladiateurs eu l’honneur de tirer une flèche enflammée sur le canot, afin que le voyage vers l’autre-monde se poursuive dans les flammes sacrées.
C’est lorsque le feu se propagea à l’entièreté du vaisseau, hors de vue du village, que tu repris soudain pleinement conscience. La chaleur t’avait réchauffé suffisamment pour refaire circuler en toi la vie. Paniqué devant ces flammes, tu t’agitas, l’embarcation craqua et tu basculas dans l’eau. Tu réussis à te débattre pour survivre.
Tu te retrouvas finalement échoué sur les berges du fleuve, tard dans la nuit. C’est dans cet état que le druide t’avait trouvé.
Après plusieurs jours de soins, tu avais regagné ton aplomb. En retrouvant la mémoire des événements qui t’avaient mené jusque là, une énergie soudaine t’envahit. Tu devais à tout prix retourner auprès de ton ancien clan pour les sauver de cette maudite chamane, sur le point de faire un massacre pour ses sombres desseins. Avec un regard triste, le vieux druide t’expliqua avoir été témoin d’un immense panache de fumée noire qui s’élevait depuis la Forêt Sombre, juste après t’avoir récupéré sur la rive. Tes craintes étaient fondées. Malgré les déconseilles du druide, tu décidas d’aller vérifier de tes propres yeux le désastre que t’avait prédit la sorcière.
Sur place, les froides décombres calcinées d’un village entier reposaient silencieusement. Tu n’eus pas le courage de fouiller les débris, admettant que ta vie antérieure avait définitivement pris fin avec ce terrible bûcher. Mais avant de tourner les talons, tu te promis de retrouver la trace de cette chamane pour lui faire payer le prix d’une vengeance de tout un clan. Comme pour sceller cette promesse, tu ramassas un petit morceau de bois calciné et le rangea dans ta besace. C’est à ce moment que tu remarquas, avec un sentiment de déjà-vu, les runes de chamanisme gravées sur toute une série de troncs d’arbres qui encerclaient le village. Tu découvris que les gravures continuaient en un chemin qui s’écartait du hameau. Elles te menèrent bien plus loin dans la forêt, jusqu’à une obscure clairière. Tu t’y aventuras avec prudence et découvris un petit campement étrange. Des toiles sombres étaient tirées et suspendues à l’aide de nombreux piquets. À chacun des bâtons étaient suspendus des objets macabres et des assemblages de sorcellerie. Tu remarquas en t’approchant que l’ensemble de la structure était soutenu par un cercle de Menhirs, partiellement masqués par les toiles. Les runes que tu suivais sur les arbres étaient ici dessinées à même le sol, à l’aide d’assemblages de pierres et d’ossements, et se poursuivaient vers l’intérieur du campement. Tu tendis l’oreille attentivement et remarquas un petit chuchotement qui provenait de l’intérieur de l’enclave. Tu t’en approchas encore furtivement et observas à travers un bâillement entre les toiles. Comme tu t’y attendais, tu découvris la chamane accroupie au centre de son antre, en pleine exultation avec son artéfact précieux. Celui-ci était déposé sur un petit rocher de forme rectangulaire, ressemblant à un autel destiné aux offrandes divinatoires. L’artéfact brillait d’une mystérieuse lueur mauve qui semblait étrangement éclairer et assombrir l’entourage en même temps. Tu compris que la sorcellerie de la chamane avait drainé les âmes des villageois au long du chemin de runes jusqu’ici, pour finir par les capturer dans sa mystérieuse Orbe de Pouvoir. Dans ses diatribes, tu appris qu’elle s’impatientait de pouvoir enfin apporter ce concentré d’âmes au Maître Suprême. Ne tenant plus, tu ramassas un large bâton orné qui ferait bien l’office d’une massue et te glissa silencieusement entre les toiles pour entrer dans l’édifice. Au moment où tu pénétras dans l’habitacle, tu fus surpris par un soudain éclair aveuglant, mais sourd, suivi d’un silence et de l’obscurité totale. La Chamane avait brusquement disparu. Tu as fouillé longtemps le lieu, mais ne trouvas que d’inutiles ustensiles de cuisine ou d’alchimie, et de nombreux déchets et ossements divers que la sorcière avait utilisés. L’artéfact avait bien évidemment lui aussi disparu.
Tu revins à plusieurs reprises sur les lieux par la suite, mais plus jamais tu ne retrouvas la trace de la chamane. Décrivant au druide ce qui s’était passé et à quoi ressemblait cet Orbe de Pouvoir, celui-ci t’expliqua qu’il avait déjà aperçu ce genre d’artéfact dessiné dans l’un des livres de la bibliothèque royale de CitéRoi, t’offrant par là une potentielle piste pour comprendre à quoi cela pouvait bien servir. De son côté, le vieux druide était particulièrement intéressé par la disparition de la chamane au cercle de Menhirs et se promit d’étudier de très près ce phénomène étrange.
Prévoyant de voyager un bon moment pour sa nouvelle quête, le druide te conseilla vivement de faire de même et de commencer par te rendre à CitéRoi. Cela devrait te permettre de tourner la page et recommencer ta vie. Peut-être même obtiendras-tu quelques réponses à tes questionnements autour de cet artéfact et sur les agissements de cette sorcière disparue. Avant de vous séparer, tu lui demandas enfin son nom. Avec son air habituellement mystérieux et un sourire au coin des lèvres, il te proposa de l’appeler Grand-Mort.
Te voilà parti à la recherche d’un nouveau destin, en route vers la grande capitale d’Ankiona.