Histoire personnelle
Albert, ceci est ton histoire ...
Albert, ceci est ton histoire ...
Albert, tu es bien fatigué, et tu as droit à un repos bien mérité dans cette petite auberge que l’on t’a conseillé sur la route, en arrivant dans le petit village nommé Moulin-sous-Pluie.Effectivement, "Au Chat qui louche" est une auberge d’allure sympathique, avec un côté intime et chaleureux à la fois, et puis il y a une ambiance détendue à l’intérieur, tu vas pouvoir enfin te relâcher un peu… Car tu as fait un très très long voyage…
Venant du Nord (la froide chaîne des Monts Argentés), tu as quitté ta ville natale, Fort-Vent, suite aux événements qui se sont passés ces dernières semaines…
Depuis tout petit, plutôt que d’aller perdre ton temps dans des écoles qui t’ennuyaient, tu as toujours préféré grandir dans les rues qui, selon toi, donnaient les meilleurs enseignements pour la vie : la ruse et la débrouillardise. Etant donc habitué à fréquemment être mêlé à des histoires de conflits entre les clans des rues de Fort-Vent, tu savais faire face à la plupart des problèmes. D’ailleurs ton physique imposant et tes compétences (et ton humour) ont imposé un certain respect dans le milieu des racailles de Fort-Vent, dont tu possédais un large réseau de contacts fiables, étendu dans toute la ville. Grâce à cela, tu savais maintenir une sorte d’équilibre entre le monde des hors-la-loi des rues et le monde civilisé des nobles de Fort-Vent, au sein duquel ton père était fort sollicité et occupé. Il lui arrivait d’ailleurs parfois de profiter de tes connaissances et informateurs au sein des basses rues, quand il en avait besoin (par exemple pour connaître les planques de certains bandits, ou les lieux d’échange de commerces illégaux, …). C’est pourquoi il tolérait tes magouilles pour garder ton influence dans ce milieu. En échange, il te permettait d’obtenir quelques faveurs (souvent illégales), quand tu voulais aider des personnes qui se retrouvaient injustement dans des situations délicates (par exemple pour libérer un pauvre voleur de prison, brouiller des enquêtes de poursuite par la garde, ou arranger certains documents officiels, etc.). Ainsi, tu contrôlais que les choses ne deviennent pas chaotiques (au moins dans ton quartier), et pour cela, les gens te respectaient.
Cependant, un jour, un nouveau genre de trafic (dont tu n’avais pas encore connaissance jusqu’à présent) est venu infiltrer la ville : l’esclavage ! Depuis peu de temps, on entendait des rumeurs parler d’étranges et mystérieux barbares qui auraient débarqué par bateau sur la côte Ouest de l’Océan du Couchant, située environ à une journée de marche de la ville. On disait d’eux qu’ils avaient de drôles de pratiques sauvages et cruelles, notamment l’utilisation des Animaux pour en faire des esclaves. Au début, ça ne semblait pas concerner la ville de Fort-Vent. Mais petit à petit, dans l’ombre des ruelles et généralement de nuit, les habituels trafics de marchandises ont été remplacés par des trafics d’Animaux. Certaines familles pauvres de Fort-Vent ont même été accusées d’avoir vendu des enfants à ces barbares contre de l’argent ou de la nourriture exotique (mais cela reste des rumeurs). Il y a eu aussi des règlements de comptes entre racailles des rues où parfois un malheureux disparaissait de la circulation… et l’on imaginait bien que ces disparitions pouvaient être en lien avec ces trafics d’esclaves.
C’est dans ce sombre contexte qu’un petit matin, à ton réveil, tu découvres la disparition de ton propre petit frère, Augustin ! Forcé à grandir comme toi dans la rudesse des rues, tu l’as secouru et sorti de problèmes dans lesquels il s’était retrouvé à plusieurs reprises durant son enfance. Il était plus jeune et plus frêle que toi, et il lui arrivait généralement que des ennuis (Augustin se retrouvait très souvent détroussé au détour d’une rue mal fréquentée… ). Mais en grandissant, il commençait à sacrément bien se débrouiller, comprenant que la meilleure des stratégies pour éviter de se faire des ennemis dans la rue était d’abord de s’en faire des amis, et qu’à l’intérieur de chaque racaille existait en réalité un Animal doué de sentiment et d’amitié, capable d’aider ceux qui lui sont chers. Tu étais de plus en plus fière de lui. Alors ce fameux matin, quand tu as découvert qu’Augustin n’était pas rentré à la maison de toute la nuit, tu as vite compris que quelque chose de grave était arrivé !
Tu as fouillé toute la ville de fond en comble pendant plusieurs jours, questionné tous tes contacts des différents réseaux des rues, pour comprendre finalement que ton frère avait bel et bien disparu de Fort-Vent. Ah, si ce n’était qu’une simple fugue d’adolescent, cela te rassurerait, car tu sais comme ton frère est capable de se débrouiller avec pas grand-chose… Mais il t’aurait au moins laissé un message ! Non, ce qui était malheureusement le plus probable, et ce que tu craignais le plus, c’est qu’il se soit fait capturer ou vendre pour être un esclave dans l’une de ces tribus barbares étrangères, repartie dans des terres lointaines… Tu aurais bien tenté de partir à sa recherche, mais malheureusement ces barbares avaient la faculté de dissimuler toutes traces de leur présence, sans laisser aucun indice sur leurs origines. En plus, ils n’avaient jamais été vraiment vus de jours, et encore moins en pleine ville. Du coup, toutes les informations que tu obtenais par tes contacts semblaient partir dans n’importe quelle direction, et ne mener nulle part.
Puis les jours qui suivirent ressemblèrent aux précédents, sans que personne ne soit vraiment perturbé par la disparition de ton frère. Même ton père était tellement occupé par ses affaires, que tu avais l’impression qu’il n’en avait même pas conscience, ou qu’il l’avait déjà oublié (il disait que ton frère était parti faire sa vie, et puis voilà !). Désespéré et ne sachant que faire, convaincu que ton frère n’était pas mort, tu as décidé d’aller voir la Voyante du quartier, une vieille Renarde dont on ne connaît plus le véritable nom (on l’appelle juste Vieille). Après lui avoir donné quelques pièces, elle t’a fait une prophétie… « Lorsque ta destinée sera accomplie, alors tu retrouveras ton frère ! ». Ce qui avait de rassurant, c’est que ça voulait dire qu’Augustin était bien vivant ! Mais ce qui l’était moins, c’était cette histoire de destinée… Laquelle ? Quand ? Quoi ? « Pars loin au Sud, et découvre le héros que tu dois être pour Ankiona ! » T’a dit finalement Vieille, avant qu’elle ne te chasse de sa tanière, pour laisser la place au prochain client.
Après quelques jours de réflexion, tu as a compris que tu n’apprendrais rien de plus à Fort-Vent. Tu as rassemblé quelques affaires de voyage, pris tes bâtons d’entraînement au combat (que tu avais reçu lors de ton dernier anniversaire par ton maître entraîneur), et rassemblé toutes les économies que tu avais. Puis tu es parti pour un très long voyage. Tu as décidé de te rendre au Port de Fort-Vent, et tu as acheté (avec presque toutes tes économies) une place sur un bateau marchant en direction des terres du Sud.
Le bateau a rapidement descendu le Fleuve Blanc qui quittait Fort-Vent en coulant vers l’Ouest, jusque dans l’Océan du couchant. Ce trajet devait se faire avant la fin du jour pour pouvoir s’écarter des côtes le plus vite possible, et éviter de tomber par malchance sur un bateau barbare. On disait que ces bateaux auraient été aperçus généralement aux dernières heures du jour, au milieu des brumes, et que les barbares ne sortaient essentiellement que la nuit. Il y avait donc très peu de chance d’en croiser, mais cela n’empêchait pas que l’équipage fut un peu sous tension… Une fois l’océan atteint, le navire a longé les grandes falaises côtières du pays des Hauts-Monts. Après quelques jours de voyage (sur un océan particulièrement calme), en faisant de petites haltes sur la côte pour des échanges de marchandises ou de personnel avec des paysans locaux, le bateau est entré dans la large Crique du Soleil, dont l’entrée était indiquée par le phare de Cap-Nez. Puis le bateau a fini son parcours aux quais de la grande ville commerçante : Port-Soleil. Tu appris pendant le voyage que la légende locale disait que tous les soirs, le soleil baignait ses rayons dans la Crique du Soleil avant d'aller se coucher à l’Ouest, dans l’Océan du Couchant. Pendant le coucher du soleil (magnifiquement visible depuis la partie haute de la ville), les habitants de Port-Soleil fredonnent en coeur le Chant du Soleil, pour le remercier de la journée passée, et lui souhaiter un bon retour le lendemain.
Durant les 5 jours de voyage en mer (environ, tu n’as pas très bien compté, car c’était long), tu as fait connaissance avec plusieurs compagnons d’équipage, pour la plupart des commerçants marins. Ils t’appréciaient bien, pour ton humeur et ton franc parlé, avec toujours ta petite devise personnelle que tu appliquais à toutes les situations. D’ailleurs, durant le voyage, tu as su te rendre utile… Tu as bien aidé à la vie sur le bateau, comme par exemple : nettoyer le pont, monter et démonter les voiles, charger et décharger les coffres de marchandises. D’ailleurs, l’un des marins t’a donné un petit cadeau à la fin du voyage, en guise de remerciement : des petites bombes artisanales reçues d’un Rat alchimiste des Hauts-Monts qui était de passage lors de l’une de leurs escales. Tu as également fait la connaissance avec un vieil érudit Tortue, nommé Shunai. Il aime voyager dans tout le royaume, et connaît de nombreux Animaux sages. Tu lui as raconté ta propre histoire, et cette quête de destin dont t’a parlé Vieille, à Fort-Vent. Désolé pour la perte de ton frère, il n’a pas pu te donner plus de précision sur cette prophétie (ce n’était pas trop son domaine). Mais à ce sujet, il t’a fait mention d’une vieille connaissance qui date de ses études de jeunesse, lorsqu’il étudiait à la grande bibliothèque de Citéroi l’Histoire d’Ankiona. Après plusieurs années d’études, ils durent se séparer, son ami étant parti pour des études druidiques au Sud du royaume, tandis que Shunai est parti pour des études d’archéologie au Nord. Cet ancien collègAue était passionné par les signes naturels et les prophéties, c’était la personne parfaite pour t’aider. Il te l’a décrit comme étant un grand Hibou, qui vivrait (d’après les dernières nouvelles) un peu au-delà de la ville de Ruderoche. A l’époque de ses études, il aimait se faire appeler Grand-Mort (parce qu’il ne savait pas bien se faire des amis et avait une attitude un peu à part…), mais Shunai était certain qu’il avait inventé ce nom pour être plus tranquille, et avoir plus de temps pour ses études. Tu décidas donc de partir à la recherche de ce druide Hibou. En faisant tes adieux à Shunai, il te demanda de transmettre ses salutations à son ancien camarade d’étude, si tu parvenais un jour à retrouver, et t’a confié une petite lettre à lui remettre en main propre, que tu rangea bien dans tes affaires.
Et c’est ainsi que tu as encore parcouru de la route. Tu aurais pu dépenser les quelques pièces d’argent qui te restaient pour un transport rapide vers Ruderoche, mais après avoir passé plusieurs jours en mer, tu t’es dit qu’une bonne marche à pied te ferait que tu bien ! La route s’est déroulée étonnamment sans encombre. Tu as profité de la forte fréquentation de cette route, car beaucoup de gens venaient et partaient de Port-Soleil pour y faire du commerce (ce n’est pas pour rien qu’elle s’appelle la Route du Marchand), pour partager le repas des voyageurs, en échange de petits coups de main (une charrue embourbée, un arbre tombé au travers de la route). Après 2 journées de marche (à rythme très tranquille), tu arrivas à Ruderoche.
Ruderoche n’était pas une ville très paisible. Elle était principalement habitée par des commerçants de tous les horizons (des marins venant de l’Océan du Couchant, des nomades venant du désert de la Vallée Sèche et du Désert du Cobra, des marchands itinérants venant des Terres des Trois Soeurs et des Plaines du Milieu, des artisans locaux, …). La ville était réputée pour son énorme marché bruyant en son centre, que l’on appelait le Grand Bazar, connu pour y trouver à peu près tout pour n’importe quel prix. N’ayant pas vraiment l’argent ni l’envie de faire du shopping (tu n’étais pas là pour ça !), tu t’es affairé à te renseigner autour de toi au sujet d’un grand Hibou répondant au nom de Grand-Mort, qui devait vivre dans la ville ou les environs. Beaucoup ont rigolé, mais pas grand monde n’a pu vraiment t’aider. On t’a un peu baladé dans la ville… Tu as rencontré plusieurs Hiboux (un pâtissier, un tisserand, un garde,…), on t’a même présenté des hiboux primitifs de compagnie (mignons, mais totalement inutiles), mais aucun qui ne correspondait finalement à un érudit ou un druide. On t’a même envoyé voir le Croque-mort du cimetière de Ruderoche. C’était un Rat hirsute un peu fou, qui a bien rigolé quand tu as évoqué le nom de Grand-Mort, en disant que la plupart des pensionnaires de son cimetière répondaient à ce nom, bien à la mode dans ce quartier ! Finalement, un voyageur de passage à Ruderoche t’a parlé d’un village un peu plus à l’Est en direction du désert, nommé Moulin-sous-Pluie. Dans ce village, il y avait un vieil Hibou qui avait été mis à l’écart il y a plusieurs années, considéré comme un charlatan un peu fou (à force de manger des champignons et des plantes inconnues). Tu as considéré qu’il s’agissait certainement de la meilleure piste que tu as eue jusqu’à présent.
Ta route a donc logiquement continué vers l’Est, en direction de la chaleur du désert, un climat que tu ne connaissais pas encore !
Tu es arrivé enfin dans ce petit village tranquille de Moulin-sous-Pluie, il y a quelques heures. Après avoir fait rapidement le tour, tu as trouvé cette petite auberge au calme, "Au Chat qui louche" (étant de nature curieuse, tu te dis que ça vaudrait la peine de demander à l’occasion la raison de ce nom à l’aubergiste), et tu profites maintenant de la soirée pour te restaurer et te reposer un peu …