Acte VI
La Fin
La Fin
Sans surprise, les quatre héros dormirent cette nuit là d'un sommeil royal !
Au petit matin, un tambourinement effréné vint soudain mettre un terme à leur douce récupération. C'était Mordin qui cherchait à les mettre rapidement sur pieds de toute urgence.
Alors qu'Ulfar grognait en s'étirant et commençait déjà à proclamer à grosse voix qu'il était enfin temps de réclamer leur royale récompense une fois pour toute, bien largement méritée, Khaldun et Albert vinrent rapidement rejoindre le vieux Druide qui trépignait sur place.
"Le Roi nous convoque pour affaires urgentes ! Vous devez absolument être présents et vous montrer digne du respect immense qu'il vous adresse en vous y impliquant !... c'est la première fois, de mémoire de druide, que des personnes non membres du conseils sont ainsi conviées à l'Assemblée de l'Ordre !"
"On s'en fiche complètement" répondit d'une traite l'Ours grincheux. "Je veux pas aller discutailler, je veux juste ma récompense !" finit-il par déclarer en retournant dans sa chambre et verrouillant sa porte. Khaldun s'approcha de la porte, et l'appela d'une voix calme, tentant de le raisonner. "Y'a pas moyen !" répondit Ulfar à travers la porte. "Je ne sortirai de cette piaule que pour recevoir ma récompense.
Mordin semblait se décomposer de panique. Albert riait aux éclat, et Kytou, le sourire au coin des lèvre, observait d'un oeil méfiant les gardes postés devant les portes qui fermaient le couloir de leur secteur.
Après moult supplications et insistances par ses compagnons, et l'aide d'un garde, énervé par la situation qui ne semblait plus finir, qui vint forcer la porte d'Ulfar, ils durent se prendre à plusieurs fois pour faire obtempérer l'Ours retords. Finalement, la petite troupe, encadrée de près par une garde sous tension, fut escortée jusqu'à la salle de réunion de l'Ordre royal.
La séance semblait tout juste avoir débuté. Le Roi était assis sur la plus large des chaises sculptées, en amont de la grande table ovale. Les autres places étaient toutes occupées par divers Animaux, la plupart en toges, certaines brodées aux motifs multiples et d'autres beaucoup plus simples, et quelques uns étaient plus richement vêtus et semblaient afficher des armoiries de noblesse. Quelques chefs officiers en armure rutilante de l'Ordre étaient également dans le cercle des conseillers. La reine avait également sa place, directement à la droite du roi. Son fidèle garde du corps restant debout dans l'ombre, à faible distance, aux côtés des gardes et valais que l'on devinait tout au pourtour de la salle.
La pièce était faiblement éclairée par les rayons du matin levant par l'unique haute fenêtre à vitraux, renforcé par les éclats des multiples bougeoirs et chandeliers disposés sur la tables et suspendus en l'air. La mine des conseillers semblait sévère à leur arrivée. Mais l'entrée des aventuriers ne se fit pas sans se faire remarquer lorsque le jeune Kytou, emporté par la fougue râleuse de son compère, réclama haut et fort "Nous voilà enfin pour notre grande récompense !" ... un froid glacial fusa dans la salle, mais rapidement, la tension fut brisée par la voix chaleureuse et apaisante de la reine qui se leva en écartant les bras.
"Mes amis, vous voici enfin ! Venez, rejoignez cette table, car en effet, en tant que grands gardiens d'Ankiona, votre place ici est toute méritée !"
En deux trois mouvements sous des signes discrets mais directes de la Lionne, des gardes vinrent ajouter quelques chaises entre les conseillers, qui restaient bouche bée face à la scène, et même l'un d'eux qui semblait poursuivre sa nuit à moitié affalé dans son siège fut prié d'immédiatement léguer sa place. Les héros se laissèrent guider et prirent place, ravis et surpris du privilège. Mordin se mit discrètement à l'écart, souhaitant rester suffisamment en retrait mais attentif à la suite des événements.
Après un sourire amical et de connivence de la part de la reine envers les aventuriers, et donna fin a son intervention par un petit mouvement respectueux de la tête dédié à son époux. Puis, l'un des plus vieux conseillers, un Élephant qui tenait apparemment la présidence de la réunion frappa la table d'un petit marteau, et déclara que la séance reprenait. Il rappela très brièvement la présence des membres du conseil et l'ordonnance de cette assemblée, apparemment extraordinaire, faisant suite à la demande urgente de plusieurs haut responsables de département de l'Ordre et portant sur des affaires d'importance capitale au vue de la situation actuelle, et que les aventuriers ne comprirent guère en l'absence d'autres précisions. Le Roi valida l'introduction d'une voix sonore.
Le président de séance annonça : "La parole du Conseil est donnée au Conseiller Général Halldor, en sa qualité de Chef des services de renseignements de l'armée royale".
Le chef en question qui se leva pour prendre la parole était un massif Loup noir. Dans le même mouvement, il refoula sa lourde cape sombre, révélant les éclats de son armure dorée qu'il portait dessous. Après un très bref remerciement minimaliste, il fit étalage d'un état de diverses situations de différentes régions du royaume, concernant plusieurs délis répétés et infractions des diverses principales régions du Royaume, livrant méthodiquement des informations factuelles avec un ton soutenu mais monocorde, toujours conclues par une estimation de risque à l'encontre de l'Ordre et d'un facteur de priorité pour l'attention du Conseil royal. Avant de perdre totalement son auditoire, il changea soudain de ton et de posture, semblant devenir plus imposant. Il annonça haut et fort que parmi toutes les affaires et situations évoquées, une et une seule mérite absolue concentration et réaction de la part du conseil et du Roi : "Toutes les informations convergent vers une apparition imminente d'une armée bestiale qui proviendrait des entrailles des Terres innominées !"
Les aventuriers échangèrent des regards un peu agarres. Lorsque Albert se tourna, interrogateur, vers Mordin, celui-ci lui chuchota rapidement qu'il s'agissait des maudites terres du Nord, masquées par les plus hautes chaînes de montagnes... Elles s'appellent ainsi car même sur les cartes du royaume, ces terres ne portent pas de nom. A la mention d'armée en préparation, des chuchotements multiples s'animèrent autour de la table entre les différents conseillers. Kytou sentait une sueur froide perler sur son front, un stress intense venant le figer.
Le président de séance frappa plusieurs fois de son marteau sur la table, imposant le silence. "Quel est donc votre conseil au Roi, Conseiller Halldor ?"
"Roi Ionak! dit-il intensément en se penchant, les bras tendus appuyé contre la table. Je le répète : Tous les rapports de mes postes de guets convergent communément vers ce même point d'urgence ! La situation est des plus évidente pour les plus grands vétérans d'entre nous, dont je fais humblement partie, car vous savez très bien quel mal terrible s'est profondément tapie dans l'ombre de ces maudites terres interdites du Nord. Il semblerait que le temps soit venu de mettre un terme définitif à cette menace silencieuse qui couve depuis trop de générations... Avant que celle-ci ne vienne finalement mettre fin à notre monde tel que nous le défendons. Nous devons donc de toute urgence et toute priorité rassembler l'ensemble de l'armée royale, en enrôlant tout nos meilleurs chefs et vétérans de guerre, pour partir en guerre contre cette armée de l'ombre, avant qu'elle ne frappe elle-même à notre porte !"
Le chef des services secrets de l'Ordre royal se rassit, pendant qu'un scribe fit tinter une petite cloche pour indiquer avoir terminé la transcription sur tablette de la déclaration et proposition. Les discussions s'agitaient de plus en plus autour de la table, alors que le Roi, au regard de marbre, semblait serrer les mâchoires dans sa réflexion.
Avant que le brouhaha des discussion ne s'intensifient trop autour de la table, le Président de séance repris la parole pour annoncer la seconde intervention : "La recommandation du Conseil pour la proposition du Conseiller Halldor sera mise aux votes!" Le petit scribe fit tinter sa petite cloche pour confirmer. "La parole du Conseil est maintenant donnée au Conseiller Sergent Feodras, en sa qualité de Chef de la police des populations d'Ankiona".
Un des conseillers qui portait également une armure, de taille aussi imposante que le Général des services secrets, se redressa d'un coup et retira le casque de fonction qu'il portait, révélant une tête de Tigre au regard sérieux. Après une petite courbette de la tête, il exposa d'une voix claire la situation préoccupante suite aux perquisitions de très nombreux tracts et feuillets de propagande, distribués en masse par différents malfrats aux quatre coins du Royaume, tous faisant la même mention du retour imminent du Roi Légitime, faisant l'objet d'horrible calomnies et accusant notre bon Roi Ionak d'usurpation de trône. Ces accusations et déclarations outrageuses, méritant les plus sévères sanctions, viennent confirmer les inquiétudes et conseils de mon confrère Halldor..." celui-ci émis un sonore grognement de connivence, relançant les murmures autours de la table. "Mais ce n'est pas tout !" relança fermement le Sergent pour imposer à nouveau le silence autour de lui. Il détailla alors la récente capture d'un individu apparemment fou et dénué de raison, retrouvé près d'un Cercle de pierres sacrées non loin d'ici, dont l'étude plus approfondie par les Mages de l'Ordre on relevé une anomalie étrange, semblant liée à une sorte de magie maléfique. D'après eux, des traces de cette magie auraient été retrouvées en plusieurs lieux et auraient un rapport avec les nombreuses disparitions étranges de groupes entiers d'individus, parfois des villages entiers, qui sévissent depuis plusieurs mois un peu partout dans les territoires reculés du Royaume d'Ankiona. "Nous tenons enfin peut-être la clé de cette mystérieuse malédiction qui est en train de gangrener notre royaume !" conclut-il. Laissant un bref temps de réflexions et de murmures aux personnes présentes, le président de séance repris la parole en frappant de son marteau, et enchaina "Quel est donc votre conseil au Roi, Conseiller Feodras ?"
"Mon Roi et honorables membres du Conseil, déclara le Général, il est de toute priorité de mettre tous nos effort pour faire toute la lumière sur l'origine de cet Ankionien devenu fou, et de comprendre l'origine de sa malédiction et de celle de tous ces villages disparus. Seulement ainsi vous pourrez prendre les mesures nécessaire pour mettre un terme à ces menaces."
"La recommandation du Conseil concernant la proposition du Conseiller Feodras sera mise aux votes!", reprit le président, qui se tourna un instant vers le scribe afin qu'il termine ses annotations, puis repris la parole après le tintement de sa cloche. "La parole du Conseil est maintenant donnée au Conseiller Capitaine Bragar, Chef de la Flotte navale royale!"
Les regards se tournèrent vers un conseiller opulent, vêtu d'une somptueuse cape et coiffé d'un magnifique chapeau tricorne pourpre. Celui-ci se releva lentement en enlevant respectueusement sa coiffe, qui ombrageait sa tête d'Ours polaire au visage lézardé d'une cicatrice qui se perdait sous un cache-oeil élégant. Il remercia d'une voix grave et posée l'attention du Roi et de l'audiance. Il expliqua avoir lui aussi une nouvelle pour le moins préoccupante à transmettre, venant répondre en partie aux questionnements que l'Ordre se posait depuis peu quant à l'apparition soudaine et inquiétante des nombreux bateaux pirates qui avaient été repérés au larges des rivages de la mer du Nord, alors qu'habituellement ceux-ci apparaissaient sporadiquement et isolément pour attaquer un navire marchant de passage. Aujourd'hui, cet attroupement incalculable de vaisseaux est en mouvement unis en direction du détroit qui mène directement vers le Lac du Roi. Une attaque imminente sur le port de CitéRoi est à anticiper ! Alors que de nombreux grognement et débat éclatèrent autour de la table, le Président de séance imposant une fois encore le silence, puis permis à l'Ours de conclure sa requête. "Roi Ionak, il est de première priorité de concentrer toutes nos forces dans la défense de notre cité face à ces pirates et de les empêcher de venir nous frapper en plein coeur, alors que nous nous dispersons sur des menaces et des rumeurs peu fiables et bien loins des portes de notre citadelle !" À ces mots, de nombreuses protestations et hurlements agitèrent les conseillers. Le Président de séance eu cette fois de la peine à maîtriser l'audience, alors que le Roi restait, lui, imperturbable.
Une fois l'ordre rétablit et la requête validée pour proposition au Conseil, le président annonça un dernier intervenant pour une requête au Roi, mais cette fois-ci, cette demande devrait se faire dans l'anonymat et la toute confidence du Roi. Après un très court temps de réflexion, le Roi acquiesca puis chuchota à son garde rapproché un ordre. Celui-ci transmis le message rapidement au Président de l'assemblée, qui annonça officiellement la réunion levée jusqu'au prochain retentissement de cor. Les gardes qui étaient figés dans l'ombre s'avancèrent tous simultanément pour venir assister l'ensemble des conseiller à quitter leur siège et sortir en calme de la pièce. Lorsque les aventuriers voulurent se relever également, la Reine, qui s'était doucement rapprochée d'eux, leur imposant doucement de rester à leur place. "Le Roi souhaite votre présence encore un instant, c'est très important !" leur chuchota t-elle.
Une fois la salle vide des nombreux conseillers, il ne restait plus que le couple royale, les gardes qui reprirent leur alignement dans l'ombre des murs de la vaste salle, le président de séance et le scribe, ainsi qui Mordin qui s'était rapproché de la Reine. Puis le Président de séance se tourna vers le vieux druide. "Vous avez l'attention du Roi pour votre requête." Devant la surprise des aventuriers, Mordin dévoila la présence d'une personne chétive, cachée à l'ombre d'une profonde capuche et d'un sombre manteau qui retombait jusqu'au sol. Elle s'approcha doucement et avec timidité légèrement dans la lumière. Sa révéler sa face, par crainte ou par pudeur, elle se présenta comme étant la responsable d'une école de magie à Cap Nez, à l'extrémité ouest dans les terres d'Ankiona. Sa spécialité est l'étude des étoiles, et il se trouve que depuis plusieurs jours, une particularité inquiétante est apparue dans le ciel : une nouvelle étoile, non répertoriée dans l'ensemble de ses cartes, et qui semble prendre de plus en plus d'intensité au fil des nuits, au point qu'elle reste maintenant perceptible même en plein jour! Pour elle, il ne fait plus de doutes qu'il s'agisse très probablement de l'accomplissement de la prophétie des Anciens, celle qui annoncent tout bonnement la fin du monde ! En effet, il est annoncé qu'une nouvelle étoile devait un jour apparaitre depuis le centre du ciel nocturne, devenir visible également de jour, et venir tomber sur la terre pour la détruire. Elle donc est venue en toute urgence avertir le Roi.
Le Roi Ionak soupira, peut-être par dépit ou simplement par fatigue de recevoir tant de requêtes soi-disant toutes plus urgentes les unes que les autres. Le Président de séance remercia sommairement la vieille magicienne, et précisa que son sujet sera discuté ultérieurement, une fois les urgences véritables et validées ont été réglées par le Conseil, lui faisant signe de prendre repartir. Mais celle-ci résista, et manifesta d'autant plus son inquiétude. Elle insista directement auprès du Roi, le supplia même. "Roi Ionak, il est de toute urgence d'aller à la recherche des légendaires Anciens ! Eux seuls savent de quoi il s'agit, et sont les seuls capables de nous sauver !" Cette fois le Roi répondit de lui-même : "Noble dame. Vous le savez bien, peu sont ceux qui attribuent une quelconque valeur aux légendes et prophéties, et encore moins dans le Conseil. De plus, il n'en est pas moins sûre que ces Anciens légendaires aient vraiment existé, et si tel était le cas, il doit y avoir bien plusieurs siècles, voir plus, que personne ne sait ce qu'ils sont devenus.... Votre requête n'est malheureusement pas recevable actuellement."
La silhouette de la magicienne s'affaissa de découragement, Mordin affichait un regard de désarrois. Devant le malaise que trahissait cet instant de silence, la Reine pris alors la parole, calmement. "C'est pourquoi il était important que nos valeureux aventuriers, nos nouveaux Gardiens d'Ankiona, soient présents pour cette séance ! Nous avons besoin de votre aide pour faire la part de l'importance de ces évènements." Le Roi repris place avec raideur dans son siège, semblant plongé dans la réflexion intense des décisions qui devaient être prise. Puis il posa la question directement aux quatres aventuriers : "Soit ! Etant donné les récents événements qui m'ont plongé dans ce maudit temps de trouble, dont vous avez su mettre une terme avec brio, et puisque les prophéties semblent tant nous tenir en haleine, je vous permet de prendre en considération cette dernière requête." La tension se relâcha. Le Roi enchaîna : "Avant que le Conseil ne me donne son avis sur la direction à prendre, j'aimerai d'abord connaître celui de mes nouveaux Gardiens d'Ankiona. Sachez que dans tous les cas, votre choix orientera votre prochaine mission. Quelle requête pensez-vous être de toute priorité d'action ?"
Un silence, suivi d'un sifflement. Celui d'Ulfar, qui commençait à perdre patience. Kytou bégaya quelque chose en lien avec cette armée qui arrivait en guerre depuis les terres du Nord, et sa vision de terreur qu'il avait eu au Miroir des Songes quant ils avaient visité la première fois le vieux druide. Albert marmonna vaguement que cette attaque massive de pirates ne lui inspirait rien de bon, et était très tenté de tester ses nouvelles "compétences" lors d'un affrontement prometteur. Khaldun restant silencieusement pensif. Mordin quand à lui, insistait qu'il était primordial d'aller à la recherche de ces Anciens, mais le Roi ébaucha un geste d'agacement pour le faire taire.
Alors qu'aucune décision commune ne semblait s'établir parmi les aventuriers, la Reine intima une proposition. Elle suggéra que la décision du Roi primerait, et devrait prendre également en compte le vote du Conseil. Puisque la dernière requête proposée n'impliquait aucune force militaires de l'Ordre, elle suggéra de confier la tâche aux aventuriers de prouver encore une fois leur noblesse d'esprit et courage pour s'enquérir de ces légendaires Anciens. Le Roi approuva, puis il congédia cordialement les quatre aventuriers, le vieux druide et la mystérieuse messagère.
De retour dans le couloir menant à leurs chambres, encore sous le choc de la tournure de la situation et nombreuses informations reçues, les aventuriers débattirent un moment quant aux décisions prises par le couple royale. Devaient-ils répondre à cette mission ou simplement quitter ces lieux, repartir sur les chemins libres de toutes requêtes ou tâches ? Ulfar et Khaldun pestaient toujours de n'avoir pas été récompensés comme ils l'entendaient. Albert semblait nostalgique, la mention des pirates l'ayant fait penser irrémédiablement à la perte de son frère, qu'il avait juré de retrouver d'ailleurs... il y a maintenant tant de temps et de chose qui se sont passées depuis lors ! Alors qu'ils semblaient totalement confus, Khaldun eu soudain une révélation ! Il se dirigea soudain vers Mordin, qui discutait vigoureusement avec l'étrange magicienne encapuchonnée. "Vous avez dit venir de l'école de Magie de Cap Nez ? Nous avons croisé probablement l'une de vos élèves sur notre chemin dans la Jungle du Gorille ! Une jeune magicienne, qui se nomme... Anna ?"
La messagère sembla se pétrifier un instant sur place, puis elle abaissa soudain sa capuche, révélant son origine. Son plumage de Fauconne avaient des couleurs plus ternes, témoins de son grand âge, mais pourtant bien similaires à celui de la jeune Fauconne qu'ils avaient libéré de l'entrave de pétrifaction il y a peu, dans ce sombre tunnel qui menait au territoire des Singes. "Vous avez croisé ma petite Aube, mon Anna ? Comment se portait-elle ?" ... avec un peu d'hésitation, Khaldun lui expliqua leur rencontre, comment ils l'avaient découverte par hasard, isolée et pétrifiée par une malédiction shamanique au plus profond des ténèbres, puis comment les aventuriers réussir à la libérer du sort et finalement l'escorter jusqu'à la sortie du tunnel. "Puis nous nous sommes séparés à la sortie, avant que nous entamions notre marche à travers l'épaisse jungle." La magicienne sembla réfléchir un court instant, puis elle demanda avec un peu d'hésitation : "Est-ce qu'elle vous a dit si elle a pu trouver ... le Gardien de la Grande Source ?" Khaldun lança un regard vers Mordin, qui haussa les épaules. Le Lynx repris : "Je ne saurai vous répondre si elle y est arrivée ou pas, mais votre "Gardien de la Grande Source", de qui s'agit-il ? Y'a t-il un lien avec une Source d'eau ... particulière ?". Le templier ne savait trop s'il devait révéler le secret de la Source Élémentaire, mais la mention du Gardien de la Grande Source faisait tellement écho avec leur incroyable découverte au fond de cette jungle... La vieille Fauconne fit mine de vouloir sortir de sa besace un objet pour mieux expliquer la situation, quand soudain elle redressa la tête, puis alla se plaquer contre l'un des murs froids du couloir. "CHUT !" fit-elle tout haut, surprenant ainsi autant Khaldun et Mordin que les autres aventuriers qui s'étaient approchés durant la conversation. Après un court instant de silence, elle s'écarta du mur puis se questionna à haute voix, l'air perdue : "Comment ça ? Mais, ce n'est pas possible !". Devant le regard égaré de son entourage, elle se repris rapidement : " Les esprits de la nature vienne de me signaler qu'Il arrive ... au cercle étoilé, maintenant !". "Qui ça "IL" ?"... demanda Albert, à présent totalement attentif à la scène. "Au pieds des étoiles ?" remarqua Khaldun, qui jeta un coup d'oeil circonspect par la fenêtre pour voir si le ciel matinal était encore encore assez sombre pour permettre de voir une quelconque étoile. "LE Gardien !..." répondit la Fauconne " Il arrive ! ... au "cercle étoilé"... C'est un cercle de ces anciens Menhirs !". Mordin réagit soudain au quart de tour : " Le cercle de Menhirs... Les pierres de jugement ! Je sais !! Venez, vite suivez moi !" Puis il embarqua l'équipe à travers la porte. Accompagnés d'un garde royal qui ne comprenait rien à ce qui se passait, l'équipée dévala les couloirs pour arriver dans la petite cours extérieure, au de laquelle brillait le cercle de Pierres de Jugement, par lesquels les aventuriers eux-mêmes étaient arrivés il y a à seulement quelques heures auparavant. Un des garde était déjà présent, paniqué en voyant les cinq massives pierre qui vibraient d'une sombre lueurs violacée. À peine les héros eurent le temps de reprendre leur souffle, qu'un gros bruit étrange se fit soudainement entendre, mêlant étrangement celui d'un craquement et de succion, suivi d'un court flash lumineux qui déclencha une sorte d'électricité dans l'air. Soudain une forme géante et pierreuse se détacha du centre du cercle des Menhirs dans un nouage de poussière étincelante, comme sorti directement du sol. L'un des gardes perdit connaissance, alors que le second tremblait de tous ses membres. Une fois le nuage dissipé, l'imposante forme rocailleuse se fit plus nette, et les quatre héros s'exclamèrent à l'unisson... Dressé devant eux se tenait le fameux Gardien de la Source Élémentaire ! Il ouvrit des petits yeux aux éclats blancs lumineux, puis écarta lentement ses massifs bras qui étaient croisés devant son large torse de pierre, en libérant quelque chose qu'il avait gardé caché - ou protégé - qui sembla d'abord dégringoler, puis finalement écarter des ailes et venir se poser finalement avec élégance devant eux. "Anna!" s'écria Albert, alors que les autres restaient estomaqué de voir la scène. La jeune fauconne se lissa une plume ébouriffée puis leur offrit un sourire radieux. "Contente de vous retrouver les amis !" déclara t-elle. Des rires joyeux firent résonner les murs de la Place du Jugement ; ce qui n'était probablement jamais arrivé en ce lieu.
Sous l'insistance de ses amis, la jeune magicienne raconta avec entrain son périple dans la jungle après les avoir quitté : guidée par les esprits de la nature, elle avait atterrit sur un large toit en pierre en forme de dôme, caché par les épaisses végétations sauvages. Sa forme et sa taille immense le rendait intriguant, et une forme d'énergie mystique semblait s'en dégager. Elle trouva rapidement un petit trou par lequel se faufiler et pénétrer dans l'édifice. Ce qu'elle y trouva dépassa de loin tout ce qu'elle aurait pût imaginer ! Elle se retrouva au sein d'une immense salle circulaire s'étendant dans les profondeurs, baignée d'une douce lueur bleutée qui se reflétait sur chacun des murs, en harmonie avec le son cristallin d'un fin cours d'eau scintillant qui s'écoulait en son centre. Les aventuriers reconnurent immédiatement la description du temple qui menait à la Source Élémentaire. "Puis j'ai enfin rencontré mon Gardien !" dit-elle en pointant le Golem derrière elle. Devant l'air d'étonnement que suscitait sa déclaration, elle ajouta que celui-ci lui aurait dit qu'elle était en retard, et que les 4 autres avaient déjà bu à la coupe sacrée. À cette déclaration, les 4 héros se lancèrent un regard gêné, et le druide Hibou s'exclama : "COMMENT ? Vous avez bu à la Source Élémentaire ?? Pauvres fous, vous ne me l'aviez pas dit ! ... Vous auriez pu en mourir !" L'air paniqué du druide amusa grandement les compagnons, et Albert tenta de lancer dans un geste théâtral une bonne giclée d'eau à la figure du druide, mais ne réussi à obtenir que quelques gouttelettes qui se dégagèrent du bout de ses doigts. "Ne faite surtout pas de votre magie en ces murs, vous risquez de vous faire enfermés !" les avertis immédiatement le vieux Hiboux. Puis il se tourna vers le géant de pierre. "Et que fait cette chose ici à présent ?", demanda t-il à la Fauconne. Celle-ci lui répondit que le Gardien l'avait guidé elle aussi jusqu'à la Source pour qu'elle y découvre son nouveau pouvoir : celui de l'Éther ! Elle l'exprima avec un mélange de timidité et de fierté. Devant les questionnements de ses amis, elle expliqua que cet élément particulier était tout bonnement l'énergie à la base de toute chose vivante, qu'elle soit minérale, végétale ou animale. C'est son affinité à l'Éther qui lui permettait apparemment déjà d'être sensible aux messages des esprits de la nature, maintenant elle en a pleinement conscience et est capable de la maîtriser : quel magnifique héritage ! D'ailleurs, le géant de pierre étant une créature magique, l'avait dorénavant prise comme maîtresse officielle, devenant ainsi son propre Gardien.
C'est alors que la messagère mystérieuse qui avait suivi le groupe se manifesta. Ayant laissé la jeune Fauconne finir le récit de ses aventures, elle se révéla enfin comme la grand-mère d'Anna, à la surprise générale, y compris de la part d'Anna qui était ravie de retrouver sa grand-mère saine et sauve. Après quelques accolades, les magiciennes discutèrent un instant sur l'urgence de la situation vis à vis de la prophétie de cette étoile maudite, qui annonçait la fin du monde, et sur cette quête des Anciens qui semblait être lié à ce Gardien de la Source. Anna expliqua qu'en effet, elle avait questionné le Gardien, comme sa grand-mère le lui avait confié la mission. Celui-ci lui avait expliqué qu'elle puisse trouver les Anciens, il fallait qu'elle hérite de sa "Clé". Elle fit un signe au Golem de pierre, qui fit apparaitre dans ses mains massive un large objet de la forme d'une couronne massive cerclée de trois formes en pointe. Les pointes étaient en forme de griffes acérées en pierres, encastrées dans un simple anneau épais de métal. Puis Anna expliqua que les éléments qui composaient cette couronne, ce qu'il appelait "Clés", qu'il gardait précieusement depuis des siècles, était apparemment d'une importance cruciale pour les Anciens. Elle dévoila un fin collier en cordelette qui était caché dans son plumage, au bout duquel pendait un gros pendentif noir en forme de large griffe, dont la base semblait incrustée d'une pierre arrondie qui scintillait légèrement d'un éclat violacé. Ceci est ma propre "Clé", celle que le Gardien m'a attribuée juste après ma "transformation" à la Source Élémentaire. Elle serra entre ses ailes l'objet précieux, qui semblait lui infuser une chaleur réconfortante. "Depuis, le Gardien de la Source m'a baptisé d'un nouveau nom de Gardienne ... désormais, je répond au nom de Elvia !"
D'abord surpris, les quatre héros félicitèrent la jeune magicienne, mais très vite, sans trop comprendre à quoi cela servait, ils déclarèrent mériter eux aussi leur artéfact spécial. Le Golem leur expliqua qu'en tant que nouveaux Gardiens des Anciens, ils avaient en effet droit à leur propre "Clé", ils n'avaient plus qu'à le lui demander... Albert se présenta en premier. Une fois face à la montagne de pierre vivante, le Golem étendit l'une de ses mains juste au dessus de sa tête, puis questionna d'une grosse voix : "Prêt, te voici enfin! Gardien d'Anciens, quel est donc ton nom ?" L'Ornithorynque hésita un instant, un sourire aux lèvres, puis déclara que son nouveau prénom serait une élévation à son précédent prénom : il s'appelait Albert, maintenant on devait l'appeler Albertmont ! Le Golem aquiesça et déclara "Ton nom de Gardien, Albertmont est annoncé!", il replia le bras vers lui puis il décrocha l'une des pièces acérées de la couronne de métal, et lui remis l'artéfact, qui vibra d'un éclat bleuté lorsque le jeune aventurier le pris dans les mains. Très fier de sa trouvaille, il invita son compère Hyène à venir à son tour se faire baptiser. Le Gardien de pierre posa la même question. Kytou fit un clin d'oeil à son ami Albertmont, puis déclara : "Kytou devient Kytou-double !" Le Golem hésita un instant, l'air de n'avoir pas compris quelque chose alors que les autres rigolaient à pleins poumons, puis il acquiesça également en lui remettant son propre artéfact, qui tintait d'un léger éclat jaune. Le géant de pierre se tourna ensuite vers le templier Lynx, qui s'approcha avec un air solennel, et qui annonça qu'il souhaitait également faire éloge au prénom qui lui avait été donné à sa naissance : "Khaldun devient Kaldun !" Alors que la différence de prononciation ne semblait pas faire l'unanimité, le géant lui offrit également son approbation et un artéfact, qui tintait d'un faible ton verdâtre. Albertmont poussa du coude Ulfar qui râlait encore de perdre son temps pour des bêtises. "Allez, arrête de grogner et dis-nous ton nouveau nom !", lui dit haut et fort l'Ornitho pour l'encourager et aussi pour que le Golem soit bien attentif à ce que l'Ours allait déclarer. "M'en Fiche !" lui répondit le gladiateur en hurlant d'exaspération. Le Géant de pierre acquisca et déclara "Ton nom de Gardien, Menfiche est annoncé !". Un éclat de rire parcourut le groupe, mais devant l’air dépité de l’Ours, Kaldun le rassura d’un ton compatissant : « Ulfar te convient mieux ! Pour nous, tu restes exactement le même ! ». Soudain le Golem sembla perturbé en révélant dans ses mains ce qui lui restait de la couronne de fer, maintenant entièrement dénudée des artéfacts qui l'ornaient. Un air terrible et menaçant s'afficha sur son visage, dont le regard scintillait de rouge. "Du calme !" fit la jeune Fauconne pour l'apaiser "Rappelle-toi de ce dont on a parlé ensemble...". Le géant se calma, puis sembla grogner intérieurement. La Fauconne expliqua le problème aux aventuriers, car effectivement, la couronne du Gardien semblait manquer l'artéfact que devait recevoir l'Ours. Malheureusement, quelques temps avant que la Fauconne ne trouve le Gardien de la Source, une fourbe sorcière était venue l'attaquer pour s'emparer de sa couronne. Il a réussi à s'en débarrasser mais aurait perdu un morceau de son objet protégé dans la bataille, probablement juste après avoir été complètement entravé par un sortilège paralysant puissant... Les héros se rappelèrent alors avoir en effet libéré le Golem du sort de pétrifaction en le rencontrant, le même type de sortilège chamanique qui avait paralysé Elvia dans la grotte de la Jungle du Gorille.
Les deux Fauconnes discutèrent un moment sur la problématique de cette "Clé" manquante pendant que les aventuriers observaient avec curiosité ces objets particuliers. De son côté, Ulfar eu le sentiment désagréable d'avoir déja vu ce genre d'objet quelque part, mais n'arrivait pas à se rappeler où, ni qui le possédait...
La grand-mère magicienne, qui débattait avec le vieux druide, mis fin aux bavardages. Peut importe qu'il manque cette cinquième "Clé", puisque vraisemblablement une seule d'entre-elles suffirait à les mener vers les Anciens, et son intuition lui disait qu'il était plus que temps que les héros aillent à leur recherche, car l'étoile était une menace de plus en plus évidente et pressante. Mordin expliqua qu'il leur faudrait faire vite, et prévoir un minimum de provisions. L'un des aventuriers posa la question cruciale de savoir où il devraient se rendre pour retrouver ces Anciens, et à quoi ressemblaient-ils ? Mordin répondit que la question du lieu était encore en débat, quant à qui ils devaient retrouver, là aussi une grande inconnue, mais probablement des héritiers des d'ancêtres datant de l'époque des Sages d'Ankiona, voir même encore de l'époque des Conquérants de Kenionie, dans tous les cas, des descendants de la Lignée à l'origine du Royaume. Mordin questionna encore la grand-mère d'Elvia sur un possible nom donnée à cette étoile de l'apocalypse dans les prophéties qu'elle a étudiées, ou un indice sur la localisation des ces fameux Anciens. La vieille Fauconne ressorti son vieux livre de sa besace, après quelques instants à le consulter elle releva soudain un détail : "... À l'extrémité du bras droit du Phénix de lumière, les Anciens patientent." Elle releva les yeux vers son auditoire. Albertmont s'exclama : "Voilà, nous devons trouver ce Phénix de lumière, et il nous guidera directement vers eux !" Facile à dire, mais pas évident à comprendre. Soudain, un idée apparue dans l'esprit d'Elvia, qui s'écria : "Le Phénix de lumière ! Ce n'est pas quelqu'un ni un lieu, mais ce sont des étoiles !" Tout le monde restait bouche bée. Elle repris en fouillant dans son sac à dos : "Regardez, le Phénix de lumière est une constellation !" Elle pointa d'une aile la forme des étoiles sur sont plan des constellations du ciel Ankionien, qu'elle connaissait par coeur. "Et si on suit à la lettre la prophétie, les Anciens se trouveraient ici : Au bout du bras droit du Phénix !" L'endroit en question correspondait exactement à une petite étoile, étiquetée d'un petit symboles comme toutes les autres du reste de la carte. "Donc on doit aller chercher les Anciens sur ... une étoile?" questionna Albertmont. "Quelqu'un connait un Oiseau capable de voler si haut ?" demanda t-il, un peu dans la plaisanterie. C'est le vieux druide qui soudain s'exclama, plein d'entrain : "Il suffit de trouver la bonne porte !" Devant l'air agare des aventuriers, et Ulfar qui commençait à nouveau à s'agacer devant tant d'inepties incompréhensibles, Mordin repris : "Chère Elvia, est-ce que le nom de "Algiz" vous dit quelque chose ?". "Oh oui", répondit-elle, puis elle pointa une étoile à coté de laquelle un symbole indiquait une forme de patte de corbeau. "Mais je le reconnais", dis soudain Kytou-double, "c'est le symbole qui était sur la pierre plate centrale du cercle de Menhir dans le temple de la Source Elémentaire !" Mordin félicita la Hyène : "Bien joué mon amis, tu viens de nous révéler une porte des étoiles !" Le druite rappela aux aventuriers les résultats de ses recherches avec son ancien amis Shunai au sujet des cercles des Menhirs, qui étaient des sortes de portails qui permettaient à ceux qui étaient doués de la magie des éléments de voyager sur de longues distances en très peu de temps. "Vous connaissez aussi une autre porte d'ailleurs" dit-il encore, comme un jeu de questions-réponses. "Ansuz : cap sur CitéRoi !" déclara Kaldun, content d'avoir bien mémorisé ce que le druide avait déclaré avant leur voyage étrange à travers ces pierres jusqu'à la capitale royale. Elvia se dépêcha de recherche le symbole correspondant à ce nom, puis le montra à tous sur sa carte. "Ainsi il ne nous reste plus qu'à retrouver donc cette porte dans la constellation du Phenix... qui s'appelle Dagaz !" Tous observèrent de près le symbole, en forme de deux triangles basculés face à face dont une des pointes se touchait, formant comme une image en miroir. Un point restait en suspend : le lieu exacte où se trouvait cette pote. Mordin expliqua que même s'ils pouvaient maintenant se rendre sur ce lieu, rien ne garantissait qu'il s'agisse d'un lieu encore praticable... peut-être allaient-il se retrouver sous un éboulis, un caverne close, ou encore sous terre ou sous mer ! D'ailleurs, il serait vraiment utile de savoir où il se situait exactement sur une vraie carte. Dans un éclair d'esprit, Albertmont sorti sa carte du Royaume, empruntée il y a quelques temps à un certain Herdis. "On a qu'a la chercher sur notre carte!" puis il tendit la main vers Elvia : "Tu me prête la tienne ? Celle des étoiles !" La Fauconne la lui tendit, sans trop comprendre. Puis l'Ornithorinque malin empila les deux cartes l'une sur l'autre et se retourna face au soleil dont les rayons lumineux passait à présent tout juste au dessus des murs de la place. En semi-transparence, les étoiles et constellations se devinaient superposées au dessin qui représentaient le royaume d'Ankiona. Après quelques ajustements, il décala les grandes feuilles pour que les lieux des deux cercles de Menhirs connus "Ansuz" et "Dagaz" correspondent parfaitement aux étoiles de mêmes noms, puis il pointa l'étoile au bout du bras de la constellation du Phénix en s'écriant : "Et voilà où nous allons !". L'étoile indiquait la chaîne de montagnes du Nord, qui surplombait... les Terres innominées. Kaldun coupa le silence de surprise :"Mais, si je ne me trompe pas... personne ne peut pas aller jusque là-bas, ce sont des terres interdites !". Soudain une voix féminine se fit entendre du fond de la place : "Rien n'est interdit aux Gardiens d'Ankiona!" Les héros se retournèrent et eurent la surprise de voir la Reine Anella entrer dans la lumière de la place, toujours accompagnée de son fidèle garde du corps. "Et d'ailleurs, vous n'irez pas seuls, car je compte bien venir avec vous pour rencontrer enfin ces fameux Anciens!"
Après avoir rassemblé à la hâte le strict nécessaire pour leur expédition, les aventuriers se retrouvèrent une nouvelle fois au pied des menhirs de la Place du Jugement, comme convenu avec Mordin.
Ulfar et Kytou-double bougonnaient sans grande discrétion à l’idée de devoir voyager sous la surveillance de la Reine et de son inquiétant garde du corps. Ulfar, surtout, marmonnait à voix basse qu’il était persuadé que ce Guépard louche préparait quelque entourloupe derrière le dos de la souveraine. Et plus il l’observait, plus il s’en méfiait.
Le vieux druide rappela alors les consignes du voyage avec le sérieux d’un général avant une bataille : chacun devait se tenir juste derrière celui qui le précédait, garder un contact ferme durant toute la traversée et, surtout, ne jamais lâcher prise en passant le portail.
Il glissa ensuite une patte sous son manteau pour en sortir son petit sachet, qu’il remit à Kaldun.
« Étant donné vos nouvelles... compétences, vous n’aurez plus besoin de ceci pour supporter les effets du voyage. Gardez-les néanmoins à portée de main pour les donner à la Reine et à son garde si cela s’avère nécessaire… en cas d’effets secondaires. »
Le Lynx récupéra le sachet tandis que les aventuriers échangeaient des regards intrigués. Devant leur étonnement, Mordin reprit aussitôt :
« Je ne vous accompagnerai pas cette fois. Ma place est auprès du Roi, surtout en ces temps troublés. Et lorsque vous aurez retrouvé les Anciens, je devrai être averti immédiatement. »
Il désigna alors la Feuille répliquante soigneusement rangée dans le sac de Kytou-double.
« Grâce à elle, nous pourrons rester en contact tout au long de votre voyage. »
Après ces adieux, les aventuriers s'approchèrent des menihrs. Spontanément, ils formèrent une file indienne derrière le Templier, qui ouvrait la procession avec une solennité toute particulière. Chacun ressentit une légère vibration, une attirance étrange émanant des monolithes, comme s'ils les appelaient à les rejoindre.
Kaldun plaça doucement une paume sur la surface du menhir qui lui faisait face. De l'autre main, il traça d'un doigt agile le symbole représentant deux triangles en miroir : le motif de "Dagaz". La marque dessinée resta un instant gravée sur la pierre, faiblement luminescente, avant de s'estomper. Le Templier prit une grande inspiration, puis prononça à voix haute le nom du tracé :
« Dagaz », allons découvrir enfin ces Anciens !
À ces mots, il s'enfonça dans la pierre, comme si celle-ci l'engloutissait. Rapidement, la file entière des voyageurs suivit son exemple, aspirés par le menhir. Un petit cri de la Reine résonna dans la place avant que les derniers ne disparaissent à leur tour.
Fermant les yeux, Mordin murmura quelque chose pour lui-même, puis se tourna vers les gardes restés en retrait, observant la scène avec un air abasourdi :
— À partir de maintenant, le sort du Royaume est entre leurs mains !
Comme s'ils avaient été plongés au cœur d'un tunnel de verre traversant les confins de l'espace, des étoiles scintillantes tourbillonnaient autour d'eux. Les aventuriers ressentaient cette sensation étrange de « tomber vers le haut », un peu comme lors de leur première expérience où les notions d'espace et de temps se distordaient totalement. Un son assourdissant, tel une tornade les aspirant, se mêlait à des chants et des appels aux voix graves et lentes, rappelant parfois les chants des grands cétacés des mers. Comme la première fois, ils ressentirent un sentiment de plaisir et de légèreté, mais cette fois sans vertiges ni sensation de mal-être.
Puis vint un sifflement progressif, tel le bruit d'une bouilloire sur le point de déborder. Soudain, une lueur éclatante, un son opaque, suivi d'un silence apaisant, semblable à celui que l'on ressent en sortant la tête de l'eau après une apnée trop longue.
Ouvrant doucement les yeux, les héros constatèrent qu'ils se trouvaient bel et bien au milieu d'un nouveau cercle de menhirs, vibrant encore de la magie de leur passage. L'entourage était sombre, au cœur d'une forêt apparemment dense. Les compagnons se cherchèrent du regard, heureux de se retrouver sains de corps et d'esprit, mais un regard de panique apparut rapidement sur le visage d'Albertmont lorsqu'il remarqua qu'ils n'étaient que quatre. En effet, Kytou-double, la Reine et son garde du corps ne semblaient pas être apparus derrière lui comme prévu.
Il se précipita pour faire rapidement le tour des menhirs, jusqu'à remarquer que l'un d'eux restait encore légèrement scintillant et bleuté. Alors que l'Ornithorynque s'approchait en tremblant du monolithe, il distingua soudain une silhouette déformer sa surface, avant de voir sortir en cascade son ami Hyène. Kytou-double tenait à bout de bras, d'un côté la Reine, de l'autre son gardien Guépard.
À peine Kytou-double se fut-il réceptionné à pieds joints sur le sol que les deux autres roulèrent à terre en gigotant dans tous les sens. La reine Anella et son garde restèrent au sol soufflant et riant, tels des fous. Le guerrier Hyène se redressa rapidement, puis fit un signe au Templier de venir vite donner les graines du druide à la Reine et à son garde, avant qu'ils ne sombrent dans la folie.
Alors que le Lynx fouillait sa tunique à la recherche de la petite bourse, Ulfar en profita pour s'approcher rapidement des deux hilares. Il les assoma subitement d'un coup net et rapide. Bouche bée, ses compagnons le fixèrent du regard, figés de surprise. L'Ours, l'air satisfait, déclara que ce geste altruiste leur permettrait de se remettre de leur expérience de manière plus naturelle qu'en ingérant une substance des plus douteuses, et qu'honnêtement, ce geste lui démangeait depuis un certain temps...
Albertmont pouffa de rire, approuvant le geste quelque peu impromptu de son ami l'Ours. Ils étaient au moins tranquilles pour un moment.
Après cet épisode étonnant, les amis se regroupèrent pour faire le point. Grâce à sa Feuille répliquante, Kytou-double avertit le druide Mordin qu'ils étaient tous sains et saufs, omettant soigneusement l'état exact de la Reine et de son garde. Il hésita un instant avant d'ajouter « Trombone », d'un air satisfait, avant de ranger le parchemin dans son sac.
Sur demande d'Albertmont, Kytou-double expliqua son léger retard : la main de la Reine sur son épaule avait laché soudainement lors de la traversée du portail, celle-ci s'étant totalement perdue dans ce voyage surréaliste. Kytou-double avait réalisé que, malgré l'extraordinaire de l'expérience, il avait conservé toutes ses facultés. Il ressentait au contraire une immense force physique et une volonté dévorante en lui, comme si leurs nouveaux pouvoirs leur octroyaient toutes les libertés dans ce voyage irréel. Il s'est donc chargé de ramener sains et saufs la Reine et son garde à travers ce portail.
Kaldun demanda ensuite à Elvia si son Golem avait survécu au voyage, ne le voyant plus aux côtés de la jeune magicienne. Celle-ci lui répondit avec un sourire en coin que son fidèle compagnon n'était jamais bien loin d'elle et qu'elle saurait le temps voulu faire appel à lui.
Puis vint la question de la suite du périple. Maintenant qu'ils savaient plus ou moins où ils se trouvaient grâce à la carte qu'Albertmont avait pris soin de garder, ils se questionnèrent sur la direction à prendre pour retrouver ces fameux Anciens. En inspectant les proches environs du cercle de menhirs, ils constatèrent que les arbres qui les entouraient étaient bien différents de ceux du centre du continent : une majorité de sapins et de pins, rappelant à Albertmont les vastes espaces boisés de sa région natale, la chaîne des Monts Argentés, mais sans neige ni glace.
Après quelques minutes, Kaldun appela ses amis à le rejoindre. Quelques dizaines de mètres plus au nord, en montée progressive, le Lynx se tenait face à une abrupte paroi rocheuse qui montait raide vers le ciel, son sommet disparaissant au-delà de la cime des conifères.
— J'ai un vague souvenir de cette paroi... dit le Lynx avec attention, dans ma vision du miroir, chez le druide...
Albertmont et Kytou-double s'approchèrent de lui.
— Tu avais vu les Anciens ? Tu sais où ils vivent ? questionna l'Ornithorynque.
— Non, pas vu d'Anciens, mais j'ai vu cette montagne... Cette paroi... Au sommet, il me semble, un autre cercle de pierres... mais différent des autres. Peut-être un autre portail magique ? Celui qui nous mènerait chez les Anciens ? J'ai l'étrange pressentiment que, de toute façon, nous devons y aller !
S'étant également approchée, Elvia répliqua :
— C'est sûrement la voix des esprits de la nature qui te guide ! Tu dois te fier à ce que tu penses être ton instinct !
Soudain, un petit hoquet de surprise commun arrêta les compagnons dans leur discussion. Elvia saisit rapidement l'artéfact étrange qu'elle avait hérité lors de son baptême de Gardienne, transmis par son Golem lorsqu'il était encore le Gardien de la Source. Il vibrait légèrement dans ses ailes. Kaldun fit le même geste, attrapant son propre artéfact suspendu à son collier, qui vibrait doucement également. Kytou-double chercha frénétiquement dans son sac à dos, s'attendant à retrouver la Feuille répliquante avec une nouvelle réplique de Mordin, mais fut étonné de constater plutôt que c'était son propre artéfact qui vibrait légèrement aussi. Albertmont confirma le même phénomène sur le sien.
Soudain, un cri de rage résonna : celui d'Ulfar, qui était resté plus en aval pour surveiller les deux assommés. Sans plus attendre, les compagnons dévalèrent la pente pour le rejoindre au plus vite. Dans la foulée, Albertmont tenta de canaliser son nouveau pouvoir aquatique dans ses paumes, visant le sol avec l'espoir de se propulser en avant tel un geyser fulgurant. Hélas, la magie est parfois capricieuse : il n'obtint qu'un faible filet d'eau lui goutant tristement entre les doigts. Frustré, il secoua vigoureusement ses mains avant de sprinter pour rattraper ses compagnons.
Arrivés sur les lieux, ils découvrirent avec stupeur Ulfar. L'Ours se tenait en position défensive, arme dégainée, faisant rempart de son corps massif entre les deux assommés — toujours profondément endormis — et, un peu plus loin, une petite silhouette menaçante émergeant des ténèbres de la forêt. C'était une sorcière, flanquée d'une troupe de créatures aussi petites qu'étranges, rappelant furieusement celles croisées naguère dans la grande Arène royale. Des Gobelins. Ils grognaient et ricanaient de concert, une symphonie discordante. Certains tenaient en laisse des loups enragés, tandis que d'autres les enfourchaient tel des cavaliers fous.
Alors qu'une bonne douzaine de ces monstres devenait distinctement visible, avançant au pas lent et calculé de leur maîtresse, celle-ci éclata d'un rire glaciale qui fit frémir les arbres eux-mêmes. Brandissant dans sa main un objet crochu et légèrement scintillant, elle s'écria : « Enfin ! Ma clé m'a guidée vers ses sœurs !... Elles sont à moi ! Je vais enfin pouvoir les rassembler, et en dévoiler l'entière puissance ! »
D'un doigt accusateur, la sorcière désigna le groupe de héros qui venait prêter main-forte à l'Ours. De sa main libre, elle dévoila soudainement, sous les plis de son manteau, un bâton surmonté d'un accessoire sinistre. Ulfar reconnut immédiatement l'objet : un totem de pétrifaction. Une sueur froide le glaça d'effroi. Le constat frappa les aventuriers simultanément : les artéfacts qu'ils portaient avec eux résonnaient avec l'objet scintillant que tenait la sorcière. Il devenait évident, cruellement évident, que le combat était inévitable s'ils voulaient survivre.
Dans un sifflement strident qui déchira le silence de la forêt, la chamane donna le signal de l’assaut. Elle planta son totem d’un coup sec dans la terre et entama une incantation aux murmures inquiétants. Au même instant, la meute de Gobelins se rua sur les aventuriers. Ceux qui montaient les loups furent les plus rapides, bondissant avec une férocité affamée droit sur leurs proies.
Kytou-double accueillit le premier loup d’un coup puissant de son fidèle marteau de guerre, tandis qu’Albertmont enchaînait les tirs rapides, visant les Gobelins cavaliers avec une précision redoutable. Dans son élan pour rejoindre l'affrontement, épée dressée, Kaldun eu la surprise de remarquer Elvia, qui maintenait ses ailes plaquées au sol, l'air très concentrée. Une lueur violacée en émanait, tandis qu’elle gardait les yeux clos, plongée dans une sereine concentration. Rapidement, le sol autour d’elle se mit à trembler. Soudain, un énorme bloc de rocher jaillit de terre, éclaboussant les environs de débris et de poussière. Son Golem en émergea immédiatement, se mettant en position de combat, le regard scintillant d’un éclat rougeâtre. La jeune magicienne se redressa alors et lui fit signe de la protéger, ainsi que son groupe, des assaillants qui fondaient sur eux. Le géant de pierre saisit la Fauconne avec une agilité surprenante pour son imposante stature et la jucha sur son dos, la mettant ainsi à l’abri. D’un mouvement puissant, il arracha du sol un énorme bloc de roc et de terre qu’il projeta tel un boulet de canon vers les assaillants, fauchant plusieurs Gobelins sur son passage.
Témoin du succès de la magie d’Elvia, Albertmont émit un hoquet de surprise. Une nouvelle idée germa aussitôt dans son esprit : invoquer un torrent d’eau dévastateur pour balayer les gobelins, qui cascadaient et slalomaient avec agilité entre les moulinets d’armes de Kytou-double et Kaldun. Un jet de fluide bleuté jaillit, arrosant copieusement la scène, accompagné d’un cri de fierté mêlé à un rire de satisfaction du jeune Ornithorynque. Mais son triomphe fut de courte durée. L’arrosage n’avait en rien entamé l’ardeur des assaillants ; il avait seulement transformé le champ de bataille en une patinoire boueuse. Bientôt, combattants d’un camp comme de l’autre glissèrent et chutèrent avec fracas, rendant l’affrontement soudainement rocambolesque, presque burlesque au milieu de la violence.
Kaldun, lui, ne riait pas. Il hurla vers Ulfar, resté prostré quelques instants, le regard rivé sur la chamane qui réveillait en lui d’anciennes douleurs. Comme sorti d’un rêve, l’Ours s'ébroua brièvement avant de s’élancer en rugissant vers son ancienne ennemie jurée.
À cet instant, la sorcière semblait arrivée au paroxysme de son incantation. Juste avant qu’Ulfar puisse être assez proche d'elle, le totem sembla d'un coup grossir brièvement avant de libérer une onde de choc terrifiante. Le sol se fissura devant lui, pétrifiant sur son passage un Gobelin malchanceux empêtré dans un arbuste à moitié arraché — et le pauvre lapin primitif qui s’y abritait sans avoir rien demandé à personne —, ainsi qu’Ulfar lui-même en pleine course. L’Ours figé trébucha et s’étala sur le flanc, stoppé net dans son mouvement, telle une statue abandonnée au milieu du chaos.
« ULFAR ! NONNNN ! » hurla le Lynx, assistant à la scène avec horreur.
Il repoussa de toutes ses forces le Gobelin qui l’assaillait, le projetant directement sous les coups déchaînés de son compagnon Hyène, qui moulinait comme un diable avec sa massue. Le Templier effectua un bond agile en arrière pour se mettre hors d’atteinte, puis se concentra sur son pouvoir intérieur. Faisant appel à toute sa volonté, il fixa de son regard perçant sa cible : l’hideuse chamane qui ricanait de joie face au maléfice qu’elle venait d’invoquer.
Une lueur verdâtre diffusa le long des avant-bras du Lynx, suffisante pour faire reculer de terreur un loup qui avait tenté de s’approcher. Soudain, Kaldun planta son épée dans le sol, la lâcha, et plaqua ses deux poings contre la terre. Un éclair souterrain vibra sous l’impact, semblant aspirer la lueur verte qui s’échappait de ses bras pour filer à toute allure vers la position de la sorcière, laquelle, trop occupée à savourer son triomphe, ne remarqua même pas le phénomène.
À l’endroit précis où le rayonnement devait frapper, juste sous les pieds de la chamane, une pulsation verte discrète traversa la rocaille et l’herbe piétinée. Soudain, la terre détrempée du champ de bataille se mit à trembler étrangement, parcourue d’une ondulation sismique lente. Les coulées de boue semblèrent alors s’animer, se rassemblant et serpentant vers la sorcière tels de gros serpents d’argile plats, irrésistiblement attirés par la lueur magique.
Aux pieds de la chamane, qui commençait à paniquer, une flaque de boue s’élargissait à une vitesse fulgurante, alimentée par les flux convergents. Sentant le danger, elle poussa un cri de rage et tenta de faire demi-tour pour s’enfuir, mais ses pieds semblaient soudés à ce sol boueux et agité. La flaque, englobant désormais totalement la sorcière, se mit à bouillonner, révélant des racines d’arbres qui s’agitaient comme des serpents vivants. Elles s’accrochèrent à la robe de la maléfique, l’empêtrant davantage dans sa fosse brunâtre. Tel un sable mouvant, la chamane s’enfonça petit à petit, jusqu’à ne plus pouvoir bouger aucun membre, sa tête seule émergeant encore du sol.
Alors, le Lynx se redressa, essoufflé, mettant fin au sortilège. Au même instant, le sol se figea dans un bruit sourd, redevenant une terre dure et impitoyable. La sorcière gémissait en grimaçant, prisonnière jusqu’aux épaules, peinant vainement à libérer ses bras d’un enchevêtrement de racines qui la ligotaient totalement.
Sur le terrain de bataille, malgré l’intervention spectaculaire de Kaldun, la lutte faisait encore rage. Une véritable tornade dévastatrice s’abattait sur les derniers Gobelins et leurs montures enragées : c’était Kytou-double. Le guerrier Hyène moulinait de son arme à une vitesse folle, tournoyant sur lui-même comme emporté au cœur d’un cyclone invisible qu’il semblait lui-même provoquer et contrôler, ses pieds ne touchant presque plus le sol. Il fauchait un à un les derniers ennemis encore debout, puis dirigea sa course dévastatrice droit vers le totem chamanique, qui était resté planté dans le sol, miraculeusement épargné par la coulée de boue. À l’impact, le maléfique artéfact éclata en un millier de morceaux dans un bruit de déchirement strident, envoyant des débris voler à des mètres à la ronde.
Au même instant, de fines écailles poussiéreuses apparurent sur la surface rocailleuse de l’Ours pétrifié, gisant au sol. Elles s’effritèrent et s’envolèrent en un nuage éphémère, libérant Ulfar de sa prison de pierre. L’Ours se releva lentement, grognant sourdement tandis qu’il prenait appui sur son fléau d’armes. Il tourna alors son regard vers la sorcière empêtrée ; ses yeux étaient plus sombres que les abysses les plus profonds. Alors qu’il entamait une marche lente mais implacable vers son ennemie, de petites étincelles semblèrent s’échapper de son pelage. Une force dévastatrice couvait désormais dans son sang, prête à exploser.
Alors qu’Ulfar s’approchait dangereusement, la chamane parvint soudain à dégager l'un de ses bras des racines et de la terre qui la retenaient. Elle brandit dans sa main l’artéfact scintillant qui rougeoyait entre ses doigts. Vu de plus près, l’objet ressemblait trait pour trait aux Clés transmises par le Gardien de la Source aux aventuriers. Ulfar sembla un instant subjugué par cette révélation. La sorcière aboya une courte incantation étrange, puis souffla sur l’objet magique. Une flamme tourbillonnante en jaillit, s’enroulant sur elle-même pour former une boule de feu étincelante de la taille d’un gros ballon. D’un geste sec, elle l’envoya fuser droit sur l’Ours.
Mais au dernier moment, Ulfar attrapa la sphère enflammée d’un coup rapide, la saisissant à pleine main comme on attraperait une simple balle. D’un mouvement circulaire puissant, il renvoya le projectile de feu vers l’horrible sorcière. La boule termina sa course en explosant contre elle, déclenchant un brasier d’une hauteur démesurée en une fraction de seconde. Un cri mêlé à un sifflement strident marqua le dernier souffle de la maléfique chamane, consumée au cœur des flammes.
Quelques secondes plus tard, le feu se réduisit spontanément, ne laissant à sa place qu’un tas de cendres et de braises fumantes. Ulfar s’avança encore, pénétrant dans le cercle d’herbe carbonisée. Sans hésiter, il plongea son bras au cœur des cendres encore rougeoyantes, sans ressentir la moindre douleur. Il ressortit le poing serré, tenant fermement l’artéfact qui lui manquait : la cinquième Clé.
Comme le calme après une grosse tempête, tous les ennemis ayant été vaincu, les aventuriers se rassemblèrent autour du cercle de cendres, comme pour faire le point sur ce qu'ils venaient de vivre. Heureux de voir que chacun allait fort bien malgré la violence de cette rencontre, tous étaient surpris de l'étendue des différents pouvoirs que chacun avait pu user dans le feu de l'action. Alors qu'ils discutaient calmement, les héros entendirent soudain un cris plus en amont. C'était la Reine Anella qui s'était réveillée de son long sommeil, retrouvant ses esprits après cette absence anormalement prolongée due aux effets indésirables de leur passage dans le portail des étoiles.
Comme le calme qui suit une tempête dévastatrice, les aventuriers se rassemblèrent autour du cercle de cendres fumantes, reprenant leur souffle après l’intensité du combat. Soulagés de constater que chacun était sain et sauf malgré la violence de l’affrontement, ils échangeaient des regards ébahis, réalisant avec stupeur l’étendue des pouvoirs merveilleurx que chacun avait déployés dans le feu de l’action.
Alors qu’ils discutaient calmement, un cri retentit plus haut sur le terrain. C’était la Reine Anella qui s’éveillait enfin de son long sommeil, retrouvant ses esprits après cette absence anormalement prolongée, séquelle de leur traversée du portail des étoiles. Elle semblait totalement désorientée. Quant à son garde du corps, il poursuivait imperturbablement son voyage inconscient dans un sommeil profond, que même le chaos de la bataille n’avait pu troubler.
« Je l’assomme à nouveau ? » demanda Ulfar avec un pragmatisme brutal, mais ses amis le retinrent juste à temps. Elvia s’envola alors gracieusement pour rejoindre la Reine, arborant un sourire rassurant. Arrivée à sa hauteur, elle posa délicatement son aile sur l’épaule de la Lionne, un geste d’une douceur bienveillante qui apaisa instantanément la souveraine. Alors que la jeune Fauconne maintenait ce contact, une douce aura violacée les enveloppa toutes deux. Anella sentit aussitôt une irrésistible envie de s’allonger ; elle bâilla longuement avant de sombrer dans un sommeil paisible. Elvia accompagna son geste jusqu’à ce que la Lionne fût complètement endormie, puis se redressa pour faire face à ses amis, affichant un radieux sourire.
« Surprenant, ton pouvoir ! » s’exclama Albertmont. « Mais je ne suis toujours pas certain d’avoir bien compris de quel type il s’agit, ni quelles en sont les limites… Moi, je suis bien content d’avoir le pouvoir de l’eau ! Ça a au moins le mérite d’être simple et clair ! » Pour illustrer son propos, l’Ornithorynque projeta vers le sol deux jets d’eau invoqués depuis ses paumes. Constatant qu’ils n’étaient pas encore assez puissants pour le propulser dans les airs comme il l’aurait souhaité, il se reprit avec un rire gêné : « Même s’il faut encore un peu d’entraînement, apparemment… »
« Bon, ce n’est pas tout, les amis, il va falloir avancer dans notre quête ! » déclara alors Kaldun, qui s’affairait déjà à rassembler les affaires des aventuriers, dispersées lors de l’attaque surprise. Il pointa du doigt une ouverture entre les cimes des arbres au-dessus d’eux. « Voyez comme la nouvelle étoile a déjà grossi depuis notre départ de CitéRoi ! Nous devons à tout prix retrouver ces Anciens pour leur demander comment arrêter cela ! »
Albertmont approuva d’un hochement de tête déterminé, bien que son regard restait rivé avec inquiétude sur l’astre maudit. Celui-ci brillait maintenant d’un éclat marqué, malgré le début d'après-midi.
« Et qu’est-ce qu’on fait de nos deux boulets ? » demanda Kytou-double, la voix teintée d’exaspération. « On ne va quand même pas les transporter avec nous jusqu’au village des Anciens… si ce village existe vraiment ! »
« On les abandonne, et puis tant pis », trancha Ulfar avec son pragmatisme habituel.
Kaldun répliqua immédiatement, scandalisé : « On ne va tout de même pas abandonner la Reine endormie au milieu d’une forêt hostile ! »
Elvia intervint alors avec une suggestion judicieuse : confier la protection des deux dormeurs à son compagnon élémentaire, le Golem Gardien. La proposition fut acceptée à l’unanimité. La jeune magicienne transmit un ordre silencieux à la créature de pierre, qui s’exécuta sur-le-champ. Le Golem entoura de ses larges bras la Reine et son garde, formant une coque protectrice impénétrable. Il se rabattit ensuite sur lui-même, changeant de forme pour se refermer telle une immense noix de pierre. Dans un grondement sourd, il tournoya sur lui-même et s’enfonça dans le sol comme aspiré par un sable mouvant invisible. Un épais nuage de poussière s’éleva, dissimulant le bloc de pierre avant que le sol ne se stabilise. Le Golem et ses précieux occupants avaient disparu.
« Le voilà parti pour CitéRoi ! » déclara Elvia d’un ton satisfait.
Impressionné, Albertmont laissa échapper un sifflement admiratif.
Sans perdre plus de temps, Kaldun relança le groupe : il était temps d’entamer leur ascension vers l’inconnu.
Les aventuriers remontèrent les derniers mètres pour se retrouver face à la façade rocheuse et abrupte de la montagne qui leur barrait la route. Ils scrutèrent un instant les environs, espérant découvrir un sentier ou un passage permettant une ascension plus douce sur les flancs de la falaise, mais force fut de constater : ils faisaient face à une véritable muraille sans fin.
Inquiets, Kytou-double sollicita le vieux druide Mordin via la Feuille répliquante. La réponse fut sans appel : selon les cartes, ils devaient impérativement gravir cette falaise plein Nord, sans s’égarer ni à l’Est ni à l’Ouest. L’escalade était inévitable. Pourtant, la réalité s’imposait cruellement à eux : à part Albertmont, fort de ses talents de voleur et de cascadeur, aucun d’eux ne possédait le savoir-faire nécessaire pour s’élever de quelques mètres sans risquer une chute mortelle, cordes ou pas.
C’est alors que, pendant cet échange avec Mordin, une idée germa dans l’esprit de Kaldun. Lors de leur court séjour à CitéRoi, il avait feuilleté un manuscrit qui l’avait particulièrement marqué : *Serviteur animalier spectral*. Le Lynx s’assit, ferma les yeux pour se concentrer, et murmura une série de phrases incompréhensibles. Soudain, sous le regard stupéfait de ses acolytes, un animal bondit d’un buisson face à lui. C’était une araignée massive et velue, qui vint se planter droit devant le Templier, resté en méditation imperturbable. Kaldun tendit la main et posa sa paume sur le front de la bête, entre ses multiples yeux sombres et étincelants. Un large sourire illumina son visage félin.
« Les amis, je vous présente Tarentule, ma compagne éphémère ! » déclara-t-il en se relevant, tandis que les autres restaient bouche bée. « Elle va nous aider à escalader cette paroi ! »
Le Templier sauta sur le dos velu de sa nouvelle monture, attacha rapidement sa corde autour de sa taille et au torse de l’araignée. La bête galopa alors sur ses huit pattes poilues jusqu’au pied de la falaise. Là, elle marqua une pause ; son abdomen gargouilla bruyamment avant d’expulser un épais jet blanchâtre et continu qui se colla au sol, restant relié à son corps. D’un bond prodigieux, l’animal spectral s’éleva de plusieurs mètres, s’accrochant à la paroi rocheuse sans la moindre difficulté, tandis que le fil blanc tendu derrière lui faisait office de corde de sécurité.
S’agrippant fermement, Kaldun souffla un mot à l’oreille de la bête, puis lança à l’attention de ses compagnons : « Nous vous ouvrons la voie pour l’ascension. Y’a plus qu’à grimper… »
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’araignée enchaîna les sauts verticaux, progressant avec une agilité déconcertante. Entre chaque bond, un gargouillis répugnant se faisait entendre, suivi de l’expulsion de ce liquide visqueux et blanchâtre qui venait prolonger la structure collée à la roche, formant une suite de prises irrégulières mais répétitives.
« Drôle de toile d’araignée… » commenta Kytou-double, sceptique.
« Très dégoûtante ! » renchérit Elvia en grimaçant.
« Mais une échelle très pratique ! » approuva Albertmont, qui attaquait déjà l’ascension. « En plus, ça ne colle pas aux mains et ça ne sent rien du tout ! »
Ulfar ne pipa mot, mais emboîta le pas à Albertmont sans broncher, satisfait que les choses avancent enfin dans le bon sens.
Bientôt, toute la troupe se retrouva à gravir la paroi montagneuse grâce à cette échelle extensible et gigantesque tissée par l’araignée géante. Après un certain temps d’effort, ils atteignirent une corniche en hauteur. Ils avaient depuis longtemps dépassé la canopée de la forêt sombre, et une brume de nuages venait désormais leur lécher les bottes.
Kaldun, qui avait pris un peu d’avance, revint vers ses compagnons alors qu’ils reprenaient leur souffle sur la corniche, toujours juché sur son animal invoqué. Il était tout excité : il avait reconnu cet endroit ! C’était exactement la paroi montagneuse apparue dans sa vision chez le vieux druide. Mieux encore, il croyait déjà apercevoir, plus haut, ce cercle de rochers étranges qui, selon lui, les mènerait enfin vers les Anciens.
Après une courte pause, les aventuriers reprirent leur ascension. Ils atteignirent bientôt une nouvelle corniche, bien plus vaste celle-ci, formant un plateau intermédiaire parsemé de groupes d’arbres et d’arbustes. Au loin, d’autres parois rocheuses poursuivaient leur vertigineuse ascension à travers le brouillard des hauteurs, érigeant ces montagnes titanesques en une barrière naturelle infranchissable vers le territoire maudit des Terres innomées.
Désormais à pied, ayant révoqué sa monture spectrale, Kaldun aida ses compagnons à franchir les derniers mètres et les guida à travers les buissons sauvages jusqu’à un espace dégagé. Parmi les rochers, seule une maigre verdure, principalement des bruyères et quelques épineux, osait pointer le bout de son nez. C’est là qu’ils firent une découverte surprenante : un alignement concentrique de volumineux rochers difformes. Leur aspect et leur disposition juraient avec la géologie naturelle des pans de montagne et des anciens éboulements. Ils étaient cinq, disposés en un grand cercle dont les dimensions rappelaient étrangement celles des cercles de Menhirs que les héros connaissaient désormais si bien.
« Étonnant, cette nouvelle Porte des étoiles… Il me semble pourtant qu’elle n’était indiquée sur aucune de nos cartes ! » déclara Albertmont, sceptique.
Kytou-double suggéra qu’il s’agissait forcément d’un portail secret, conçu pour les mener directement chez les Anciens. « Peut-être va-t-il nous faire traverser la montagne pour nous déposer au cœur de ces Terres maudites ? » proposa-t-il, l’œil fier de son hypothèse.
« Je ne crois pas que nous ayons affaire à un portail, les amis », trancha soudain Kaldun en s’approchant rapidement des étranges rochers. Arrivé près de l’un d’eux, il se retourna et leur lança : « Venez voir ! Ce sont des statues ! »
Une fois rassemblés au centre de cet étrange lieu, les aventuriers constatèrent avec stupeur que chacun des grands rochers prenait en réalité la forme de sculptures complexes, en partie masquées par l'accumulation de boue, de poussière et de végétaux parasites, mousseux et épineux. Ils avaient la forme de créatures mêlant des caractéristiques principalement reptiliennes à celles d’animaux sauvages, telles des chimères mystiques géantes figées dans la pierre.
« Des dragons ! » s’exclama Albertmont, les yeux brillants d’extase.
« Les dragons, ça n’existe pas », lui rétorqua sèchement Ulfar, bien qu’il ne quittât pas les statues d’un regard méfiant.
Toutes ces imposantes figures arboraient de grandes ailes repliées contre leurs flancs. Elles gisaient couchées sur le sol, certaines à plat ventre, d’autres basculées sur le côté. Toutes avaient la tête posée à terre, l’air paisible, comme endormies, leurs pattes avant allongées et tendues vers le centre du cercle qu’elles formaient, telle une révérence éternelle.
Déroulés, les héros examinèrent une à une ces statues, toutes aussi étranges les unes que les autres, mais rien ne leur indiquait leur origine ni la raison de leur présence en ces lieux. Kytou-double émit l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de très anciennes créatures préhistoriques, figées par un sortilège de pétrification similaire à celui de la chamane qu’ils venaient de combattre. Cependant, cette théorie ne convainquit guère ses compagnons, qui restaient perplexes.
La fatigue, couplée à l’obscurité profonde de la nuit, finit par mettre un terme à leurs investigations. Il fut décidé de monter le bivouac pour reprendre les recherches à la lueur du petit matin. Avant de sombrer dans le sommeil, Kytou-double résuma brièvement leur découverte à Mordin via le parchemin magique. Le vieux druide, semble-t-il, n’avait pas de conseils avisés à leur fournir sur ce mystère. Il se contenta de leur rappeler l’urgence absolue de leur mission, d’autant plus que la situation se détériorait rapidement du côté de CitéRoi, menacée par les attaques imminentes évoquées lors du conseil royal.
La nuit s’écoula rapidement et sans encombre. Aux premières lueurs de l’aube, les aventuriers furent brusquement réveillés par les exclamations d’Elvia, qui pointait du bout de l’aile l’horizon où le soleil viendrait bientôt à se lever. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir, un peu plus haut, l’astre maudit brillant avec une intensité décuplée par rapport à la veille ! L’étoile semblait avoir grossi d’au moins dix fois sa taille initiale, une vision qui glaça d’effroi la jeune Fauconne. Il n'en fallut pas moins pour mettre tout le monde en action.
Alors que le groupe s’affairait à fouiller les moindres recoins autour des statues de dragons en quête d’indices, Kytou-double fut soudain frappé d’une intuition. Il s’approcha de l’une des créatures de pierre et examina de près l’une de ses pattes avant. Il écarta quelques plantes grimpantes et dépoussiéra la terre accumulée, révélant une posture inhabituelle : l’un des doigts semblait maintenu relevé, figé dans un geste étrange. Plus troublant encore, ce doigt ne portait pas la griffe acérée en pierre noire ornant ses voisins, mais présentait une petite cavité à son extrémité, comme si un petit rongeur primitif y avait creusé son terrier.
« On dirait que ce doigt est creux ! » réfléchit-il à haute voix.
Soudain, une idée fulgurante traversa son esprit. Il fila à toute allure vers le campement, fouilla frénétiquement son sac sous le regard intrigué de ses compagnons, qui s’étaient approchés pour comprendre cette soudaine agitation.
« Enfin… ma Clé… Je l’ai ! » s’écria Kytou-double en brandissant l’objet tant cherché : une grosse griffe acérée d’un noir mat, prolongée d’une petite sphère légèrement translucide qui scintillait doucement dans sa paume.
Il courut vers la statue qu’il venait d’examiner et compara un instant les proportions de sa Clé de Gardien avec les griffes minérales du monstre de pierre. Un rire de satisfaction lui monta à la gorge. Délicatement, il tenta d’ajuster son artéfact dans l’orifice du doigt dépourvu de griffe.
« Woah ! » s’exclama Albertmont, saisissant enfin la situation. « C’est logique ! On a trouvé le portail, et nous avons les Clés ! C’est exactement ce que le Gardien de la Source nous avait dit ! »
L’Ornithorynque se rua alors vers une autre statue couchée, nettoya ses pattes avant et découvrit, lui aussi, un doigt orphelin de sa griffe noire. Il sortit son propre artéfact et tenta de l’insérer dans l’alvéole. Cependant, ni Kytou-double ni Albertmont ne parvinrent à assembler leurs griffes dans les orifices des statues ; les formes ne correspondaient pas.
Sans se laisser abattre, les aventuriers essayèrent tour à tour leurs Clés sur chacune des créatures composant l’étrange cercle. Ce fut finalement Kaldun qui réussit le premier, avec une aisance déconcertante, à insérer la sienne dans le doigt de l’un des gros reptiles chimériques de roc, la base arrondie de la griffe venant se loger parfaitement au fond de l'interstice.
Au moment où l’objet sembla être glissé au maximum dans l’interstice, une lueur verdâtre rayonna instantanément le long de la griffe qui restant entièrement apparente, arrachant au Lynx un mouvement de recul surpris. Puis le phénomène s’estompa rapidement, et la griffe reprit sa teinte noirâtre, se fondant parfaitement avec le reste du doigt pétrifié. Kaldun tenta de déloger sa Clé, mais celle-ci refusait désormais tout mouvement, définitivement imbriquée dans le minéral, comme si elle en avait toujours été partie intégrante.
Les autres aventuriers trouvèrent finalement, chacun leur tour, le réceptacle adéquat pour leur propre Clé.
À chaque insertion, l’artéfact s’imbriquait en produisant une petite lueur éphémère aux couleurs distinctes : rougeâtre pour Ulfar, bleutée pour Albertmont, jaunâtre pour Kytou-double et violacée pour Elvia. Les cinq héros jubilaient, convaincus qu’une énigme ancestrale venait d’être résolue.
Ils se rassemblèrent au centre du cercle de statues, guettant l’apparition d’un phénomène, d’une ouverture ou d’un nouveau passage. Mais rien ne se produisit. Désemparés, ils tentèrent alors de reproduire des gestes liés aux étoiles de la carte d’Elvia, se mirent en file indienne face à chaque statue et plaquèrent leurs mains sur diverses parties de leur anatomie étrange, espérant débloquer le fameux portail. En vain.
Alors que le soleil et l’astre maudit qui le précédait grimpaient lentement vers le midi, les aventuriers commençaient à perdre pied. Leurs recherches s’éternisaient, réduisant peu à peu l’enthousiasme précédent à une lassitude grandissante.
C’est alors, sur un coup de tête, qu’Albertmont fixa songeusement le dragon figé auquel il avait confié sa Clé. Il décida de lui offrir un peu de fraîcheur et de le débarrasser intégralement des broussailles poussiéreuses et des végétaux parasites qui encombraient une partie de son corps et de sa queue. Il inspira profondément, tendit les bras en avant en grognant de concentration. Soudain, des jets puissants d’eau translucide et étincelante jaillirent à l’horizontale, venant s’écraser avec fracas contre les flancs de la statue. Le périmètre entier fut aspergé d’un mélange d’eau, de boue, de fragments de bruyère et de ronces arrachées.
Se surprenant lui-même, Albertmont ressentit une vague de satisfaction instantanée l’envahir, déclenchant un éclat de rire inattendu. Il interrompit sa projection d’eau pour admirer la surface désormais lisse et brillante du flanc de « sa » statue, les yeux ébahis.
Ulfar s’approcha, l’air moqueur : « Dites donc, je savais pas que notre jeune Ornitho était un fanatique du ménage ! C’est ton pouvoir de l’Eau qui te monte à la tête ? Si tu prends autant ton pied, j’ai quelques vieux chiffons dans mon sac à rafraîchir… »
Mais Kytou-double l’interrompit, accouru pour observer la scène, les yeux tout aussi écarquillés que son ami. Il pointa du doigt la statue qu’Albertmont venait de copieusement arroser. À l’endroit exact où le fluide avait frappé la pierre, la surface était devenue étincelante et lisse, révélant une fine trame écailleuse légèrement turquoise. Celle-ci reflétait la lumière du soleil en émettant comme un petit rayonnement pulsatile.
Les aventuriers accoururent tous pour observer le phénomène, n’osant toutefois pas y toucher. Puis Albertmont, tout sourire, vint poser délicatement sa main sur la surface rayonnante. À nouveau, un sentiment de bienfait intense s’écoula en lui.
« Il me semble que le rocher… la statue… est plus chaude maintenant… » lança-t-il en jetant un regard complice à ses amis.
Ils avaient compris ! L’Ornithorynque prit du recul, fit signe à ses amis de s’écarter largement de sa cible, puis, avec un élan hurlé digne des plus grands tireurs de Piedballe, il déclencha à nouveau son pouvoir. Il aspergea allègrement le reste du corps de la statue, révélant peu à peu une surface lisse et chatoyante sur l’ensemble de la créature chimérique. C’était magnifique !
Après un bref coup d’œil et un signal entendu, les compagnons se dispersèrent immédiatement, chacun se ruant vers la statue liée à sa propre Clé.
Kytou-double se mit à souffler de toutes ses forces, agitant les bras avec frénésie face à son géant de pierre. Un tourbillon crépitant en jaillit, léchant le pourtour de la forme massive. Le vent violent emporta toutes les saletés et les parasites végétaux incrustés, révélant une surface d’une netteté absolue. La pierre apparut alors lisse et brillante comme de l’or pur, renvoyant les éclats du soleil avec une intensité éblouissante.
De son côté, Kaldun avait posé ses mains bien à plat contre le flanc de sa statue. Il concentra son pouvoir pour le déverser sur sa cible, générant une série d’ondes de choc qui firent vibrer l’imposante sculpture d’un seul bloc. À chaque pulsation, des plaques entières de terre et de crasse se détachaient, tombant en poussière autour d’eux. Peu à peu, une teinte verdâtre sombre émergea, rayonnant sous une surface qui devenait de plus en plus lisse et propre.
Ulfar, lui, s’adonnait à un véritable feu de joie. Laissant jaillir toute la rage et les frustrations accumulées au fil de leurs périples, il incinéra allègrement tout ce qui souillait la statue géante à laquelle il s’était lié. Terminant son geste par un cri de triomphe, il laissa le brasier consumer lentement les derniers résidus jusqu’à ce qu’il s’éteigne totalement. Le résultat était saisissant : les formes impressionnantes de la statue reptilienne apparaissaient désormais immaculées, magnifiées par une teinte rougeoyante qui diffusait sur toute sa surface, telle une braise incandescente géante.
Elvia fut plus discrète, moins démonstrative. Elle s’approcha timidement de la tête reposée de sa statue, s’assit devant elle après avoir incliné respectueusement la tête en guise de salutation, et demeura un long moment en silence, face au monstre de pierre. Était-ce de la méditation ou de l’admiration ? Nul ne saurait le dire. Puis, après une grande inspiration, elle posa délicatement le bout de ses deux ailes sur le front de la créature, entre les racines de ses larges cornes noires, jusque-là partiellement recouvertes de branchages et de mousses. Petit à petit, une lueur violacée apparut depuis la zone de contact. Elle diffusa dans la tête, gagna les cornes, puis le cou, et enfin, lentement, tout le corps de la sculpture se mit à rayonner de cette lumière purificatrice, traversant les branches et les amas de saleté qui les recouvraient encore.
Soudain, la statue sembla s’ébrouer avec une force titanesque, projetant au loin les derniers résidus de saleté dans un nuage de poussière.
Puis le dragon ouvrit les yeux. Deux orbes d’une dorure étincelante apparurent, centrés par une large pupille noire qui se fendit rapidement en une fine fente verticale, marque indubitablement reptilienne. La tête se souleva lentement du sol, portée par un cou long et puissant, pour rester suspendue bien au-dessus de la jeune Fauconne. Elvia, toujours assise, restait bouche bée, le regard rivé sur le reptile en éveil, incapable de détacher ses yeux de cette vision grandiose.
D’un mouvement souple qui trahissait néanmoins une puissance colossale, la créature géante prit appui sur ses pattes avant, redressant encore davantage son imposant torse. Elle inclina légèrement la tête, fixant intensément la jeune magicienne qui lui faisait face. Simultanément, les autres statues s’animèrent à leur tour, comme un réveil collectif après une nuit de repos s’étendant sur des millénaires.
Chaque aventurier se retrouva ainsi figé sur place, paralysé par l’impressionnante créature qui se dressait devant lui en grognant. Chacun soutenait ce regard étincelant, sentant le poids de l’attention exclusive de l'être mystique qu'il avait éveillé.
Le silence suspendu fut à peine troublé par la constatation bégayante d’Albertmont : « Les Anciens… sont… des Dragons ! »
Soudain, un son assourdissant résonna simultanément dans l’esprit de chacun des héros. Une voix forte et grave fit vibrer l’intérieur de leur être, résonnant directement au plus profond de leur crâne. C’était comme une pensée étrangère, pourtant clairement destinée à chacun, les nommant avec une précision troublante par leurs nouveaux titres de Gardiens, récemment baptisés :
« Détenteurs de la Clé Élémentaire, Gardienne Elvia, Gardien Kaldun, Gardien Albertmont, Gardien Kytou-double, Gardien Menfiche… à toi je nous lions ! »
Les aventuriers restèrent estomaqués par la puissance de cette déclaration, tant par la forme solennelle et étrange, mêlant singulier et pluriel, que par le fond du message, qui scellait un statut sans retour possible. Chacun se sentait personnellement interpellé, et pourtant, c’était bien une proclamation collective qui venait d’être énoncée. Comme si les Anciens possédaient une identité à la fois individuelle et profondément commune.
Un sentiment nouveau se diffusa alors parmi les cinq compagnons : celui d’un lien indestructible, tissé de sang et de magie, les reliant désormais définitivement les uns aux autres, ainsi qu’à ces Dragons millénaires.
Puis le Templier sentit l’appel du devoir ressurgir en lui. Il leva les yeux vers le ciel, où l’étoile menaçante rougeoyait avec une intensité croissante, haut dans le ciel. Afin que ses compagnons reprennent leurs esprits dans un même élan, il déclara d’une voix forte :
« Puissants Anciens, nous sommes honorés de vous rencontrer enfin ! Nous avons parcouru un très long chemin pour implorer votre aide, car le monde est menacé par un terrible danger destructeur ! »
Il pointa alors un doigt déterminé vers l’astre maudit.
Les géants ne détachèrent pas leur regard fixe de chacun des aventuriers, tels des prédateurs concentrés sur leur proie avant l’assaut. Soudain, venue des tréfonds de leur être, une voix puissante et grave vibra à nouveau dans l’esprit de chaque héros :
« Je sommes les Anciens Gardiens, sortis d'un chemin bien plus long… celui du temps et de l’oubli ! »
Après une courte pause qui laissa l’écho de ces paroles résonner dans leurs crânes, une nouvelle déclaration, encore plus impérieuse, s’imposa à eux, provoquant une sensation de vertige et de malaise :
« Après tant de silence… j’avons SOIF ! Un Gardien se ressource toujours avant d’agir. »
Cette phrase, étrange aux oreilles des aventuriers, sonnait comme une énigme autant qu'une invitation. À leur grande surprise, et dans un tremblement de terre massif, les Dragons s’ébrouèrent à nouveau. Ils étirèrent chacun de leurs membres, déployant lentement leurs longues et massives ailes dans un craquement sinistre d’articulations ankylosées par les siècles. Puis, chaque Ancien se rapprocha de l’aventurier qui l’avait libéré de son sommeil millénaire, dans une sorte de posture évoquant une attente.
Elvia fut la première à comprendre. Elle décolla d’un battement d’ailes et alla se poser délicatement sur l’épaule de son propre Dragon, qui releva la tête d’un air satisfait.
Ses compagnons saisirent le message et firent de leur mieux pour grimper sur ces montagnes vivantes. Albertmont en profita pour démontrer l’expertise de son entraînement : il invoqua des jets d’eau propulseurs qui lui permirent enfin de décoller suffisamment haut pour atterrir, non sans une certaine maladresse, sur le dos de son Dragon.
Une fois tous juchés sur leurs montures extraordinaires, les cinq créatures draconiques bondirent d’un même élan, leurs puissantes ailes fendant l’air avec fracas. Dans un vrombissement assourdissant, soulevant un nuage de poussière mêlé de branchages brisés et de débris, les Anciens Gardiens, portant fièrement leurs cavaliers, décollèrent. Ils formèrent alors une silhouette surréelle, un escadron mythique s’élançant vers le ciel.
Alors que les héros prenaient lentement de l’altitude, perçant les fines brumes qui léchaient les flancs de la massive chaîne de montagnes, un spectacle vertigineux se dévoila à eux. Profitant d’un bref vol stationnaire accordé par l’ensemble des Dragons, ils purent contempler l’immensité : une forêt dense et infinie s’étendant du pied des monts jusqu’aux confins du paysage visible, vers le Sud, l’Ouest et l’Est. Très loin à l’Est, un éclat argenté trahissait la limite des terres et le bord de l’océan.
« C’est la Mer du Nord ! » s’écria Albertmont, qui avait étudié sa carte avec attention. Mais son cri d’enthousiasme fut instantanément étouffé par le vrombissement des ailes et la violence du vent.
Kaldun, quant à lui, observait avec curiosité le sommet des parois montagneuses, désormais plus accessibles, espérant enfin percer le secret de ce qu’elles dissimulaient.
Soudain, la voix viscérale des Anciens résonna dans l’esprit de chaque aventurier : « Glisse vos mains sous l'écaille ! »
Dans un instant d’hébétude, les compagnons cherchèrent laborieusement ce dont il s’agissait, jusqu’à constater qu’une rangée d’écailles, située sur le haut de la nuque, se soulevait légèrement devant eux. Encore hésitants, ils comprirent vite qu’il leur fallait plonger les mains à plat sous ces écailles. Ils y découvrirent une substance offrant une sensation de chaleur et de douceur, semblable à une épaisse fourrure cachée, et abritant une prise solide ancrée à la racine des écailles nucales. Au même instant, une immense sensation de liberté et de plénitude les envahit.
Puis, dans un mouvement parfaitement synchronisé, les cinq Dragons s’élancèrent en avant, droit vers le Sud-Ouest, comme s’ils plongeaient du haut d’un immense plongeoir. Les écailles, se rabattant sur les avant-bras des aventuriers, leur assurèrent une prise ferme et sécurisée, les empêchant d’être aspirés par le vent généré par leur vitesse folle.
Plongés dans l’euphorie de l’instant, les aventuriers furent submergés par des sensations totalement inédites et incroyables. Au-delà de la vitesse vertigineuse qu’ils avaient atteinte, ils ressentaient le vent glisser sur leurs membres avec une fluidité absolue, comme s’ils étaient eux-mêmes des oiseaux en pleine migration. Ce sentiment était d’autant plus étrange qu’ils avaient l’impression de suivre la piste d’une odeur envoûtante, comme si leur flair avait capté un fumet indistinct mais irrésistiblement désirable, mêlant acidité salivante et douceur sucrée.
« C’est dingue ! C’est comme si j’avais fait ça toute ma vie ! » murmura Albertmont, stupéfait.
« Ouais, j’ai la même sensation… » lui répondit du tac au tac Kytou-double, qui ne se trouvait pourtant pas dans son champ de vision.
« Mais… comment est-ce possible… de s’entendre, de se parler ainsi ?! » s’exclama Kaldun, la voix empreinte d’étonnement.
« La magie… Nous sommes connectés, grâce aux Gardiens ! » expliqua Elvia à ses amis, sa résonnance claire dans leur esprit commun.
« En tout cas, moi, ça me donne hyper SOIF ! » déclara Ulfar avec son pragmatisme habituel.
« SOIF ! » tonna soudain la voix grave et vibrante des Dragons, résonnant simultanément en eux. Immédiatement, les créatures accélérèrent encore la cadence de leurs puissants battements d’ailes, filant comme des flèches vers l’inconnu.
Comprenant que, grâce à ce contact intime avec les Dragons, les aventuriers partageaient non seulement leurs pensées, mais aussi leurs sensations et leurs sens, Albertmont fit une remarque pertinente. Ce sentiment de plénitude et d’euphorie lui rappelait étrangement l’expérience vécue lors de leur traversée au travers des Portes des étoiles. D’ailleurs, il reconnaissait désormais les voix qu’il lui avait semblé entendre au cœur de ces portails magiques : c’étaient exactement les mêmes que celles de ces Dragons. Il y avait donc un lien direct entre ces créatures millénaires et toutes les Portes des étoiles disséminées dans le royaume d’Ankiona, voire au-delà, peut-être même dans d’autres mondes !
Alors qu’il s’extasiait encore devant cette découverte qui aurait à coup sûr enflammé l’imagination du vieux druide Mordin, Kaldun alerta soudain ses compagnons : ils survolaient bientôt un nouveau territoire.
Celui-ci était bordé par une chaîne de montagnes plus modeste et boisée, au-delà de laquelle s’étendait une nappe de brume opaque recouvrant une vaste plaine, seulement percée par endroits de collines basses drapées de champs. Sans hésiter, Albertmont suggéra qu’ils approchaient des Plaines du Milieu et qu’ils devraient bientôt apercevoir, scintillant au loin, la grande capitale du Royaume : CitéRoi !
Soudain, un cri de terreur collective jaillit dans leur esprit commun. Les Dragons réagirent par une légère secousse, brisant la fluidité parfaite de leur vol, bifurquant légèrement plus vers le Sud. Une image animée s’imposa alors brutalement dans l’esprit des aventuriers, les forçant à fermer les yeux pour ne pas succomber au vertige, comme s’ils étaient saisis d’une vision partagée et involontaire. C’était comme si leur vue s’était soudainement affinée d’une acuité surnaturelle, leur permettant d’observer avec une précision digne des plus grands rapaces les moindres détails de la surface des Plaines du Milieu. Ils voyaient désormais à travers les yeux perçants des Dragons.
Et ce qu’ils découvrirent les glaça d’effroi : des terres ravagées, jonchées de ruines et de débris en tout genre. Certaines structures fumaient encore, témoins d’incendies récents, et cette fumée noire formait en réalité l’épaisse brume matinale qu’ils avaient prise pour un phénomène naturel.
Ces terres dévastées portaient les cicatrices béantes du passage d’une armée destructrice. Le regard perçant des Dragons scruta les landes à la recherche des coupables, repérant rapidement une masse noire et grouillante à l’assaut d’un village paysan tout entier. En zoomant encore davantage, les aventuriers ressentirent un choc violent : ils reconnaissaient cette foule de créatures démoniaques. Principalement des Gobelins, épaulés par divers Animaux d’une agressivité rare, ils saccageaient tout sur leur passage avec une rage aveugle.
Il n’en fallut pas plus pour que Kytou-double identifie l’horreur. « C’est l’armée des Terres maudites ! Elle fonce droit sur CitéRoi ! Je l’ai vue dans le Miroir, chez Mordin !… Il faut les arrêter ! » s’écria-t-il.
Pourtant, les Dragons semblèrent ignorer sa supplication, poursuivant leur course folle haut dans les cieux, bien au-dessus des nuages, loin de l’horreur qui se jouait au sol.
« SOIF ! » répétèrent-ils encore, d’une seule et même voix profonde, résonnant comme un ordre absolu.
Soudain, la grande capitale du Royaume jaillit dans un éclat de lumière à travers les nuages qui s’écartaient vers le Sud. Elle révélait son impressionnante envergure, une structure colossale bâtie sur une colline dominant un immense lac étalé à l’Est : le Lac du Roi. Avec un hoquet de surprise, les aventuriers remarquèrent d’autres panaches de fumée noire s’élevant directement depuis la surface de l’eau. En concentrant leur vision perçante, ils eurent la stupéfaction de découvrir une constellation de navires mouchetant toute la surface du lac. Certains, à plusieurs mâts, arboraient des pavillons blancs et dorés, typiques de la flotte de l’Ordre royal. D’autres, totalement noirs, aux formes atypiques, basses et fines, ressemblaient à de sinistres drakkars.
« Mais… ce sont des pirates ! » s’écria Albertmont, refoulant d’horribles souvenirs à leur vue. « Ils s’attaquent à CitéRoi ! » ajouta-t-il, la voix tremblante. Plusieurs navires, notamment des bâtiments royaux, étaient déjà la proie des flammes.
Une fois encore, les Dragons firent la sourde oreille face à la détresse de leurs cavaliers. Réitérant leur soif impérieuse, ils bifurquèrent légèrement vers l’Est, s’éloignant rapidement de CitéRoi et des dangers qui cernaient la cité blanche.
Submergés par un torrent d’émotions contradictoires, mêlant l’euphorie du vol à l’angoisse du spectacle apocalyptique qu’ils venaient de survoler, les héros perdirent tout contrôle de leur esprit. Incapables de raisonner objectivement, ils lâchèrent totalement prise, s’en remettant aveuglément à leurs montures.
Après quelques petites heures de vol qui semblèrent durer une éternité, les Dragons adoptèrent soudain une formation en cercle concentrique, tournoyant autour d’un large périmètre. Ils survolaient maintenant une région radicalement différente : les vastes étendues végétales et exotiques de la Jungle du Gorille.
Descendant en une spirale lente et majestueuse, les Anciens se rapprochèrent de la canopée de la jungle. Kytou-double pointa soudain un doigt vers le centre de la zone qu’ils encerclaient. Là, un écart plus large entre les arbres révélait le sommet largement bombé d’une structure rocheuse à la teinte claire, aussi lisse que la coquille d’un œuf géant dissimulé sous la végétation luxuriante.
« Ça me rappelle quelque chose… » murmura Albertmont, songeur, devant cette architecture cachée qui lui insufflait une étrange impression de retour aux sources, comme si il retrouvait un lieu qu’il n’aurait jamais dû quitter. « C'est le toit du grand Temple du Gardien de la Source ! » lui répondit Elvia, qui l'avait reconnu, l'ayant elle-même survolé il y a quelques temps avant d'y pénétrer.
Les Dragons volaient désormais très bas, maintenant un rythme circulaire lent et régulier au-dessus du dôme. Soudain, l’un d’eux émit un son tenu, puissant et grave, tel celui d’une immense corne de chasse. La note précise et vibrante, maintenue tout au long d’un tour complet, résonna dans toute la jungle, suffisante pour mettre en fuite plusieurs groupes d’oiseaux primitifs qui s’envolèrent en piaillant, terrifiés par cette trompette draconique.
Comme une réponse directe à cet appel, peu après l’arrêt du brame, un grondement sourd et un crissement de pierre s’élevèrent depuis le sol, accompagnés d’un nuage de poussière jaillissant de l’espace central. Sous les yeux ébahis des héros, le sommet de la structure bombée s’ouvrit : un trou noir apparut, s’élargissant lentement par le retrait progressif et circulaire des parois rocheuses, jusqu’à laisser place à un orifice béant, parfaitement rond, au cœur de la forêt.
À l’intérieur, une lueur turquoise diffusait depuis les profondeurs, se reflétant sur des parois intérieures lisses, par endroits ciselées de motifs complexes. Des colonnes et des alcôves se dessinaient, surmontées de larges pierres sphériques luminescentes aux reflets bleutés. Les aventuriers s’exclamèrent d’une seule voix : ils reconnaissaient sans l’ombre d’un doute le sanctuaire de la Source Élémentaire.
Soudain, l’un après l’autre, les Dragons piquèrent du nez et plongèrent directement dans la large ouverture du dôme, pour finalement se poser avec grâce sur le plancher lisse et immaculé de l’immense salle souterraine. Dès que le dernier d’entre eux eut atterri, le dôme de pierre se referma lentement dans un tremblement immense et assourdissant, tel un iris géant scellant l’ouverture jusqu’à la combler totalement.
Un bref sentiment de panique, celui d’être pris au piège, effleura l’esprit des aventuriers, mais il fut instantanément effacé par une vague de réconfort insufflée par les Anciens : ils étaient enfin « à la maison », dans un lieu accueillant et ressourçant.
Une fois le brouhaha de la fermeture apaisé, la sensation de calme s’accentua, portée par le doux son en cascade qui résonnait désormais clairement dans tout l’édifice. C’était le chant de l’eau de la Source, s’écoulant sous le sol et apparaissant au travers d’une longue et fine fissure rectiligne traversant le centre de la grande salle.
« Cette odeur, tellement alléchante… ça vient d’ici ! C’est la Source ! » comprit Kaldun, les narines frémissantes.
« SOIF ! » déclarèrent une dernière fois les Dragons, leur voix résonnant simultanément dans leurs esprits.
Aussitôt, les reptiles géants se précipitèrent au fond de la salle, là où l’eau jaillissait en une large cascade entre les deux étroits escaliers que les aventuriers avaient, il y a quelque temps, empruntés pour découvrir cette fameuse Source.
Là, ils plongèrent leur museau dans l’eau vive, enchaînant des déglutitions profondes et ininterrompues. Un bien-être revigorant diffusait dans tout leur être à chacune des gorgées. Naturellement, les cinq aventuriers allèrent eux aussi s’abreuver de cette eau vitale, au goût étrangement et subtilement parfumé acide-sucré, ressentant immédiatement ses bienfaits.
Après quelques minutes de rafraîchissement, ils s’installèrent ensemble un peu à l’écart de leurs majestueux guides, qui continuaient leur long festin avec une soif inextinguible.
« Bon les amis, les choses se sont accélérées bien plus vite que nous ne l’attendions… » entama Kaldun, le ton sérieux. « Il va falloir faire le point avec Mordin et comprendre comment les Anciens peuvent nous aider. »
Il se tourna vers Kytou-double, qui le fixait avec des yeux de chien battu.
« J’ai… oublié d’emporter mon sac quand on a décollé avec les Dragons… » avoua le guerrier Hyène, l’air désolé.
« Moi aussi ! » déclara Albertmont. « On n’a pas eu le réflexe de récupérer nos affaires avant de filer dans les airs… » ajouta-t-il, avant de conclure avec un large sourire : « Mais ce n’est pas grave, tant qu’on peut encore vivre et s'amuser ! » Il ponctua sa phrase d’un clin d’œil complice à ses amis.
« Bon, et maintenant on fait quoi ? On ne va quand même pas rester moisir ici le restant de nos jours ! » s’exclama Ulfar, retrouvant son bon vieux caractère grognon, en fixant d'un regard noir le haut plafond concave qui les couvrait.
Les héros discutèrent un moment de l’état de leur mission. Ils avaient bel et bien retrouvé les Anciens, comme le lui avaient prestement confié Mordin, la grand-mère d’Elvia et la Reine Anella. Mieux encore, ils avaient trouvé le moyen de les réveiller d’un sommeil apparemment millénaire, grâce aux Clés reçues du Gardien de la Source et à leurs nouveaux pouvoirs élémentaires. Bref, tout s’imbriquait parfaitement jusqu’ici. Restait maintenant à comprendre la suite des événements.
Voyant dans ces légendaires Dragons l’opportunité unique de mettre définitivement fin aux menaces qui cernaient désormais la capitale, Albertmont et Kytou-double échafaudaient déjà un plan d’action audacieux. L’idée ? Envoyer l’un des géants couler par le fond l'entièreté de la flotte pirate, tandis qu’un ou deux autres se chargeraient d’éradiquer jusqu’au dernier les Gobelins et autres créatures dévastatrices des larges armées noires. Peut-être même envoyer un dernier Dragon ratisser les Terres maudites du Nord pour déraciner le mal à sa source. Ulfar applaudissait chaque proposition, tant qu’il y voyait de belles occasions de batailles épiques et sanglantes. Son objectif restait clair : sortir vainqueur pour réclamer une récompense royale ultime, définitive et amplement méritée – quitte à devoir l’imposer avec une petite dose de menace draconienne, bien sûr.
Elvia, elle, tentait désespérément d’insister sur l’urgence de la situation céleste. « Il faut demander aux Anciens des réponses pour cette étoile qui grossit ! » suppliait-elle, convaincue qu’il s’agissait de l’astre de l’apocalypse étudié dans ses textes prophétiques. Mais sa voix se perdait dans le brouhaha des stratégies militaires de ses compagnons. Kaldun, quant à lui, restait silencieux. Il écoutait attentivement les discussions de ses amis tout en gardant un œil curieux sur les Anciens, qui, après s’être abreuvés, s’aspergeaient maintenant mutuellement avec l’eau pure de la Source, semblant gagner en éclat et en vitalité à vue d’œil. Malgré ce moment d'échanges somme toute relativement apaisant, le Templier sentait toutefois peser une catastrophe imminente, comme un calme avant la tempête.
Voyant enfin que les Dragons avaient terminé leurs ablutions et s’étaient étendus çà et là, l’air reposé et prêt pour entamer une bonne sieste, le Lynx prit une décision. Il se leva et s’avança vers le groupe des géantes créatures. Face à eux, il dégaina sa masse d’armes et la planta verticalement devant lui. Posant fermement ses mains sur le pommeau, il adopta une stature droite et fière.
« Vénérables Anciens, entama-t-il d’une voix solennelle, nous vous avons cherchés, puis une fois trouvés, nous vous avons libérés d’un profond sommeil qui semblait voué à ne jamais finir. Vous nous avez menés ici pour assouvir votre soif dans cette eau purificatrice. En effet, vous nous aviez déclaré qu’un Gardien se ressource toujours avant d’agir. Or, le Royaume fait face à des attaques de toutes parts et à des dangers susceptibles de faire basculer le monde entier. Il est temps que vous agissiez, que nous agissions, maintenant ! »
Un long silence s’installa, seulement rythmé par l’écho de la cascade et les sifflements des respirations apaisées des Dragons. Finalement, le plus proche d’entre eux releva lentement la tête vers Kaldun, le fixant de ses yeux irisés et brillants.
« Jeunes pressés, résonna la voix grave dans leurs esprits. Laisser le temps aux Anciens est nécessaire avant le Passage. »
Les aventuriers, qui ne comprenaient rien aux propos du Dragon, se rassemblèrent instinctivement aux côtés de Kaldun, échangeant des regards perplexes.
Faisant fi de leur remarque énigmatique, le Templier enchaîna avec détermination, redoutant une nouvelle phrase obscure qui viendrait perturber son élan : « Soit, mais maintenant nous avons besoin de vous sur plusieurs fronts, et sans votre aide, nous n’arriverons à rien ! »
Il débita ensuite rapidement son plaidoyer : « Vous l’avez constaté vous-mêmes tout à l’heure… D’une part, une guerre vient d’éclater contre notre grande capitale, menée par la flotte la plus brutale et redoutée de toutes les mers et terres d’Ankiona : des pirates et barbares sanguinaires, assoiffés de sang et de servitude. D’autre part, les terres fertiles et étendues du Royaume sont actuellement littéralement en train d’être éventrées. Chaque village est pillé et détruit, et toutes les bonnes âmes ankioniennes sont éliminées ou maudites par cette armée de démons surgie tout droit des Terres innomées. Une malédiction ancienne semble devoir y être brisée de toute urgence. Enfin, une menace que nous ne connaissons pas, et d’une ampleur inconnue, semble vouloir s’abattre sur nous depuis le ciel. Nous en ignorons l’origine, la source, et encore moins la destinée. Pourtant, certains de nos prophètes évoquent une fin des plus inquiétantes pour notre monde tel que nous le connaissons. »
Kaldun marqua une pause, laissant aux Anciens le temps d’assimiler son discours, espérant secrètement une réponse. N’entendant aucun retour, il fixa plus intensément les Dragons, qui portaient désormais toute leur attention sur le Templier, leurs yeux brillants semblant peser le poids de chaque mot.
Il conclut, la voix empreinte d’une solennité tremblante : « Vénérables Anciens, nous avons besoin de votre aide. Quels sont vos conseils ? »
Dans l’attente fébrile d’une réponse, Albertmont lança un rapide signe de félicitation à son compagnon pour son audace.
Soudain, la voix profonde des Dragons vibra en eux, résonnant comme un glas : « Nous voici au point de rupture… la grande Veille prend fin. » Cette déclaration accentua l’incompréhension des aventuriers. Puis la voix continua en une série de déclarations, toutes ponctuées par un court feulement grave et synchrone de chacune des créatures, comme pour appuyer les paroles en une sorte de litanie cérémoniale : « Je l’avons choisie, je l’avons vu naître, je l’avons protégée et l’avons laissé grandir, se transformer, faire ses choix… des choix bons mais aussi des choix mauvais… très mauvais. Mais elle ne nous a pas reconnus ni écoutés, mes conseils ignorés, et je sommes finalement tombés dans le silence et l’oubli, plongés dans la grande Veille. »
Les cinq compagnons absorbaient le récit des Anciens comme lorsque l’on raconte une légende ancestrale à des enfants, ébahis de comprendre que ces créatures qui l'on nommait Anciens semblaient apparemment exister depuis l’origine même du monde, qu’ils décrivaient comme un enfant qu’ils avaient vu naître et gardé, puis finalement laissé suivre sa propre voie. La notion de Gardiens prenait maintenant un sens totalement nouveau.
La voix rauque reprit : « De ma Veille, tu nous as sortis pour le Passage. Toi, nous, moi, vous, étais, suis, serons Gardiens. Ensemble, dois décider du destin des Gardiens. »
Les paroles se turent. Le silence laissa place à nouveau aux frémissements de la cascade et aux respirations lentes des Dragons. Les aventuriers se regardèrent, le regard hésitant. Puis Albertmont eut une idée et se lança : « Anciens Gardiens, est-ce que vous allez nous aider à sauver ce monde, oui ou non ? » La question provocatrice provoqua un hoquet de surprise parmi certains de ses compagnons. Mais les Dragons répondirent immédiatement : « Le Mal a été choisi par le monde. Le Mal est entré dans le monde, profondément. Le Mal fait le monde… douleur… haine… guerre… trahison… vol… »
À l’énoncé de chacun de ces sombres mots, un flash de souvenir fugace et douloureux frappa l’esprit de chaque aventurier, violent et inattendu. Albertmont revit son cher frère Augustin, enlevé il y a si longtemps par d’horribles barbares. Kytou-double revit son père Okkor succombant aux assauts maudits d’un étrange Sorcier enchanteur, sur fond de flammes dévorant son ancien village. Kaldun revit cette déferlante de Gobelins, vomie par le souterrain qu’il avait eu le malheur d’ouvrir, s’abattant sur le campement des Templiers endormis au cœur de cette nuit sanglante. Ulfar revit son ancien Jarl Orelmark, ainsi que ses parents tentant désespérément de protéger son jeune frère, au milieu de flammes incandescentes invoquées par cette sorcière démoniaque qui s’enfuyait en riant. Elvia, enfin, revit le rictus horrible de cette chamane qui l’ensorcelait en ricanant, au cœur de ce sombre tunnel infesté de reptiles hostiles.
« …du sang pour le sang… le Mal… la Mort. » Les visions s’éteignirent aussi brusquement qu’elles étaient apparues, prenant fin avec cette longue litanie de malheurs énumérés par la voix des Anciens. Ils conclurent : « ... Sauver le monde, c’est sauver le Mal. Un Gardien ne sauve pas le Mal, je le haïssons ! Le Monde, seul, doit se sauver, lui-même. »
Sentant la négation de cette réponse alambiquée, l’Ornithorynque ne laissa ni le choc des images ni ces déclarations le décourager. « Vous ne voulez donc pas sauver ce Monde. Pourtant vous, Anciens Gardiens, et nous, Nouveaux Gardiens, en faisons bien partie ! Nous sommes donc aussi responsables que n’importe quelle créature vivante sur cette terre ! De plus, ce monde regorge encore de tant de choses qui méritent d’être sauvées !… La joie de vivre, la fratrie, la découverte de l'aventure, … » En commençant à énumérer cela, il fit un geste vers ses amis pour les encourager à le rejoindre dans son discours. Kytou-double s’impliqua sans hésiter : « La passion, la créativité, l’audace, l'émerveillement… » Ulfar, à la surprise de tous, s’y invita également : « La force pure, la justice, la fidélité, l’amitié… » Elvia ajouta aussi : « L’amour, la famille, nos parents, nos enfants, les merveilles de la nature, la vie !… » et Kaldun d’ajouter : « L’honneur, la justice, la foi, le partage, l'entre-aide… et toutes les beautés et les valeurs que l’on pourrait encore imaginer et découvrir dans ce monde empli d’une richesse absolue et incroyable. Ce monde, pour lequel vous et nous, en sommes les Gardiens. Nous avons le devoir de le sauver ! » Les cinq héros, droits et fiers, faisant face aux magnifiques créatures géantes, semblaient briller d’une aura de fierté qui rayonnait dans tout l’espace environnant.
Enfin, la voix des Anciens reprit, d’un ton encore plus grave, chargé d’une colère millénaire : « Ce monde a laissé entrer en lui trop profondément le Mal… »
Elle reprit cependant, implacable : « Pour sauver ce monde, à sa source, le Mal doit être définitivement détruit ! »
Essoufflés par un torrent d’émotions, les cinq compagnons ressentirent enfin une once d’espoir : les Dragons semblaient enfin prendre acte de leur détresse.
Kytou-double, gonflé d’enthousiasme, osa encore réclamer : « Alors aidez-nous à éliminer tous les ennemis d'Ankiona, et sauver ses habitants ! »
Sans répondre verbalement, les Dragons se mirent toutefois en mouvement. Ils se rassemblèrent au centre de l’immense salle, pliant et dépliant leurs ailes comme pour les préparer à l’action. L’un d’eux souffla soudain vers le ciel un long son de trompe, plus aigu que celui qui avait orchestré leur entrée dans le Temple. Comme attendu, les parois concentriques du dôme se mirent à glisser les unes contre les autres, libérant à nouveau une ouverture progressive au sommet.
La voix des Anciens raisonna ensuite en eux : « Gardiens sommes prêts à accomplir le Passage. »
Portés par l’élan, chaque héros grimpa sur le dos d'un Dragon, comme ils l'avaient fait dans les montagnes. Les créatures se mirent à marcher lentement en cercle, semblant attendre un signal ultime avant de prendre leur envol.
« Gardiens, ta destinée se dévoile. Où vais-je ? »
Chaque aventurier reçut cette étrange phrase, qui semblait ouvrir pour la première fois la porte à une véritable question, qui devait déterminer la suite des événements. Albertmont prit les devants et répéta le plan qu’ils avaient élaboré plus tôt avec Kytou-double et Ulfar, proposant une stratégie d’attaque directe sur tous les fronts en se séparant.
Son Dragon s’ébroua légèrement, un signe physique de désaccord, avant que la voix ne résonne à nouveau : « Un seul Passage, ensemble, unité des Gardiens, Anciens et Jeunes… Un seul choix, une seule destinée. » La voix paraphrasa alors sa précédente question avec une insistance accrue : « Gardiens, le destin ne s'impose pas, il se choisi. Détermine la voie de notre Passage : Gardiens quel est ton choix ? »
Les aventuriers laissèrent échapper quelques remarques rageuses. Certains insistaient pour décoller immédiatement et combattre, d'autres n'étaient pas du même avis, et les directives fusaient dans tous les sens, créant une confusion totale.
« Jeunes Gardiens ! » imposa soudain la voix des Dragons, les obligeant au silence par sa puissance mentale. « Pour éliminer le Mal à la Source, l’Unité est nécessaire. Prends courage et écoute ta destinée ! Détermine la voie : Gardiens quel est ton CHOIX ?»
Bien que restant de forme énigmatique, ces paroles semblèrent apaiser l’agitation qui tourbillonnait dans l’esprit de chacun des cinq héros, ramenant un calme relatif avant la grande décision. Il semblait évident que les Anciens refusaient de prendre des chemins séparés, ils devraient donc aller tous au même endroit.
Puis Elvia, pointant du doigt l’astre maudit qui brillait plus que jamais au centre de l’ouverture sur le ciel dégagé. Elle regarda ses amis, qui levèrent également les yeux, puis lui firent un signe discret d'approbation. Une décision était en train d'être prise.
La jeune magicienne déclara alors calmement : « Chers Anciens. Cette étoile… est la plus grande Source de Mal pour cette planète. Elle apporte avec elle la Mort, pleine et définitive, de tout ce qui est présent dans ce monde. Pour tout ce qui est encore bon dans ce monde, notre mission, en tant que Gardiens, est de l'arrêter définitivement.... Pour qu'Ankiona puisse continuer à vivre !» Elle fixa ensuite son regard droit devant elle, en glissant l'extrémité de ses ailes sous les écailles légèrement relevées devant elle en terminant « Quoi qu'il nous en coute !».
Elle marqua une pause, laissant résonner la décision dans l'esprit de chacun. Ses amis reprirent alors en coeur "Quoi qu'il nous en coute !", scandé à plusieurs reprises.
La voix des Anciens se fit une dernière fois entendre, en guise de réponse affirmative, conservant intacte sa syntaxe unique : « Ainsi soit le Choix! Je sommes engagés pour notre Passage, de Gardiens à Gardiens, de l'Ancien à l'Avenir. Aux Avenirs ! »
Après cette magnifique déclaration hurlée en coeur par les Anciens, les cinq Dragons décollèrent en une procession magnifique, les jeunes Gardiens accrochés sur leur dos.
Dans l’ascension fulgurante à travers le toit ouvert du Sanctuaire de la Source, s’élevant toujours plus haut au-dessus de la jungle, les aventuriers ressentirent à nouveau cette euphorie sereine diffusée par la magie des Anciens, la magie Élémentaire. Ils éprouvèrent encore cette sensation profonde d’unité, ainsi qu’un sentiment nouveau mêlant pleine confiance et entière résolution, comme s’ils étaient désormais en route vers un unique et inéluctable objectif exigeant un engagement total de chacun, frôlant même le goût du sacrifice.
À tire d’ailes, les Dragons continuaient de filer à la verticale vers le ciel, tourbillonnant en une spirale montante à travers de fines nappes de nuages, droit vers l’éclat de l’étoile gonflante dont la lumière devenait maintenant presque aveuglante pour qui osait la fixer.
Un regard vers le bas permit aux aventuriers de voir s’éloigner les vastes territoires verdoyants de la Jungle du Gorille. Quelques éclats en bordure Nord-Est traversaient les brumes lointaines, témoins des rives de la Crique du Soleil et, peut-être plus loin, minuscule, de Port-Soleil.
« Pour qu’Ankiona vive ! » déclara doucement Elvia, souriante, tandis qu’une fine larme s’échappait de son œil pour se perdre aussitôt dans le vent.
En réponse, ses compagnons répétèrent à voix basse, comme une formule d’adieu résonnant dans l’esprit de chacun : « Pour qu’Ankiona vive ! » En prononçant ces mots, chacun pensa à ceux qu’il avait chéris, à ceux qu’il avait perdus, à ceux qu’il avait espéré retrouver…
Les créatures célestes montaient toujours plus haut dans les cieux, la surface du Royaume d’Ankiona s’étalant sous elles, partiellement visible à travers les larges confluences de nuages. En raison de la chute importante de l’oxygène dans l’air à mesure qu’ils gagnaient en altitude, le souffle des aventuriers devint court et accéléré. Mais rapidement, les Dragons leur insufflèrent une nouvelle sensation d’apaisement profond, qui vint ralentir leur fréquence respiratoire et cardiaque, diminuant drastiquement leur besoin en oxygène, les amenant à la limite d’une apnée contrôlée, telle que seuls les plus grands animaux marins en sont capables.
Face à eux, l’énorme sphère lumineuse apparaissait désormais plus vaste que le soleil lui-même. Grâce à la vision draconienne, les aventuriers purent distinguer la véritable nature de l’astre : un immense rocher d’un noir profond, parcouru de lueurs étranges, tourbillonnant sur lui-même. Il était nimbé d’un halo de flammes bleutées qui fusaient tout autour, s’échappant dans son sillage et laissant derrière sa course folle une gigantesque traînée de feu jaune étincelant.
Ils approchaient de plus en plus de l’astre en mouvement…
Soudain, dans un hurlement parfaitement coordonné, les cinq Dragons projetèrent vers l’avant, gueule grande ouverte, un puissant jet de feu incandescent qui fusa droit en direction de l’étoile. Chaque colonne était teintée de la couleur unique propre à son dragon. À travers ces flambeaux propulsés avec une force titanesque et continue, les aventuriers sentirent une aspiration massive de magie Élémentaire, comme si toute l’énergie que les Anciens avaient longuement emmagasinée à la Source était transférée dans ce flux dévastateur. Ils ressentirent même une sorte de suction de leur propre énergie magique, qui s’échappait de leurs bras à travers la prise qu’ils maintenaient sous les écailles de leur monture.
Une sensation intense de lutte s’installa en eux pour maintenir cette puissance hors norme en action. Cela vibrait et sifflait dans leur crâne tel un typhon intérieur, mêlé au vacarme assourdissant qui les environnait. Ils ne pouvaient plus distinguer ce qui se passait en eux de ce qui se déroulait autour ; ils ne s’entendaient même plus hurler eux-mêmes.
La lumière aveuglante formée par la convergence des jets de feu des Dragons, une colonne d’un blanc étincelant insoutenable, devenait toujours plus éblouissante, même les yeux fermés.
Alors que tous les sens des cinq compagnons semblaient sur le point de rompre, le son et la lumière atteignirent enfin un paroxysme explosif, tel l’éclat de tonnerre le plus puissant jamais entendu.
Puis, soudain, ce fut le black-out complet. Un vide total. Un néant absolu. Plus rien.
Un regard hasardeux, ou peut-être inquiet, aurait pu remarquer cette étrange procession de larges et majestueuses créatures volantes émerger de la nappe de brume glissant lentement à la surface de la grande Jungle tropicale du Gorille. Tels des danseurs parfaitement coordonnés, les volatiles se poursuivaient en tournoyant dans une ascension verticale vertigineuse, semblant ne jamais vouloir s’arrêter.
Ce regard curieux aurait constaté que la trajectoire de cette course endiablée les menait droit vers les hauteurs du ciel, dont le zénith était centré par cet étrange astre luisant. Celui-ci semblait à présent briller autant de jour que de nuit, comme s’il souhaitait rivaliser d’éclat avec le soleil lui-même. Bientôt, il aurait presque perdu de vue le groupe de ces créatures, qui n’apparaissaient plus que comme de petits points s’effaçant sous l’intensité aveuglante de l’astre.
Avec un peu de patience et beaucoup de concentration, ce regard perspicace aurait peut-être remarqué soudain quelques petits reflets, ou d’infimes clignotements blancs fugaces en surimpression de l’astre, comme un ultime signal d’existence de ces étranges voyageurs.
Soudain, le regard surpris aurait découvert avec stupeur un intense éclat blanc et aveuglant, suivi d’une auréole multicolore s’échappant du cœur de l’astre lumineux. Rayonnant rapidement, elle forma un large disque étrange aux couleurs d’arc-en-ciel entremêlées, qui s’élargit tout autour de l’éclat à la vitesse de la lumière, s’étalant dans toutes les directions jusqu’à couvrir en un instant toute la sphère céleste visible. Puis, cet immense rayonnement se figea.
Sous ce dôme surnaturel, magnifique et chatoyant, qui s’étalait à tous les horizons, le regard pétrifié aurait certainement cligné de crainte lorsqu’un bruit de tonnerre terrassant se fit soudain entendre, accompagnant cette vision cataclysmique des cieux.
Le sol trembla. La terre bougea. Des fissures se formèrent. Des montagnes se tordirent. Des falaises se dressèrent. Des forêts se déchirèrent. Des prairies frémirent. Des déserts ondulèrent. Des geysers jaillirent. Des rivières sortirent de leur lit. Des rives s’inondèrent. Des constructions s’effondrèrent.
Puis, alors que les ondes colorées célestes s’effaçaient petit à petit, laissant à nouveau apparaître aux regards ébahis le bleu azur du ciel et la lumière du soleil, une pluie de roches d’un noir éclatant et de toutes tailles tomba ça et là. Au rythme de multiples chocs sourds qui se faisaient écho, elles se dispersèrent sur l’ensemble des terres d’Ankiona.
Le regard rassuré aurait admiré les nappes de couleurs qui s’étiolaient et semblaient fondre en une fine pluie luminescente tombant lentement, pour finalement déposer sur le sol et sur les arbres une fine couche de particules iridescentes et phosphorescentes, comme une poussière d’étoiles venue panser les plaies du monde.
Haut dans le ciel, le soleil restait désormais le seul maître lumineux et apaisant des cieux. L’étoile explosive, définitivement disparue de tous les regards curieux ou hasardeux, avait emporté avec elle l’étrange course de ce groupe de créatures volantes et mystérieuses.
Le calme après la tempête.
Progressivement, une douce mélodie parvint à ses oreilles : le chant familier des oiseaux qui se répondaient, d’arbre en arbre, comme pour célébrer le matin.
Il sentit le frémissement des hautes herbes bercées par la brise, qui venaient lui chatouiller les joues.
Écartant légèrement ses lèvres asséchées pour une grande inspiration, il perçut dans l’air ce parfum apaisant des bois et de la terre après une bonne pluie d’été, mêlé à un arrière-goût subtil, à la fois acide et sucré, des plus plaisants.
Puis, délicatement, il ouvrit les yeux, les laissant s’accommoder progressivement à l’éclat chaleureux de la lumière du jour.
Un jeune Hyène redressa la tête au-dessus du niveau des herbes, les oreilles aux aguets, scrutant la nature qui l’entourait. Un sentiment de paix absolue s'en dégageait.
À la lisière du petit bois, sur sa droite, une jolie biche broutait sereinement, accompagnée de ses deux petits faons. Émerveillé par tant de quiétude, il se redressa un peu plus. La biche leva la tête, l’aperçut et l’observa un court instant, immobile. Ses oreilles eurent un petit mouvement coordonné, telle une salutation silencieuse entre voisins, avant qu’elle ne reprenne son repas dans la plus humble sérénité, suivie par ses petits tout aussi tranquilles.
Soudain, un petit mulot des champs émergea des herbes entre ses jambes encore engourdies. Sans la moindre gêne, il sauta sur le genou du Hyène, se gratta l’oreille en le toisant d’un œil curieux, puis repartit d’un bond dans les hautes herbes pour vaquer à ses occupations.
Kytou n’en revenait pas. Comment des animaux primitifs, d’ordinaire si craintifs et farouches, pouvaient-ils ainsi se pavaner près de lui en toute quiétude ?
Soudain, la réalité le frappa de plein fouet. Quelque chose lui échappait… Comme s’il émergeait d’un long rêve, il tenta de reprendre ses esprits. Perdu au milieu de nulle part, comment diable s’était-il retrouvé là, et qu’y faisait-il ? Il fouilla sa mémoire avec peine, cherchant à reconstituer les événements récents, mais le brouillard persistait.
Il se leva, cherchant un indice autour de lui, et découvrit, derrière le relief d’une colline herbeuse, un paysage magnifique qui ne lui rappelait rien de connu.
Le dénivelé dévoilait au loin d’immenses landes de verdure, bordées de forêts denses et zébrées de ruisseaux étincelants qui convergeaient pour s’écouler vers un lac sinueux, s’étendant bien au-delà de l’horizon. Les plaines semblaient regorger de vie : animaux gambadant dans les prairies, volées d’oiseaux multicolores, et nuées d’insectes dansant une farandole endiablée autour de lui.
En plissant les yeux, il observa au loin une petite montagne, entourée en grande partie par les eaux du lac, qui scintillait étrangement. Plaçant sa main en visière pour se protéger du soleil, il concentra son regard sur cet endroit. Il fut surpris de distinguer des détails d’une précision déconcertante, comme s’il possédait soudain le don légendaire de vue perçante des grands rapaces.
Avec stupeur, il réalisa que les scintillements provenaient de multiples structures de briques éclatantes, formant un ensemble ressemblant à une immense cité blanche, qui s’étalait sur presque toute la montagne… Le déclic se fit instantanément : Kytou-double venait de reconnaître la capitale blanche, CitéRoi !
Un sentiment étrange l’envahit. Rien dans ce décor, hormis la grande Cité, ne lui semblait familier. C’était comme si le monde avait été réécrit pendant son sommeil.
C’est alors que le souvenir de ses amis le frappa de plein fouet.
« Albert ? Khaldun ? Ulfar ? Anna ?… Où êtes-vous ?? » hurla le jeune Hyène dans toutes les directions, la voix brisée par une inquiétude grandissante.
L'absence de réponse plongea son cœur dans une panique soudaine.
Puis, tout doucement, une faible voix émergea en lui, une voix qui n’était pas la sienne, mais qu’il aurait reconnue entre mille. D’abord tel un gémissement lointain, puis des mots précis : « Kytou… ? Tu es là ? Je t’entends… mais je ne te vois pas !… Où es-tu ? Où sont les autres ? »
Rassuré d’entendre la voix si familière de son meilleur ami Albert, Kytou se mit à lui répondre intérieurement, sans ouvrir la bouche, sa pensée voyageant comme un souffle. « On arrive à communiquer par télépathie… Incroyable ! Je crois qu’on a hérité de certaines… compétences particulières… »
Soudain, une autre voix vint rejoindre la conversation, celle, tout aussi reconnaissable, de Kaldun : « Les amis… quel plaisir de vous entendre ! Je me croyais envoyé tout seul dans un paradis ou un autre monde… Avez-vous aussi l’impression que tout ce qui nous entoure est neuf et foisonnant de vie ?… C’est tellement paisible à voir et à écouter ! »
« En tout cas, la paix était de courte durée, à vous entendre jacasser, je n’ai plus l’impression d’être seul dans ma tête ! » répondit le ton bougon de leur cher ami Ulfar. Ils rirent tous ensemble, un rire clair qui résonna dans leurs esprits connectés.
Puis une petite voix vint timidement les rejoindre, celle de la jeune Fauconne : « … Merci ! »
Albert s’exclama, joyeux : « Anna ? Quel plaisir de t’entendre, tu vas bien aussi ? »
Elle lui répondit avec une douceur : « Oui, c’est gentil de me le demander… mais si vous permettez, je préfère que vous continuiez à m’appeler Elvia, mon nom de Gardienne ! »
À cette mention, un sursaut de souvenirs submergea l’esprit de Kytou : « Les Gardiens ?!… Les Anciens !… On était avec eux quand… l’étoile !… Mais que s’est-il passé ?… Où sont passés les Anciens ? » Tant de questions fusaient dans sa tête qu’elles parvinrent simultanément à ses amis, créant un brouhaha mental instantané.
Elvia fut celle qui apaisa les esprits de chacun. Après les avoir invités à faire le vide pour se calmer et respirer calmement, elle leur expliqua qu’elle avait interrogé les esprits de la nature pour comprendre enfin ce qu’il s’était passé.
À travers quelques mots et des sentiments transmis directement dans leurs cœurs, les jeunes Gardiens comprirent enfin ce qu’ils venaient de traverser. Le « Passage », comme le nommaient les Anciens, était tout autant un acte unique et final de leur mission sacrée – celle de protéger ces terres magiques qui nourrissaient depuis leur fondement tout le Royaume d’Ankiona, et probablement bien au-delà du continent connu – qu’une épreuve ultime. Leur sacrifice avait permis la sauvegarde et la purification de ces terres.
En effet, l’explosion de cet astre étrange venu du plus profond de l’espace, provoquée par le front uni et la pleine puissance des Dragons, avait diffusé une myriade de fragments et de poussière de pierre magique. Cela reproduisait ainsi un événement majeur qui s’était déjà produit une toute première fois, il y a de nombreux siècles, lors du Grand Cataclysme et de la toute première pluie bienfaisante des Éclats d’Élément. Tout mal, toutes malédictions, toutes souffrances engendrées par l’utilisation malsaine et détournée de la magie d’Élément en ce monde venaient d’être littéralement effacés de la surface de ces terres, avec la disparition de l’étoile, et le sacrifice des Anciens.
Enfin, ce « Passage » signifiait aussi ce qu’ils avaient chacun déjà pressenti au plus profond d’eux-mêmes : par cette épreuve, les Anciens Gardiens leur avaient transmis leur propre destin, tel un relais sacré. Ils étaient devenus les nouveaux Gardiens de cette terre, désormais imprégnée d’une magie neuve et pure.
Ankiona venait de vivre – non pas son apocalypse – mais une véritable renaissance !
Après un temps de silence qui permit à chacun d’assimiler l’ampleur de ces révélations, le Templier prit la parole, comme pour conclure le récit épique de leurs récentes aventures :
« Les amis, je sens que je parle au nom de nous tous. J’ai le sentiment que nous avons été témoins d’une étape cruciale pour ce monde. Et en tant que témoins, nous avons cette grande responsabilité de le guider et de le protéger. Je ne sais pas ce que l’avenir de ce nouveau monde nous réserve, ni comment il accueillera et intégrera cette nouvelle moisson de magie d’Élément en son sein. Je ne sais pas non plus si nous retrouverons ceux que nous avions quittés avant notre dernier périple, mais j’ai le profond sentiment que oui. J’ai même la conviction que des blessures passées, restées béantes en chacun d’entre nous, ont été en quelque sorte guéries par ce Passage. Les amis, je sens que nous entrons dans une nouvelle ère, baignée de paix et de prospérité. Une fin pour permettre un renouveau ! Vive Ankiona ! »
En chœur, les cinq jeunes Gardiens, grands héros d’Ankiona, scandèrent ce même refrain : « Vive Ankiona ! »
Puis, chacun dansa, joyeux, dans la généreuse nature qui l’entourait, mais avec un chaleureux sentiment d’union indestructible.
Bientôt, ils se mirent en route en gambadant pour se retrouver, certains que leur instinct les guiderait vers leurs compagnons.
Car il est bien connu que les Gardiens, à l’instar des Anciens, ne vivent que dans l’unité !
Vive Ankiona !