Nouasseur
Base US AIR FORCE stationnée à Nouasseur
Petit rappel historique : Aéroport dont la construction débuta en 1951, qui y maintint une base aérienne pour les bombardiers du Stragic Air Command, donné au royaume du Maroc le 15 août 1963.
1957:
En raison des accords de protection mutuelle entre les US et les militaires français des lieux de stationnement, de Nouasseur pour les premiers et de Médiouna pour les seconds, nous fûmes désignés mon lieutenant et moi (sergent à l'époque) pour une coopération dans l'organisation de la défense commune de certains points sensibles.
Je me bornerai à définir, succinctement et essentiellement, notre rôle auprès du Colonel commandant la Station-Radar de l'aérodrome de l'US Air Force et des officiers US coopérants, ainsi que du comportement insolite de leurs hommes.
Cette station radar, sise sur un éperon rocheux, faisait face à l’arête sud du plateau de Médiouna où stationnaient les militaires français. Au préalable, une étude du terrain séparant les deux sites fut nécessaire. Nous parcourûmes en tous sens cette portion aride, très vaste et encombrée d’obstacles rocheux. La reconnaissance s’arrêtait au réseau de barbelés interdisant l’entrée de la Base US au contour de l’éperon. Après cette exploration nous avions pu dresser des plans de feux et d’interventions.
Le colonel commandant la station radar nous reçut fort amicalement et nous présenta les Officiers désignés pour nous faciliter la libre circulation. Les interdictions de circuler d’un secteur à l’autre étaient nombreuses et invalidantes pour mener à bien notre tâche, ces correspondants furent donc indispensables.
Le colonel nous invita à voir le fonctionnement de la station et nous présenta les officiers attachés au tableau d’évolution aérienne et aux sous-officiers-opérateurs sur cadrans radar. Les cadres attachés à la protection rapprochée furent de la partie afin que nous puissions être reconnus de tous.
Pas un des bâtiments et services ne furent occultés y compris la cantine où nous prîmes nos repas pendant la durée du séjour avec les US. Il n’y avait pas de mess pour officiers, de mess pour sous-officiers et d’ordinaire pour la troupe comme dans l’armée française. Une unique pièce rassemblait tout le personnel, quel que soit le grade. On prenait un plateau et on suivait la fil pour se faire servir par des préposés postés derrière un guichet dont le plateau était garni de plats divers. On se suivait encore afin de compléter les tables au fur et à mesure des arrivées. Cela présentait l’avantage de côtoyer toute la hiérarchie, mais voilà : pas un ne levait la tête vers son voisin, il mangeait silencieusement et le repas terminé, il disparaissait. C’était frustrant pour des français habitués à deviser abondamment pendant les repas. Ce comportement se répétait au travail. Rester ainsi plus de douze heures par jour à ne pas s’exprimer expliquait le relâcher lors des quartiers libres. En un minimum de temps ces frustrés vidaient leurs verres. Une fois la dose suffisante pour annihiler toute réflexion, ils s’asseyaient sur le bord du trottoir pour attendre le ramassage de la M.P. Ces derniers sans raisons valables leur donnaient un coup de matraque puis les jetaient dans le véhicule comme des sacs.
Le contrat nous stipulait la protection extérieure de la base, mais il fallait connaître les moyens dont disposaient les US au sein de leur enclos et faire en sorte de créer des appuis convergents dont les deux parties étaient prenantes.
Ce fut un séjour très enrichissant qui nous a permis de voir les principes de la défense mutuelle. Que de discussions pour convaincre son homologue de la nécessité d’un moyen à mettre en place ou de le positionner différemment !
Le soir, au lieu de rejoindre la garnison de Médiouna, nous nous laissions tenter par une invitation des cadres de la Base pour une virée à Casablanca. Célibataires, mon lieutenant et moi, nous n’avions pas de prétextes au refus. En Cadillac ou en Pontiac, gâtés comme des princes, nous nous laissions vivre avec une certaine insolence, sans bourse déliée, mais là est une autre histoire.
Chaque soir après un repas sur le pouce, l'un des sous-officiers US, nous prenait en charge dans sa Cadillac pour Casablanca. Une virée somme toute coutumière qui unissait davantage les liens d'amitié. Jamais les US ne voulurent que l'on mette la main à la poche et offrait le pot à tour de rôle.
Pour éviter d'être trop imbibés, nous choisissions le plus petit groupe, mais c'était sans compter sur les kémias abondamment pourvues sur le zinc des bars, plus on en mangeait, plus on avait soif.
Lors d'une tournée qui se prolongeait plus loin que de coutume, l'un d'eux voulut nous créer une surprise et nous conduisit au café Marcel Cerdan. Il rapporta l'histoire d'un de ses compatriotes, du vivant de Marcel Cerdan, qui a fait sans doute le tour de Casablanca et peut-être des Etats Unis.
Au-dessus du comptoir tenu par Marinette, la veuve de Marcel, trônait, superbe, le portrait du boxeur au record impressionnant. Pointant le doigt vers le tableau, il nous narre les faits avec un œil pétillant.
"Un Ricain, passablement éméché, de taille imposante, mimait le buste de Cerdan et signifiait, à qui voulait l’entendre, que si le Marcel était présent il lui réglerait son compte d’un seul coup, d’un seul. Notre bravache n’arrêtait pas de s’exciter devant le buste en gesticulant comme un boxeur expérimenté. Les clients ironisaient sous cape pour ne pas susciter le courroux de l’énergumène, mais observaient le barman qui n’était autre que le Marcel qui essuyait consciencieusement les verres avec un sourire au coin des lèvres. L’un des compagnons du ricain – boxeur s’en aperçut et le tira par la manche pour lui montrer son adversaire. Peine perdue, l’excité redoubla ses exercices. C’est alors que le Marcel se présenta à lui, malgré la différence de taille, les mains sur les hanches, jambes écartés. Il interpella le butor et lui colla un direct bien placé sous le menton. Comme une quille le Ricain vacilla, culbutant les spectateurs allègres du spectacle imprévu. Bon joueur il paya une tournée générale et serra énergiquement la main du Marcel".
Le dernier recours
Ce privilège ne dura qu'un temps. L'Armée française payait moins bien ses cadres que nos voisins ricains, nettement moins bien même pour ne pas dire chichement. Pour aller à Casablanca, nous prenions le bus devant le café-restaurant "Colonna", sur la route de Berréchide-Médiouna. Pour remonter au camp, le trajet inverse avec le même moyen, ce qui écourtait la soirée vu que le dernier départ était un peu avant minuit.
Ce bus généralement bondé à cette heure, refusait du monde, se farcir les 20 km à pied n'inspirait guère les évincés. On recourait alors à un stratagème par très glorieux, la recherche d'une voiture américaine vierge de tout occupant. C'était l'enfance de l'art, car les ricains laissaient souvent les clés dans la boite à gants afin de ne pas les perdre au cours de leurs libations. De toutes façons, rares étaient ceux qui retrouvaient leur véhicule abandonné dans une ruelle car trop de verres avaient effacé le souvenir. En outre, ils avaient un avantage sur nous, les patrouilles MP ne les oubliaient pas et les ramenaient illico à la Base. Peinardement nous retrouvions le camp en abandonnant le véhicule sur le côté de la route pour que le propriétaire puisse le récupérer et achever le dernier tronçon. Dans le fond, le spolié était satisfait du procédé, car pour lui c'était plus pratique ainsi que de chercher son véhicule dans toute la ville la soirée suivante. Tout le monde approuvait la formule.
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