Rabat 2ème séjour
Centre Entrainement Physique Militaire
Inspection de l'école par le général de la Chenelière, commandant supérieur des troupes françaises au Maroc.
Août - octobre 1958, je suis désigné pour un stage d'instructeur "CHOC" au CEPM de Rabat.
D'après F. Bard :
"Ce stage est axé sur tous les sports de combat Civils et militaires : close-combat sur terre et dans l'eau, judo, boxe française et anglaise, parcours du risque, natation, attaque et défense au poignard, escrime à la baïonnette, attaque de sentinelle de jour, de nuit, après exercice de traversée de la piscine en tenue de combat, roulés-boulés sur terrain mou, dur, dans les escaliers. Marches commando de jour, de nuit, exercices d'évasion avec chiens à nos trousses, débarquements rapides de camionnettes roulant à 30 km/h, plus des sports collectifs comme le rugby à 7, volley...
Lors de l'attaque de sentinelle au poignard, nous devions planter la lame dans une planche de bois épais portée en plastron sur la poitrine, par l'attaqué. Attaque de bivouac dans la nature ou en cantonnement en ville, le plus souvent de nuit. Exercice d'acrobatie sur poutre."
"L'exercice d'évasion [de nuit] commençait dans une pièce où nous étions enfermés et d'où nous ne pouvions sortir que par une lucarne haut placée que nous ne pouvions pas atteindre sans l'aide des autres". (source : F;Bard )
Le sergent Louis rapporte sa version des faits différents de celle de F. Bard sur l'exercice d'évasion:
"Après de nombreuses contorsions pour s'extirper de cette étroite ouverture, une chute brutale dans un abreuvoir en béton rempli partiellement d'eau, en chaussettes, nous devions retrouver nos chaussures mélangées à d'autres avec ou sans lacets et les enfiler en un temps record sans même prendre le temps d'essuyer les pieds ensablés. Regroupés silencieusement et masqués dans une aire, on lâcha les chiens à nos trousses. Nous ne pouvions leur échapper qu'en grimpant prestement dans les arbres où nous restions jusqu'au départ des bestiaux. Je ne vous dis pas l'engourdissement des membres dans cette position précaire. Des sentinelles, l'arme en bandoulière, la baïonnette nue fixée au canon, faisaient les cents pas en dessous de nous. Nous devions les neutraliser en chutantde l'arbre et entamer rapidement la marche pour atteindre l'objectif en un temps donné. C'est là que les difficultés commencent. Une orientation s'impose avant de se jeter à l'aventure et l'atteinte du premier but contrôlé par les instructeurs. Un immense réseau de clôtures contrarie nos prévisions nous obligeant à recadrer. Puis éviter les chiens des douars qui dévoileraient notre présence par leurs aboiements. Il en résulte que notre trajet n'est plus le même qu'initialement et inévitablement nous allons dans la nasse tendue par une patrouille avec chiens. Les voies routières nous sont proscrites à cause de la surveillance adverse. Le but : rejoindre sans être capturés le point de ralliement avant le jour. Épuisant !
Avatar : Eh oui, cela arrive, une équipe a triché en utilisant un taxi. Pas de repos pour les évadés. Un rassemblement fut organisé pour l'ensemble des participants afin de connaître ceux qui n'avaient pas joué le jeu. Pour les élèves c'était une réussite, cette équipe avait accompli son évasion en trompant l'adversaire. Alors pas contents, nous avons bravé le commandement ce qui nous a valu d’être convoqués individuellement devant le Staff pour affirmer ou non notre solidarité. En gros, la porte ou le maintien à l'école. Kafkaïen ! "
Quelques scènes de la vie des stagiaires
A la fin du stage et pour nous récompenser de nos brillants résultats, une composition de nos savoir-faire, sous forme d'une scénette combattante et acrobatique, fut organisée dans les principales villes du Maroc encore occupées par des unités françaises et leurs familles. Un divertissement qui réclamait des acteurs de se soumettre à un entrainement conséquent. J'eus l'occasion de n’en exécuter qu'un seul, celui destiné à Rabat : un phlegmon amygdalien me fit découvrir d'autres cieux et personnages à l'hôpital Marie Feuillet. Je me suis félicité de ce coup du sort, car étant donné que j'étais le plus léger de la bande j'avais l'auguste privilège d'être l'homme le plus hardi à franchir des obstacles humains sur un portique de 4 mètres de haut avec une surface portante de la largeur d'une chaussure. Je ne sais pas qui m'a remplacé, mais en ma présence il y n'avait pas de volontaire.
Brasserie l'Elysée, place de Bourgogne - photo : E.Zaquine 5, av. Mohamed V. tél 216-98 - CCP 635-47.
Aux deux extrémités, Chlon et moi. Nous nous retrouverons en 1963 à Givet (Ardennes), au tout nouveau Centre Entrainement Commandos. Ni l'un ni l'autre seront employés comme moniteurs, un comble … ! On a préféré des paras dont était issu le colonel Lemaire, le second chef de corps qui a remplacé le chef de bataillon Thomas.
Remise des diplômes