Casablanca 1er séjour
1955 - 6e RTM - caserne La Jonquière.
1- Caserne La Jonquière siège du 6e RTM qui changera de nom le 1er mai 1956 en 1er Régiment de Zouaves au cours de la campagne du RIF.
2- Chambre-bureau du caporal LOUIS, affecté à la Compagnie Régimentaire (section "Mortiers lourds").
3- Mouflons du 6e RTM affectés à la nouba.
4- Soins aux mulets affectés à la section "'Armes lourdes" de la Compagnie Régimentaire (CR). Les musiciens en dehors de leurs prestations servaient en cette section.
En outre la CR utilisait ce camion attelé à deux mulets et conduit par un tirailleur musulman pour les besoins des eaux grasses des cuisines destinées aux cochons et aussi pour les ordures de la caserne qui était déchargées dans un vaste terrain vague des environs.
Cette décharge commune aux deux casernes (Malakoff pour la Légion et la Jonquière pour les Tirailleurs) était très convoitée par les locaux miséreux qui y pullulaient. Les coups de crochet, d'une hiérarchie établie, réglaient les priorités.
Première nuit bleue
A peine débarqués du bateau, nous fûmes regroupés par affectation. Nos bagages pris en charge et jetés dans des camions, nous quittâmes le port pour la caserne en bon ordre et à pied, ce qui n'était pas pour nous déplaire, visitant ainsi cette très jolie ville en parcourant ses rues étonnamment modernes, bordées d'arbres d'essences diverses et canalisées par des immeubles ultra chics. Une foule, à majorité européenne, semblait indifférente à notre passage. Un point cependant nuisait à la sérénité : la moiteur du soir était encore très pesante.
A hauteur de la caserne des Sénégalais, un groupe s'y engageait sous la menace d'une sentinelle de couleur qui aboyait une interdiction d'entrée, quand un gradé gueula un ordre et celle-ci pointait son arme avec baïonnette vers le ciel. Le groupe à peine aspiré à l'intérieur, nous poursuivîmes notre chemin pour un destin différent. A ce moment, des déflagrations sourdes grondaient sans cesse avec plus au moins d'intensité. Nos gradés nous invitèrent à nous diviser en deux fractions et de se dissimuler le long des rangées d'arbres et ce jusqu'à la caserne. Nous avons appris ainsi que la ville n'était pas sûre.
Le maintien de l'ordre depuis Médiouna
Le centre d'instruction organisé en deux compagnies : les Européens d'un côté et les Arabes de l'autre permettait d'avoir sous la main ainsi un contingent plus qu'appréciable lors des révoltes à Casablanca. Comme à l'exercice, le contingent d'Européen seul rejoignait le point stratégique en une marche de 20 km, sur deux colonnes réparties de part et d'autre de la route. Sacs à dos, fusil à la main, cela impressionnait la population rencontrée et notre détermination réglait les affaires du pays.
La première fois, on ne s'attendait pas à subir une telle intervention, tout novices que nous étions. Un quartier nous a été alloué, on occupait les toits et les terrasses, les armes automatiques pointées sur les avenues. Des chevaux de frise à nos pieds barraient les voies d'accès.
Les journées et les nuits furent longues et pénibles sous le soleil qui dardait ses rayons ou le froid qui vous tombait sur les reins la nuit. On nous imposait une vigilance de tous les instants. Point de repas chauds, rien que nos conserves et une boule de pain pour quatre. L'eau de nos bidons s'était tarie depuis le début à cause de la chaleur. On enviait certains qui occupaient la rue derrière les frises et qui se permettaient d'aller discrètement prendre une bière au café du coin.
Du haut de ces belvédères nous plongions dans l'intimité des résidents occupés à leurs tâches. Plus d'un fumet nous chatouillait les narines à nous tordre l'estomac qui criait famine. Des jouvencelles, nous épiaient ou nous narguaient par des regards insistants, sachant qu'elles ne craignaient rien de ces prisonniers du devoir suspendus à une condamnation à mort projetée par nos gradés en cas d'abandon de poste devant l'ennemi. D'en haut, nous observions les patrouilles de gendarmes filtrant la masse des gens d'une façon débonnaire. Étaient-ils ceux que nous hébergions dans le périmètre de la caserne au-delà de la cité des cadres ? C'est possible, mais ce n'est qu'une supposition, car ces gens-là, même pour nous, n'étaient pas fréquentables, car trop suspicieux.
Cependant la ville battait son plein jusqu'au couvre-feu.
Pour en savoir plus voir le site de l'attentat à la bombe le : 14 juillet 1955 , d'autres émeutes
Le feu de la tarentule
Notre pièce FM était servie par quatre personnes. A tour de rôle, nous nous allongions derrière cette arme automatique qui couvrait un secteur imparti par l'autorité, sans y déroger. L'ouverture du feu était sous ordre. Sous une chaleur à peine supportable, la position couchée sur le sol, les coudes en appui, on ne tenait pas longtemps, le relais se faisait fréquemment en maugréant quand le tour venait. C'est dans cette position qu'une hardiesse d'une créature de l'ordre des aranéides, velue à souhait, se fixa sur mon poignet dénudé en titillant ma peau salée par la transpiration. L'effet de surprise passé, je secouai la main pour l'en chasser. Que nenni ! La velue s'accrocha à moi et me mordilla d'un feu intense. Sur ses traces, une enflure parut comme un tertre couleur sang qui m’incommoda plusieurs jours durant car privé des soins d'usage. Une fièvre s'y ajouta rendant la situation intolérable. Mais en ces temps de maintien de l'ordre, la peine des uns s'additionnaient à celle des autres en se la partageant. (lire aussi le récit de Bernard Colin)
Allez à : Kasba-Tadla