Médiouna
1er séjour
Carte de situation Casablanca-Médiouna
Insigne du 6e Régiment de Tirailleurs Marocains
Le camp de Médiouna, à 18 km de Casablanca sur la route de Berrechid, était occupé par un centre d'instruction
des régiments stationnés à Casablanca qui sont :
Le 6 ème Régiment d'infanterie Colonial, le 6 ème Régiment de Tirailleurs Marocains et le 4 ème Régiment Etranger d'Infanterie, d'autres unités et services complétaient la garnison.
1er séjour : Engagé volontaire pour trois ans au 6e Régiment de Tirailleurs Marocains au titre des Goums le 15 juin 1955.
1- Vue depuis l'arrête rocheuse dominant la route de Berrechid et conduisant à la Base aérienne US stationnée à Nouasseur.
2- Café maure commun à l'ensemble des musulmans stationnés à Médiouna.
3- 1955 - Premier rang, des coloniaux et debout des tirailleurs. (La 7e Cie du 6e RTM formait séparément les tirailleurs européens et marocains, le 6e RTS formait séparément des tirailleurs européens et sénégalais, la Légion (4e REI) sans distinction formait tous ses gens).
4- Légionnaire du 4e REI en tenue de parade. Le 4e REI avait aussi leur compagnie d'instruction dans le camp et avait à partager les mêmes terrains de manœuvre avec les Tirailleurs et les Coloniaux. Il était fréquent qu'au cours des marches de cohésion, les pelotons se croisaient en chantant, sur une injonction des chefs, il fallait couvrir le chant voisin. Inénarrable !
Au petit matin les séances de décrassage marquaient le début de la journée. Par section, les recrues en tutu et espadrilles galopaient en frappant de la semelle de corde trop rigide un sol caillouteux à la manière des pingouins. Les huit kilomètres avalés, une toilette sommaire, un habillage imposé par l'exercice à venir et seulement, s'ensuivait une toute petite récréation sous la forme d'un repas frugal, sardine ou pilchard, un café très clair à peine chaud et un quignon de pain. Un ténor en herbe nous assommait de ses vocalises répétées à l'envi. Il gagna le titre de Figaro.
Le lieu le plus apprécié fut le bois Langevin à quelques kilomètres du camp qui nous offrait un relatif ombrage lors des exercices très physiques. Dans nos temps morts, une brindille à l'extrémité boutonneux nous servait à retirer de son trou un combatif scorpion qui s'y accrochait pour défendre son antre. Quand il fallait nomadiser, nous étendions largement sur le sol une toile de tente pour éviter que ces vilaines bêtes nous agressent. Les chaussures au petit matin étaient retournées pour les chasser de ce logement de fortune dont ils appréciaient l'odeur. Des escargots petit-gris faisaient la sieste sur de fortes tubulures desséchées, on pouvait les cueillir par grappes entières.
Le retour comme à l'aller se réalisait à pied, en chantant. L'entrée dans le camp, avec une somme de précautions, tenue impeccable, nous obligeait à un défilé dans l'art. De son bureau le colonel pouvait surgir à tout moment pour une brassée d'injures. La hantise des cadres qui n'en menaient pas large nous faisaient payer très cher le reproche par des exercices disciplinaires jusqu'à tard le soir.
D'autres punitions consistaient à programmer des exercices de nuit, en général, des marches commandos, sur le dos tout le fourbi, l'armement et son équipement. Ça forgeait son homme et dressait le soldat à la dure réalité de son quotidien. Nous avions l'armement US, mitrailleuse de 30 et de 50, fusil mitrailleur Bar, fusil Garant, mitraillette Thomson, pistolet automatique 11,43. Du lourd tout cela, qui rendait pénible les déplacements. La pire des punitions, tellement crainte, était de ramper sur ce sol caillouteux avec le fusil en travers de la saignée du coude . Il faut préciser que la tenue était le short et la chemisette.Les coudes et les genoux étaient en sang.
La punition collective était de tourner en rond en colonne par un et au pas de gymnastique, le dos chargé d'un sac rempli de cailloux, puis d'exécuter les commandements d'un gradé criant ses ordres de changement de positions ou de sens.
Rien à côté des légionnaires qui subissaient le trou. Le puni grattait à la pelle un sol rocheux pour y loger son corps, puis une toile de tente le recouvrait, il avait pour apaiser sa soif qu'un quart d'eau salée. Par une journée de plomb c'était un supplice. Chez les tirailleurs cette sanction a été bannie.
L' infirmerie commune à toutes les armes défilaient, après le rapport du matin et en tenue de sports, les malades et les éclopés de la veille. Un adjudant-médecin se livrait à un court examen clinique et notait sur le cahier les soins appropriés avec ou sans arrêt de travail ou tout simplement une sanction de tire-au-flanc, gravissime pour le commandement qui doublait la mise. Le cachet d'aspirine était la pilule miracle pour soigner tous les maux, quand elle était octroyée de la main même du médecin, elle prouvait que nous étions pris en considération et nous poussions un ouf de soulagement.
C'est là qu'assises en rang d'oignons sur un banc, les recrues, le torse nu, recevaient les piqûres de TABDT et Typhiques. Un infirmier plantait une aiguille dans le trapèze à tous les patients, puis un second injectait le liquide, un troisième ôtait les aiguilles et donnait un coup de désinfectant à l'aide d'une paire de ciseaux aux extrémités desquelles s'insérait un coton d' ouate imbibé d'alcool. Un coup de gueule pour libérer le banc et inviter 6 autres à tendre leur dos. Travail à la chaîne d'une efficacité redoutable.
La piscine ouverte à l'instruction plus qu'aux loisirs avait la particularité de posséder un sas d'où rayonnait le médecin de service qui inspectait scrupuleusement toutes les verges décalottées des prétendants afin de ne pas contaminer l'eau d'une maladie transmissible et redoutée.
Au cours des visites médicales, elles étaient aussi l'objet d'une surveillance et celui qui était porteur d'une MST, outre les obligations de soins, faisait 8 jours de taule pour ne pas s'être protégé.
Au cours de ce séjour, nous avions été sollicité pour des opérations de maintien de l'ordre à Casablanca, à Kasba-Tadla et à Meknès, pour cette dernière une collecte de sang avait été programmée.
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