Kilomètre 10
Au kilomètre 10 de la voie ferrée Meknès-Fès qui en compte 60, se situe un quartier militaire réservé à l'ERGM de Meknès. Une borne routière donne son nom à cet immense camp, elle est située sur la route de Hadj Kaddour près de l'école Nationale d'Agriculture. Cet organisme du matériel de forte importance nécessitait une garde renforcée pour sécuriser les lieux. Avec une quinzaine d'hommes et deux Dodge 6X6, nous étions les gardiens du temple, du moins dans une petite partie. Dans cet établissement nous devions également surveiller de près la destruction des armes individuelles par les ouvriers. Que d'argent f.. en l'air... En son temps l'établissement fournissait les chars ou autres engins blindés à des fins de cibles aux différentes armes utilisées dans les champs de tirs d' El Hajeb. J'en ai amplement bénéficié lors de mes différentes affectations en utilisant les armes lourdes comme les affûts quadruples de 12,7 m/m sur half-track, mais pas seulement : les canons de 75 sans recul d'infanterie en tir direct sur char, les lance-roquettes de 73 m/m et les grenades à fusil ont été très sollicités.
Chaque jour, une ronde en véhicule se réalisait en périphérie du cantonnement pour vérifier les clôtures électrifiées, les murs d'enceinte et les diverses ouvertures nécessaires à la vie de la garnison.
Nuit et jour une garde dans les tours surveillait les extérieurs. C'était aussi le cantonnement des hommes qui vivaient là dans des conditions spartiates et insalubres. Pas de vitres aux ouvertures qui étaient protégées par un blindage. L'hôtel des courants d'air par excellence.
Par beau temps, les repas se prenaient dehors dans un endroit ombragé. Une corvée allait chercher les plats auprès des cuisines du Matériel. Fallait pas qu'elle traîne pour manger chaud.
En alternance avec un autre groupe, nous allions jusqu'à Meknès par un train de marchandise qui faisait les navettes avec le km 10. Au quai de débarquement on assurait la sécurité des lieux. Pendant les transports nous occupions aussi bien les toits ou les plateaux et au mieux les guérites. Pendant ces longues journées d'été, nous éprouvions un mal être tant la chaleur était intolérable. On connaissait l'heure de l'embarquement mais jamais celle du retour, nous ne mangions que des boîtes de conserve. Les longues attentes en gare pour que le processus se mette enfin en route, nous obligeait à être très attentifs dans l'embrouillamini des convois en attente. Lors des très froides nuits, nous allions, à tour de rôle, dans la salle d'attente pour nous allonger sur les banquettes et gagner un peu de chaleur. Cette mission était très éprouvante par ces longues heures à attendre le retour et surtout en ignorant l’heure du départ.
Un capitaine du Matériel nommé Soupez était le fils du colonel Soupez maire de Mouzon (Ardennes). En ces temps-là, on n’abordait pas aussi aisément un officier pour lui signifier un prétexte aussi futile que d'être de la même commune. Alors nos chemins se sont souvent croisés sans autres actions que la civilité réglementaire. Pourtant fort de cette opportunité nous aurions pu agrémenter notre ordinaire au profit de tous. J'ai su plus tard qu'il a commandé en tant que colonel l'ERGM de Fontainebleau de 1976 à 1980.
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