Médiouna
2 ème séjour
Le CIIM
Centre d'Instruction de l'Infanterie du Maroc
Affecté depuis le 16 mai 1956 à la 1ère compagnie du Centre D'Instruction de l'Infanterie du Maroc en tant qu'adjoint à une section d'instruction commandée par le lieutenant Gay s'assumai ce rôle jusqu' à son départ en congé de maladie. Je le remplaçai à son poste car le lieutenant Authier commandant la compagnie en a souhaité ainsi. Je retrouvais donc ce camp connu lors de mon instruction de base à la 7 ème compagnie du 6e Régiment de Tirailleurs Marocains. Les coloniaux et les légionnaires étaient encore là. Le cercle-mess unissait sans distinction les sous-officiers du camp. Le "Camerone" du 30 avril 1956 fut remarquable et mémorable.
A la sortie du camp, en direction de Nouasser, un café restaurant tenu par un couple de Corses, agrémentait le dimanche des militaires en donnant un bal en matinée. Les filles venaient de Casablanca par la liaison routière. Un fois par mois nous allions à "La Pagode", d'où on avait fait le siège des anciens combattants d'Indochine. Le CIIM (Centre d'Instruction d'Infanterie du Maroc) a remplacé le 6e RTM dissous à l'occasion de l'Indépendance en mars 1956. Le 6e RTM transformé en 1er Zouaves a largement fourni l'encadrement de ce centre. Les cadres désargentés par la fréquence des sorties festives à Casablanca et n'ayant pu se prémunir en tickets de mess lors de la perception de la solde, prenaient leurs repas au restaurant "Colonna" à l'aide d'une ardoise qu'ils s'empressaient d'effacer lors de la solde suivante. Il va de soi que cela n'était pas la meilleure des solutions, car le solde restant s'était peu amenuisé.
On y savourait des kémias dont les escargots de tiges au piment et les morceaux de seiches. Il fallait force de bières pour apaiser tout cela avant de passer à table. Ce couple aussi tenait dans le camp une petite épicerie destinée aux militaires. Au comptoir, deux jeunes filles qui attiraient toutes les convoitises.
Sur la photo, quelques cadres du CIIM, dont un aviateur ? prise par un US de la Base US Air Force de Nouasseur avec un polaroïde. La jeune fille et le bambin sont les enfants du restaurateur. ( voir témoignage sur Nouasseur )
1- 1957 : Une fraction d'une section à l'instruction commandée par le sergent Louis de la 1ère Compagnie.
2- Affecté au CIIM le 16 septembre 1956, le sergent Louis, chef de section, l'un des rares à avoir un commandement dévolu normalement à un officier. L'officier en titre, gravement malade, n'a jamais été remplacé.
3- Le sergent Louis en visite dans la chambre troupe de ses hommes. Une occasion souvent renouveler après le service afin de mieux les connaître.
4- Deux sergents faisant le zouave. Derrière eux, l'aire des sports dont le parcours du combattant.
Rencontres fortuites de deux Mouzonnais.
Aussi étrange que cela peu paraître, les circonstances peuvent en des lieux aussi lointains réunir des amis de jeunesse. C'est le cas de Lucien Laurent mon cadet d'un jour qui sera affecté dans notre compagnie comme jeune recrue. Je le retrouverais à nouveau à Ouezzane, cette fois avec la fonction de maître de chien. Puis quelques temps après, une autre figure plus ancienne, car sursitaire, en la personne d'un instituteur, lui aussi jeune recrue à la coloniale. J'étais sur le perron de la chambre, quand j'aperçois, Robert Gouverneur, en jeune bleu apeuré à devoir saluer un sergent en position dominante. Visiblement, il ne m'avait pas reconnu. Je l'interpelle par son prénom, surpris il marque un temps d'arrêt puis se fige au garde-à-vous et me salue. Je le rassure enfin en lui communiquant mon nom. Après plusieurs rencontres programmées, et considérant qu'il n'avait rien à faire en Afrique du nord, vu son bagage intellectuel, je lui ai conseillé de se porter volontaire pour les E.O.R (Ecole des Officiers de Réserve). Ce qu'il fit sans ambages en s'assurant d'un long séjour en Allemagne. C'est toujours cela de gagné !
Et puis un troisième et enfin un quatrième
En quittant l'usine Sommer pour un engagement à 18 ans, j'y ai laissé des jeunes comme moi en attente du service militaire. A l'atelier électrique, dont j'étais en formation, il y avait Gérard Gravisse que j'ai retrouvé à Ouarzazate au 17e RA, et aussi Robert Rousseau de la même qualité. Lors d'un échange épistolaire, j'appris que ce dernier était affecté à Rabat à la Base aérienne et que ce nouveau caporal souhaitait me rencontrer. Ce qui fut fait dans son antre de baraquements de tôles. Ce fut à mon tour de l'inviter à Médiouna pour lui montrer mes lieux de vie. Nous nous sommes bien marrés auprès du campement des Sénégalais, soldats débonnaires, pleins de malices enfantines.
Sa place n'est pas ici.
Dans ma section, les recrues rappliquaient de tous les horizons. Les milieux sociaux amalgamés ne posaient pas de problèmes particuliers à la condition qu'ils fussent de la même virilité ou parussent l'être. Je conduisais mes vaillants gaillards à la première visite médicale dans la tenue imposée par le règlement de la compagnie, c'est-à-dire en tutu, espadrilles et le torse nu. Dans les rangs à peine formés car non encore initiés dans le service de l'Armée, une bousculade et des éclats de voix attirent mon attention. Après une réorganisation des rangs et des colonnes, j'aperçus l'objet de toutes les convoitises, un personnage bien différent des brutes qui l'environnent. Terriblement gênée, la recrue, couvrait de ses bras sa poitrine, sur mon injonction je l'invitais sans brusquerie à se détendre et de laisser tomber ses bras le long du corps, ce qu'elle fit à contre cœur. Cette fois c'est moi qui fut gêné à la vue des petits seins pas plus gros que des mandarines. Sur le champ je lui commandais d'aller chercher un maillot et pris la décision d'avertir mon lieutenant sur ce cas fortuit. Ensemble nous sommes allés voir le médecin pour accélérer une réforme du transsexuel qui n'avait manifestement pas sa place ici.
Instructeur canon de 75 m/m sans recul
Autre spécialité qui me vaut l'avantage de sortir un peu du contexte de l'instruction des jeunes recrues. Des St Cyriens en stage pratique dans les unités parachevaient leur instruction par un final de feux d'artifices. Je fus désigné pour en assurer le bouquet. Du haut de l'arrête rocheuse qui domine la plaine aride parsemée d'arbrisseaux, en face de la station de radar de Nouasseur, j'officie mes cours de mise en parallélisme lunette-canon devant le parterre d'officiers, indispensable pour la réussite d'un tir au but avec succès. Puis le champ de tir vint à confirmer la théorie. Sous l’œil avisé et licite de l'officier de tir, j'invite mes élèves à démontrer leur savoir faire par un tir à mille mètres sur des fûts de 200 litres emplis de caillasses et de mazout. Les résultats furent décevants et l'aréopage m'accusa d'avoir sciemment déréglé l'arme. L'officier de tir m'invita du regard à démontrer le contraire. Devant moi, six fûts qui à cette distance me paraissaient bien petits, la lunette supplée et j'ajuste mes tirs méthodiquement, un par un, de la gauche vers la droite, les fûts dans un éclat de feu volent pulvérisés dans une épaisse fumée noire. Le cercle se confond en admiration sous le sourire complice de l'officier de tir. Je leur avais déjà fait le coup avec l’affût quadruple de mitrailleuses lourdes de 50. Quatre canons dont le point de convergence est réglé aussi à mille mètres et ça, l'officier de tir le savait...
Les punitions
Les ayant subies, en tant que recrue, je n'avais pas ce goût morbide de les faire partager et encore moins de les administrer, mais parfois cela fut nécessaire. Ma spécialité, le parcours du combattant tout proche, cela avait la vertu d'être initiatique et forgeait les hommes à la rudesse de l'exercice, tout en les spécialisant. En pédagogue averti, jamais je n'imposais la punition sans ouvrir la voie moi-même, ce qui avait comme inconvénient d'être aussi le premier puni et j évitais d'en abuser.
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